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Les débuts de l’ère Ternus, dix nouveaux produits et le compte à rebours Siri : la semaine Apple

Greg Onizuka

dimanche 26 avril à 19:00

AAPL

Si la journée est déjà bien agitée, entre commémoration et enquête, Mark Gurman nous aide à voir la suite de LA grande nouvelle de la semaine : le passage de flambeau entre Tim Cook et John Ternus. Et clairement, l’actuel CEO d’Apple a tout fait pour mettre son remplaçant dans les meilleures conditions, avec pas moins de dix nouvelles catégories de produits abordées par Apple dans l’année à venir !

Votre Apple Park, vous le prendrez Midnight Blue, Deep Purple, Rose Gold ? Image créée par IA.

Plug In Baby (Branche baby !)

À l’époque de la transition entre Steve Jobs et Tim Cook, les choses étaient presque subies, tant le calendrier était tenu non pas par une volonté quelconque de changer le dirigeant d’Apple dans les meilleures conditions, mais plutôt par la maladie qui rongeait bien trop rapidement le co-fondateur de la marque. Et pourtant, Tim Cook a déjà eu une entrée en matière confortable, avec la sortie de nombreux produits pour son arrivée : dès son intronisation définitive, Siri a fait son apparition sur l’iPhone 4S, et l’année 2012 a vu arriver de nombreux nouveaux produits, avec l’iPhone 5, l’iPad mini, des iMac plus fins, de nouveaux iPod, le premier iPad et des MacBook Pro avec écran Retina.

Portrait : John Ternus, l’homme qui visse le futur d’Apple 🆕

Portrait : John Ternus, l’homme qui visse le futur d’Apple 🆕

Pour l’arrivée de John Ternus, les choses sont bien différentes. Cette fois les horloges sont totalement maîtrisées par Apple, et ça se sent : pour son intronisation à la tête de Cupertino, le nouveau CEO a droit au tapis rouge de nouvelles machines : rien qu’en 2026-2027, Apple devrait sortir pas moins de 10 nouvelles machines totalement inédites ! De quoi éclipser en seulement 12 mois le score de Tim Cook, qui a sur la durée ouvert la voie de trois nouveaux domaines, avec l’Apple Watch en 2015, les AirPods en 2016 et le Vision Pro en 2024.

John Ternus : « Nous allons à nouveau changer le monde »

John Ternus : « Nous allons à nouveau changer le monde »

Dès son discours d’introduction aux employés, John Ternus n’a pas mâché ses mots, annonçant qu’Apple allait « changer le monde », et montrant son impatience de voir sortir les nouveaux produits. Il faut dire que la liste est des plus complètes…

Supremacy (suprématie)

Si l’iPhone Ultra/Fold serait le premier de ces nouvelles catégories défrichées par l’ère Ternus, bien d’autres devraient rapidement sortir. Ces nouveaux produits prévus pour les mois à venir peuvent se ranger en trois catégories : les appareils domotiques boostés à l’intelligence artificielle, les wearables à caméras IA, et un petit fourre-tout qui n’est pas à négliger pour autant.

La première est documentée depuis maintenant quelque temps, et elle n’est quasiment plus à présenter : les appareils domotiques. Bien entendu, dedans se place le fameux « Smart Home Hub », qui au fil du temps a été affublé du sobriquet de « HomePad », même si ce n’est pas le nom qu’Apple semble vouloir lui donner. Avec un écran tactile carré juché sur une demie-sphère intégrant les haut-parleurs, ou collé au mur par un support magnétique, cet appareil devrait devenir le centre de la maison avec un Siri avancé omniprésent, et l’intégration de FaceTime. Plutôt que de se repérer par des sessions utilisateurs, il devrait faire usage de la reconnaissance faciale pour mieux s’adapter aux différentes envies de la maison.

Depuis le temps que certains mettent des iPad au mur, cette fois l’appareil sera fait pour d’origine. Image créée par IA à partir des rumeurs.

Le gros morceau devrait être une version de ce « HomePad » montée sur un bras robotisée, et avec un écran plus grand (9 pouces, contre 7 pouces). Le bras devrait avoir des mouvements naturels, pouvant laisser penser à une intelligence le contrôlant totalement, et permettant de « suivre du regard » l’utilisateur, pratique pour une personne en mouvement dans une cuisine, ou durant une conférence. Enfin, Apple devrait annoncer une caméra de sécurité munie de capteurs, comportant Apple Intelligence afin de détecter les mouvements et les personnes présentes dans la pièce surveillée.

Le HomePad pourrait finalement attendre la fin de l’année

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En plus de la maison, Cupertino veut s’attaquer de front aux entreprises telles qu’OpenAI, voulant tailler des croupières à l’iPhone et sa base installée en le remplaçant par des objets connectés à porter. Si les lunettes connectées font partie des rumeurs persistantes depuis maintenant plusieurs mois, afin de concurrencer les Ray-Ban Meta, elles ne sont pas seules : des AirPods « AI » devraient suivre, avec des caméras intégrées permettant à Siri de comprendre l’entourage de l’utilisateur sans avoir à discuter avec lui, mais aussi un pendentif, réponse directe d’Apple au duo formé par OpenAI et LoveFrom.

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Enfin, d’autres produits sont dans les pipelines : le premier « du reste » devrait être le MacBook Pro entièrement redessiné, avec un écran OLED tactile et possiblement une connexion cellulaire. Les autres sont un peu plus lointains, mais ne manquent pas d’intérêt : des lunettes à réalité augmentée, grand rêve de Tim Cook, devraient enfin apparaître d’ici 2028-2030, et un iPad pliable est aussi dans les cartons.

Le MacBook Pro M6 serait le premier Mac à écran tactile

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MacBook Pro M6 : vers une Dynamic Island et une interface dynamique pour l

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Si John Ternus est un technicien sachant mener un projet à son terme, son plus grand défi sera de sortir ces nouveaux produits sans pour autant oublier le reste, dont la montée de l’intelligence artificielle…

Time is Running Out (Le temps est compté)

Si la liste des nouveaux produits est longue comme le bras, elle s’articule énormément sur une promesse : l’arrivée du nouveau Siri et de l’intelligence artificielle en masse sur les produits de la marque. Durant son allocution aux employés, John Ternus a clairement insisté sur le fait que des avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle sont en cours, pendant que Tim Cook de son côté a rappelé récemment que l’équipe logiciels travaillait d’arrache-pied sur les grosses mises à jour de Siri, attendues pour la WWDC de juin et iOS 27.

Le nouveau Siri serait la star de la WWDC 2026, avant sa sortie avec iOS 27

Le nouveau Siri serait la star de la WWDC 2026, avant sa sortie avec iOS 27

Étant donné le nombre de produits actuellement retardés par l’attente du Siri boosté aux LLM selon les fuites, l’avancée d’Apple sur l’IA reste la clé. Tout retard sur ce plan retardera d’autant plus la sortie de nouveaux appareils, et Ternus semble en avoir pris largement conscience :

L’IA va débloquer un potentiel quasi illimité. [...] Nous allons pouvoir continuer à débloquer des possibilités qui vont créer des opportunités totalement nouvelles pour nos produits et nos services, et je suis vraiment enthousiaste à l’idée de ce que cela va représenter pour nos utilisateurs.

Pressure (Pression)

John Ternus va s’assoir dans le fauteuil de CEO d’Apple dans les meilleures conditions possibles, à part peut-être le calendrier quelque peu tendu à propos d’Apple Intelligence et de l’IA en général à Cupertino. Et c’est justement ce point de détail qui sera scruté à la loupe par de nombreux observateurs, et qui reste la clé de nombreux produits à venir. Pression vous avez dit ?

  • Dis Siri, mets-moi du Muse.
  • Ça tombe bien, ils viennent de sortir un nouveau morceau, Cryogen.
  • Ah bah tu vois quand tu veux que tu peux être utile ! C’est l’arrivée de John « Connor » Ternus qui te réveille ?

Concours BenQ : trouvez l'écran MA fait pour votre Mac et tentez de le gagner 📍

Article sponsorisé

dimanche 26 avril à 18:55

Services

La marque taïwanaise lance une opération séduisante autour de sa série MA, pensée exclusivement pour l'écosystème Apple. Un sondage rapide, une réduction immédiate de 10 %, et trois moniteurs 4K à remporter. Mais au-delà du concours, c'est toute une gamme qui mérite qu'on s'y attarde.

Brancher un écran externe sur un MacBook relève parfois du pari chromatique. On s'est habitué à la justesse du Retina, à ses blancs neutres, à sa couverture P3 irréprochable. Et au moment de passer sur un moniteur tiers, les couleurs dérivent, les reflets s'invitent, le confort s'effrite.

BenQ a conçu sa série MA pour combler exactement ce fossé, avec quatre références 4K qui parlent nativement le langage colorimétrique d'Apple.

Quatre écrans, un même ADN, des tempéraments distincts

Toute la gamme partage un socle technique commun : résolution 4K, affichage sur 1,07 milliard de couleurs, couverture de 99 % du sRGB et 95 % du P3, connectique USB-C avec Power Delivery 90 W. Un seul câble relie le MacBook au moniteur, l'alimente et transmet l'image. Le socle est solide. Ce qui distingue les quatre modèles, c'est la taille de dalle et le choix de finition.

En 27 pouces, le MA270U opte pour une dalle Nano Mat. Sa luminosité de 400 cd/m² et son contraste natif de 1200:1 en font un moniteur sobre, pensé pour les environnements baignés de lumière naturelle. Les reflets disparaissent, la lisibilité reste constante quelle que soit l'heure de la journée. Son alter ego brillant, le MA270UP, conserve les mêmes caractéristiques techniques mais adopte une finition Nano Brillant qui retrouve le rendu lustré des écrans Apple. Les teintes paraissent plus saturées, les noirs plus denses à l'œil nu. Une question de préférence visuelle autant que de conditions de travail.

En 31,5 pouces, la logique se reproduit. Le MA320U, en finition mate, pousse la luminosité à 550 cd/m² (600 en HDR) et le contraste natif à 1300:1. La surface d'affichage supplémentaire profite à celles et ceux qui font du montage, de la retouche ou simplement du multitâche intensif. Le MA320UP reprend cette diagonale généreuse avec la finition brillante, pour les profils créatifs qui veulent un grand espace de travail sans renoncer à l'esthétique glossy caractéristique des produits Apple.

Un concours ouvert à quatre pays européens

BenQ accompagne le lancement de cette gamme d'une opération promotionnelle ouverte aux résidents de France, d'Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Le mécanisme est direct : vous remplissez un sondage, vous repartez avec un code de réduction de 10 % sur les écrans MA (valable jusqu'au 31 juillet 2026 sur la boutique officielle), et vous êtes automatiquement inscrit au tirage au sort.

Trois personnes remporteront le moniteur MA de leur choix, tous pays confondus.

Ce que le sondage vous demande concrètement

Le questionnaire explore votre rapport à l'écran en quelques étapes bien calibrées. On vous demande d'abord si vous préférez une dalle mate, conçue pour réduire les reflets et la fatigue oculaire, ou une finition brillante aux couleurs plus éclatantes façon Mac. Vous indiquez ensuite quel appareil Apple vous accompagne au quotidien, du MacBook Air au Mac Studio en passant par l'iPad ou le Mac Mini. Les possesseurs de machines Windows peuvent aussi participer.

Vient ensuite la question de l'usage principal : bureautique et navigation, travail professionnel intensif, projets créatifs (graphisme, vidéo, 3D) ou loisirs personnels comme le dessin ou la création de contenu.

Le sondage vous invite également à classer vos trois critères prioritaires parmi la connectivité, l'espace colorimétrique P3, la synchronisation clavier, le logiciel Display Pilot 2 ou la conception ergonomique. Quelques questions complémentaires portent sur vos habitudes d'achat et vos sources d'information tech. Enfin, vous désignez le modèle MA qui vous correspond le mieux avant de laisser vos coordonnées.

La date limite de participation est fixée au 30 avril 2026. Les gagnants seront contactés par e-mail et disposeront de sept jours pour réclamer leur lot. L'ensemble des conditions générales est consultable sur la page de l'opération.

À qui cette gamme parle-t-elle vraiment ?

À quiconque a investi dans l'écosystème Apple et refuse le compromis colorimétrique dès qu'il s'agit de passer sur un écran externe.

Photographes, graphistes, développeurs sensibles au confort visuel, ou simplement amateurs exigeants : la série MA propose une réponse calibrée, avec la liberté de choisir entre mat et brillant, entre 27 et 31,5 pouces. Rendez-vous ici pour découvrir quel écran correspond à votre profil et tenter de le remporter.

Vous n’imaginerez jamais où Apple a trouvé son inspiration

Christophe Laporte

dimanche 26 avril à 12:58

Image

Merci à Fabien de nous faire partager cette importante découverte. Alors c’est en quelque sorte une devinette. Si vous regardez cette photo, est-ce qu’elle vous fait penser à quelque chose ?

Cela ne vous dit rien ? Voici la même photo, mais agrandie. Cela devrait commencer à vous évoquer quelque chose.

Toujours rien ? Voici la réponse !

Image : MacGeneration

Curieusement, Apple a omis d’évoquer d’où elle avait puisé son inspiration dans son making-of du MacBook Neo.

Test du DH2300 d’Ugreen : un petit NAS convaincant pour remplacer une Time Capsule

Nicolas Furno

dimanche 26 avril à 09:00

Matériel

Au fil du temps, les NAS se sont éloignés de leur mission originale. Au départ, un « Network Attached Storage », littéralement un stockage attaché au réseau, proposait uniquement un volume accessible à tous les ordinateurs placés sur le même réseau local que l’appareil. Leur démocratisation ces vingt dernières années a poussé les constructeurs à leur ajouter de multiples fonctionnalités, au point d’en faire des serveurs à tout faire. Gestion de photos, media-center ou même outil de collaboration : un NAS est devenu un produit sophistiqué, voire compliqué. Si vous cherchez un successeur à la Time Capsule d’Apple, cette avalanche de possibilités peut devenir un défaut.

Le DH2300 d’Ugreen, un NAS simplifié recentré sur la mission originale. Image MacGeneration.

Le DH2300 d’Ugreen est justement un produit volontairement simplifié et recentré autour du stockage de fichiers. Le fabricant chinois dispose d’un catalogue de plus en plus complet dans cet univers et ses modèles haut de gamme sont capables de rivaliser avec les produits de Synology et d’autres marques qui veulent répondre à toujours plus de besoins. Ce produit, vendu 220 € hors promotion, se veut cependant plus simple. Suffisamment pour sauvegarder ses données dans l’univers Apple ? Découvrons-le ensemble.

SKALA, le calculateur enterré depuis 40 ans dans les profondeurs de Tchernobyl

Greg Onizuka

dimanche 26 avril à 01:23

Ailleurs

Il y a 40 ans jour pour jour, à l’heure et à la minute près, se déroulait la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire de l’Humanité. Si les hommes à la conception et aux commandes de la machine sont les grands responsables de cet accident qui reste l’un des deux seuls classés 7 sur l’échelle INES (International Nuclear Event Scale, pour échelle internationale des incidents et accidents nucléaires), le second étant Fukushima, ils ne pouvaient pas pour autant avoir l’œil partout et prendre des décisions majeures sans une aide précieuse : SKALA (СКАЛА, система контроля аппарата Ленинградской Атомной ou Système de Contrôle de la Centrale Nucléaire de Leningrad), un système informatique permettant la surveillance et l’information de tout événement se produisant dans la centrale. Retour sur cet ordinateur méconnu, dont les restes sont encore de nos jours prisonniers du sarcophage du réacteur n°4.

Le schéma de l’architecture de SKALA. Image Chornobyl Family.

Un ordinateur basique, mais important

Si cet ordinateur était fait pour organiser et hiérarchiser les informations tirées de différents capteurs, il fallait bien pour cela qu’ils soient reliés à celui-ci. Les capteurs étaient tellement nombreux qu’ils ne pouvaient pas être reliés directement à l’unité centrale. En effet, le nombre de signaux directement utilisables était de 7 200 sous forme analogique, et 6 500 sous forme numérique. Les capteurs étaient donc regroupés en grappes, reliés à différents nœuds de contrôle, dont certains communiquaient ensuite avec un sous‑calculateur V‑31M. Cet élément servait d’interface entre l’unité centrale SKALA et une partie de la myriade de capteurs qu’elle devait surveiller, afin de donner l’aperçu le plus précis possible de l’état du réacteur aux opérateurs.

L’unité centrale en elle-même consistait en deux processeurs centraux indépendants, qui se partageaient une mémoire centrale : chacun était équipé d’une mémoire de 20 000 mots (3 octets par mot), et la mémoire partagée était « généreusement » dotée de 8 Ko (de quoi faire relativiser la RAMpocalypse). Les processeurs en eux-mêmes effectuaient leurs calculs en 24 bits, et les programmes étaient récupérés sur bande perforée, que ce soit pour le système principal comme pour les programmes utilisés. Une fois chargés en mémoire, ces programmes utilisaient des données stockées sur bande magnétique.

Un élément de mémoire vive d’une unité SKALA. Elle est composée de 4096 mots de 24 bits, soit 12 Ko. Chaque carte comprend 133 120 tores de ferrite. Image r/chernobyl.

Mais ces programmes, au final, que sont-ils ? En plus du système principal et de ses logiciels de diagnostic et de contrôle (KIKD, KRV, KCTK… toute la poésie habituelle), les deux plus importants programmes étaient PRIZMA et DREG. Le premier, PRIZMA, était dédié à l’analyse globale de l’état du réacteur. C’est lui qui comprenait tous les algorithmes permettant de savoir quel était le statut actuel du cœur, et surtout quelles sont les manipulations nécessaires pour atteindre la puissance voulue par l’équipe de conduite. DREG, lui, est la « boîte noire » du système. C’est lui qui enregistre chaque manipulation effectuée, chaque changement de valeur sur les capteurs.

Une vitesse inexistante, et une fiabilité toute relative

Mais avec un tel système à portée de main, comment les équipes de conduite ont pu arriver au drame que tout le monde connaît ? Bien qu’il soit très avancé pour l’époque (nous sommes en 1986, et l’URSS n’est pas au niveau de développement informatique de l’Occident), le système SKALA est criblé de soucis.

SKALA n’était pas plus puissant qu’un PDP-11, sorti en 1970. Image Wikipedia/Kozan, domaine public.

Le premier, c’est la lenteur. Non seulement l’unité centrale est très lente, du fait de ses nombreux accès aux bandes magnétiques pour pallier une mémoire très faible au vu de la quantité de données à manipuler, mais les processeurs eux-mêmes sont loin d’être des foudres de guerre. Les deux CPU de l’unité centrale offraient une puissance de calcul de l’ordre de celle d’un mini‑ordinateur comme un PDP‑11 d’entrée de gamme, « mini‑ordinateur » dont les premiers exemplaires sont sortis chez DEC (Digital Equipment Corporation) en 1970. Bien que conçu dès l’origine pour aider à la conduite des réacteurs de la centrale Lénine (autre nom de Tchernobyl), chaque modélisation effectuée par le programme PRIZMA prenait entre 5 et 10 minutes.

En dehors des modélisations complètes effectuées par PRIZMA, le reste n’était pas beaucoup plus réactif : du fait de la structure en cycles de calcul et des accès lents aux bandes, la mise à jour de certains paramètres agrégés pouvait prendre plusieurs dizaines de secondes, voire plusieurs minutes pour les traitements les plus lourds.

Autre souci, la fiabilité. Rien que durant la soirée de la catastrophe, l’unité SKALA a été relancée trois fois après la chute de puissance à 30 MW, dont deux fois pendant la remontée vers 200 MW. Chaque redémarrage a interrompu les programmes de surveillance comme DREG et PRIZMA, provoquant des pertes ou des approximations dans les données disponibles au pupitre.

Un tableau de départ erroné, et une catastrophe inévitable

Dès le départ, le système SKALA fonctionnait sur la base de modèles et de marges qui ne reflétaient plus fidèlement l’état réel du réacteur dans la configuration choisie pour l’essai. Les calculs censés fournir une marge de sécurité se retrouvent alors trompeurs : ils indiquent une situation acceptable alors que le cœur est en réalité dans une configuration instable.

Les indications fournies aux opérateurs apparaissent ainsi trop permissives, d’autant que ces derniers ont eux-mêmes contourné plusieurs consignes et protections, en maintenant le réacteur dans un domaine de fonctionnement qui sort des conditions prévues par les règles d’exploitation.

La suite, elle est connue, de par les nombreux rapports et rendue accessible par la mini-série de HBO : le réacteur déjà à mi-puissance depuis plusieurs heures est ralenti vers les 700/1000 MW thermiques, mais une erreur de manipulation et l’empoisonnement au xénon (du fait du mi-régime entretenu trop longtemps) le font chuter à 30 MW. Les opérateurs remontent alors une trop grande quantité de barres de contrôle, bien au-delà du nombre permis par les marges de sécurité, afin de le « stabiliser » à 200 MW.

Le test démarre. Les pompes d’alimentation en eau du réacteur sont réorganisées, ce qui modifie le flux de refroidissement dans le cœur et la répartition de la puissance. Le xénon se consume progressivement, très peu de barres de contrôle restent insérées, et l’ébullition de l’eau alimente le coefficient de vide positif du RBMK, augmentant la réactivité au lieu de la freiner. La puissance du réacteur commence alors à s’élever rapidement.

L’équipe presse le fameux bouton d’arrêt d’urgence AZ‑5, mais il est trop tard : les barres de contrôle commencent à descendre dans un cœur déjà très réactif, et leur extrémité en graphite remplace d’abord l’eau dans la partie basse du cœur, augmentant localement la réactivité au lieu de la réduire. La puissance part alors en excursion fulgurante : l’eau des canaux se vaporise brutalement, la pression fait sauter le couvercle et la structure du réacteur, ouvrant le cœur à l’atmosphère. La suite sera un incendie du graphite et un rejet massif de produits de fission, donnant la pire catastrophe nucléaire civile à gérer.

Et SKALA dans tout ça ? Le test ayant débuté à 1h23 et 4 secondes, il continue de remonter des données aux opérateurs à la vitesse permise par son interface : une imprimante à haute vitesse ACPU‑128, qui crache les journaux à la chaîne. Devant les chiffres indiqués sur les feuilles qui sortent à une vitesse effrénée, le bouton d’urgence AZ‑5 est pressé à 1 h 23 min 40 s. La demande est enregistrée par DREG. Cinq secondes plus tard, le couvercle du réacteur saute dans l’explosion de vapeur. À 1 h 23 min 49 s, le courant est coupé, marquant les dernières transmissions de SKALA, qui ne sera jamais rallumé.

Des unités en service jusqu’en 2016

Si l’unité centrale utilisée pour le réacteur n°4 de Tchernobyl restera logiquement éteinte par la suite, d’autres unités de ce type ont équipé de nombreux réacteurs RBMK dans l’Union Soviétique. Ainsi, après avoir été modernisées par l’ajout d’un PC Intel 386 pour améliorer la vitesse de prise en charge des données et un écran pour remplacer l’imprimante haute vitesse, la dernière unité SKALA a été éteinte dans la centrale de Smolensk en 2016, où elle s’occupait encore de la gestion du réacteur n°3 jusqu’à cette date.

L’unité responsable du réacteur n°4 de la centrale V.I. Lénine, que tout le monde connaît sous le nom de Tchernobyl, est restée dans sa salle de contrôle, où elle ne verra probablement plus jamais la moindre donnée.

Un grand merci à la chaîne Chornobyl Family, qui m’a permis de rédiger ce texte, tant leurs explications sont détaillées et complètes. Je n’ai fait ici qu’effleurer le sujet, qui est bien plus approfondi par ces passionnés qui vivent à proximité de la zone touchée par l’accident du 26 avril 1986.