Apple/Adobe : une vieille histoire d'amour/haine

Nonoche |
Ces derniers temps, nombre de sites dédiés au monde des nouvelles technologies se penchent avec insistance sur la dégradation des relations entre Apple et Adobe, pour lesquelles Flash est devenu la pomme de la discorde. Si jusqu'ici les désaccords restaient feutrés, ils ont nettement monté d'un cran depuis l'arrivée de l'iPad. Pourtant, les relations entre Apple et Adobe n'ont à vrai dire jamais relevé du long fleuve tranquille…

La confrontation entre Apple et Adobe couve, à vrai dire, depuis leurs tout débuts. Adobe a bâti son empire sur le Mac, grâce à ses fonctionnalités dédiées à la PAO que Windows a mis bien du temps à intégrer. Apple a donc longtemps eu une relation privilégiée avec cet éditeur qui lui a fourni nombre de "killer apps" pour le Macintosh : Photoshop, Illustrator, Premiere ont fait les grandes heures du Mac sans qu'aucun équivalent ne soit à la hauteur du côté de Windows… au moins jusqu'au jour où Adobe en a proposé une version pour les utilisateurs de PC.

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Mais la concurrence entre Apple et Adobe remonte même aux propres origines de cette dernière : après avoir mis au point le langage PostScript en 1982, Adobe a créé un format numérique de police de caractères, nommé Type 1. Mais le coût de la licence étant particulièrement élevé, Apple décida plus tard de sortir un format concurrent de polices vectorielles, nommé TrueType, et alla même jusqu'à en offrir une licence d'exploitation à Microsoft, ce qui mit à mal le standard d'Adobe. Celui-ci finira par fusionner avec TrueType lorsqu'Adobe et Microsoft mirent conjointement au point le standard OpenType.

Plus près de nous, Apple a réalisé un coup de Jarnac dans le domaine de l'édition vidéo, en sortant Final Cut. Pour la petite histoire, c'est feue Macromedia qui avait développé ce produit mais qui a finalement cherché à s'en défaire car il ne correspondait pas à son nouvel angle d'attaque dédié aux outils de production pour Internet. Macromedia a proposé Final Cut à Adobe, qui a décliné l'offre, et à Apple, qui l'a volontiers acceptée. Un peu plus tard, l'ironie du sort a voulu qu'Adobe doive fusionner avec Macromedia, récupérant ainsi Flash. La mainmise de Final Cut sur le Mac a d'ailleurs poussé Adobe à arrêter en 2003 la version Mac de Premiere (pourtant né sur Mac dans la foulée de QuickTime), pour finir par la rétablir en 2007. Bref, la collaboration mêlée de concurrence, ça n'a rien de nouveau entre Apple et Adobe.

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Les choses ont cependant pris un nouveau tournant depuis l'arrivée de l'iPhone. Apple a mis sur pied une véritable plateforme dont elle maîtrise tous les tenants et les aboutissants, et a maintenu le standard Flash à l'écart de sa chasse gardée. Cette attitude n'a d'autre résultat que d'affaiblir une autre plateforme, celle constituée par tout l'écosystème qui entoure Flash. En excluant Flash de sa plateforme iPhone OS, Apple met à mal l'adage qui veut que les contenus Flash soient exécutables indifféremment sur toute plateforme, ce qui en faisait un choix par défaut pour nombre de créateurs de sites web qui souhaitaient fournir de l'interactivité et des contenus dynamiques à leurs visiteurs.

Ceux-ci devraient donc dorénavant faire sans Flash s'ils souhaitent atteindre le public constitué par les utilisateurs d'iPhones. Si jusqu'ici les tensions restaient palpables mais contenues, l'iPad les aura fait éclater au grand jour : avec ce nouvel appareil, Apple s'investit plus lourdement encore dans sa plateforme constituée par le couple iPhone OS/App Store, et Adobe, si elle peut concevoir de laisser lui échapper ce marché potentiel, n'en verra pas moins son hégémonie sur le web remise en question plus encore, et c'est bien ça qui lui pose un réel problème (voir notre article Quand Adobe et Apple se disputent le web).

Naturellement, dans les différentes nébuleuses gravitant autour d'Apple et d'Adobe, il existe de nombreux doublons parmi leurs différentes technologies. Le dernier en date : Adobe propose également une plateforme basée sur le standard ouvert ePub pour les eBooks, mais y inclut son propre système de DRM maison, tout comme ce que prépare Apple pour son iBooks store…
avatar Zed-K | 

"Photoshop, Illustrator, Premiere ont fait les grandes heures du Mac sans qu'aucun équivalent ne soit à la hauteur du côté de Windows… au moins jusqu'au jour où Adobe en a proposé une version pour les utilisateurs de PC. "
A relativiser pour ce qui est de Photoshop (pour Illustrator et Première j'avoue ne pas savoir), qui est apparu sur Windows très tôt, dès sa version 2.5.1, version alors en 4 disquettes sur laquelle j'ai débuté d'ailleurs ;)

avatar Macinlove | 

Finalement dans ce genre de guerre, étant à la fois un remarquable constructeur de hardware, et un non moins excellent éditeur de software, Apple possède un avantage décisif par rapport à des boites comme Adobe, Microsoft, etc...

Aussi fort et puissant que soit Adobe, pas évident pour eux de lutter contre un constructeur comme Apple...

avatar kostoglotov | 

Il manque quand même l'anecdote la plus marquante des rapports Apple/Adobe : à l'origine, Warnock et Geschcke prévoyaient qu'Adobe devienne une sorte de chaîne de mini-imprimeries qui s'appuyeraient sur le language Postscript (et les laserwriters d'Apple) (une sorte de Copytop avant la lettre en quelque sorte). C'est Jobs himself qui leur a dit : "laissez tomber le hardware et concentrer-vous sur le software". C'est suite à cette rencontre avec Jobs qu'Adobe a infléchi sa stratégie pour commencer à licencier PostScript et à créer des fontes PostScript pour les grands fondeurs de l'époque (PostScript étant finalement la seule vraie création marquante d'Adobe, avec Illustrator et le format PDF, le reste s'appuyant surtout sur des rachats) …

avatar benjaminhparis12 | 

Combien "vaut" Adobe ?Est il envisageable qu' Apple rachète Adobe ?

avatar Claude Pelletier | 

Mzrci à Kostoglotov pourcette

avatar Nonoche | 

La capitalisation boursière d'Adobe se monte à 17 milliards de dollars, Apple a donc largement les moyens de se l'offrir rien qu'avec sa réserve de liquidités. Mais ça ne suffit pas d'avoir les moyens, encore faudrait-il que les actionnaires soient vendeurs… Et puis, pas dit non plus que ça intéresse Apple plus que ça.

avatar Claude Pelletier | 

Merci beaucoup à Kostoglotov pour cette anecdote marquante sans oublier l'auteur de l'article pour avoir fait ressortir les enjeux de fond, les logiques industrielles combinées et concurrentes des protagonistes.

avatar juluparien | 

j'aimais bien les produits adobe quand j'étais sur pc mais depuis que je suis sur mac c'est la cata tellement leur produits manquent d'optiminsation
quand dans premiere tu lance un apercu d'une vidéo importée au format dv et que ca rame comme pas permis tu passe a autre chose(c'etait sur un macbook). Le meme apercu sous final cut passe tout a fait normalement
Donc avant de critiquer apple qu'il nous offrent d'abord des produit optimisé de manière, au minimum, correcte

avatar ziggyspider | 

@ Zek
Illustrator, lui, est arrivé à la version 4, la première qui a permis de travailler directement sur la prévisualisation en wysiwyg. Avant, on travaillait sur les tracés, puis il fallait faire pomme+Y pour visualiser l'image, puis pomme+Y pour retourner travailler sur les tracés.

avatar bugman | 

Qu'ils s'arrangent déjà pour que je puisse installer ma CS4 (numéro de série) sur mon nouvel i5 (touche 3 qui ne passe pas), on se demanderait presque si c'est pas fait exprès ! Enfin, merci Textedit, mon sauveur. M'en fou (après tout) suis trop content avec cette machine de rêve, vais m'éclater ! (excusez moi pour ce message de surexcité, qui n'a rien à faire ici, mais suis en mode gros gosse qui a eu son nouveau 'zouet' !)

avatar YARK | 

Et ouiiii ( d'accord avec Madalvée) :

http://www.milic.com/indesign/ article du 09/10/2009

Adobe se fout DE + EN + des utilisateurs Mac.

RACHAT !!!
Car, pour reparler d'un article récent sur ces pages, je vois mal Apple contrer Photoshop avec un autre produit (Photoshop est trop enraciné dans pas mal de têtes), Par contre s'il était développé par Apple, alors là :
et d'un, il serait forcément mieux optimisé (quoique commençant à connaître la pomme, faut pas être pressé)
et de 2, on pourrait garder ses habitudes de travail avec calques, psd, pdf etc...
Et forcément, le pdf - QUI EST DEVENU UN STANDARD EN PAO - redeviendrait fiable et agréable : c'est quand même un comble d'être obligé de se servir de Pitstop sur un PC parceque le couple Acrobat+Pitstop Mac devient trop bugué quand on a un document pdf assez important !!! (plantages, roue multicolore...)

avatar josselinrsa | 

Adobe développe certainement de bons softs de graphistes, mais ça reste de grosses billes en orthographe ! Je viens de recevoir un mail faisant la promotion de leurs tutoriels en ligne : méga faute dans le gros titre... Sans être un maniaque de la langue française (quoique, j'avoue c'est parfois fatigant de lire les commentaires de blogs, c'est pas une exclu Mac G...) pour une boîte qui a pondu un standard de polices, ce serait bien de savoir placer les bonnes lettres au bon endroit... surtout dans un papier à dimension marketing com...

avatar xx-os | 

N'oublions quand même pas que ce n'est jamais Apple qui a fait de coups de Jarnac mais l'inverse...
1) Adobe ne voulait pas libérer ss polices de type 1, ce qui fait qu'elle coûtait excessivement chère (une collection de fontes Futura coûtait dans les 4 à 6 000 FRF en 92. c'était l'horreur pour trouver des polices. Apple a demander à Adobe d'ouvrir ses polices type 1 afin que d'autres puissent en fabriquer et les démocratiser. Adobe a toujours refusé. Résultat Apple a créé les polices True Type ouvertes à tous, et Adobe s'est enfin résolu à les ouvrir par la suite.

2) Concernant Première, malgré les demandes répétées d'Apple, Adobe ne mettait plus à jour Première sur Mac, et Première sur PC prenait vraiment beaucoup d'avance. Résultat, Apple a sorti Final Cut et on a vu le résultat.
De même pour la vidéo, Apple s'est échinée depuis 15 ans à créer QuickTime et QTTS, pour se faire empapaouter par cette daube de flash!!!

Avouez qu'il y a de quoi en avoir gros sur la patate...

Chez Adobe, ils devraient faire gaffe, car à ces petits jeux-là, ils perdent à chaque fois, et Apple est en train de réussir leur coup, c'est à dire réussir à les écarter des appareils nomades et à reprendre pied sur ces derniers. Je parie qu'on aura une version photoshop light by Apple très vite sur iPad, sans concurrent, qui basculera paisiblement sur nos macs - sans aucun doute, le tactile arrivera forcément sur Desktop d'une manière ou d'une autre et s'associera de manière complémentaire à un usage traditionnel - le terrain de jeux et l'aire de lancement c'est l'iPad et bientôt plus de 100 millions d'utilisateurs.

Et c'est par ce genre de moyens détournés, qu'Apple arrive à reprendre la main... cf les jeux sur iPhone alors qu'il était impossible de prendre pied sur Mac, QuickTime sur PC grâce à iTune, Safari sur iPhone majoritaire sur mobile alors que quasi inexistant sur PC, Video H264 sur iPhone (et Google) qui a contraint Adobe de sortir un lecteur flash capable de lire ledit codec.

avatar Macinlove | 

Ce que j'aime c'est quand on dit qu'il est impossible de créer un soft concurrent à Photoshop à cause des habitudes des utilisateurs... Bien sur que c'est possible, il suffit de voir comment Xpress s'est fait tailler des croupières par In Design!
Un an avant l'arrivée d'In Design, tous les gourous de la PAO auraient dit que c'était impossible !

avatar YARK | 

Je veux bien être d'accord avec toi Macinlove, mais je trouve le problème là réellement différent : la grosse différence entre Quark et InDesign tient principalement dans le nombre de clicks pour arriver au même résultat. Sur Photoshop, ben je vois pas ce qui est superflu, je trouve que l'interface pourrait certes être améliorée, mais à part ça...
Bon, maintenant je te rasssure, je veux bien être agréablement surpris, promis, si Apple lance son PhotoshopKiller, sûr que j'essaierai.
Je demande à voir...

avatar GerFaut | 

Si Apple sort un équivalent PhotoShop et Flash (genre HTML5 et CSS : cf. [https://www.macg.co/news/voir/142911/du-css-pour-faire-de-la-3d]), je suis tout de suite preneur.

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