Becoming Steve Jobs : portrait d’un mec bien

Mickaël Bazoge |

Steve Jobs pensait qu’ensemble, les Beatles avaient su magnifier les qualités de chaque membre du groupe, tout en modérant les excès individuels. C’est ainsi qu’il a imaginé et modelé Apple lorsqu’il a senti que la maladie commençait à le diminuer. C’est aussi pourquoi il a poussé Tim Cook à occuper petit à petit le siège de CEO de l’entreprise : il fallait quelqu’un qui croit en cette idée d’un groupe qui valorise ce que chacun de ses membres a de meilleur. Il fallait aussi une personne qui connaisse parfaitement les arcanes de l’entreprise — Tim Cook, en tant que directeur des affaires opérationnelles, avait pris les rênes d’Apple durant les deux congés maladie du fondateur de la société en 2004 et 2009. Il était le candidat idéal à la succession.

Le 11 août 2011, c’était un dimanche, Steve Jobs a proposé son poste à Tim Cook. La proposition a été claire et sans chichis : « Il m’a dit qu’il avait décidé que je devrais être le CEO », raconte-t-il dans Becoming Steve Jobs, la prochaine biographie sur Jobs de Brent Schlender et Rick Tetzeli, dont *FastCompany* publie quelques bonnes feuilles.

Ça a été une conversation intéressante. Il m’a dit "Tu prends toutes les décisions." Je lui ai répondu "Attends. Laisse moi te poser une question. Ça veut dire que si je passe en revue une publicité et que je l’aime bien, je peux donner mon accord sans ton feu vert ?" Il a ri et il m’a dit : "Hé bien, j’espère qu’au moins tu me demanderas !"

Au moment de cette proposition, Steve Jobs donnait l’impression d’aller mieux. Jobs a laissé les rênes d’Apple à son successeur le 24 août, avant de décéder le 5 octobre de la même année.

Les extraits publiés par *FastCompany* reviennent plus en détails sur le don de foie que Tim Cook avait proposé à Steve Jobs. Cook a appris que son ami avait besoin d’un nouveau foie en janvier 2009, à une époque où Steve Jobs, très diminué, ne pouvait plus se rendre à son bureau. Il travaillait alors depuis son lit, autant que la maladie le lui permettait. « C’était terrible de le voir jour après jour et lui parler, parce que vous pouviez le voir dépérir ». On sait que Steve Jobs a refusé le don de Tim Cook (lire : « Becoming Steve Jobs » : la bonne foi de Cook envers Jobs), un geste qui peut paraitre égoïste.

« Quelqu’un qui est égoïste ne répond pas comme cela », réplique Tim Cook dans le livre. « Je veux dire, voici un gars en train de mourir, il est très proche de la mort à cause de ses problèmes de foie, et voilà quelqu’un en pleine santé qui lui offre un moyen de s’en sortir ». Steve Jobs n’a pas joué la montre ni tourné autour du pot, la réponse a été non. « Cette image de lui n’a pas été comprise », estime Cook.

Je pense que le livre de Walter Isaacson a rendu un très mauvais service. [La biographie] était une simple resucée d’un tas de trucs qui avaient déjà été écrits, et qui se basaient sur de petites choses de la personnalité [de Steve Jobs]. Le livre donne le sentiment que [Steve] était un être égomaniaque et égoïste. Il n’a pas réussi à saisir l’essence du personnage.

Tim Cook rhabille ici la biographie « officielle » de Walter Isaacson pour l’hiver, tout en endossant celle de Brent Schlender et Rick Tetzeli à laquelle il a participé. « La personne décrite [dans le livre d’Isaacson] est quelqu’un avec qui je n’aurais jamais voulu travailler tout ce temps. La vie est trop courte ».

Le fondateur d’Apple était quelqu’un de « passionné », et « il voulait que les choses soient parfaites. Et c’est ce qui était génial avec lui. Beaucoup de personnes ont confondu cette passion avec de l’arrogance. Ce n’était pas un saint. Je ne dis pas ça. Personne ne dit ça. Mais il est absolument faux de dire qu’il n’était pas un grand être humain, et ça n’est pas totalement compris ». À cet égard, le nouveau livre Becoming Steve Jobs ressemble à une tentative de rééquilibrage de l’image de Steve Jobs. Avec le risque d’une hagiographie ? La lecture de l’ouvrage au complet nous le dira.

De gauche à droite : Ron Johnson, Tim Cook, Steve Jobs et Fred Anderson en 2001.

S’il existe certes une part de passion et d’impétuosité dans Steve qu’a connu Tim en 1998 lors de son embauche, il y avait aussi « un côté doux, et c’est cet aspect qui est devenu une part de plus en plus importante [de Steve Jobs] au long de ces 13 années ». Pour appuyer son propos, Tim Cook raconte les moments où son prédécesseur s’est inquiété de la santé des employés et de leurs conjoints : « Il pouvait remuer ciel et terre pour s’assurer qu’ils bénéficiaient du meilleur suivi médical ».

Il avait le courage d’admettre qu’il pouvait se tromper et qu’il pouvait changer, une qualité qui manque à beaucoup de gens, à ce niveau, qui ont accompli autant. Vous ne voyez pas tant de personnes à ce niveau qui vont changer de direction quand ils devraient le faire. [Steve Jobs] n’était pas redevable de quoi que soit, si ce n’est d’un ensemble de valeurs fondamentales. Tout le reste, il pouvait ne pas s’en soucier. Il pouvait le faire plus vite que n’importe qui de mes connaissances. C’était un don absolu. Il a toujours changé. Steve avait cette faculté d’apprendre très rapidement, plus vite que bien des gens, sur un grand nombre de choses.

Steve Jobs s’inquiétait aussi pour son entreprise. Eddy Cue, qui a également participé à l’élaboration du livre, explique que le patron de l’entreprise, même au plus mal, continuait à assurer ses fonctions. « Vous pouviez le voir dans les réunions; il prenait de la morphine et vous sentiez qu’il souffrait, mais il s’intéressait toujours ». Après son premier congé maladie en 2004, Steve Jobs a commencé à prendre des dispositions pour sa succession. Pour se donner du temps, il s’est concentré sur les domaines qui l’intéressaient tout particulièrement : le marketing, le design et le lancement de produits. Il a aussi voulu s’assurer qu’il laisserait Apple entre de bonnes mains après sa mort, dès 2004 donc.

C’est de cette époque que Jobs a mis sur pied l’Apple University avec Joel Podolny, un enseignant de la Yale School of Management. « Steve se souciait profondément du ‘pourquoi’ », éclaire Tim Cook. « Le pourquoi d’une décision (…) C’est ce qui explique la création de l’Apple U., pour que l’on puisse former et enseigner les nouvelles générations de leaders, en leur apprenant tout ce par quoi nous sommes passés, pourquoi nous avons pris telles mauvaises décisions, et aussi pourquoi nous avons pris les vraiment bonnes ».

À la fin de sa vie, Steve Jobs s’est fortement impliqué dans la conception du futur QG d’Apple. Comme pour l’université Apple, le campus 2 fait partie de l’héritage qu’a voulu laisser le fondateur de l’entreprise à ses successeurs. « Steve voulait que les gens aiment Apple. Pas seulement travailler pour Apple, mais vraiment aimer Apple, et vraiment comprendre, très profondément, ce qu’était Apple, les valeurs de l’entreprise. Il ne les a pas écrites sur les murs ni n’en a fait des affiches, mais il voulait que les gens les comprennent. Il voulait que les personnes travaillent pour une cause plus importante ». Évidemment, Tim Cook « aime Apple ». « Je pense qu’Apple est ici pour quelque chose d’important. Il y a très peu d’entreprises comme cela sur la surface de la Terre maintenant ».

Becoming Steve Jobs sortira le 24 mars. Il est disponible en précommande (uniquement en anglais) sur l'iBooks Store et sur Amazon à 13,99 €.


avatar Karamazow | 

Effectivement la lecture du livre de Walter m'avait laissé cette impression tyrannique

avatar marenostrum | 

et c'est juste. parce que celui qui veut faire un truc marcher (son truc, sa mission, qui veut laisser une trace. il est parti lui, nous on parle de Jobs encore), il doit faire des choix, éliminer ce qui pense être inutile ou sans valeur sans pitié ni remords. sinon il n'arrivera à rien.

avatar MiniMac | 

L'éternel problème de vouloir faire du sensationnel pour vendre plus au sujet du livre …!

avatar Maximei | 

Wah wah wah wah wah... Ils font vraiment monter la pression avec ce bouquin ! J'espère qu'il sortira en Français afin de pouvoir mieux saisir la version Anglaise !

avatar jipeca | 

On aime les gens avec leurs qualités et malgré leurs défauts. Si on n'est pas capable de ça l'affection ou l'amitié n'est qu'un mot vide de sens. On n'aime pas quelqu'un parce qu'il peut vous apporter quelque chose.

Cela voudrait dire que vous ne pouvez aimer que quelqu'un d'irréprochable tout en passant vos propres défauts sous silence.

Steve Jobs était pétri de qualités technologiques et c'était en effet quelqu'un d'égoïste . On peut le vérifier à différentes étapes de sa vie, et ça n'empêche pas d'aimer le bonhomme.
C'était mon cas, et j'avoue avoir vraiment eu de la peuine lorsqu'il est mort. Ce qui ne m'a jamais empêché de me rendre compte qu'humainement c'était presque un salopard.

Lorsque Cook le nie ça le rend simplement encore moins crédible.

avatar feefee | 

@jipeca

"Lorsque Cook le nie ça le rend simplement encore moins crédible."

Ca c'est parce que tu mélanges le personnage public, la personne au boulot, et la même en privé.
Tim Cook n'avait pas la même approche de Jobs que nous ni que celle des employés d'Apple.

Pour comprendre il suffit de regarder les gens autour de soi au boulot et dans la vie.
Parfois il vaut mieux ne pas connaitre ses vrais amis dans leur environnement de travail, on risquerait de changer d'avis à leur égard,mais ce n'est pas une généralité bien heureusement.

avatar Nesus | 

@jipeca :
C'est surtout que l'on aime les gens que l'on connaît.
Je fais parti des gens que l'on traite facilement de connard, parce que je ne supporte pas la fainéantise et la bêtise (souvent issue de la première).
Il n'empêche que le peu de gens me connaissant vraiment le sont fidèles en toute circonstance et savent qu'ils peuvent aveuglement me faire confiance.
Bref, y a la surface et le fond.
Faites vous plaisir lisez Yoshikawa, la pierre et le sabre ainsi que la parfaite lumière. Vous saurez précisément de quoi je parle.

avatar oomu | 

tiens donc ?

amusant, parce qu'en général je n'apprécie que les gens qui ne supportent pas la fainéantise et la bêtise (assez courant chez les geeks, à condition de pas mélanger avec l'arrogance).

Pour expliciter, j'apprécie énormément les gens du genre de "House" (sans l'exagération de télévision hein) : insupportables au premier abord, mais infiniment + loyaux et solides qu'un superficiel sympa.

Et du coup, pourquoi Steve Jobs ? parce que le type avait une passion et une dévotion pour son travail que personne ne peut nier et il avait rien à foutre de s'en excuser. et ÇA je respecte.

avatar phoenixback | 

@oomu :
Moi j'en ai marre des bien pensant de polichinelle comme ces "charlies" qui ont disparu dans le bruit médiatique, pendant ce temps le monde brule des gens se font tués par la faute de politiciens verreux.

Et a force de faire l'autruche ca va nous peter a la gueule je veux juste que ca arrive apres l'apple watch v2 j'ai grave envie de la tester.

avatar Hideyasu | 

@jipeca :
C'est sur que tu devais le connaître personnellement pour dire ça :)

avatar phoenixback | 

Tim lui a proposé plusieurs foie son aide.

avatar aldomoco | 

@phoenixback

... elle est bonne :-))

avatar Bruno de Malaisie | 

Ce que j'ai lu dans un article il y a peu (sur MacGé), c'est que Steve Jobs était sur la liste d'attente pour un foie, mais qu'il n'avait pas fait pression pour être en tête de liste.
Si cette anecdote est vraie, ça en dit long sur l'Homme qu'il était.

avatar phoenixback | 

Modéré

avatar oomu | 

on ne peut pas manipuler la liste des transplantations de Californie (comprendre: on a trouvé personne à acheter qui soit assez subtil. + sérieusement, ce sont des domaines beaucoup trop graves pour être si facile à escroquer ou acceptable par tous.)

Steve Jobs avait déménagé dans un autre Etat où y avait plus de chances d'obtenir une greffe.

Il n'a pas eu de passe-droit. ( "monsieur...monsieur Jobs.. alors.. une greffe.. hé je vous reconnais ! z'êtes le monsieur d'Apple, qui vendait le Lisa ? ho j'adorais cet ordi, allez zou, je vous donne ce foie, ce gamin de 8 ans attendra un peu" )

Il a payé le séquençage de son propre adn, au cas où. ce qui n'est pas donné.

Il a quand même utilisé ses moyens (un peu tard parait il) mais cela ne lui a pas permis d'échapper à ce cancer.

avatar misstique | 

Je pense que le Steve Jobs de 1985 (lorsqu'il quitte Apple) est bien différent de celui de 1997 (après sa traversée du désert lorsqu'il revient chez Apple après le rachat de NeXT et le succès de la société Pixar) ... mais je me trompe peut être ... n'ayant jamais eu le plaisir de le rencontrer !

avatar oomu | 

c'est cool

chacun a son livre maintenant

ceux qui veulent haïr Steve Jobs
ceux qui veulent aimer Steve Jobs
ceux qui veulent pester contre le Système (RAAAAh !)

à chacun son livre sur Steve Jobs. Je prendrai celui où il est héros de mang... ha déjà fait.

avatar béber1 | 

naaan, c'est pas vrai…?

avatar béber1 | 

my New Bible ! :incline:

avatar sekhmet | 

moi je vois l'usage que je pourrais en faire, mon appli de cyclisme est annoncée comme compatible. jeter un oeil sur la montre pour voir ma vitesse instantané, ça me plairait bien, plus qu'un support à iphone sur le guidon. ceci dit j'ai peur pour l'autonomie.

avatar Totoleheros | 

L'un des amis a mis en lumière cette utilisation possible de la montre, pour tous les 2 roues. Je n'y avais pas pensé mais il soutenait que ce serait super pratique sur son scooter de pouvoir consulter ses notif sans avoir à sortir son iPhone. Je reste dubitatif, faudrait pas que cela engendre de l'inattention: à Paris, que je traverse de part en part tous les jours en vélo, la moindre inattention passagère peut très vite se transformer en accident...

avatar cillab | 

putain oui c'etait un mec BIEN dommage ils partent toujours trop tot

avatar Ali Baba | 

« Ce n’était pas un saint. Je ne dis pas ça. Personne ne dit ça. » et deux phrases plus loin : « Avec le risque d’une hagiographie ? »

Rigolo.

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