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Le Mac au LOG

Vincent Absous

mercredi 21 mars 2007 à 12:06 • 9

AAPL

Le Mac et l'Éducation nationale, ce n'est pas une histoire simple. Ça va, ça vient, en quelque sorte. La marque à la pomme est loin d'avoir toujours bonne presse auprès des décideurs (l'État, les régions, les départements…), des professeurs, des responsables informatiques au sein des établissements, qui ne jurent tous, le plus souvent, que par le PC et Windows. Et pourtant, des enseignant qui utilisent et aiment le Mac, cela existe. Nous en avons rencontré un. Il s'appelle Yaël Briswalter. Prof de Lettres, il est aussi développeur et formateur. Nous lui avons posé quelques questions…

- Tu enseignes au Lycée Ouvert de Grenoble, le LOG. Qu'a de particulier cet établissement public ?

Le lycée ouvert de l'académie de Grenoble est une structure qui propose des cours, des activités, des séquences complètes en ligne pour aider les enseignants à suivre des élèves qui ne peuvent assister normalement aux cours. Il s'agit essentiellement de sportifs de haut niveau (skieurs, judokas), d'élèves hospitalisés pour une longue période (en partenariat avec le Lycée Collège à Domicile et à l'Hôpital), voire d'élèves en situation d'échec scolaire.


- En quoi l'informatique joue-t-elle un rôle particulier, différent certainement, dans cet établissement ?

Tous les cours sont accessibles en ligne. L'informatique est en effet essentielle pour permettre aux élèves de travailler souvent seuls, sans enseignants (même si des tuteurs les suivent régulièrement). Grâce à l'ordinateur, on peut suivre un enseignement modulaire, et faire les exercices, lire des cours et rédiger des devoirs dont on a besoin. Les cours proposent donc plusieurs modes d'accès : on peut suivre une séquence complète ou une séance en particulier. C'est là une des spécificités de nos cours : un tuteur doit pouvoir trouver rapidement une ressource qui peut être utilisée soit ponctuellement, soit dans une progression plus suivie. C'est d'ailleurs dans cette optique qu'a été programmé ELOGES (Environnement du LOG pour l'Elaboration de Séquences) : le logiciel permet d'accéder aux exercices en fonction de divers critères, ou en suivant le déroulement d'une séquence.

- D'ailleurs, quel est le parc informatique du LOG ?

Chaque enseignant est doté d'un ordinateur portable. Les équipes de philosophie, d'histoire-géographie et en partie de lettres utilisent des iBook.

- Pourquoi, dans ces conditions, le choix personnel du Mac ?

Je travaille sur Mac depuis 1986, et si je suis resté fidèle à cette plateforme, c'est à la fois pour sa convivialité que pour sa simplicité et sa fiabilité. Même si les autres systèmes d'exploitation se sont améliorés ces dernières années, avec Mac OS X, on est sûr qu'une heure de travail se fait… en une heure, et non pas en trois, dont plusieurs consacrées à résoudre tel conflit, retrouver telle dll ou lutter contre une infinité de virii. En somme, je suis toujours plus efficace avec un Mac qu'avec un PC, même en classe : je pense à la possibilité de connecter un vidéo-projecteur sans redémarrer par exemple, ou encore à la fonction zoom de Mac OS, et surtout aux iApps.

- Comment, au jour le jour, se passe la vie d'un enseignant utilisateur Mac confronté à un univers avant tout PC ?

Dans les divers établissements où j'ai enseigné, le responsable informatique était toujours effaré que j'aie un Mac et que j'aie en plus l'idée saugrenue de la connecter au réseau de l'établissement, ce qui n'a techniquement jamais posé de problème, malgré la carapace épaisse que constitue HARP, logiciel de gestion réseau installé dans tous les établissements de l'académie.
J'ai longtemps été obligé de saisir les notes dans l'établissement et non sur ma machine personnelle, à cause de l'incompatibilité des logiciels de note. Il y avait bien Virtual PC, mais c'était effroyablement lent, et peu fiable, pour des données sensibles.


- Le passage au MacIntel change-t-il vraiment les choses dans ce cas ? en quoi ?

Le MacIntel et Bootcamp (ou Parrallels) sont la solution idéale, et pour la saisie des notes, et pour tester les logiciels pour Windows. C'est une véritable révolution d'avoir une machine qui propose le meilleur sans interdire l'accès à des applications spécifiques à l'éducation qui ne sont pas encore prévues pour le Mac.

- Les petits mythes liés au Mac sont-ils toujours aussi vivaces dans l'Éducation nationale ? Comment démythifier le cas échéant ?

Le prix et l'incompatibilité sont encore des arguments que l'on entend parfois. Ces idées reçues ont la vie dure. À cela s'ajoute la force de l'habitude…

- On sent toutefois un retour du Mac dans le monde de l'éducation. Le ressens-tu également ? Si oui à quel niveau ? Comment cela se manifeste-t-il pour toi ? Quel a été le déclencheur ?

En effet, il y a un frémissement sensible ; mais s'il est reste parfois difficile d'acheter du matériel Apple dans les établissements, les collectivités territoriales ne s'y opposent pas, et plusieurs établissements de l'académie ont été équipés assez récemment de Classes Mobiles Apple, ce qui est un signe fort. De manière plus subjective, je dirais que je vois de plus en plus de collègues acheter un Macbook ou un iMac.
Par ailleurs, j'ai la chance d'appartenir au réseau ADE (Apple Distinguished Educator), et je peux, notamment au cours des ITICA ou lors de stages de formation d'enseignants, observer qu'OS X et surtout iLife suscitent un engouement sensible. Créer un podcast enrichi en situation pédagogique ou un site Web, se fait avec un simplicité enfantine, et l'on peur réaliser des travaux impossibles à réaliser avec un seul logiciel sur PC.

- Tu parles des classes mobiles. Apple est-elle la seule à proposer un tel produit ? En quoi, finalement, un décideur, en milieu scolaire, devrait-il choisir une telle solution plutôt que de continuer à faire comme il fait le plus souvent aujourd'hui : construire son équipement informatique selon ses propres besoins ?

La Classe Mobile est un outil extraordinaire. Une armoire blindée qui permet de recharger les portables, une borne Aiport, une imprimante, et bien sûr des Macbooks. Cette configuration répond à toutes sortes de besoins : avec iLife, MacOS X, éventuellement Keynote et Pages, plus tous les logiciels libres que l'on peut utiliser en situation pédagogique, sans compter Apple Remote Desktop : on peut faire face à toutes les utilisations pédagogiques possibles. Cela va plus loin : la Classe Mobile offre des possibilités uniques (je pense aux podcasts enrichis, qui contiennent liens, chapitres, etc. Quand je montre cela à des enseignants, la même question revient toujours : "Comment peut-on faire la même chose avec Windows".). À cela s'ajoute l'utilisation de l'iPod, mise en place dans un établissement de Savoie dans le cadre de l'apprentissage des langues, par exemple.
On voit donc, que la Classe Mobile, si elle peut répondre à des besoins ponctuels offre par ailleurs des perspectives insoupçonnées au départ : choisir cette solution ouvre des perspectives innovantes aux enseignants.


- Tu es par ailleurs ADE. Qu'est-ce qu'un ADE ? Comment as-tu rejoint ce réseau ?

Les Apple Distinguished Educators constituent un réseau d'enseignants experts dans l'utilisation des TICE. Il sont une quarantaine environ en France, dans le primaire, le secondaire et le supérieur ; ce sont eux notamment qui animent les ITICA, moments forts de formation des enseignants désireux d'utiliser les TICE en classe.
Il y a quelques années, j'ai répondu à une candidature… qui est restée probablement dans un tiroir. J'ai ensuite été contacté en mai 2006 ; la publication d'ELOGES, notamment n'est probablement pas étrangère à cette proposition.
En tout cas je suis très heureux d'appartenir à ceux groupe : ses membres sont des enseignants très impressionnants de par leur savoir-faire, et j'apprend énormément à leur contact.


- Qu'en est-il du discours de l'institution sur le podcasting ?

La diffusion pour baladeur est un outil pédagogique exceptionnel, dont on commence à entrevoir la portée. Le ministère y accorde donc de l'intérêt et apporte son soutient aux actions académiques telles que celle menée par l'équipe lettres de l'académie de Grenoble.

- Quelle place peut-il occuper dans l'enseignement ?

Le podcast enrichi est très intéressant : on a bien sûr une bande sonore, mais aussi des images, des vidéos, des chapitres des liens, ou du texte. C'est donc un outil multi-communicationnel qui permet de placer le savoir dans les baladeurs mp3 de nos élèves, ou de faire réaliser aux élèves des documents multimédias complets. Le podcast prend donc une place prépondérante pour permettre de lire ou écouter des textes de tous ordres (littéraires, documentaires, linguistiques…), suivre des cours (un diaporama peut accompagner la voix), mener une étude de l'image, et se documenter (notamment grâce aux liens vers le Web) : le podcast est probablement un acteur qui comptera dans la mise en place du B2i et du Socle commun des compétences.

Ce qui est déterminant dans cette technologie est la simplicité et l'interopérabilité : on consulte les fichiers avec un navigateur Web, dans un logiciel capable de lire les podcasts, ou un baladeur. En poussant ce concept à l'extrême, on peut même se passer de l'ordinateur : un podcast peut être reçu et lu sur un appareil mobile capable de se connecter à Internet, comme un téléphone, par exemple…

(On pourra consulter sur ce sujet le site de l'académie de Grenoble)


- Pourquoi Éloges et Logotype ?

Ces logiciels ont été élaborés pour répondre aux besoins spécifiques du LOG, mais aussi répondent aux besoins que j'ai moi-même en classe.
ELOGES permet à tout enseignant de créer facilement des exercices, et de les organiser en séances et en séquences ; ces exercices peuvent êtres réalisés par les élèves en classe entière, en soutien, ou en autonomie, à la maison par exemple. Les QCM et textes à trous n'ont rien de révolutionnaires, mais le relevé d'occurrences par exemple est une fonction inédite qui à mon sens est indispensable, au collège, pour apprendre à observer des indices dans un texte. Vient ensuite les travail d'interprétation, qui se construit avec l'enseignant ou le tuteur.

Logotype était à l'origine une partie d'ELOGES, qui contenait un dictionnaire de termes littéraires. Plutôt que de faire à la main tous les liens entre les articles (il y en a plus de 300), je me suis dis qu'un outil capable de créer tout seul des liens hypertextes d'un article à l'autre serait utile. Le logiciel a rencontré un succès que je n'attendais pas, en dehors de l'éducation ; pour la classe, c'est un outil qui permet de faire de l'hypertexte sans perdre du temps à faire de l'informatique, mais en se concentrant sur l'essentiel, le savoir.

- Comment sont développés ces deux logiciels ? Comment gères-tu le développement sur Mac et sur PC ?

Ils sont tous les deux développés avec Director. Pour des raisons de souplesse et de fiabilité, je développe sur Mac (même si Director n'est toujours pas optimisé Intel), puis compile ensuite pour Windows. C'est là que les solutions de virtualisation sont essentielles pour tester les produits.

- Combien de copies Mac pour combien de copies PC ?

Logotype a été téléchargé 18000 fois en deux ans, ELOGES 20000 fois en quatre ans. Je n'ai pas de chiffres exacts pour ce qui est de la proportion Mac/PC. Tout ce que je sais, c'est que lorsqu'un logiciel est mis à jour, le taux de fréquentation de Mac passe de 5 à 50 % du nombre de visiteurs pendant quelques jours.

- L'académie de Grenoble soutient-elle le projet ?

Ces logiciels ont été développés dans la cadre du LOG : une partie de mon travail était donc destinée à cela et le sera encore, bien que le fonctionnement du LOG soit appelé à changer. J'ajoute que si je me suis chargé de la programmation, le cahier des charges a été élaboré en équipe avec notamment Philippe Olivier (Interlocuteur académique lettres et tice) et l'inspection.
Par ailleurs, les licences de Director, et de V12 ont été financées par l'académie.

- Quelles sont les évolutions à venir pour l'un et pour l'autre ?

ELOGES va maintenant être développé par l'ingénierie du CRDP de Grenoble. Le logiciel restera libre, bien sûr, mais des contenus d'enseignement seront aussi proposés à la vente. Logotype sera toujours développé par mes soins, ainsi que BTI ; les futures évolutions dépendent des demandes des enseignants.
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