Souvenirs de la visite de Steve Jobs au Xerox Parc

Florian Innocente |

« Comment c'était au Xerox Parc lorsque Steve Jobs est venu y faire un tour ? », c'est à cette question qu'Alan Kay a répondu sur Quora le mois dernier (via). Ce n'est pas l'unique témoignage de première main de cette démonstration faite en 1979 à Jobs et quelques-uns de ses meilleurs développeurs. Mais c'est toujours intéressant puisqu'il s'agit de l'un des événements fondateurs de l'informatique moderne.

L'Alto

Kay rappelle d'abord un fait important, les gens d'Apple n'ont pas été les premiers à voir fonctionner, en exclusivité, l'interface graphique imaginée au Parc. Une démo qui les confortera dans leur ambition de créer quelque chose de graphique, de plus convivial que les interfaces en lignes de commandes d'alors. Le Lisa était déjà sur les rails mais son développement fut réorienté à la suite du passage au Parc.

« Il est utile de comprendre que beaucoup de gens (peut-être même un millier ou plus) avaient vu des démos de l'Alto ainsi que de Smaltalk avant Steve », souligne Kay qui rejoindra plus tard Apple.

Beaucoup l'avaient vu au travers de publications contenants des photos. Il donne en exemple un article paru en 1977 dans un magazine lu par environ 2,5 millions de personnes…

Jobs n'avait pas été le premier mais avec sa délégation il fut l'un de ceux qui comprirent très vite la richesse et le potentiel inexploité de ce que Xerox avait entre les mains.

Kay raconte ensuite que Jobs n'avait même pas tout vu de la démonstration de l'interface graphique. Le co-fondateur d'Apple dira plus tard qu'elle l'avait fasciné au point de ne pas avoir accordé une grande attention aux autres démos des stations Alto reliées en réseau et celle du langage de programmation objet Smaltalk.

Il manqua par exemple l'explication à propos d'une fonction qui permettait de mettre de côté l'environnement de travail dans lequel on travaillait — sans en perdre le contenu — pour aller faire autre chose. On pouvait avoir une infinité de ces bureaux mémorisés dans leur contenu et leur état, représentés par de petites vignettes.

Pendant cette démo, Jobs laissait transparaître l'un de ses traits de caractère, dit Kay, celui qui consistait à émettre des critiques pour se donner une contenance alors qu'il se trouvait entouré de personnes hyper brillantes et plus compétentes que lui.

Il demanda s'il n'était pas possible de faire défiler le texte de façon fluide plutôt que ligne par ligne. En un tournemain le démonstrateur réalisa le changement en recodant à la volée avec Smaltalk. Même manège avec la visualisation d'une sélection de texte qui n'était pas du goût de Jobs, en deux temps trois mouvements la modification était faite.

Kay a publié sur YouTube il y a trois ans un hommage à un autre brillant chercheur, Ted Nelson, dans laquelle on voit l'interface de l'Alto en action, celle qu'a découverte Jobs. On se rend compte à quel point, malgré son ancienneté, elle était avancée.

Si l'on a la curiosité d'en savoir un peu plus sur ce rendez-vous entre Xerox et Apple, l'un des chercheurs du Parc, Larry Tesler, avait livré quelques anecdotes en 2011 (dans cet autre article Bruce Horn, tord le cou à l'idée selon laquelle Apple n'a fait que plagier les inventions du Parc pour le Lisa et le Mac)

Par exemple, Tesler rappelle que la visite d'Apple n'était pas du goût de tous parmi les chercheurs, qui sentaient qu'ils risquaient de donner les clefs de leur mine d'or. Certains en revanche étaient pour, mais elle avait été imposée par la direction qui voulait le soutien d'Apple pour commercialiser des produits à plus grande échelle. Qu'à deux reprises aussi, Steve Jobs comprit qu'on ne lui montrait pas tout et surtout pas le plus intéressant (« Il n'a même pas vu 1% de ce sur quoi on travaillait, s'amuse Tesler).

Ou encore que les lieutenants de Jobs essayèrent parfois de le museler dans l'expression de son enthousiasme, de peur que les responsables de Xerox ne finissent par comprendre, comme c'était déjà le cas pour leurs ingénieurs, qu'ils avaient quelques chose de fantastique entre les mains et qu'ils pourraient le monnayer bien plus chèrement.


avatar Keor | 

Heureusement que le brevet des souris n'est plus valable sinon on devrait se farcir les souris anti ergonomique de la Pomme... Ouf !

avatar FrancoBorgo | 

un commentaire par Peter von Der Linden qui a travaillé pour Apple, Sun et He is currently (2010) an Android Technology Evangelist for Motorola Mobility.
Après avoir lu des histoires des gens présent des deux cotés de l'histoire, je trouve celle là intéressante.
Tiré de son livre Just Java 1.2 Forth edition
https://www.dropbox.com/s/6kxu19oudg2rrs2/Apple-Xerox.pdf

avatar bonnepoire | 

Simplement, Xerox ne savait pas quoi faire de ces idées.

avatar BeePotato | 

@ bonnepoire : « Simplement, Xerox ne savait pas quoi faire de ces idées. »

En effet.
On doit donc se réjouir qu’ils aient eu une approche « universitaire » autour de ces idées, en décidant de les partager, plutôt que de parler de vol au sujet de cette histoire comme certains le font depuis plus de trente ans.

avatar sekhmet | 

@BeePotato

En fait sauf erreur de ma part Apple a payé un accord de licence à Xerox , donc ils avaient un intérêt commercial . Et ce paiement met à mal la théorie du vol des idées par Apple .

avatar bonnepoire | 

Exactement. Et Microsoft n’a jamais rien payé pour sa part.

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