Les nouveaux modes de production des œuvres

Nonoche |
En introduisant la "désintermédiation" à tous les étages, Internet a plus que chamboulé la manière dont nous consommons les biens culturels. Les "œuvres de l'esprit" ne sont désormais plus distribuées ni consommées comme auparavant, et la dématérialisation a été jusqu'à modifier la façon même dont les œuvres sont créées (lire : Quand les supports influaient sur les œuvres). C'est désormais un autre pan de l'industrie culturelle qui évolue, avec la production elle-même qui tombe entre les mains du public.

Chefs-d'œuvre en péril

Le métier de producteur a très mauvaise presse depuis quelques années maintenant. À en croire les propos que l'on peut trouver sur la toile, de plus ou moins bonne foi, on pourrait brosser un portrait assez caricatural du producteur, qui serait un vampire des temps modernes, dont la seule fonction tiendrait à ponctionner de l'argent sur les ventes des œuvres (les producteurs mythiques, de Quincy Jones à Phil Spector, apprécieront).

Avec les moyens modernes, la création s'est amplement démocratisée, permettant à quiconque, avec un peu de talent, de créer depuis son domicile le prochain tube à la mode. Mieux encore, il est désormais possible de l'éditer soi-même, en distribuant son œuvre sur Internet, et ainsi de se débarrasser totalement de l'intermédiaire encombrant qu'est la maison de disque. Argument massue s'il en est, l'album In Rainbows de Radiohead sorti en 2007, autoproduit par le groupe et distribué exclusivement en ligne, à un prix de vente décidé au bon vouloir de chaque acquéreur. Voilà donc l'avenir et le salut de la musique tous trouvés.



Ce serait cependant omettre qu'In Rainbows est le septième album studio du groupe, et qu'avant celui-ci, Radiohead a eu six autres disques qui ont été produits de manière classique (et dont les revenus ont permis de financer celui-ci). Le travail des maisons de disque (production et promotion) a bel et bien permis à Radiohead d'obtenir la notoriété qui a rendu cette aventure viable. Nombre d'albums "amateurs" naissent dans des conditions similaires sans connaître pour autant la même destinée. Et si Internet a permis de découvrir quelques talents qui auraient autrefois pu rester ignorés, leur capacité à vivre de leur travail n'a toujours dépendu que de leur intégration dans le circuit classique de production par la suite.

À compte d'auteur

Si la création artistique a toujours été accessible à tous, la consommation de masse a longtemps induit une sélection par les producteurs et éditeurs, seuls à même d'investir les frais nécessaires à la reproduction, la distribution et la promotion des œuvres. Même dans le cas du livre, dont la création n'exige pas plus que du temps, du papier et de l'encre, leurs auteurs n'étaient pas en mesure d'assurer leur entière autonomie jusqu'au lecteur final. Seule alternative, la production à compte d'auteur : l'écrivain en herbe finance de sa poche la fabrication d'un nombre limité d'exemplaires en espérant rentrer dans ses frais en vendant lui-même son opus autour de lui. Nombre de sociétés ont d'ailleurs tiré parti de la vanité d'aspirants écrivains, qui aura fini par se retourner contre eux. Il ne suffit pas hélas toujours de croire en son talent pour qu'il soit reconnu par le public, et beaucoup d'exemplaires produits à compte d'auteur sont restés invendus.

La dématérialisation allait régler ce problème, puisque la reproduction et la distribution d'un livre ne coûtent désormais plus rien. Et de fait, on trouve de plus en plus d'œuvres mises en vente sur la toile par leurs propres auteurs, parfois même sur des plateformes commerciales de premier plan (Kindle Store et iBookStore en tête), grâce aux services des sociétés d'autopublication. Celles-ci servent d'interface entre l'auteur et tout ce qui donnera à son œuvre le statut officiel de livre (numéro ISBN, distribution en ligne, etc.). La plupart intègrent également un service d'impression à la commande, évitant les investissements en pure perte. Moralité, le nombre de livres produits a littéralement explosé : rien qu'en 2008, la société d'auto-édition Lulu publiait à elle seule 4000 nouveaux titres en moyenne par semaine. De quoi faire blêmir les critiques qui se lamentaient déjà de l'invraisemblable quantité de livres proposés à chaque rentrée littéraire…

Dans une telle marée, il devient d'autant plus difficile d'y trouver son compte : sans sélection, la qualité moyenne est en chute libre. Même sur les œuvres dignes d'intérêt, l'absence de tout travail d'édition (tant du point de vue artistique que commercial, sans oublier la mise en page ou la correction…) peut parfois se faire sentir lourdement. Et lorsqu'un éditeur pouvait autrefois peser de tout son poids pour promouvoir un livre dans lequel il croyait, la rencontre entre un auteur et ses lecteurs ne s'appuie plus que sur les heureux hasards et le bouche à oreille. C'est sans doute là où on mesure le mieux que le travail d'édition ne se limite pas à percevoir illégitimement une rente sur le talent d'autrui. Et les petits éditeurs sont les premières victimes de ce nouveau mode de production, augmentant un peu plus le gouffre qualitatif entre les grandes maisons d'édition et l'autopublication.



Les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette surproduction est un problème qu'on retrouve également dans l'App Store : dans les 645 669 applications disponibles à ce jour, seule une minorité parvient à rencontrer un véritable succès commercial, et il est plus que vraisemblable qu'un certain nombre d'applications laissées pour compte auraient mérité un meilleur destin commercial s'il y avait une sélection à l'entrée, ou du moins des moyens facilitant la découverte des perles rares. C'est un problème qui est destiné à devenir de plus en plus préoccupant, tant pour les utilisateurs que pour les développeurs, et Apple devra y répondre tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre. La nature ayant horreur du vide, les éditeurs se constituent parfois des catalogues à coups de rachats, assurant toujours la promotion commerciale des applications en dehors de l'App Store. Pour tous les autres, et comme pour le livre autopublié, le salut vient du marché de niche, où nulle concurrence ne viendra faire de l'ombre.

Si l'auto-production n'est pas sans inconvénient, elle n'est également pas la solution universelle : elle n'est pas envisageable pour certaines œuvres collectives, ou encore celles nécessitant des moyens plus conséquents. Il faut déjà être fortuné pour s'offrir la location d'un studio pour quelques journées d'enregistrement et bénéficier d'un son professionnel, que dire alors de la production d'un long métrage ou même d'un jeu vidéo un tant soit peu ambitieux. Ce type de créations est sans doute celui où les moyens mis à disposition influent le plus sur le résultat final, et les cas d'auto-production relèveront de la très rare exception.

À tout le moins, ce modèle ne peut plus être considéré comme une alternative viable au système de production existant dans sa variété et sa richesse actuelle, même si (perte de rentabilité oblige), celles-ci vont s'amenuisant. Les producteurs sont d'autant plus frileux qu'ils sont les seuls à courir un risque financier, dont rien ne vient garantir la rentabilité. On assiste donc à une multiplication des reprises, adaptations, remakes, reboots, suites, et autres "préquelles", avec de moins en moins d'œuvres originales et de premières créations. Il faut dire que le goût du public pousse amplement dans cette direction, étant de moins en moins aventureux, et plus enclin à consommer par nostalgie une œuvre déjà connue, réinterprétée pour le besoin de la minime nouveauté.

Le Crowdfunding, un modèle intermédiaire



Pour ces œuvres qui exigent plus de moyens, Internet a permis l'avènement d'un autre modèle, le financement assuré par le public lui-même, ou crowdfunding. Des plateformes permettant à chaque internaute d'investir des sommes plus ou moins modestes dans la production d'une œuvre sont nées. Dans le domaine de la musique, MyMajorCompany a pu produire avec succès quelques artistes, ajoutant l'effet vertueux de sensibiliser et d'impliquer le public face à la problématique de la production des œuvres en ces temps de piratage décomplexé. D'autres plateformes comme IndieGoGo visent à produire des initiatives de toute nature (musique, œuvres caritatives, PME, film). De son côté, si Kickstarter a une vocation plus générique d'investissement dans tout projet commercial, il a vu avec succès une génération spontanée d'œuvres de l'esprit, particulièrement dans le domaine des jeux vidéos.

Divers studios indépendants se sont en effet tournés vers Kickstarter pour financer leurs projets, et certains ont connu un succès incroyable. Le plus emblématique est sans aucun doute le studio Double Fine Productions, détenant à ce jour le record du plus gros budget en crowdfunding. Il faut dire que le projet avait quelques avantages dans son berceau, et non des moindres : mené par Tim Schafer, créateur mythique de jeux d'aventure "point and click" chez LucasArts (Monkey Island I & II, Day of the Tentacle, Full Throttle, Grim Fandango…), le studio était déjà à l'origine de Psychonauts ou encore Brütal Legends. L'annonce d'un retour au genre point and click par ces vétérans de LucasArts a donc tout naturellement attiré l'attention des aficionados. Le projet Kickstarter avait pour but d'atteindre 400 000 dollars, mais grâce à la bonne couverture média de l'événement, le plafond a littéralement été explosé, en récoltant pas moins de 3 336 371 dollars en à peine plus d'un mois, répartis entre 87 142 investisseurs (et autant de noms à inclure au générique !). De quoi amplement garantir un portage du jeu sur Windows, OS X, Linux, iOS, et Android pour sa sortie prévue pour le deuxième trimestre 2013.



L'affaire a fait beaucoup parler d'elle, et d'autres projets ont pu être financés de la même manière : après avoir obtenu les droits du classique Leisure Suite Larry (lire Leisure Suit Larry revient sur Mac et iOS), Replay Games a fait financer son dépoussiérage par Kickstarter, obtenant 655 182 dollars (pour un objectif minimum de 500 000). Wasteland 2 (suite bien nommée de Wasteland, un jeu de rôle post-apocalyptique sorti en 1988), a quant à lui amplement dépassé son objectif de 900 000 dollars, pour obtenir 2 933 252 dollars de financement. La recette-miracle semblait donc toute trouvée, et c'est donc tout naturellement qu'une plateforme dédiée au crowdfunding de jeux indépendants est née, Gambitious. Il n'en reste pas moins que ces succès de crowdfunding ont tous en commun de ne pas être inconnus au bataillon : ils reprennent des licences bien connues, ou, à l'image de l'album autoproduit par Radiohead, sont à l'initiative de développeurs émérites et reconnus. De fait, Kickstarter indique que seul un quart des projets de jeux vidéo parviennent à atteindre leurs objectifs de financement (alors que 45 % de tous les projets Kickstarter y parviennent). De ce point de vue, le crowdfunding pour les jeux en général est loin du succès incarné par ces quelques exemples.


Kickstarter jusqu'au bout de l'absurde : un projet Kickstarter pour financer… la présentation d'un projet Kickstarter,vu par XKCD


De par sa nature même, le crowdfunding se cantonne aux idées qui seront populaires sur le papier, mais dont rien pour autant ne dit qu'elles rencontreront un succès commercial une fois mis sur le marché. À l'inverse, nombre de projets qui ont connu un plébiscite commercial n'auront pu vivre que parce qu'ils auront été repérés par un producteur visionnaire. Steve Jobs lui-même se disait convaincu de l'inutilité des études de marché : pour lui, le public ne pouvait imaginer ce dont il a envie ou besoin tant que vous ne le lui montrez pas. Il reste donc indiscutablement tout un pan d'œuvres diverses et variées qui ne peuvent exister que par la grâce d'un producteur, pour peu que cette espèce en danger continue de survivre.
avatar Oby1 | 
Article très intéressant. Merci :-)
avatar papalou | 
Note au rédacteur ( deuxième fois aujourd'hui :-) ) : vous confondez producteur et producteur... Normal, on traduit mal en français. Phil Spector ou Quincy Jones sont des "réalisateurs", ils produisent au sens artistique des disques (appelés en anglais "producer"). Les producteurs qui sont tant décriés sont les producteurs au sens financier du terme (les majors, quoi...).
avatar Foonix | 
@papalou : Exact. Et le terme diffère encore plus quand on parle de musique électronique. Les "DJ/producer" sont en fait des artistes qui sont autant à l'aise pour composer un morceau en studio que pour mixer un set en live (avec ou sans leurs compositions dedans). La confusion se fait probablement en anglais également, puisque la personne qui a la responsabilité financière d'un film est aussi un "producer".
avatar Nonoche | 
Les deux sens du terme étant tous deux échus à la partie éditoriale, cela ne fait guère de différence sur le propos.
avatar Kiltmen | 
Bon article effectivement. Je pense également que cette méfiance envers les éditeurs, ou toute personne s'occupant d'établir un lien entre l'artiste et le public est préjudiciable à terme pour la culture. On oublie trop vite que l'éditeur est avant tout un homme de goût qui tente le très difficile équilibre entre rentrées financières suffisantes et intérêt culturel. C'est la personne qui assume tous les risques d'ordre pécunier et qui permet d'effectuer un premier tri dans la vaste production artistique. Les critiques se plaignent déjà de la foule de livres à chaque rentrée littéraire, et pourtant il y a déjà eu un énorme tri de la part des éditeurs qui n'auront sélectionné que quelques manuscrits sur les milliers qui leur sont parvenus... Sans compter que l'éditeur est bien souvent positif pour l'artiste, c'est un homme de conseil qui permet bien souvent de perfectionner l'oeuvre. Le passage au numérique offre énormément de possibilités aux artistes et au public, et c'est une étape indispensable à franchir. Pourtant, je crois que le rôle de l'éditeur reste tout autant primordial ( comme le signale l'article, les contenus culturels numériques qui fonctionnent le mieux sont ceux qui ont été réalisés par des hommes qui ont déjà l'expérience des précédents modes de diffusion ) sans quoi il y a un véritable risque de "noyade culturel".
avatar terreaterre | 
Confusion habituelle entre "édition à compte d'auteur" et "auto édition" : >> Seule alternative, la production à compte d'auteur : l'écrivain en herbe finance de >> sa poche la fabrication d'un nombre limité d'exemplaires en espérant rentrer dans >> ses frais en vendant lui-même son opus autour de lui. Ce qui laisse penser que le reste de l'article est du même tonneau. Auto-édition : l'auteur assume tout, de l'écriture à la vente en passant par la mise en page et l'impression, cette dernière étape étant prise effectuée par un imprimeur. Compte d'auteur : l'auteur participe, pour tout ou partie, aux frais de fabrication, en coopération avec un éditeur. Compte d'éditeur : l'éditeur prend en charge *tous* les frais relatifs à la fabrication de l'ouvrage. Chacun de ces modes d'éditions est régi par un article de loi précis. Et le compte d'auteur, c'est malheureusement souvent l'arnaque. Ainsi tel éditeur de la rive gauche (de Paris) qui proposait un contrat où l'auteur finançait une partie de l'impression et renonçait à ses droits d'auteurs sur les 500 premiers exemplaires vendus, sachant que l'éditeur en imprimait moins de 500. Résultat positif garanti par l'éditeur. Quant à l'expression "vanité d'aspirants écrivains", nous pourrions parler de la vanité des aspirants journalistes/bloggueurs qui ne maitrisent manifestement par leur sujet. Pour revenir sur le sujet, un éditeur est souvent vu comme quelqu'un qui profite du travail d'un auteur. Mais c'est oublier que c'est lui qui prend les risques financiers. J'ai eu la chance de trouver un éditeur assez fou pour me faire confiance pour mon premier livre, sur un domaine très pointu, alors que je n'étais pas connu. Sur les 65 euros de prix de vente, je touchais 7 euros. Maigre, mais normal. L'éditeur, il a encore 300 exemplaires sur les bras.
avatar noedz | 
Excellent article de fond :).
avatar joneskind | 
"Steve Jobs lui-même se disait convaincu de l'inutilité des études de marché : pour lui, le public ne pouvait imaginer ce dont il a envie ou besoin tant que vous ne le lui montrez pas" Combien de projets n'ont pas vu le jour à cause de la frilosité des décideurs ? Dois je rappeler que de nombreux artistes sont morts de faim parce qu'aucun mécène n'était capable de voir leur esprit visionnaire ? Combien de titres sortent comme des copies d'un original Best-Seller parce que les éditeurs ne prennent pas assez de risques ? Le nouveau mode de production n'y a rien changé. Ça a toujours été comme ça, bien avant internet. Aujourd'hui on peut penser que tout le monde a les moyens de s'auto-produire et de se diffuser. Un groupe comme les Who est devenu célèbre grâce au bouche à oreille, pas parce qu'un producteur avait décidé qu'ils étaient bankable. Il y aura toujours des visionnaires qui seront incompris de leur époque, mais qu'un jour on verra émerger, à l'instar d'un Van Gogh ou d'un Nick Drake totalement inconnus de leur vivant. Les producteurs ont juste perdu le contrôle. Reste à trouver des moyens de promotion différents.
avatar rom54 | 
[quote] Les producteurs sont d'autant plus frileux qu'ils sont les seuls à courir un risque financier, dont rien ne vient garantir la rentabilité. On assiste donc à une multiplication des reprises, adaptations, remakes, reboots, suites, et autres "préquelles", avec de moins en moins d'œuvres originales et de premières créations. [/quote] Pour aller dans le sens de [b]@papalou [22/05/2012 16:49][/b] il ne faut pas confondre les torchons et les serviettes! Des réalisateurs et des promoteurs, eux memes artistes créateurs, prennent effectivement des risques financiers pour aider le développement d'un projet artistique, cela a toujours été et sera toujours. Les éditeurs/producteurs que sont les "maisons de disques", maisons d'édition littéraire,... bref plus généralement les représentants de l'industrie du divertissement ne prennent jamais aucun risque financier, ou alors par accident et la sanction est directe (voire le dernier Disney "John Carter"...) Leur approche est marketing du début a la fin, avec étude de marche, plan d'investissement, mise en oeuvre d'emprunts et d'amortissements indirects, "matraquage" publicitaire et contrainte du réseau de distribution... C'est une industrie produisant de "l'art" et de la "culture" au kilomètre et disposant d'assurances de revenus même si le produit se vend mal! Les griefs qui sont portés contre ces gens et ces structures ne sont pas récents et existaient bien avant la démocratisation de l'Internet. Ce sont leurs pratiques, dénoncés par les artistes mais aussi par les distributeurs finaux ou propriétaires de salles (spectacles, cinema,..) qui ont confirmées cet état des choses. J'ajouterai que dans l'analyse qui est faite, affirmer que la "baisse" de qualité de la production est liée à la perte de contrôle des boites de prod et a la multiplication des oeuvres est très discutable et de toute façon tout a fait subjective: juger de la qualité d'une oeuvre ne peut se faire sans une analyse complexe et multifactorielle (technique, contextuelle, historique, sociologique,...) Par définition une oeuvre, quel que soit le domaine, n'est pas a priori un produit de consommation! Par contre on peut sans trop de risque affirmer que les boites de prod ont étouffées de multiples oeuvres et artistes en général, sans même aborder le sujet du produit "artistique" construit de toute pièce sur du marketing et sans la moindre dimension artistique. D'autre part le modèle de (pre)production par mutualisation n'est pas nouveau, ni spécifique de l'Internet: il a toujours existé. Ensuite il existe bien d'autres approches de financements spécifiques dans nos sociétés (sponsoring, mécénat, banques communautaires, financement familiale ou de communautés,...) sans parler des approches des sociétés ou l'art et la culture ne peuvent être considérées comme des produits.... Il est bon de rappeler qu'aujourd'hui une majorité d'artistes vit des minima sociaux et d'activités qualifiées d'alimentaires et que la plupart des projets et manifestations artistiques sont co-sponsorisés par des mécènes privés et des financements publics. Et que par conséquent, l'artiste et la communauté sont les premiers sponsors de la création. Alors lorsqu'on voit les vautours de l'industrie du divertissement s'emparer d'un artiste (ou plus souvent d'une de ses oeuvres) ayant un certain succès sur le Net, il faut bien comprendre qu'il s'agit la de la privatisation d'un bénéfice qui entraine également la dégradation de l'oeuvre, ou tout du moins de la dimension artistique (du fait des contraintes marketing imposées). Un artiste "conseillé" par un directeur financier n'aura plus la meme dynamique de création et perdra son originalité dans l'affaire. On ne peut pas non plus affirmer qu'Internet est responsable d'une émergence de la création. Les créateurs n'ont nul besoin d'internet pour créer et le nombre d'artistes ne semble pas avoir cru avec la démocratisation du Net. Par contre, Internet offre une tribune populaire et libre ou chacun peut (pour le moment) s'exprimer. N'importe qui peut y diffuser ses oeuvres (livre, musique, video, ...) pour un cout dérisoire et cela garantie une dimension universelle échappant à l'oblitération ou la critique de certaines "élites"... Internet effectivement éjecte les intermédiaires et de ce fait offre (ou redonne plutôt) le pouvoir créateur a l'artiste et le pouvoir de jugement au spectateur/auditeur. Il faut juste comprendre que l'art et la culture ne sont pas des produits de consommation et que leurs couts n'est pas leur valeur...
avatar gwen | 
Pour moi, les sites comme kickstarter sont l'avenir. J'ai misé sur plus de mille projets. Certains n'ont pas atteint le seuil fatidique permettant de les financer. D'autres ont réussi et un an après n'ont pas livrés leur produits. D'autres ont déjà atteint la boite au lettre ou mon compte mail. J'adore ça et je me sent plus impliqué dans la vie de ces créateurs qu'avec un achat en super marché. En plus, je peut financer des projets non rentable pour un investisseur externe mais suffisant pour faire vivre un créateur et peut être démarrer une entreprise viable.
avatar BlueVelvet | 
Bon article! Et en effet, le phénomène de l'incroyable augmentation de productions culturelles, au sens large, est troublant... Il sera intéressant de voir quelques chiffres quand ils existeront, sur le succès réel des œuvres auto-produites basées sur le buzz, et les productions adossées à une machine de promotion...
avatar Average Joe | 
En matière de musique, c'est vrai que Radiohead avec son album de 2007 ne prenait pas de risques (sa maison de disques non plus d'ailleurs) vu que ce disque était financé par de précédents et futurs succès. D'autres groupes sont loin de la notoriété des susnommés mais arrivent quand même à vivre du soutien de leurs fans. Je pense aux Throwing Muses à la durabilité desquels je participe. Il est vrai que le groupe était plutôt bien établi au préalable en ce que ses premiers disques, publiés par une maison qui n'est pas n'importe laquelle, j'ai nommé 4AD, remontaient aux milieu des années 80 ce qui assurait au groupe un certain "following de base" comme disait Chris Parry (ancien manager de Cure). Il n'en reste pas moins qu'il a touché le fond et les limites du business traditionnel du disque vers 2003. C'est internet qui lui a permis de rebondir, sans maison de disques désormais, en se faisant entièrement financer par tout un tas de gens au quatre coins du monde lui permettant un contact désormais très direct avec ceux-ci. Kristin Hersh, tantôt en solo, tantôt avec 50 Foot Wave ou les Throwing Muses, nous appelle ses "strange angels". Donc les intermédiaires habituels disparaissent selon ce modèle. Le soutien d'une maison de disque, même bien intentionnée peut parfois ne plus suffire… Voire même se montrer trop coûteuse et couper un artiste de son public dans une certaine manière. Maintenant je ne dis pas que ce fonctionnement règlera tous les problèmes, surtout pour un groupe qui débute et qui n'a pas encore ce soutien avant même de se lancer dans le crowdfunding. Je ne sais pas ce que je ferais si j'avais à me lancer moi-même. Simplement, il me semble qu'internet rend possible certains modes de "carrière" alternatifs qui n'auraient pas été envisageables autrement.
avatar Nesus | 
Très bon article nonoche, ça fait plaisir à lire, même s'il est plus constat que réflexion. Au moins celle-ci est complète. Pour les différents commentaires, je pense que survoler un article fait de vous d'un de très mauvais lecteurs de deux des idiots imbus de leur personnes créant des remarques injustifiées et méchantes, sans aucun fondement ni intérêt pour "étaler" votre science. Science complètement inutile car parfaitement expliqué. Après il est sûr qu'il faut savoir lire. Je pense que le pis est pour "l'auteur" d'un livre très pointu. J'espère que ses lecteurs n'ont pas fait de même avec son ouvrage...
avatar terreaterre | 
@nesus Si vous considérez que d'étaler des erreurs flagrantes, des contre vérités, font tout de même un excellent article, libre à vous, mais ça prouve que vous ne connaissez pas non plus le sujet. Pour montrer que compte d'auteur et auto-édition ne sont pas du tout des procédés interchangeables, voici comment on peut résumer les trois modes d'édition : Compte d'éditeur : L'auteur est payé pour être édité, l''auteur signe un contrat d'édition. Compte d'auteur : L'auteur paie pour être édité, l'auteur signe un contrat de louage d'ouvrage. Auto-édition : L'auteur est son propre éditeur, l'auteur a un statut d'entrepreneur. Mais encore une fois, si baser un article sur un contre vérité ne vous gêne pas, continuer à applaudir. La vanité de l'auteur n'en sera que plus flattée.
avatar chronos790 | 
Concernent Kristin Hersh, je me permet de mettre ces deux liens: http://50footwave.cashmusic.org/freemusic/ http://50footwave.cashmusic.org/ Comme l'as dit Average Joe, la miss essaye de se subventionner en indé. Il y a 4 ou 5 ep (studio et live) a télécharger gratuitement sur le premier, et 5 autre morceaux sur le deuxième. Si le tout vous plait, une petite donation ne fera pas de mal. La démarche est à saluer.
avatar chronos790 | 
@terreaterre Il a l'art et la manière de dire les choses. Mais vous êtes peut être trop terre à terre pour comprendre cela.
avatar Khyu | 
Press, Pause, Play. Documentaire gratos dispo sur la toile qui traite du sujet de façon plus concrète.

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