C’est une évidence que l'on ne cesse de répéter : l'intelligence artificielle générative va bouleverser un nombre incalculable d'industries. Et le septième art se trouve en première ligne. À l'heure actuelle, le modèle traditionnel de production cinématographique est un gouffre financier et temporel. L'exemple d’Avatar : La Voie de l’eau est à ce titre éloquent. Pensé par James Cameron au début des années 2010, tourné à partir de 2017 et diffusé fin 2022, le film a nécessité plus d’une décennie de travail pour un budget titanesque estimé à au moins 350 millions de dollars. Et si l'IA pouvait redistribuer les cartes ?
Si certains studios commencent à intégrer l'intelligence artificielle par petites touches, d'autres créateurs ont fait le choix d'une approche radicale. C’est le cas de Kévin Mendiboure, qui a publié sur YouTube ce printemps Catacombes, un court-métrage de science-fiction de 20 minutes produit intégralement grâce à l'IA générative.
Le succès d'estime ne s'est pas fait attendre : 27 000 vues en cinq jours, pour franchir tout récemment le cap des 100 000 visionnages. Le film vient d'ailleurs d'être officiellement sélectionné à l'Artificial Intelligence Media Festival qui se tiendra à Los Angeles en octobre prochain.
Sans IA, ce projet aurait coûté 750 000 €
La genèse de Catacombes suit dans un premier temps un cheminement classique : écriture du scénario, préproduction, conception des éléments clés de l'univers. Mais au moment de faire tourner les caméras, Kévin Mendiboure s'est tourné vers l'intelligence artificielle. Comme il nous l'a confié lors de notre entretien, l'outil ne remplace pas le fond :
La partie la plus importante dans la création d'un film, qu'il soit fait avec l'IA ou non, c'est le scénario. La caméra, au même titre que l'IA, n'est qu'un outil. La magie n'opère que si l'on a une bonne histoire à raconter.
Pour le réalisateur, il ne s'agit pas d'une guerre de substitution. « De mon point de vue, l'IA ne remplacera pas le cinéma ; je la vois plutôt comme une nouvelle catégorie créative, de la même manière que les images de synthèse ont créé un nouveau paradigme lors de la sortie de Toy Story. »
L'idée de Catacombes germait en réalité depuis longtemps. Le réalisateur avait imaginé ce concept il y a plus de dix ans, alors qu'il développait les idées de son long-métrage The Follower, sorti en 2017. Le frein principal ? L'argent. À l'époque, il avait chiffré le projet à un minimum de 750 000 euros, dont une immense partie allouée aux décors et aux effets spéciaux. « Je n'avais aucun producteur prêt à me soutenir. En France, la science-fiction horrifique n'est pas particulièrement prisée, les producteurs préférant miser sur les comédies ou les drames sociaux, ce qui n'est pas vraiment mon genre », explique-t-il. Il était donc impensable de réaliser ce court-métrage avant la récente bascule technologique.
En comparaison, le réalisateur estime que l'ensemble du projet lui a demandé environ 4 000 $ (3 475 €) en abonnements aux offres IA et jetons consommés pour générer les vidéos. C'est vraiment peu face aux 750 000 € d'un tournage traditionnel.
Un mois de travail et 3 229 prompts plus tard…
Le point de bascule a eu lieu le 10 avril dernier. À l'affût de l'évolution des outils génératifs, le réalisateur cherchait depuis trois ans une solution offrant un niveau de qualité suffisant.













