MIT : 150 ans d'excellence

Nonoche |
Le Massachusetts Institute of Technology célèbre cette année son cent-cinquantième anniversaire. Situé dans la ville de Cambridge tout comme l'Université de Harvard, autre fleuron de l'éducation américaine, le MIT a été fondé en suivant le modèle européen des écoles polytechniques, en mettant l'accent sur la collaboration avec l'industrie, mais également l'armée américaine : c'est elle qui finança le projet ARPANET, l'ancêtre d'Internet né au MIT en 1965.

Les professeurs, parmi lesquels on trouve notamment de nombreux lauréats du prix Nobel, dispensent chacun leurs cours de deux manières : les cours magistraux dans une matière, et leur mise en application dans les différents laboratoires (vous pourrez suivre gratuitement certains cours du MIT sur iTunesU et sur le site dédié du MIT). Les étudiants présentent leurs thèses sur des cas pratiques, et le MIT conserve la propriété intellectuelle des découvertes qui y sont faites. L'institut a une profonde culture entrepreneuriale, nombre d'étudiants fondent leur propre société au sortir de l'école, souvent avec une licence d'exploitation accordée par le MIT sur le résultat de leurs propres thèses.

Ce sont des anciens élèves du MIT qui ont fondé ou co-fondé des sociétés telles qu'Intel, Texas Instruments, 3COM ou encore Qualcomm. Parmi les illustres anciens élèves, on trouve notamment Benyamin Netanyahou, Kofi Annan, plus du tiers des astronautes américains (dont Buzz Aldrin qui fut le deuxième homme à marcher sur la Lune), et pas moins de soixante-seize lauréats du prix Nobel. Les matières enseignées, d'abord restreintes aux sciences physiques et à l'ingénierie, se sont étendues à d'autres disciplines au cours des 60 dernières années, pour inclure également la biologie, l'économie, la linguistique, les sciences politiques et la gestion.

http://static.macg.co/img/2010/10//geeks-xing-20110204-142646.jpgLe campus de 68 hectares, intégralement couvert en WiFi, est une ville dans la ville : le MIT dispose de ses propres banques, magasins, cafés, et même… son propre réacteur nucléaire. Tout est fait pour que les étudiants soient dans les meilleures conditions. Au détour d'une rue, on surprend des bribes de conversations surréalistes entre deux passants "…on a pu stopper le processus de vieillissement…" Bienvenue au MIT…



Les étudiants, malgré le prestige des lieux (ou peut-être à cause de lui), ont une culture iconoclaste qui se transmet de promotion en promotion depuis les origines du MIT. Ainsi, l'institut subit régulièrement des "hacks". Il ne s'agit pas de la violation de systèmes informatiques : au MIT, un "hacker" est "quelqu'un qui réalise un travail intéressant et créatif de grande intensité". De fait cela vire souvent à la farce potache et brillante, qui va de la profanation du vénérable dôme du campus pour le grimer en R2D2, jusqu'à remplacer une fontaine à eau par une lance à incendie (en écho à une phrase du Président de l'institut, selon qui "suivre des études au MIT c'est comme essayer de boire à une lance à incendie").

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L'un des emblèmes du campus et de son folklore est l'acronyme IHTFP (pour "I Hate This Fucking Place", mais bien d'autres phrases y ont été associées). Les étudiants ont même inventé une nouvelle unité de mesure, le "smoot", du nom de leur camarade Oliver Smoot, utilisé pour mesurer la longueur du Harvard Bridge qui relie Boston à Cambridge en enjambant la rivière Charles ("364,4 smoots, à plus ou moins une oreille", la mesure ayant été effectuée en faisant s'allonger Oliver Smoot à même le pont. Celui-ci conserve la trace des repères sur son bitume, comme "à mi-chemin de l'enfer" avec une flèche pointant vers le MIT). Google inclut cette unité dans son outil intégré de conversion de mesures, et c'est également une unité optionnelle dans Google Earth.

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Le musée du campus conserve religieusement les archives de ces "hacks" pour la postérité, en plus d'une magnifique collection d'hologrammes, la collection Polaroïd (dont l'inventeur, Edwin Land, est un ancien élève du MIT et une idole pour Steve Jobs, lire Apple, Jobs : John Sculley à cœur ouvert), ou encore des différents robots nés en collaboration avec la NASA.

C'est de cette culture du hack qu'est né le logiciel libre, puisque c'est au cours de ses études au MIT que Richard Stallman mit au point le projet GNU, qui donnerait plus tard naissance à la licence du même nom et à la Free Software Foundation. Stallman est d'ailleurs résident permanent du laboratoire CSAIL (Computer Science and Artificial Intelligence Laboratory) du MIT. Ce laboratoire est le plus vaste du campus, tant en nombre de membres que dans l'étendue de ses recherches. Il est situé dans le Stata Center, un bâtiment à l'architecture audacieuse qui héberge également le bureau principal du W3C. C'est aussi au Stata Center qu'on retrouve le département de la linguistique et de la philosophie, où un certain Noam Chomsky enseigne depuis 55 ans.

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Le Stata Center


Nicholas Negroponte est un autre membre émérite du MIT. S'il a surtout fait parler de lui ces dernières années pour le projet One Laptop Per Child (lire OLPC : bilan en demi-teinte), Negroponte n'en reste pas moins l'un des fondateurs du célèbre Medialab du MIT. Pour vous donner une idée des avancées permises par le Medialab, regardez cette fascinante conférence TED de 25 minutes (sous-titres en français disponibles), donnée par Nicholas Negroponte. Il y fait diverses démonstrations : vidéo interactive, liens hypertextes, écrans tactiles, téléprésence, et même les bases de ce qui deviendra l'OLPC, tout cela en… 1984, un mois à peine après l'arrivée du tout premier Macintosh sur le marché, qu'il évoque d'ailleurs.



Plus près de nous, le projet SixthSense du Medialab dessine l'avenir de l'informatique nomade et transparente.



De quoi laisser songeur sur ce que sera la portée des travaux du MIT dans 150 ans. Nous aurons l'occasion d'y revenir plus en détail, puisque nous avons eu la chance de rencontrer l'un des professeurs du MIT, dont nous publierons l'interview prochainement.
avatar sekhmet | 
fantastique, un lieu mythique, merci de nous le faire un peu découvrir.
avatar Noobi62 | 
La deuxième vidéo est incroyable... Un génie le mec! Sur le cul, je suis. Merci pour ce post MacGé ;)
avatar Oyama | 
Merci.
avatar iBaby | 
Incroyable vidéo en effet. Je n'ai pas compris si l'inventeur de sixthsense était la femme qui le présente où l'homme. Le site dit que cette personne a rejoint Microsoft en 2009.
avatar Nonoche | 
La femme, Patti Maes, est professeur au MIT (dans le cadre du programme pour les Arts et Sciences des Médias), et l'homme, Pranav Mistry, était son étudiant et l'inventeur de SixthSense.
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Attention comment MacG il a de la ressource ;-) Carrément une interview d'un prof du MIT ? Vous avez fait quoi pour obtenir ça ?
avatar iBaby | 
@ Nonoche : Ok, merci. C'est difficile de se représenter Sixthsense à partir d'une vidéo, sans l'avoir utilisé, parce que ça fait penser à un canular. J'espère vraiment que ce soit prêt pour une distribution grand public dans moins de dix ans.
avatar Nonoche | 
@ Ptimac : c'est très simple, en route pour le CES, on s'est arrêté à Cambridge, on a vu de la lumière, ça sentait bon, et hop ;¬)
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Rha je me disais aussi quel gourmand ce Nonoche !!
avatar toniof | 
Merci Un régal, ce genre d'article...
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Merci pour cette article instructif et ses vidéos des plus intéressantes, un régal.
avatar Switcher | 
Les deux vidéos sont bluffantes. Negroponte, j'avais eu l'occasion d'étudier de près ses travaux en fac de com', mais le "6th Sense" paraît prometteur à terme. Même si comme le souligne Patti Maes, certains usages pourraient être soumis à caution. :) Très très bon article, une nouvelle fois.
avatar HAL-9000 | 
Noam Chomsky, un grand homme. Je conseille d'ailleurs la lecture de ses oeuvres, avec un excellent "La Fabrique de l'Opinion Publique"...
avatar jdlac | 
Merci la rédac! Passionnant article sur un endroit pas toujours bien connu dans nos contrées! Keep up the good work!
avatar BlueVelvet | 
J'ai visité le MIT il y a quelques années, impressionnant en effet l'esprit de recherche tous azimuts qui y règne. Ne pas oublier, pour comparer avec nos universités européennes, que le MIT compte en gros? 17000 étudiants (au max)? Comme une école comme l'EPFZ (Suisse) par exemple... Et que sa recherche est largement financée par... des fonds publics (agences fédérales militaires, de santé, etc). Le MIT reste mythique, mais les universités européennes ont tous les atouts pour entrer dans la course! Aller, les prochaines start-up!
avatar vvincent | 
Merci de m'avoir fait rêver. Et je confirme vos dires, ayant un fils préparant Un MBA à Boston (pas au MIT). Même s'ils ont pris comme modèle nos écoles polytechniques, ils ont su l'adapter et le transformer. L'enseignement dispensé est exceptionnel, et la qualité des enseignants est d'un autre monde. Mais il est vrai que ce ne sont pas des fonctionnaires, et que l'idéologie n'est pas leur crédo.
avatar HAL-9000 | 
Les commentaires à la vvincent me font marrer… Bien sûr que ce sont les meilleurs qui sont au MIT, puisqu'ils sont séléctionnés sur ce critère ! Par contre, dans le rôle d'éducation pour tous, les US SONT A LA RAMASSE, ce qui n'est pas le cas de la France.
avatar harisson | 
Sympa cet article :) Le MIT "produit" vraiment des talents.
avatar Rom33 | 
Le MIT et Harvard sont à Boston, pas à Cambridge.
avatar Nonoche | 
@ Rom33 : MIT : 77 Massachusetts Ave, Cambridge, MA Harvard University : 100 Edwin H Land Boulevard, Cambridge, MA Mais il est vrai qu'on peut se tromper facilement, les deux villes se jouxtent.
avatar DrFatalis | 
"Le MIT reste mythique, mais les universités européennes ont tous les atouts pour entrer dans la course! " Mais oui mais oui, tu les as bien vu les universités... françaises (pour les autres, je n'en dirais rien). Pour les avoir longuement pratiqués, tu peut toujours attendre pour y voir germer autre chose que le conformisme, le pantouflage et la médiocrité, le tout aggravé par des moyens dignes du dix huitième siècle... HAL 9000: "Dans le rôle d'éducation pour tous, les US SONT A LA RAMASSE, ce qui n'est pas le cas de la France." Ben tu devrais lire le résultat du classement PIUSA en sciences: bien que nous soyons devant les USA malgré leur enseignement secondaire minable, que l'on est assez stupide pour reproduire, ils ne sont pas très loin derrière. Quant à "l'éducation pour tous", je vois assez mal, même en tant que prof, ce dont il s'agit, ou bien disons que je vois très bien sa faillite.
avatar rapx3 | 
Merci MacG, article extrêmement intéressant, j'adore le MIT !!!
avatar bricoleur | 
Noam Chomsky, justement, explique très bien, dans "Comprendre le pouvoir" (Ed. Aden), que c'est précisément grâce aux fonds publics, ceux destinés à la recherche militaire, que les industries de pointe peuvent se développer. Aucune industrie privée n'a les reins assez solides pour faire de la recherche et mettre au point mettons, un assemblage de transistors qui va donner un microprocesseur, sur ses seuls fonds privés. Ça coûte trop cher. Aucune entreprise n'aurait pu développer internet, sans l'argent de l'armée (du contribuable américain). Le Pentagone finance le MIT, qui fait de la R&D, et une fois les processus fondamentaux au point, les entreprises privées vendent au public des machines soi-disant inventées dans un garage. C'est donc tout le contraire de la fameuse émulation de l'entreprise privée. C'est le public qui régale… Au Japon, explique encore Chomsky, le processus est plus efficace, car le bureau qui utilise l'argent des impôts pour la recherche fondamentale est un ministère gouvernemental (et pas militaire comme le Pentagone) orienté vers le développement industriel. Le MITI coordonne la recherche vers le marché et celle-ci est directement exploitée par les industriels, qui peuvent mettre au point des produits vendables. C'est plus facile que d'essayer de trouver des applications civiles découlant des nouveaux armements sophistiqués mis au point dans ces écoles polytechniques. Ce qui serait bien, toujours selon Chomsky (mais c'est vrai que ça mérite réflexion), c'est que le public, qui paie la recherche avec ses impôts, aie le pouvoir, le droit, de se prononcer sur les directions de recherche. Par exemple: mettre au point des médicaments bon marché, des processus de production non-polluants, des vêtements qui s'usent moins vite, des méthodes d'agriculture non destructrice de l'environnement, des ordinateurs qui durent au moins dix ans, plutôt que des bombes qui tuent encore plus efficacement que celles de l'année dernière. A réfléchir, camarades…
avatar bricoleur | 
Le livre de Noam Chomsky: http://www.librairiedialogues.fr/livre/823476-comprendre-le-pouvoir-l-indispensable-de-choms--noam-chomsky-ed-aden
avatar Jiip | 
C'est bien de faire rêver, mais cela n'autorise pas à dire n'importe quoi. Les résultats des thèses des étudiants n'appartiennent pas à l'université, mais à eux. Seuls les résultats des recherches menées par les enseignants et les chercheurs salariés par l'université lui appartienne. Et Havard comme le MIT sont situés à Cambridge, banlieue de Boston.

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