Jobs aurait attendu l'avis de Mossberg pour lancer l'iPod sur PC

Florian Innocente |

À en croire Tony Fadell, l’avis du journaliste Walt Mossberg a été décisif dans la décision de Steve Jobs de valider une compatibilité PC pour l'iPod. Dans une interview donnée la semaine dernière lors d’une conférence, le cofondateur de Nest et co-créateur de l’iPod est revenu sur les premières années du baladeur.

Tony Fadell le 23 février 2015 — Dean Takahashi — via VentureBeat

L’un des épisodes relaté fut le feu vert arraché de haute lutte à Steve Jobs pour rendre le baladeur compatible avec Windows, de manière à élargir la clientèle de l’iPod : « La première année [de l’iPod, ndlr] fut sensationnelle. Tous les utilisateurs d’un Mac en ont acheté un. Mais les propriétaires de Mac n’étaient pas nombreux ! Et puis ce fut le calme plat. »

En coulisses il y avait ce bras de fer entre Steve Jobs et certains de ses lieutenants. Les deux premiers iPod de la fin 2001 ne marchaient que sur Mac. La seconde génération sortie à l’été 2002 s’ouvrit enfin à Windows au travers d’un logiciel tiers adoubé par Apple : MusicMatch Jukebox.

MusicMatch sur Windows

Ce n’est qu’au printemps 2003 qu’iTunes 4.1 arriva simultanément sur Mac et PC, avec ce slogan sur la page d’Apple.com « Il a gelé en enfer ». Du point de vue de Jobs, c’était une hérésie de faciliter l'utilisation de l'iPod sur Windows. Puisque l’objectif d'Apple à cette époque était tout de même de vendre davantage de Mac.

Tony Fadell, avec le soutien de Phil Schiller, faisaient valoir que le ticket d’entrée pour un utilisateur de PC intéressé par l’iPod était élevé. Il lui fallait dépenser 399 $ pour le baladeur (équipé en outre de FireWire) plus le prix d'un Mac. En amenant iTunes sur Windows ces clients pourraient « goûter » à Apple à moindres frais.

Jobs finit par se ranger à leurs arguments, en émettant une condition : « On va le faire et on va montrer ça à Mossberg. Et si Mossberg dit que c’est suffisamment bon pour être lancé, alors on le lancera ». Jobs voulait se détacher de cette décision, poursuit Fadell « mais Mossberg a dit : ‘Pas mal. Moi je le lancerais’ et c’est ainsi qu’on est arrivés sur PC ».

Qu’en dit aujourd’hui l’ancien chroniqueur high-tech du Wall Street Journal, aujourd’hui chez Recode/The Verge ? « Je n’ai aucun souvenir de cela » a répondu Mossberg dans un tweet. Souvenir contre souvenir, il est de notoriété publique toutefois que les avis de Mossberg pesaient lourds et que ses appréciations positives sur les produits d’Apple étaient souvent affichées en grand par Jobs dans ses keynote. Pour la petite histoire, lors de la présentation de l'iPod à la presse française en 2001, déjà à l'époque la question fut posée de manière très informelle sur l'intérêt ou non de le rendre fonctionnel avec Windows. Et dans l'assemblée réunie ce jour là, les avis s'opposaient, alignés sur les deux camps qui allaient s'affronter un peu plus tard chez Apple.

Quant à l’iPod, on sait qu’il n’a pas franchement souffert de cette compatibilité graduellement améliorée avec Windows. En 2002 s’en est vendu 600 000 auprès de clients des deux plateformes. En 2003, année d’iTunes sur Windows et de l’iTunes Music Store sur Mac et PC on est passé à 2 millions cumulés.

En 2004, l’iTunes Music Store sortait des États-Unis, les iPod mini colorés arrivaient et l'on passait d'un coup de 2 millions à 10 millions de baladeurs dans le monde. À compter de 2010, les ventes cumulées depuis le premier modèle totaliseront 275 millions d'unités.

image de une : Matthew Pearce CC BY


avatar minijul | 

Je vais partir des ces gros utilisateurs Mac arrivés via l'iPod et iTunes sur PC. Mon achat suivant fut un iBook 12".
Il est amusant de se rappeler de ça à une période où on a le sentiment qu'Apple ne tient plus compte de nos besoins qu'il a pourtant su créer à une époque...

avatar minijul | 

Je fais partie, pas je vais partir.
Le correcteur orthographique de l'iPhone me pousserait-il vers la sortie ?!

avatar Bruno de Malaisie | 

Pas mieux. L'effet halo de l'iPod m'a fait acheter mon premier MB. Le blanc.
Puis ensuite l'iPhone quand i a été commercialisé en Malaisie, l'iPad et l'AppleWatch.

avatar MightyMac | 

"Hell froze over" se traduirait plus par l'enfer en a été (de voir qu'iTunes arrivait sur PC).

avatar BeePotato | 

@ MightyMac : « "Hell froze over" se traduirait plus par l'enfer en a été (de voir qu'iTunes arrivait sur PC). »

Non. « Il a gelé en enfer » est une très bonne traduction.
En effet, ce n’était pas une gelée résultant de l’arrivée d’iTunes sur Windows, mais plutôt l’inverse. « When Hell freezes over » est l’équivalent le plus utilisé aux US de « quand les poules auront des dents ». Donc l’arrivée, jusque là inimaginable par beaucoup, d’iTunes sur Windows signifiait qu’il avait dû, auparavant, geler en enfer (ou que les poules devaient avoir vu des dents leur pousser d’un coup).

avatar falemaster | 

Sinon, Fadell a t il parlé des problemes chez Nest ?

avatar foxot | 

Pour ma part c'était bien plus tard, d'abord l'iPod, puis l'iPhone 3G et enfin un MBP ^^

avatar jerome74 | 

Quand à moi, puisque tout le monde raconte sa vie, mon premier Mac c'était un 128 Ko, et même quand les poules auront des dents en enfer, je ne serai pas près d'acheter un iPod, iPhone, iPad, iWatch, iCar...

avatar XiliX | 

Quand l'iPod est sorti, je n'en voulait pas du tout. Même si je le trouvais superbe.
Quand l'iPod U2 est sorti... p*-+?*%# de m3"'àéç*$% j'ai craqué. Il est toujours aussi magnifique

avatar byte_order | 

Ou comment Apple a vite oublié que ce qui l'a sauvé a la fin du siècle précédant c'est d'avoir accepter de s'ouvrir aux autres plateformes (iPod supporté sur Windows, architecture PC dans un Mac, Unix à la place de Mac OS).

avatar BeePotato | 

@ byte_order : Ce qui a sauvé Apple à la fin du siècle dernier, c’est l’iMac, les PowerMac G3, l’iBook, et surtout le grand ménage et la réorganisation faits par Jobs, qui ont permis à l’entreprise d’arrêter d’errer de tous côtés, pour se focaliser de manière bien plus efficace sur une gamme matérielle et logicielle plus simple.

Ce que tu as cité, ce n’est pas arrivé au siècle dernier, mais au début de l’actuel. Et ça n’a donc pas sauvé Apple, qui l’était déjà, mais ça lui a permis de se développer loin au delà de ce qu’on pouvait imaginer quelques années auparavant (ce n’est donc pas moins important que le sauvetage — mais il était utile d’apporter cette petite correction à ce que tu avais écrit).

avatar byte_order | 

Okay, "virage" du siècle précédant est plus exact. Le PM G3 c'est 1999, le premier iMac 1998. Retour de Jobs mi 1997.

Je ne partage pas pour autant l'avis comme quoi c'est la réorg de Jobs qui a sauvé Apple.
Je veux bien reconnaitre que l'iMac et l'iBook ont permis a Apple de revenir sur le devant de la scène médiatiquement, mais le vrai décollage des ventes de Mac, c'est quand de *nouveaux* clients sont arrivés chez Apple, pas le renouvellement plus ou moins structurel de la base fidèle des clients des Macs.

Et ça cela a eu lieu avec l'arrivée de l'iPod qui a amener d'autres types de clients, nettement plus grand public et nettement plus nombreux et moins geeks que les clients qui avaient déjà des Macs depuis déjà fort longtemps dans les secteurs traditionnels des "créatifs".

Et, côté ordinateur, cela eu lieu avec l'arrivée de MacOS X pour remplacer un Mac OS complètement dépassé. Et par l'arrivée des CPU Intel pour remplacer des PowerPC tout autant dépassé et, nouveauté non négligeable, permettant BootCamp et/ou la virtualisation d'autres systèmes d'exploitations sur des machines Apple (une rupture idéologique majeure)...

Ils ont changé d'échelle en changeant le type de clientèle visé, en élargissant la clientèle potentielle. Et ça c'est pas vraiment un iMac ou iBook doté d'un MacOS et d'un CPU dépassé qui l'aurait durablement permis. Ni le Cube...

Cet élargissement n'a été possible que parce qu'ils ont abaissés les barrières arbitraires qui empêchaient l'interopérabilité de leurs produits avec les autres plateformes, ou les empêchaient de profiter des meilleures capacités technologiques disponibles sur les autres plateformes.

Abaissement Temporaire. Le temps de capter par millions des nouveaux clients d'iPod puis d'iPhones. Les barrières sont remontés très rapidement ensuite, poussant à migrer sur du tout Apple en vendant le "Hub Numérique", le "It just works", le MobileMe, le iCloud, etc...

avatar BeePotato | 

@ byte_order : « Je ne partage pas pour autant l'avis comme quoi c'est la réorg de Jobs qui a sauvé Apple. »

Ben c’est pourtant le cas.

Le reste, comme je l’ai déjà écrit et comme tu as jugé nécessaire de le réécrire en plus long, ce n’était plus un sauvetage (Apple allait déjà bien) mais une expansion, un changement d’échelle majeur.
Un changement d’échelle qui a apporté une pérennisation confortable grâce à la diversification des sources de revenus et à la montagne de fric générée, mais pérennisation, ce n’est déjà plus du sauvetage.

L’Apple de juste avant l’iPod pour Windows, si elle était restée telle quelle, aurait probablement pu finir par couler. Mais elle n’était plus, contrairement à 1997, sur le point de le faire, et n’avait donc plus à être sauvée. C’est tout.

« ils ont abaissés les barrières arbitraires qui empêchaient l'interopérabilité de leurs produits avec les autres plateformes »

Arbitraires ? Pour la plupart, ces barrières avaient une justification pas du tout arbitraire.

avatar byte_order | 

> L’Apple de juste avant l’iPod pour Windows, si elle était restée telle quelle,
> aurait probablement pu finir par couler.
> Mais elle n’était plus, contrairement à 1997, sur le point de le faire,
> et n’avait donc plus à être sauvée. C’est tout.

C'est là où nos avis divergent. Je pense que c'est pas les iMac et iBook qui ont changé suffisamment Apple pour que la boite décolle vraiment du segment de niche où elle était même après le retour de Jobs.
Après, si pour toi la partie "sauvetage" c'est juste d'avoir éviter la faillite, alors y'a jamais eu de sauvetage réellement, Apple n'ayant jamais été véritablement dans une situation de quasi faillite.
Je parle moi du changement qui a permis à Apple de sortir de sa niche qui, lentement, se rétrécissait à l'époque.

Et là où on a le même avis, c'est que sans l'ouverture a une nouvelle clientèle, grand public, via l'iPod en premier, tous les iMac et iBook du monde n'aurait pas sorti Apple de sa niche.

Puis l'iPhone.
Puis le renouvellement technologique matérielle (CPU Intel) comme logicielle (Mac OS X).

> Arbitraires ? Pour la plupart, ces barrières avaient une justification pas du tout arbitraire.

Souvent idéologique plus que technologique, c'est en cela que la barrière était arbitraire.

avatar BeePotato | 

@ byte_order : « Après, si pour toi la partie "sauvetage" c'est juste d'avoir éviter la faillite, alors y'a jamais eu de sauvetage réellement, Apple n'ayant jamais été véritablement dans une situation de quasi faillite. »

Ça, je le sais bien, merci. Non, par « sauvetage à la fin du siècle précédent » (ton expression, je le rappelle), je comprends la remise en forme qui a permis d’arrêter d’être sur une pente qui aurait fini par conduire à la faillite.
Et le retour à la production de machines nettement plus intéressantes que celles de la concurrence.

Et tout ça, c’était déjà fait avant le 1er janvier 2001 (début de notre siècle, rappelons-le à tout hasard).

La suite, c’était encore autre chose. Un « autre chose » qui a, par sa différence d’ordre de grandeur, presque complètement éclipsé ce sauvetage aux yeux de beaucoup (dont toi, il semblerait).

« Souvent idéologique plus que technologique, c'est en cela que la barrière était arbitraire. »

Des exemples à fournir ?

avatar A884126 | 

"MusicMatch Jukebox", à mon humble avis le meilleur des lecteurs musicaux.

avatar DouceProp' | 

Mon premier achat Apple fut un iPod... Ensuite vint l'iMac mais ce n'était pas à cause de l'iPod... C'était plutôt à cause de Windows... C'eut été une erreur que de fermer l'iPod au pécé.

avatar byte_order | 

Par curiosité, sous Windows c'était avec iTunes ?

avatar DouceProp' | 

Yep, il fallait iTunes pour mettre de la zik dans l'iPod...
Si tu veux des détails croustillants, autrefois, je lisais ma musique avec Winamp. Puis, refusant de « faire comme tout le monde » je me suis offert un lecteur mp3 autre qu'un iPod. C'était un Philips HDD 120 avec un disque dur de 20 Go. Comme pour l'iPod, il fallait quand même passer par un logiciel Philips qui était nul. Le lecteur mp3 plantait, la batterie était nul. Un jour il est tombé de 10 cm de haut, et le disque fut fichu. J'ai acheté un iPod de 30 Go. Il fallait passer par iTunes oui. Sauf que l'iPod fonctionne encore aujourd'hui et me sert de réveil tous les matins. C'était la parenthèse iPod.

avatar byte_order | 

Les softs pour baladeurs étaient globalement tous nuls, y compris iTunes sur Windows.
Ce n'est qu'avec l'arrivée de USB Mass Storage et/ou MTP que cela s'est nettement amélioré.

avatar Laurent S from Nancy | 

Oui Itunes pour Windows était globalement nul, du moins jusqu'à Vista : très lourd, ergonomie mal adaptée au monde Mcrosoftien. Moi je regretterai toujours ce bon vieux Winamp.

avatar Laurent S from Nancy | 

A l'époque, j'écoutais encore un baladeur avec des K7, "1.000 chansons dans votre poche" ça en jetait quand même...

avatar byte_order | 

Il y avait déjà des baladeurs MP3 sur le marché, de mémoire.
Mais Archos, Creative, MPMan Diamond Digital (Rio), iRiver etc n'ont jamais eu l'audience médiatique dont Apple bénéficie depuis 1984...

avatar BeePotato | 

@ byte_order : « Il y avait déjà des baladeurs MP3 sur le marché, de mémoire.
Mais Archos, Creative, MPMan Diamond Digital, iRiver etc n'ont jamais eu l'audience médiatique dont Apple bénéficie depuis 1984... »

Et surtout, il étaient très loin d’avoir la classe et l’ergonomie d’un iPod. Ils ne jouaient clairement pas dans la même cour.

avatar Gary94 | 

Soit le vieux Mossberg commence à avoir alzheimer
Soit le jeune Fadell raconte des bobards.
Mais on peut pas oublier une telle anecdote : décider du sort d'un produit alors que l'on est que journaliste et pas un membre de l'entreprise

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