Pourquoi Google ferme Android

Anthony Nelzin-Santos |

L’ouverture d’Android est fortement conditionnée par les intérêts des sociétés impliquées dans son développement. Alors que les fabricants et les opérateurs vont parfois à l’encontre de ses intérêts, Google reprend de plus en plus fermement le contrôle de son système — en vidant progressivement le projet open source de sa substance.

Le succès d’Android n’est en effet pas entièrement le succès de Google, qui s’est prise à son propre piège. L’ouverture et la gratuité lui ont permis de se libérer de la tutelle d’Apple dans le monde du mobile, avec ses applications et ses services en embuscade. Mais elles ont aussi permis à d’autres de se libérer à leur tour de la tutelle de Google.

Ainsi, moins de 6 % des applications Android téléchargées en Chine le sont à partir du Play Store : les services de Google sont totalement absents de l’écrasante majorité des smartphones chinois. Car ce n’est pas Android qui est populaire en Chine, mais des forks d'Android comme le Yi OS de Baidu, sur lesquels la firme de Mountain View n’a aucun contrôle.

Des captures de Yi OS.
Des captures de Yi OS.

Du contrôle, elle en a toutefois sur l’Open Handset Alliance (OHA). Autrefois symbole de la coopération entre les opérateurs, les fabricants et les distributeurs, ce consortium est aujourd’hui une arme qui permet à Google, à défaut de pouvoir combattre ce phénomène, d’au moins le contenir à la Chine.

Aucun de ses membres ne peut commercialiser un appareil utilisant un fork d’Android, sous peine que tous ses appareils perdent leur accès au Play Store. Acer l’a appris à ses dépens lorsqu’elle s'est mise en tête de produire un smartphone sous Aliyun, une variante chinoise d’Android. Le géant Google n’a pas hésité un seul instant à fourbir son arsenal de menaces pour faire plier le petit fabricant taïwanais, avec succès d’ailleurs.

Des captures d'Aliyun.
Des captures d'Aliyun.

Aucun membre de l’OHA ne peut même produire d’appareils utilisant un fork d’Android, sous peine des mêmes représailles. Amazon a ainsi toutes les peines du monde à trouver des composants en grand volume et à prix réduit pour son futur smartphone : les principaux sous-traitants ont prêté serment d’allégeance à la firme de Mountain View. Il ne restait que Quanta pour produire ses tablettes, dont le Fire OS ne contient pas une trace des services de Google, et un partenariat avec HTC aurait des conséquences explosives.

Les conditions de l’OHA sont justifiables : les services de Google sont certes implantés au cœur d’Android comme un cheval de Troie, mais en contrepartie, les fabricants profitent librement d’une base sur laquelle greffer leurs propres services. Comme le fait remarquer Ars Technica, Google a néanmoins considérablement revu à la baisse son implication dans l’Android Open Source Project, rompant au passage un certain équilibre.

Les applications de l'AOSP contre les applications de Google. Image Ars Technica.
Les applications de l'AOSP contre les applications de Google. Image Ars Technica.

Les applications de Google ont toujours été propriétaires, mais Google Search, Google Play Music, Google Calendar, Google Camera et bientôt Google Hangouts et Google Photos justifient aujourd’hui l’abandon de pans entiers de la version libre d’Android. Les plus petits fabricants n’ont d’autre choix que de respecter à la lettre le cahier des charges de l’OHA et de plonger dans une dépendance totale à Google — car il est impossible d’utiliser certains services de Google sans utiliser tous les autres (lire : Google, Motorola et Skyhook : de l'importance du contrôle des données de géolocalisation).

Seuls les plus gros fabricants peuvent résister : est-ce un hasard si Samsung a cloné chacune des applications de Google et développé sa propre suite de services en ligne, allant même jusqu’à proposer son propre SDK et sa propre boutique ? En minimisant l’emprise de Google sur ses clients, le coréen prépare son arsenal au cas où la guerre froide devait tourner à l’affrontement ouvert.

Les applications et services de Google contre ceux de Samsung. Image Ars Technica.
Les applications et services de Google contre ceux de Samsung. Image Ars Technica.

Un affrontement possible : le code d’Android est libre, mais cette liberté est plus que jamais sujette au bon vouloir de Google. Mais un affrontement encore lointain : la firme de Mountain View a résisté à la tentation d’utiliser Motorola comme bras armé. Pour le moment.

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avatar nova313 | 

J'ai eu peur en voyant le titre. Je croyais que Google allait arrêter Android.

Bref, c'est pas trop tôt qu'ils reprennent la main sur Android, car les surcouches proposés bouffent de la ressource au device pour rien. C'est pourquoi je préfère un nexus, avec un OS sans surcouche, et 100% Google, qu'un S4, avec des tonnes de fonctionnalités qu'on utilisent très peu.

avatar puff | 

Et oui, à trop vouloir ouvrir sa plate forme, elle se fait bouffer par les autres. Apple que l'on accepte ou non l'a bien compris y'a longtemps.

avatar Hi me | 

Ça veut dire qu'android va devenir fermé… comme ios

avatar joneskind | 

Plus le temps passe et plus Google ressemble à Microsoft. Et "l'ouverture" d'Android n'est qu'un écran de fumée qui cache une volonté de contrôle totalitaire. J'ai toujours dit qu'Android n'avait rien à voir avec Linux et ça se confirme de plus en plus. J'espère de tout coeur que Canonical parviendra à proposer une alternative intéressante et viable à Android avec Ubuntu Touch. Puisqu'il est question de Libre...

Don't Be Evil.

avatar redchou | 

Google ne sait pas commercialiser de produit.
Il aurait été bien plus judicieux de faire un partenariat honnête avec Apple, plutôt que d'essayer de doubler un de ses partenaires historiques.
Résultat, Android échappe à Google, la pseudo ouverture touche à sa fin...
Merci à tous les contributeurs pour leur bénévolat, en attendant, on refait la même avec Chrome/Chrome OS...
Don't be evil qu'il disait...

avatar Ndddkn | 

J'ai eu peur en voyant le titre. Je croyais que Google allait arrêter Android.

Bref, c'est pas trop tôt qu'ils reprennent la main sur Android, car les surcouches proposés bouffent de la ressource au device pour rien. C'est pourquoi je préfère un nexus, avec un OS sans surcouche, et 100% Google, qu'un S4, avec des tonnes de fonctionnalités qu'on utilisent très peu.

avatar rocksolide | 

Franchement, j'ai gardé mon samsung Galaxy note 2 pendant 6 mois, avant de craquer et revenir sur l'iPhone 5S. L'un des gros soucis des Androphones, c'est l'abandon des MAJ des appareils. Depuis sa sortie, le passage vers la version 4.2 est oubliée, promise initialement pour le mois de mai dernier. Samsung, tout comme les autres constructeurs qui proposent leur surcouches Androide, ne trouvent rien de nouveau à proposer dans les nouvelles gammes, si ce n'est que l'OS à jour. D'ailleurs, la gestion de la mémoire d'un Android est juste incompréhensible. Les experts en matière Garbage Collection sur Android pourront nous expliquer un peu plus comment fonctionne le GC dans ce système...

Ailleurs, les téléphones proposés par google sont maintenus à jour. Mais encore voilà: dans l'utilisation quotidienne, l'Android est tout simplement moins fiable que l'iPhone.

avatar iMakSe | 

Moi qui pensait qu'ils arrêtaient !

avatar Bungie | 

Wé mé Andrauyde cé libre cémieu ke ton iOS pour noob mdr kikoolol

avatar Alex94 | 

Le revers de la médaille de vouloir jouer les gentils open source :-). Si j'étais eux je sortirai THE TÉLÉPHONE de chez Google avec Androïd dessus et je laisserai les autres se démerder avec leurs OS respectifs. On verrait qui ont les meilleurs R&D lol

avatar béber1 | 

non
parce que depuis le début Android a été développé pour répandre le plus possible les services google partout.
C'est pour cela qu'il est la pierre angulaire du développement sur le long terme de Google .

Cette raison ma-jeu-re explique pourquoi la division Moto Mobile est maintenue à un rôle de figuration.
Figuration, parce que cette division est là autant pour montrer ce que devraient être les mobiles Android idéaux... que pour servir de labo aux projets de S. Brin.. que pour servir en fin de compte d'épée de Damocles envers tous les autres constructeurs.

Menace voilée qui n'inquiètent personne en fait, car contraire au plan initial de Google, qui est de répandre le plus possible son Android, afin qu'ils soient partout et incontournable demain (dans un max d'appareils, jusque dans les foyers).

Donc Google, en tant que géant de l'industrie américaine, est assez coincé entre sa posture initiale - d'ouverture, d'offres de services gratuits, etc., ses buts de développements... et les diverses réalités stratégico-commerciales qui heurtent à ses intérêts, notamment avec le developpement d'une Asie qui cherchera toujours ses propres solutions, à moindres coûts si possibles et dans une volonté de moindre dépendance vis-à-vis de solutions américaines, surtout à l'heure de PRISM

avatar flagos | 

Cet article commet une erreur grossière. Les constructeurs sont libres de forker Android mais l'accès au Play Store est conditionné au respect de l'API.

Si le système issu du fork n'est pas compatible, l'accès au play store est effectivement coupé. C'est ce qui permet de lutter contre la fameuse fragmentation, celle des API.

Bref, encore un article qui nous annonce la fermeture d'Android de manière précipitée.

avatar Aughta | 

L'histoire de l'informatique est terminée qu'ils disaient ! Que non, mon brave garçon ! Je n'apprécie pas la tournure que prend les choses, mais bon, je pense qu'au final — du moins je l'espère — ça ne peut que rendre l'utilisateur plus responsable. L'avenir de l'informatique sera un combat d'éco-système. Que les fandroids le veulent ou non, Google va cloisonner son système d'exploitation, car Google en a tout intérêt. Quand je pense que le premier constructeur à vouloir imposer un écosystème c'est Apple, je ne sais pas si je dois être fier, en tant qu'utilisateur de la pomme, d'avoir contribué à cet état de fait. C'est la réalité qui est en marche, ma crainte étant la dépendance à un constructeur. Google ferme Android, Apple ferme iOS, mais au final c'est l'utilisateur qui se retrouve enfermé. Pis, l'utilisateur se fait enfermer de son plein grès, moi y compris. Pour le contenu, ça va, si et seulement si on a la conscience d'esprit d'acheter du contenu dans des formats ouverts. L'impasse c'est les services et les applications, notre adresse e-mail pour commencer, ainsi que nos données confidentielles — Saint Graal de Google.

avatar patrick86 | 

@ Aughta :

Apple aura au moins eu la franchise de ne jamais prétendre vouloir faire un système ouvert, et ouvert du début à la fin.

avatar riri | 

Oh non je pensais vraiment qu'android allait disparaître!

avatar Damze | 

Concernant les clones d'applications de services Google, je me demande juste qui s'en sert...Moi personnellement je n'utilise que Chrome/Play Store/Google Music (interface sympa à mon goût)/Gmail.

Les applications Samsung sont tellement nulles que je les désinstallent à chaque fois...Il n'y a que le calendrier que j'utilise et encore assez rarement.

avatar Aquarius87 | 

C'est la raison que je n'aime pas Android et qu'Apple à compris qu'un système fermé est meilleur qu'un système ouvert Google à probablement plus de part de marché mais son éco-système est catastrophique.
Quand on veut faire un système cohérent et unique l'open souce n'est pas une bonne idée.

avatar patrick86 | 

Il est de plus en plus évident que Google fait du libre et/ou de l'open-source, quand ça l'arrange.
Pourquoi avec opté pour un système GNU/Linux ? Parce que la base était déjà toute faite.
Pourquoi avoir participé au projet Webkit ? Pour avoir de quoi faire son propre moteur de rendu en ayant fait qu'une partie du boulot.

Et puis ça donne une bonne image — "Don't be evil" comme ils disent — qui n'est pas superflue pour une entreprise dont le font de commerce est la pub et l'exploitation des données des utilisateurs/produits.

Je n'ai rien contre le logiciel libre et participatif ! Mais là, les intentions de Google son claires : ils n'ont AUCUN engament dans le Libre.

avatar CNek | 

Je ne serais pas aussi catégorique, pour WebKit notamment.
À l'origine Apple, dans le but de s'affranchir d'IE 5.5 notamment a récupéré le moteur d'un projet libre : Konqueror.
Elle l'a amplement amélioré, puis l'a délaissé quand Google est arrivé, celui-ci devenant le premier contributeur actif de WebKit.
Il y a beaucoup d'entreprise qui use du libre par opportuniste, mais ça a le mérite de booster et fédérer certain projets prometteur mais trop confidentiellement utilisé (LLVM par exemple).

avatar patrick86 | 

@ phykiss :

D'un autre côté, personnellement, je préfère autant que Google ne participe plus à Webkit.

C'est attitude globale de faire de "l'open" pour ensuite fermer à laquelle je n'adhère pas.
Il y a l'exemple Google Talk aussi. Ils mettent en place un service basé sur Jabber, compatible avec d'autres serveurs Jabber, puis ils sortent Hangouts, un service propriétaire.
Le Calendrier : ils utilisent CalDAV pour ensuite le remplacer par un protocole maison.
Etc.

avatar SilverCore | 

ROM custom et on en parle plus

avatar huexley | 

Vas-y mollo tu parles a des gars qui ont même pas le choix de changer le moindre icone crayola de leur téléphone payé un rein. Alors une rom custom tu veux le fouet pour te faire battre.

avatar SilverCore | 

C'est vrai xD Moi ce que je trouve étrange, c'est que seul un site pro Apple parle soit disant de la "fermeture" d'Android.
La jalousie peut être ?

avatar patrick86 | 

Non, y'a pas que sur les site "pro-Apple" qu'on parle de la vraie fausse liberté d'Android.
http://www.gnu.org/philosophy/android-and-users-freedom.fr.html

avatar iguanodon | 

@huexley
Un rein ? Mec, c'est has been..
Maintenant, ce sont des enfants qu'on vend pour s'acheter un iPhone (http://goo.gl/fAZbix).
Un bon troll se doit d'être à la page :)

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