Souvenirs de la visite de Steve Jobs au Xerox Parc

Florian Innocente |

« Comment c'était au Xerox Parc lorsque Steve Jobs est venu y faire un tour ? », c'est à cette question qu'Alan Kay a répondu sur Quora le mois dernier (via). Ce n'est pas l'unique témoignage de première main de cette démonstration faite en 1979 à Jobs et quelques-uns de ses meilleurs développeurs. Mais c'est toujours intéressant puisqu'il s'agit de l'un des événements fondateurs de l'informatique moderne.

L'Alto

Kay rappelle d'abord un fait important, les gens d'Apple n'ont pas été les premiers à voir fonctionner, en exclusivité, l'interface graphique imaginée au Parc. Une démo qui les confortera dans leur ambition de créer quelque chose de graphique, de plus convivial que les interfaces en lignes de commandes d'alors. Le Lisa était déjà sur les rails mais son développement fut réorienté à la suite du passage au Parc.

« Il est utile de comprendre que beaucoup de gens (peut-être même un millier ou plus) avaient vu des démos de l'Alto ainsi que de Smaltalk avant Steve », souligne Kay qui rejoindra plus tard Apple.

Beaucoup l'avaient vu au travers de publications contenants des photos. Il donne en exemple un article paru en 1977 dans un magazine lu par environ 2,5 millions de personnes…

Jobs n'avait pas été le premier mais avec sa délégation il fut l'un de ceux qui comprirent très vite la richesse et le potentiel inexploité de ce que Xerox avait entre les mains.

Kay raconte ensuite que Jobs n'avait même pas tout vu de la démonstration de l'interface graphique. Le co-fondateur d'Apple dira plus tard qu'elle l'avait fasciné au point de ne pas avoir accordé une grande attention aux autres démos des stations Alto reliées en réseau et celle du langage de programmation objet Smaltalk.

Il manqua par exemple l'explication à propos d'une fonction qui permettait de mettre de côté l'environnement de travail dans lequel on travaillait — sans en perdre le contenu — pour aller faire autre chose. On pouvait avoir une infinité de ces bureaux mémorisés dans leur contenu et leur état, représentés par de petites vignettes.

Pendant cette démo, Jobs laissait transparaître l'un de ses traits de caractère, dit Kay, celui qui consistait à émettre des critiques pour se donner une contenance alors qu'il se trouvait entouré de personnes hyper brillantes et plus compétentes que lui.

Il demanda s'il n'était pas possible de faire défiler le texte de façon fluide plutôt que ligne par ligne. En un tournemain le démonstrateur réalisa le changement en recodant à la volée avec Smaltalk. Même manège avec la visualisation d'une sélection de texte qui n'était pas du goût de Jobs, en deux temps trois mouvements la modification était faite.

Kay a publié sur YouTube il y a trois ans un hommage à un autre brillant chercheur, Ted Nelson, dans laquelle on voit l'interface de l'Alto en action, celle qu'a découverte Jobs. On se rend compte à quel point, malgré son ancienneté, elle était avancée.

Si l'on a la curiosité d'en savoir un peu plus sur ce rendez-vous entre Xerox et Apple, l'un des chercheurs du Parc, Larry Tesler, avait livré quelques anecdotes en 2011 (dans cet autre article Bruce Horn, tord le cou à l'idée selon laquelle Apple n'a fait que plagier les inventions du Parc pour le Lisa et le Mac)

Par exemple, Tesler rappelle que la visite d'Apple n'était pas du goût de tous parmi les chercheurs, qui sentaient qu'ils risquaient de donner les clefs de leur mine d'or. Certains en revanche étaient pour, mais elle avait été imposée par la direction qui voulait le soutien d'Apple pour commercialiser des produits à plus grande échelle. Qu'à deux reprises aussi, Steve Jobs comprit qu'on ne lui montrait pas tout et surtout pas le plus intéressant (« Il n'a même pas vu 1% de ce sur quoi on travaillait, s'amuse Tesler).

Ou encore que les lieutenants de Jobs essayèrent parfois de le museler dans l'expression de son enthousiasme, de peur que les responsables de Xerox ne finissent par comprendre, comme c'était déjà le cas pour leurs ingénieurs, qu'ils avaient quelques chose de fantastique entre les mains et qu'ils pourraient le monnayer bien plus chèrement.


avatar Thms | 

C'est décidé, je m'abonne au club iGen, vous êtes vraiment trop forts. Super article

avatar albanet | 

Oui merci beaucoup pour cet article qui répond à nombre de questions que je me pose depuis si longtemps à propos de cette fameuse visite au Park

avatar stemou75 | 

Et après le Xerox Park, il y aura maintenant l'Apple Park .....
Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs.

avatar feefee | 

@stemou75

"Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs."

Injuste pour qui ?
Pour Xerox ou pour les utilisateurs ?
Si Apple ou un autre , on s’en fout , n’avait pas mis le nez là bas et mis en place la commercialisation du concept , tu es sûr que Xerox l’aurait fait ou alors leur direction aurait laissé tomber le projet ?

avatar BeePotato | 

@ feefee : « Si Apple ou un autre , on s’en fout , n’avait pas mis le nez là bas et mis en place la commercialisation du concept , tu es sûr que Xerox l’aurait fait ou alors leur direction aurait laissé tomber le projet ? »

On a pu voir ce que Xerox en a fait (ou pas fait), justement.

En revanche, je ne suis pas d'accord avec la partie « ou un autre, on s'en fout ».
Parce que d'autres sont aussi allés voir ce que faisait le PARC dans ce domaine : Microsoft notamment, qui a aussi débauché du monde de là-bas. Mais quand on voit la nullité de ce qu'ils ont produit sur cette base, alors même qu'ils ont profité en plus d'un aperçu très détaillé des travaux d'Apple sur le Mac, je trouve que non, on n'en serait pas au même point aujourd'hui s'il n'y avait eu que d'autres qu'Apple à faire cette visite.

avatar feefee | 

@BeePotato

"En revanche, je ne suis pas d'accord avec la partie « ou un autre, on s'en fout »."

Oui tu as raison je me suis forcé à nuancer pour ne pas attiser les commentaires du style : "ben voyons Apple à tout inventé , sans eux rien n’existerait ..."

Je me ramolli moi ??

avatar feefee | 

@BeePotato

"Mac, je trouve que non, on n'en serait pas au même point aujourd'hui s'il n'y avait eu que d'autres qu'Apple à faire cette visite."

Ou alors on aurait un retard / décalage de 30 ans .

avatar BeePotato | 

@ feefee : « Ou alors on aurait un retard / décalage de 30 ans . »

C'est une façon de ne pas en être au même point, note bien.

avatar Domsware | 

@stemou75

"Et après le Xerox Park, il y aura maintenant l'Apple Park .....
Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs."

Étonnant de lire cela en commentaire d'un article qui indique pourtant le contraire avec force de témoignages probants. Sans compter les éléments contractuels afférents rendus publics.

avatar JLG47_old | 

@stemou75

Xerox a juste fait fortune en exploitant un de ses plus beaux brevet.
L'interface graphique n'était pour eux qu'un exercice de style largement utilisé dans des propres machines (écrans tactiles).

avatar C1rc3@0rc | 

@stemou75

Il n'y a pas qu'en informatique, ça vaut pour le monde de la recherche et de la science en general. C'est aussi vrai dans le domaine de l'art. Le precurseur que tu evoques est un chercheur, un inventeur, un explorateur du domaine technique.

C'est la maîtrise de la technique, associée a la creativité qui genere cette "trouvaille". Et le chercheur trouve parce qu'il ne cesse jamais de chercher.

Pour produire surtout en phase industrielle, il faut figer l'invention, souvent en extraire un sous produit simple, et l'adapter a la chaine industrielle puis commerciale.

On a un exemple parfait ici.
Jobs voit 1% de ce sur quoi travaillent les chercheurs du Xerox Parc. De ce 1% il va se focaliser sur la partie la plus anecdotique, le systeme d'interface graphique, et il va produire 2 machines derivées (le Lisa et le Mac) qui de fait constituent une anti-these de la station smalltalk de Xerox.

Car il faut revenir et insister lourdement sur ce point, l'element essentiel dans cette histoire c'est Smalltalk, l'environnement de programmation, tout le reste ne fait que servir Smalltalk, et sans Smalltalk il n'y a rien.

On le lit dans l'article, Smalltalk a un pouvoir extraordinaire: il permet de realiser les idees au fur et a mesure qu'elles arrivent. C'est encore extraordinaire aujourd'hui, car tres peu de systeme permettent cela, et encore moins le permettent avec la facilité et la puissance de Smalltalk. Mais a l'epoque, pour passer d'une idee a un programme informatique, il fallait commencer par des math, un crayon, du papier, beaucoup de temps et un resultat arrivant bien longtemps apres l'idee!

Ici, Jobs voit un liste de mot qui defile un a un, il veut que ce soit la liste entiere qui defile, illico le chercheur ecrit en Smalltalk et le resutlat est la, integre dans tout le systeme Smalltalk... tout les futurs projets pourront utiliser cette nouvelle carateristique. On est face a un organisme evolutif en temps reel.

Il faut se rendre compte que la puissance de Smalltalk ne se limite pas a manipuler directement et simplement des elements graphique sur un ecran, c'etait deja extraordinaire a l'epoque, mais ce systeme permet de modeliser a peu pres n'importe quel concept ou des "agents", des "populations", collaborent et cela en fonctionnant en parallèle et en se synchronisant en s'envoyant des messages.
Ainsi le systeme Smalltalk permet de simuler un grand nombre de types de situation, de creer des mondes virtuels, de tester des hypotheses complexes, de valider des environnements,...

L'heresie de Jobs, c'est d'avoir dissocié l'environnement de programmation de celui d'execution. Mais c'est cela qui paradoxalement a fait le succes du Mac. Smalltalk promet a tout un chacun de pouvoir programmer simplement ce qui lui passe par la tete. Le Mac promet a tout un chacun de pouvoir utiliser un ordinateur sans jamais devoir programmer...

Il est amusant de voir aujourd'hui l'iPad Pro avec le Playground de Swift. Il descend bien evidemment de cette station Xerox, mais c'est une machine extraordinairement fermée et figée, et Swift avec son playground est tres loin, mais vraiment tres loin de la puissance et de la simplicité de Smalltalk.

avatar Manu | 

En fait Jobs a su exploiter le reste des technologies inventées au Parc dans NeXT où objective-C est descendant direct de smalltalk. L'interface de la première version de NeXTSTEP rappelle celle vue à Xeros en plus élégante et véloce.

avatar Bigdidou | 

@stemou75

« En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs. »
Les sciences informatiques ont eu de telles retombées collatérales dans les autres sciences (des sciences de l’éducation aux neurosciences, en passant par les sciences comportementales) qu’il est bien difficile de donner tous leurs crédits aux informaticiens ;)

avatar reborn | 

C'est fou comme cette première GUI était avancé

avatar cocoaGeneration | 

Le chercheur du Xerox Park n'est pas "Larry Tester" mais Larry Tesler… Encore une blague du correcteur orthographique !

avatar Giloup92 | 

@cocoaGeneration
Appuie sur le mot pour signaler la faute (fait).

avatar gavroche68 | 

Comme j'aime ce genre d'article merci !!!

Incroyable ce que Xerox avait réussi à faire, des génies !!!

avatar LeGrosJeanLou | 

"The original Macintosh had extremely tight memory and disk constraints; for example, the Resource Manager took up less than 3,000 bytes of code in the ROM, and the Finder was only 46K on disk"

Et aujourd'hui on a des ordinateurs qui rament avec 4 000 000 Ko et qui n'ont pourtant pas l'air si différents de leurs ancêtres (plus de pixels à l'écran, plus de couleurs et après ?)

C'est quand même fascinant ce que les ingénieurs de l'époque étaient capables de faire avec si peu de ressources. Ça me donnerait presque envie de voir la fin définitive de la loi de Moore [c'est à dire atteindre le nombre limite de transistor au delà duquel plus rien ne marche - pas celui au-delà duquel la puissance n'augmente plus parce que je sens que ça va donner envie à C1rC3@0rc de venir expliquer que Intel stagne et blablabla blabla...]

avatar 0MiguelAnge0 | 

@LeGrosJeanLou

En se rapprochant des limites de la gravure, la loi que tu cites, comme elle a été énoncée n'existe plus.

avatar iPop | 

@LeGrosJeanLou

A l'époque on optimisait tout.

avatar JLG47_old | 

@LeGrosJeanLou

La limitation matériel était une contrainte nécessitant beaucoup d'efforts pour créer du code concis et efficace.
J'ai mémoire que c'était le plus attrayant dans un développement que de faire aussi bien que le collègue avec moins de code.
Il semble que ce soit assez généralement passé de mode, malheureusement.

avatar jerome74 | 

@JLG01 "La limitation matériel était une contrainte nécessitant beaucoup d'efforts pour créer du code concis et efficace"
C'est vrai, mais l'inverse aussi: les processeurs d'aujourd'hui sont tellement rapides, et la mémoire tellement abondante qu'on ne se rend même pas compte à quel point on code comme des cochons (et avec des outils qui gaspillent les resources à un point inimaginable, genre faire une appli avec des techno web). Il suffit de très peu d'effort pour faire beaucoup plus efficace, mais comme ça n'est même pas nécessaire… Après c'est sûr, avec beaucoup d'efforts on gagne encore plus en efficacité, mais ne demandons pas l'impossible (économiquement).

avatar Rez2a | 

J'ai beau connaître l'histoire par coeur, je ne m'explique toujours pas que Xerox se soit fait dépouiller à ce point en ayant de l'or entre les mains.

Plutôt que les anecdotes des gens qui ont visité le PARC, ça serait sympa d'avoir les anecdotes des gens qui ont mis au point les trésors qui s'y trouvaient (ça existe sûrement déjà ?)

avatar Domsware | 

@Rez2a

Dépouiller n'est pas le terme adéquat puisque Xerox a vendu ses connaissances et son travail volontairement.

avatar Trillot | 

La première vidéo de l'article explique bien que c'est plus compliqué. Rank Xerox a lui même bénéficié de travaux qui dataient des années 50 et 60.

C'est dans les années soixante que l'universitaire Douglas Englebart a développé sa souris et les idées d'hypertext, d'interface graphique, etc. Engelbart a été embauché vers 1973 pour fonder le Palo Alto Xerox Park et y développer ses idées.

Vu comme ça, Apple aura été la première entreprise commerciale qui a compris le potentiel des ces concepts et pour cette raison, Apple a acheté de nombreux brevets à Rank Xerox dont celui de la souris qu'Apple aura à cœur de simplifier et fiabiliser.

Très vite, de nombreux ingénieurs sont partis chez Apple car ils y trouvaient une entreprise capable de leur permettre d'aller jusqu'au bout de leur démarche.

Ça a donné le Lisa en 1983 et le Macintosh en 1984.

Cette période est passionnante, mais ce n'est pas fini, il se passe encore aujourd'hui des choses tout aussi passionnantes...

avatar IceWizard | 

@Trillot bernard
"C'est dans les années soixante que l'universitaire Douglas Englebart a développé sa souris et les idées d'hypertext, d'interface graphique, etc. Engelbart a été embauché vers 1973 pour fonder le Palo Alto Xerox Park et y développer ses idées.«

Englebart n’a jamais travaillé au Palo Alto Xerox Park. Tu dois confondre avec l’ARC, le laboratoire universitaire qu’il a créé au sein du SRI (Standfort Research Institute). Ce sont d’anciens membres (profs et étudiants) de l’ARC, qui ont rejoint le Palo Alto Xerox Park pour mener leurs propres recherches à partir des travaux d'Engelbart

https://fr.wikipedia.org/wiki/Douglas_Engelbart

https://fr.wikipedia.org/wiki/Palo_Alto_Research_Center

"Fondé en juillet 1970 par Jack Goldman et Bob Taylor, le laboratoire est initialement composé d'équipes en provenance de Berkeley Computer Corporation et d'étudiants et de collègues de Douglas Engelbart. »

avatar Trillot | 

Dont acte

avatar FrancoBorgo | 

Jai passé le OCR sur mes pages scannées du livre Peter von Der Linden qui a travaillé pour Apple, Sun et He is currently (2010) an Android Technology Evangelist for Motorola Mobility.

Tiré de son livre Just Java 1.2 Forth edition

13 • All About Applets

Did Apple Copy Xerox?
The Apple Macintosh is a marvellous personal computer that featured a windowing interface right from its introduction in 1984.The Macintosh popularized the use of windows, menus, and mouse pointing devices very effectively. But where did the Macintosh team get the idea from?

There's a story in wide circulation that the Macintosh GUI was ripped off wholesale from Xerox! Before starting the Macintosh project, Steve Jobs visited the Xerox Research Center in Palo Alto California (PARC), and was shown a GUI interface running on the Xerox Star computer. Conspiracy theorists then claim that Steve Jobs realized the potential of the Xerox technology and pinched the ideas (and later some of the people) for the Macintosh.

How shocking. But what are the facts? One indication that things might not have happened quite that way, is the marked lack of innovation at Apple since Steve Jobs was pushed out in 1985. (In a surprise move, he was pushed back in again in December 1996. It's hard to keep up with the latest developments at Apple!) The stagnation at Apple without Jobs suggests that Jobs may well have been an innovator rather than a copier. On the other hand, it might just mean that it is really hard to get anything new done in a huge corporation. Since Jobs and many of his key developers left, the product improvement focus at Apple has largely centered around more memory/bigger screen/newer processor. These are just pedestrian "mid-life kickers" as we call them in Silicon Valley. The one totally new product, the Newton personal digital assistant, was an unmitigated disaster. Ironically, the failure of the Newton led to the firing of John Sculley, the Pepsi executive who had pushed out Jobs. Users don't want small products of increased complexity. They want decreased complexity in existing products.

But back to the Macintosh GUI, the man who started the Macintosh project (named for his favorite type of eating apple, modified to avoid trademark issues—those fruit farmers are apparently fanatically litigious) was Jef Raskin. The Macintosh project started early in 1979, long before Jobs ever visited Xerox. In fact, the reason Jobs finally went to PARC was that Raskin asked him to, to help convince Jobs that a WYSIWYG environment was the way to go.

Raskin had been a professor and computer center director at the University of California at San Diego and a visiting scholar at the Stanford Artificial Intelligence Laboratory (SAIL). Raskin was often a visiting academic at the Xerox Research Center in its first few years, but to avoid any possible conflict of interest Raskin stopped visiting PARC after he joined Apple in 1978.

Raskin was an early originator of the idea that user interface and graphics were of primary importance to the future of computing. His 1967 Computer Science thesis argued that computers should be all-graphic; that we should eliminate character generators and create characters graphically and in various fonts; that what you see on the screen should be what you get; and that the human interface was more important than mere considerations of algorithmic efficiency and compactness. The thesis was titled "The Quickdraw System" which is the name of the Macintosh GUI drawing toolbox.

At Apple, Raskin built on his own earlier work to create click-and-drag for moving objects and making selections. Xerox used a click-move-click paradigm that was prone to error. Raskin hired a former student of his, Bill Atkinson, who extended Raskin's work to pull-down menus.

Larry Tesler was the first PARC ex-employee to join Apple, and some people have claimed that he brought the selection-based editor with him. In reality the concept dates back to an editor Raskin had designed many years before in 1973 while at Bannister & Crun. However, Raskin had discussed his ideas with those of similar interests at Xerox, so perhaps some of the technology transfer was actually from future Apple employee to Xerox!

In summary, contrary to the widely-accepted version, Steve Jobs didn't totally rip off the Macintosh GUI from a visit to Xerox. On the contrary, key elements of the design came from Jef Raskin, a computer science professor who had evangelized WYSIWYG designs for many years, including inside Xerox. Other parts of the Macintosh interface originated with Bill Atkinson and Bud Tribble who had been students at UCSD when Raskin taught there.

The moral of this story is what—you expect every story to end with a moral? Too bad. This one doesn't have one. Raskin did comment on the inaccuracies in the common story, and tried to get his perspective down on paper in "Holes in the Histories" (the fourth reference below in the following list). The only other point to mention is that Raskin gave his three children palindromic names: Aza, Aviva, and "Sums are" Erasmus (not sure about that last one...).

avatar iPop | 

@Rez2a

XEROX était sous le joug anti-trust et ne pouvait exploiter ses technologies à ce moment, voilà pourquoi.

avatar XiliX | 

@Rez2a

Je pense qu'il faut remettre le contexte de l'époque. J'étais d'ailleurs en fac d'Info.
Et je me souviens en amphi, personne se moquait de l'interface graphique des Mac.
"Nonnn ce genre d'interface ce n'est pour les informaticiens. Les secrétaires peut-être." Les informaticiens (geek?) ne jurait que par des lignes de codes.
Il me semble que c'était pratiquement la même ambiance chez XeroX. Ils étaient très très bon avec les mainframes.

avatar nicdee | 

@XiliX
""Nonnn ce genre d'interface ce n'est pour les informaticiens. Les secrétaires peut-être." Les informaticiens (geek?) ne jurait que par des lignes de codes."
Tout à fait. Et c'est justement tout le génie de Jobs: il a compris avant beaucoup de monde que la révolution qui arrivait, c'était celle de l'informatique personnelle, et que Mr Tout le Monde n'a pas envie de se frapper des lignes de codes, il veut une interface conviviale et facile. Il veut utiliser un ordinateur, pas faire de l'informatique (distinguo de taille).

D'ailleurs c'est marrant, je me souviens avoir eu les même discussions au sujet de Linux il y a près de 20 ans, en essayant d'expliquer aux puristes/geeks que Linux ne fonctionnerait jamais auprès du grand public tant que l'interface utilisateur n'aurait pas été améliorée, épurée et simplifiée, parce qu'un utilisateur lambda n'avait (à raison) aucune envie de se prendre la tête sur des histoires de paquets, de compilation de noyau et autres, mais juste d'allumer son ordinateur, y brancher des périphériques et l'utiliser.
Et en 20 ans, force est de constater que Linux n'a pas franchement réalisé des percée auprès du grand public...

avatar IceWizard | 

@micdee
"D'ailleurs c'est marrant, je me souviens avoir eu les même discussions au sujet de Linux il y a près de 20 ans, en essayant d'expliquer aux puristes/geeks que Linux ne fonctionnerait jamais auprès du grand public tant que l'interface utilisateur n'aurait pas été améliorée, épurée et simplifiée, parce qu'un utilisateur lambda n'avait (à raison) aucune envie de se prendre la tête sur des histoires de paquets, de compilation de noyau et autres, mais juste d'allumer son ordinateur, y brancher des périphériques et l'utiliser.
Et en 20 ans, force est de constater que Linux n'a pas franchement réalisé des percée auprès du grand public... »

J’ai fait la même chose que toi, à la même époque. Quand je parlais simplicité, les Linuxiens répondaient NSA, CIA et supériorité morale du code libre.

avatar BeePotato | 

@ Rez2a : « J'ai beau connaître l'histoire par coeur, je ne m'explique toujours pas que Xerox se soit fait dépouiller à ce point en ayant de l'or entre les mains. »

C'est sans doute parce que Xerox ne s'est pas fait dépouiller, mais s'est contentée de ne rien faire avec ce qu'elle avait.
Le fait que des gens d'Apple ont pu faire cette visite pour confirmer que l'interface graphique était l'avenir (ce que Jef Raskin, qui les avait incités à faire cette visite, leur disait depuis quelque temps) n'a rien retiré à Xerox.
Et il s'est écoulé cinq ans avant qu'Apple n'arrive à sortir un produit à succès reposant sur une interface graphique. Qu'a fait Xerox durant cette période, alors que, contrairement à Apple, elle avait déjà entre les mains le fruit d'années de développement sur ce sujet ? Rien, ou presque. Une seule machine commercialisée avec un interface graphique, mais ciblant le mauvais marché, à un prix trop élevé. Bref, Xerox a sorti son Lisa, mais sans jamais arriver à (ou vouloir) sortir son Macintosh. Malgré les années d'avance dont elle disposait.

Il n'est pas bien juste de présenter cette boîte comme victime dans cette histoire.

En revanche, on peut la remercier pour l'investissement qu'elle a fait dans ce domaine qu'elle a fait progresser de manière conséquente, ainsi que pour la façon dont elle a partagé le fruit de ses travaux avec des gens qui ont su en faire quelque chose.

« Plutôt que les anecdotes des gens qui ont visité le PARC, ça serait sympa d'avoir les anecdotes des gens qui ont mis au point les trésors qui s'y trouvaient (ça existe sûrement déjà ?) »

Ben… n'est-ce pas précisément ce que fait cet article ? Alan Kay était au PARC. Larry Tesler aussi — avant, comme d'autres, de partir pour Apple quand il a réalisé que c'était là-bas que ses travaux avaient une chance d'aboutir à un vrai produit.

avatar tbr | 

Que serait devenu Xerox sans Apple, et que serait devenu Apple sans Xerox ?

avatar Trillot | 

Bien dit!

avatar iPop | 

@tbr

Rien. Xerox n'avait besoin de personne et apple...
Dès technologie / opportunité naissent tous les jours, il n'en tient qu'à nous d'en faire quelques choses.

avatar iPop | 

@tbr

C'est très significatif, on retrouve toujours d'un côté les optimistes, les rêveurs ...et de l'autre les pessimistes (ça sert à rien , c'est nul, etc).

avatar Danny Wilde | 

Excellent article sur la genèse de la pomme.
Des papiers on aimerait voir plus souvent ( oui oui je dis papier comme pour un journal ?).

J'aime bcp écouté ceux qui sont à l'origine de l'histoire, comment ils avaient imaginés les choses.

Effectivement comme d'autres, je trouve ces machines bcp plus révolutionnaires à cette époque que celles d'aujourd'hui.

avatar Trillot | 

voir plus loin

avatar Sindre | 

@Olivier S

Et bien pour une fois la révolution a servi le peuple. Du génie à la masse.

avatar prommix | 

Cette video montre à quel point les progrès effectués depuis sont plutôt faibles.
Ces personnes étaient des genies qui n'avaient qu'une seul limite: leur imagination.

avatar Trillot | 

Non, les progrès continuent mais dans des directions différentes et ils sont tout aussi importants. Il suffit d'ouvrir les yeux.

D'ailleurs, Steve Jobs, en revenant chez Apple après 12 ans "d'exil" a bien montré ses capacités de visionnaire il me semble! Et ça, c'était dans les années 2000, plus de 20 ans après cette période.

avatar Doctomac | 

L'article explique que finalement Apple a vu peu de chose lors cette visite, qu'Apple avait aussi ses propres travaux avec le Lisa et certains ici nous parlent encore de pillage ou de photocopie.

L'interface chez Apple avait des similitudes mais aussi des différences avec les travaux chez XEROX : Apple a ajouté les menus déroulants en haut de l'écran (le ALTO fonctionnait avec des fenêtres pop-up) ; les fenêtres du ALTO ne s'ouvrait pas automatiquement par un double-clique ; Apple était allé plus loin avec la métaphore du bureau avec notamment l'ajout de l'icône de la corbeille.

Par ailleurs, l'interaction avec le ALTO n'était pas directe (une fenêtre pop-up apparaissait toujours entre l'action d'un utilisateur et la réponse de l'ordinateur) alors que c'était le cas avec l'interface voulue par Jobs : pour augmenter la taille d'une fenêtre on manipule son côté ; pour déplacer une fenêtre, on clique sur un bord et la déplace, etc. Enfin, Apple, dans sa volonté de faite un produit de masse, a repensé le concept de la souris en y incluant un seul bouton (c'est toujours le cas aujourd'hui) qu'il jugeait plus accessible à l'apprentissage en comparaison des souris à trois boutons de XEROX (qui d'ailleurs n'est pas une invention de XEROX mais de Douglas Engelbart de l'institut de recherche de Stanford).

Par ailleurs, je rappelle qu'Apple a juste VU, ils ne sont repartis avec aucune ligne de code. De ce fait, Apple a par la suite entièrement développé ou continué de développer son propre code pour arriver avec l'interface du Lisa et du Mac (contrairement à Microsoft et l'authentique plagiat réalisé avec son Windows).

avatar Domsware | 

@Doctomac

Merci pour ces précisions !
?

avatar harisson | 

Très bon article, Steve Jobs a démontré qu'avoir un sens critique centré usages et utilisateurs était une bonne chose pour faire évoluer des concepts préexistants d'ingés et chercheurs (même très doués).

J'espère qu'on aura droit à un dossier IBM, Steve Jobs et Apple un de ces quatres.

avatar jerome christopher | 

Ah oui Sa visite, lorsqu'il était venu volé les idées de Xerox! Cool alors

avatar IceWizard | 

Troll d’un jour, troll toujours ..
Inculte d’un jour, inculte toujours ..

avatar Trillot | 

@jerome christopher
J'espère que "jerome christopher" est un pseudo, sinon c'est la très grosse honte!

avatar feefee | 

@jerome christopher

"Ah oui Sa visite, lorsqu'il était venu volé les idées de Xerox! Cool alors"

Relis tout calmement et dans l’ordre .
Après tu donnera un vrai avis .

avatar Manu | 

Ce qu'on pense de Xerox, on peut également le faire pour IBM qui a lancé l'IBM PC sans trop y croire en confiant à un gamin (Bill Gates), la charge de développer le système d'exploitation de son ordi. Alors qu'à l'époque ils étaient tout puissants.

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