Après SpaceX (qui a mis des années à atteindre la fiabilité qu’on lui connaît sur les Falcon 9/Falcon Heavy, et est en train de coincer de la même manière sur la Starship), après les annonces sur les robots Tesla, sur la conduite autonome, sur le Cybercab, sur l’intelligence artificielle dans l’espace... voilà qu’Elon Musk rajoute une pierre à son discours, comme rapporté par WCCFTech : la TeraFab, présentée pour concurrencer rien de moins qu’Intel, Samsung, et même TSMC. Réaliste, ou pari fou ?
Fini les « Giga Factories », nous passons donc aux « TeraFab », un nom en lien avec les « Fabs » des fondeurs bien connus que sont Intel, TSMC, Samsung pour ne citer que les trois plus gros. Elon Musk compte en effet créer à Austin, au Texas, la plus grosse « Fab » du monde, capable à terme de sortir jusqu’à 1 TW de puissance de calcul par an, de quoi coller avec les ambitions de SpaceX d’envoyer 1 TW de serveurs IA dans l’espace sur la même période.
Le rêve intergalactique
Bien entendu, le discours est grandiloquent :
Notre aspiration, c’est de devenir une civilisation galactique. Je pense que l’avenir le plus enthousiasmant, celui sur lequel la plupart des gens seraient d’accord, c’est un futur où nous serions là‑dehors, parmi les étoiles, où nous ne serions plus confinés pour toujours à une seule planète, où nous deviendrions une espèce multi‑planétaire, comme dans les meilleures œuvres de science‑fiction que vous ayez lues. Star Trek, le cycle de la Culture, Isaac Asimov ou Robert A. Heinlein. Nous voulons rendre cela réel, transformer la science‑fiction en science‑fact. C’est ce futur glorieux et excitant que j’attends personnellement avec impatience.
[...] Pour y parvenir, nous devons exploiter la puissance du Soleil. Une TeraFab, même si c’est gigantesque — un térawatt de calcul par an, c’est énorme à l’échelle de notre civilisation — n’est malgré tout qu’une étape sur le chemin vers une civilisation de niveau Kardachev II. On n’atteint même pas le niveau Kardachev III. Donc, c’est quelque chose de très important selon les standards humains actuels, mais encore petit à l’échelle du cosmos. Mais c’est déjà extrêmement difficile pour les humains.
[...] Nous tenons vraiment à notre chaîne d’approvisionnement actuelle, pour être clairs. Nous sommes très reconnaissants envers Samsung, TSMC, Micron et les autres, et nous aimerions qu’ils se développent aussi vite que possible. Nous achèterons toutes leurs puces — je leur ai dit ces mots exactement.
Mais il y a une cadence maximale à laquelle ils acceptent de s’agrandir, et cette cadence est bien inférieure à ce que nous souhaiterions. Donc soit nous construisons la TeraFab, soit nous n’avons pas les puces. Et nous avons besoin de ces puces. Alors nous allons construire la TeraFab.
Les bases sont posées : Elon Musk continue dans sa trajectoire de vouloir réaliser les rêves de la science-fiction, que ce soit au niveau spatial, robotique, ou intelligence artificielle. Et pour ça il a besoin de puces, d’un nombre considérable et extravagant de puces dernier cri.

La production des trois plus gros dans la dernière norme de gravure 2nm ? Insignifiant pour lui : là où ils réalisent à peine quelques centaines de milliers de wafers (ces galettes de silicium sur lesquelles sont gravées les puces) par mois, il vise rien de moins qu’un million de wafers sur la même période pour son usine à elle seule !
La TeraFab texane
Ainsi Elon Musk a présenté sa prochaine usine comme étant capable de dépasser la production des trois plus gros fondeurs en un seul et unique endroit. Pour y arriver, il compte sur la possibilité de tout faire en un seul et même endroit : conception, fabrication des SoC et de la mémoire, packaging des puces, tests et corrections, ce qui n’a pour le moment jamais été le cas chez les autres fondeurs.
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La production devrait se diviser en trois grandes structures pour le moment : les AI5 pour le Cybercab et une partie des robots Optimus, les AI6 pour le cœur des robots Optimus, et les D3 pour l’IA dans l’espace. Bien entendu, d’autres cases sont prévues pour plus tard...

Le fantasque patron a ainsi annoncé un investissement de départ de 20 milliards de dollars dans une nouvelle usine qui a reçu tout le support du Gouverneur du Texas, Greg Abbott. Et ces 20 milliards ne devraient être qu’un appel d’offre pour les investisseurs, au vu des ambitions affichées...
Cette usine devrait donc produire les puces nécessaires à tous les appareils de l’empire de Musk. Il annonce ainsi pouvoir fournir à terme un large pourcentage de la production mondiale de véhicules en puces, estimant celle-ci à 100 millions de véhicules par an (ce qui est à peu près la production actuelle, toutes marques confondues), mais aussi un pourcentage non négligeable de la production mondiale de robots, qu’il estime entre 1 et 10 milliards d’unités à terme.
La TeraFab devrait donc fabriquer non seulement un million de wafers 2nm par mois, quand Intel, TSMC et Samsung plafonnent à quelques centaines de milliers, mais en plus une grande partie de ces puces ainsi fondues devront être renforcées pour une utilisation dans l’espace, domaine où la production mondiale est encore plus restreinte...
Réaliste ?
Plusieurs soucis vont venir écraser le rêve d’Elon Musk sur le mur de la réalité. Et pas des moindres...
Déjà, l’investissement de base paraît ridicule au vu des sommes engagées par les géants comme TSMC : 20 milliards de dollars ? Pas pour produire un million de wafers alors : les usines de TSMC coûtent environ 9 à 10 milliards de dollars par ligne de production, sachant que les rapports parlent plutôt d’un tarif de 28 milliards de dollars pour une cadence de 50 000 wafers par mois (donc déjà trois lignes bien exploitées). Sur cinq ans, TSMC a investi pas moins de 200 milliards de dollars dans la recherche pour la mise au point des Fabs en 2nm et 3nm.
Ensuite, il faut les machines : seules quelques unités par an sortent d’usine capables de produire des gravures en 2nm, et elles sont toutes produites par ASML actuellement. En effet, seule cette entreprise néerlandaise est capable de fabriquer les machines nécessaires à la gravure en 2nm, travaillant en EUV (Extreme Ultra-Violet), et elle fournit tous les fondeurs sans exception, que ce soit TSMC, Intel ou Samsung. Pas la peine d’aller voir du côté chinois pour le moment, encore bloqués au DUV (Deep Ultra-Violet). Problème : le carnet de commandes d’ASML est rempli pour plusieurs années, et tout nouvel entrant ne serait pas livré avant 2030 au plus tôt, tant la production de ces machines est tendue.
Pour finir, il y a les compétences : réunir le lieu, les fonds et les machines est un fait, mais ça ne fait pas tout. Des entreprises comme TSMC ou Intel ont mis des dizaines d’années à accumuler les compétences dans leurs rangs pour pouvoir produire des gravures aussi fines que le 2nm, et même eux trouvent que le challenge est complexe à relever. Il suffit de voir les déboires d’Intel avec ses dernières productions pour s’en rendre compte. Si TSMC, malgré le grand danger que représente une invasion de Taïwan, reste le fondeur principal des puces les plus avancées du monde, ce n’est pas pour rien : transporter les machines, même si l’opération est difficile, reste réalisable. Mais trouver les personnes capables de les faire fonctionner avec un rendement aussi élevé que les équipes taïwanaises, c’est quasi mission impossible sans y investir des années, voire des dizaines d’années.
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Et ce n’est pourtant qu’une partie du discours...
Si l’annonce de la TeraFab a déjà de quoi faire lever un sourcil aux plus réalistes, le reste du discours a de quoi inquiéter encore plus : Elon Musk promet ainsi des usines d’assemblage de satellites autonomes sur la lune, peuplées par des myriades de robots Optimus, le lancement de ceux-ci grâce à des canons électromagnétiques, ou même une fusée Starship V4 10 à 20 % plus grande que la Starship actuelle qui n’est même pas encore au point, ça commence à faire beaucoup de points ressemblant plus à du fantasme de nerd qu’autre chose.

S’il réussit, il aura alors réalisé le rêve de bon nombre de gamins lisant des BD de science-fiction maintenant devenus adultes, sans même compter qu’il aura ridiculisé les producteurs historiques de puces, domaine ultra-spécialisé s’il en est. Mais les obstacles semblent tellement nombreux, et le discours si grandiloquent qu’on ne peut s’empêcher de se demander si c’est un rêve utopique qu’il partage, s’il y croit vraiment, et surtout, quelle sera la durée de réalisation entre réalité et Elon-time ?


























