Les frontières entre chaque membre de l’écosystème Apple n’ont jamais été aussi floues. Et cette tendance ne va faire que s’accentuer cette année. L’année dernière, iPadOS a fini par adopter les derniers codes qui lui manquaient pour s'aligner sur macOS : une barre des menus, une gestion des fenêtres plus évoluée... Sur le plan matériel, la convergence est totale. Dans quelques semaines, un Mac fonctionnera avec une puce d’iPhone. Dans quelques mois, une fois déplié, l’iPhone Fold sera quasiment un iPad comme un autre. Enfin, d'ici la fin de l’année, le MacBook Pro M6 devrait enfoncer le clou avec son écran tactile et sa puce cellulaire, devenant ainsi une sorte de super iPad Pro.
Un système coincé entre deux chaises
Tous ces changements amènent le blogueur Matt Birchler à une réflexion radicale : Apple doit mettre fin à l’expérience iPadOS. Si l'idée peut surprendre, elle répond pourtant aux frustrations croissantes des utilisateurs. Les possesseurs d'iPad Pro adorent leur matériel mais se sentent perpétuellement bridés par le logiciel, tandis que les utilisateurs de modèles plus modestes s'agacent de voir débarquer des fonctions de « bureau » qui ne font que complexifier une interface initialement pensée pour la simplicité.
J’ai travaillé trois jours avec iPadOS 26 et un écran externe : c’était bien assez
Le scénario de Matt Birchler est limpide : Apple pourrait enfin clarifier sa gamme en opérant une véritable scission logicielle. Dans cette optique, l'iPad classique, le modèle mini et l'iPad Air feraient leurs adieux à iPadOS pour basculer sous la bannière d'iOS. L'idée derrière ce mouvement est de permettre à ces tablettes de retrouver la simplicité du tactile pur, sans s'encombrer d'une gestion de fenêtres complexe qui finit par alourdir l'expérience utilisateur. L'iPhone Fold, avec sa dalle de 8 pouces une fois dépliée, s'inscrirait d'ailleurs naturellement dans cette lignée en profitant d'une interface iOS parfaitement optimisée pour ce format hybride.
Le véritable pivot de cette thèse concerne évidemment l'iPad Pro. Pour Birchler, la tablette haut de gamme d'Apple ne devrait plus se contenter de singer le Mac, mais bien devenir un Mac à part entière. En livrant l'iPad Pro avec macOS, Apple résoudrait instantanément les frustrations des utilisateurs « Pro » tout en intégrant l'appareil dans une famille de produits cohérente. L'arrivée imminente de MacBook Pro tactiles ne ferait que confirmer cette direction : si macOS doit de toute façon apprendre à gérer le tactile, l'existence d'un iPadOS faisant doublon devient alors difficile à justifier.
L’illusion de l'interface inadaptée
À ceux qui objectent que l'interface du Mac est trop étroite pour le doigt, Matt Birchler oppose un argument technique percutant. Les éléments d'interface de macOS ne sont pas beaucoup plus petits que ceux d'iPadOS. En comparant les boutons de barre d'outils d'un MacBook Pro 14" et d'un iPad Pro 11" avec leur zoom par défaut, la différence est presque inexistante. Pour lui, le travail est déjà largement entamé en coulisses : avec SwiftUI, Apple génère déjà des interfaces virtuellement identiques pour les deux plateformes. La transition logicielle serait donc bien moins douloureuse que ne le pensent les sceptiques.
D'ailleurs, si l'on regarde les dernières mises à jour d'iPadOS, la quasi-totalité des nouveautés marquantes visaient à rapprocher la tablette du Mac. Qu'il s'agisse de la gestion des fenêtres ou du support de la souris, Apple a fini par copier les mécaniques de macOS après avoir tenté des approches spécifiques à l'iPad qui n'ont jamais vraiment convaincu. Plutôt que de continuer à développer une pâle copie, Birchler suggère qu'Apple ferait mieux d'adopter l'original pour ses machines les plus puissantes.
Une réorganisation, pas une fusion…
En opérant cette bascule, Apple resterait paradoxalement fidèle à sa philosophie. Il ne s'agirait pas de fusionner iPadOS et macOS, mais simplement de supprimer le système qui se trouve au milieu pour laisser place à deux pôles forts. Certes, le pari est audacieux et ne se concrétisera peut-être pas immédiatement. Mais plus l'iPhone pliable approche, plus la question de la cohérence logicielle devient brûlante.
Cet automne, Apple pourrait proposer deux systèmes différents pour deux appareils de taille similaire, l'iPad mini et le futur Fold. C'est un non-sens ergonomique. Séparer la gamme en deux fait sens : d'un côté, des iPad grand public et des iPhone pliables sous un iOS épuré centré sur le tactile, et de l'autre, le Mac, qui reste la plateforme de choix pour ceux qui veulent une machine à tout faire, quel que soit son format.
Ce scénario est séduisant sur le papier, mais Apple aura-t-elle le courage de se lancer dans une telle aventure ? Rien n’est moins sûr…





















