Chroniques du SAV : l'iMac G4 avait une âme

La redaction |


Vus de l'extérieur et parfois même de l'intérieur, les Mac sont souvent, sinon toujours, parfaits. D'ailleurs, même Apple le dit… Du moins ils semblent l'être, car il peut en aller tout autrement. "Mackie" fut technicien atelier chez un important revendeur Apple pendant 10 ans, de 2001 à 2011. Une situation privilégiée pour observer les machines d'Apple sous un autre angle, celui de leurs petits ou grands pépins et défauts. Voici la suite de ces chroniques estivales sur le "SAV du Mac". Aujourd'hui, l'iMac G4.

Un « technical tour de force » pour reprendre l'expression de Steve Jobs au lancement de ce tout nouvel iMac G4 il y a 10 ans. Petit rappel historique : Apple sort à peine de sa longue convalescence, sa campagne d'image - Think Different - était en noir et blanc, mais ses machines étaient en couleurs. La concurrence s’y essayait d'ailleurs, au vu de l'attention médiatique portée à ces produits multicolores, iMac en tête suivi par le premier iBook.

Puis Apple remisa tout cela dans un tiroir au profit d'une seule teinte : le blanc. Du blanc façon Eddy Barclay, de la tête aux pieds. Et une machine à la bouille rigolote, jusque dans la pub où elle tirait la langue au passant médusé. Un iMac à l'écran devenu plat, mais gardant des rondeurs.

Côté SAV, je ne savais pas trop quoi en penser, en revanche une question se posait immédiatement : comment avaient-ils pu mettre des composants, a priori rectangulaires, dans une demi-sphère …? La réponse fut rapidement donnée avec l'arrivée du manuel de maintenance, véritable mode d'emploi du savoir-faire d'Apple en intégration. Dans cet iMac G4, l'espace était partout utilisé à bon escient, le superflu n'avait pas voix au chapitre.



Mais voilà, qui dit formes inhabituelles, dit outils tout aussi inhabituels. Parmi les plus improbables, mais indispensables, un carré de mousse… que l'on devait évidemment commander chez Apple moyennant une somme rondelette. Des câbles d'extension internes aussi, pour mener à bien des tests à « coeur ouvert ». Et surtout, un Torx de 15, vestige des SAV, puisqu'il servait déjà au démontage du vénérable Macintosh SE (1987) et, bien plus tard, d'autres monoblocs.

Inédit à l'extérieur, une visite à l'intérieur de l'iMac G4 révélait en réalité quelques personnages connus : du G4 à 700 ou 800 MHz, un lecteur optique en 5 pouces ¼ et un disque dur de 3,5 pouces. Seule singularité, probablement consécutive à ce design hors cadre, les deux emplacements mémoires qui étaient différents : DIMM pour l'un, SO-DIMM pour l'autre. Coté écran cela paraît modeste aujourd'hui, mais le 15" d'alors étonnait, perché qu'il était sur ce cou (et non un bras comme il fut parfois décrit à tort). Un cou que l'on pouvait plier à ses désirs et qui participait pour beaucoup à « l'âme » de cette machine.



En revanche, les techniciens comme nous ne pouvaient retenir une grimace devant la perspective d'effectuer des réparations sur une telle machine. Avec une bonne excuse à cela, nous avions été échaudés par les iMac G3, malaisés à ouvrir et dont on ne cessait de remplacer les cartes-mères. Il m'est arrivé de changer jusqu'à sept fois la carte d'un même iMac G3 sans que cela ne change rien à son état… Le design tout en contorsions de ce nouveau modèle réveillait donc de pénibles souvenirs.

Après des disponibilités difficiles pour les clients, les premiers iMac G4 arrivèrent en SAV, on put enfin se faire la main. Car oui, bien que les techniciens reçoivent une formation de base dans la réparation des machines d’Apple, chaque nouvelle génération impose de tout réapprendre sur le tas. Au risque de provoquer un peu de casse. Apple ne fournit que des manuels de maintenance avec les procédures à suivre, qui d'ailleurs comportent parfois des erreurs dans les premières éditions.

Il arrive qu'il faille en passer par plusieurs essais pour enfin prendre le coup de main et alors, découvrir de petites astuces de démontage absentes de la littérature technique d'Apple.

Singulièrement fiable



Cet iMac tournesol (1), c’est aussi l’un de ses surnoms, donnera tort aux appréhensions des techniciens puisqu’il sera finalement très fiable. Par contre, il sera victime de pas mal de casse provoquée par les utilisateurs eux-mêmes. Citons les vis abimées au démontage ; la patte de l’emplacement interne de RAM cassé et rendant impossible le maintien de la barrette ; la façade de l'écran abimée ; la tentative de démontage des vis du cou de l'écran que personne ne savait remettre et qui obligera à un remplacement pur et simple (c'était de loin la pièce la plus longue à démonter).



Je me souviens aussi du SAV d’une grande enseigne de produits culturels et électroniques qui nous envoyait ses machines en réparation et dont les techniciens avaient une fâcheuse tendance à appuyer sur ce fameux cou et d'en déformer la partie la reliant à la base de l'ordinateur. De quoi entretenir de bonnes relations entre SAV partenaires…

Esthétique, cette machine n’évoluera que par son écran. Un 17 pouces viendra vite épauler la gamme en juillet 2002, puis en novembre 2003 ce fut le tour d’un magnifique 20 pouces. Une taille impressionnante à l'époque (et plus encore avec cette impression de suspension dans les airs), mais hors de prix. Ce qui en fait un modèle actuellement très recherché. À l’intérieur, le G4 évoluera jusqu'à 1,25 GHz, la carte graphique aussi, mais pour une poussive GForce 5200FX. Quoi qu’il en soit, nombre de techniciens, dont je faisais partie, aimaient cette machine. Un sentiment certainement partagé chez tous ceux qui l'ont eu (ou l'ont encore). Ce Mac avait une « âme ».



(1) Les écrans plats devenant suffisamment abordables pour être utilisés sur les iMac en remplacement du tube cathodique, l'équipe de Jonathan Ive avait imaginé en 2000 placer la carte-mère au dos de l'écran (à la manière de feu le Spartacus). Une idée refusée par Jobs qui cherchait plus de légèreté dans le design. Un jour, au gré d'une conversation dans le jardin de l'épouse du patron d'Apple, ce dernier montra en exemple à Jonathan Ive la forme des fleurs et évoqua l'exemple du tournesol comme exemple d'inspiration. Plus tard, une fois en mesure de réaliser une machine plus fine, l'idée originale d'une carte-mère accrochée à l'écran fut remise sur les rails et concrétisée avec l'iMac G5. Il s'est dit aussi que la pièce articulée de l'iMac G4, véritable merveille de précision, coûtait extrêmement cher à fabriquer.



(Pixar aussi réalisera des clips mettant en scène cette machine).

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crédit images détails : Laurent Bourrelly & Kevin Omura.
avatar Armas | 
Belle bete, du grand art. On vient d'hériter de deux d'entres eux à la maison. C'est anecdotique parce qu'à l'époque on en bavait d'admiration mais aujourd'hui, il en faudrait au moins 20 comme ca pour dépasser les perfromances de mon imac 27 :D
avatar Eliot03 | 
@Thecalimero exact, terrible les petites enceintes Harman Kardon ❤❤❤ j'ai toujours mon G4 800 MHz et 768 Mo de Ram !!! avec carte airport en réseau avec une WD LIVE TV pour mater contenu du (petit) DD interne G4 sur TV. Par contre, j'ai changé le clavier qui a salement jauni ( avec la touche eject qui marchait plus)
avatar sylver | 
J'en rêvais de cet ordi. Le plus beau d'entre tous, pour moi aussi. J'étais trop jeune pour pouvoir me le payer à l'époque, mais sinon il aurait été mien.
avatar Arlekin | 
Une chronique qui fait hommage à l'un des mac les plus réussi. Dommage que je n'ai pas eu à l'époque l'argent pour m'en offrir un... Le seul qui donnait vraiment l'impression de communiquer avec les gens :)
avatar XiliX | 
J'adore cette machine... avec justement le Spartacus...
avatar Eliot03 | 
@sylver à l'époque mon tournesol 15" superdrive , avec ports USB 1 -longue vie au FW 400 !!!-dixit apple :) , m'a couté la peau du c.l... mais largement amorti par son utilisation( et son design magnifique)
avatar Pierre H | 
J'ai toujours un 17" allumé 24h/24 comme serveur de musique, de film et de mail. Superbe machine ! J'ai cru qu'il avait rendu l'âme l'an dernier, mais c'était "juste" l'inverter de l'écran. J'en ai trouvé un sur eBay et hop l'iMac est revenu à la vie. Après quelques heures de bricolage, c'est clair ! Le dernier modèle, avec usb 2, reste une machine utilisable 10 ans après sa sortie. C'est pas un PC, c'est clair !
avatar BlueVelvet | 
@ Stanley Lubrik: bien vu! Il est vrai que si les écrans des desktops deviennent tactiles, ce genre de design, avec une grande maniabilité par le cou, reviendrait furieusement... Qui sait! Et une fois encore, super chronique
avatar merzhin22 | 
Le plus beau des imacs, même si l'actuel est pour moi parfait dans son genre celui-ci reste gravé dans ma mémoire.
avatar LittleBigFrancois | 
Mon clavier ne fonctionne plus très bien non plus, touchés eject, shift droit, 4, 5, 6... J'ai récemment donné un coup de fouet à mon iMac G4 15" "bas de gamme" en lui donnant 1Go de ram, 120Go de disque dur et un bon superdrive qui lit et grave quasiment tout! C'est le processeur qui a du mal à suivre maintenant... Et ça, impossible à changer... Ça restera un magnifique objet de déco!
avatar nicogala | 
@Pierre H : c'est clair, c'est toujours l'ordinateur quotidien de mon père, ça le gène juste au niveau retouche photo et sites un peu lourds, sinon pour le reste une fois passé sous Tiger : nickel !
avatar Gabone | 
Mon iMac G4 20 pouce 1,25cHz vendu 600 € il y a un an, en enchère prix de départ 1€ incroyable, non !
avatar expertpack | 
@Pierre H allons allons, un pc de 10 ans tourne encore, et peut aussi servir de machine pour de la musique et mail, sous xp
avatar zack101 | 
Damn that is the ''steve's touch'' in keynote presentation..he got me blown away! We miss u steve.
avatar CBi | 
J'ajoute, puisqu'il est question du clavier, qu'Apple a eu la délicatesse de laisser les touches des claviers alu actuels en blanc, ce qui fait qu'ils se marient très bien avec le design du Tournesol.
avatar Mac Mac | 
@Kinky : 'un peut d'aluminium et une plaque en verre bling bling, ces machines au rabais, peut fiables et anti ergonomiques que sont ces foutus iMac aluminium. Ces derniers étant pourtant décriés du fait de leur aberration ergonomique, de leur absence de confort, de leur faux design tape à l'œil, et de leur fiabilité qui ferait honte même à Acer (écrans qui se tachent au bout de qq mois...).' Parle pour toi. Mon iMac à bientôt 4 ans et n'a pas une seule tâche à ce jour. Il est de loin tape à l'oeil, et toi t'es une honte à toi tout seule rien qu'en comparant cette sous-merde d'Acer à Apple. Bref, je sais pas ce que tu fumes, mais arrête vite.
avatar mistik | 
Chaque Mac a une âme mais certains suivent la course du soleil et ce fut cet iMac G4 dénommé affectueusement "iMac tournesol"
avatar SoundJfx | 
Ahhh... mon premier Mac, l'iMac Tournesol G4 17" USB 2 : 8 ans de bons et loyaux services quotidiens, sans encombre. Chaine HiFI, TV, Magnétoscope (avec un EyeTV USB à l'époque), Ordi, il m'a accompagné vraiment dans tout ce que j'ai fait pendant 8 ans. Et quel silence pour l'époque ! Je me suis résolu à en changer sur un "caprice de geek", pour passer au 27" l'an dernier. Belle machine, certes, mais il y a un petit quelque chose d'affectif avec le Tournesol qui ne se remplace pas. Je l'ai gardé et je l'allume de temps en temps. Désormais, il a 2Go de RAM et 500 Go de DD. Je lui ai ajouté le BT que je n'avais pas pu me payer d'origine. Je ne me résoud pas à m'en séparer. Pour en tirer quoi ? 200 € ? Autant le garder ! Désormais, il anime toute les soirées où je m'improvise DJ avec les copains et les voisins, avec tout ma biblio iTunes, l'excellent DJay, et un iMic. Trop cool.
avatar sekhmet | 
Machine incroyable, super pratique pour montrer à ses clients l'ecrans sans contorsion, j'en connais encore un qui est en usage quotidien. Effectivement comme dit précédemment la machine la plus iconique avec le cube. Vraiment une réussite !
avatar timontimmi | 
Mon ordinateur de tous les jours (+ un iPad) :-)
avatar Pierre H | 
Et comme c'est un article sur le SAV, n'oublions pas de citer la pâte thermique entre les deux moitiés de la bête, un des rares Mac (le seul en fait) qui en a besoin ailleurs qu'entre le processeur et le radiateur. Et si son refroidissement était bien fait, avec le temps la bête se transformait en nid à poussière, devenant de plus en plus bruyant : une des solutions (à part l'ouverture) étant de coller un aspirateur sur les trous d'évacuation du haut, histoire d'enlever quelques moutons !
avatar imrfreeze | 
" Il m'est arrivé de changer jusqu'à sept fois la carte d'un même iMac G3 sans que cela ne change rien à son état…" Pour la plupart des gens au bout de la deuxième tentative on tire une conclusion assez évidente mais vous les techniciens avez une passion pour le changement de carte mère. C'est comme ca que j'ai récupéré mon iMac G4, l'ancien propriétaire refusant de "changer la carte mère" pour régler son problème d'extinction inopiné et préférant racheter sur les conseils du technicien. Un nouveau ventilo et c'était reparti... Il y a des fois où l'on se dit que les gens sont pas compétents à défaut d'être malhonnêtes. Sinon je l'utilise encore je l'adore ! C le plus beau :-)
avatar Pascal 77 | 
Cette machine avait certes une âme (je dis "avait", mais je devrais dire "a", parce que le 15 pouces USB2 qui trône encore sur un bureau chez moi, il n'est pas près de partir), mais ce que Mackie n'a pas pu voir en SAV, c'est son principal point faible, parce qu'il ne se révélait généralement que trop tard pour le SAV. En ce qui me concerne, l'en ai vu partir au moins 4 à la casse pour la même cause : une alimentation dont la déficience ne se manifestait que lorsque l'alimentation électrique de la machine était débranchée. Le symptôme était toujours le même : le Mac est éteint normalement, le courant est coupé "pour les vacances", par exemple, et au retour, on remet le courant, mais le Mac fait le mort. Un condensateur défectueux dans la première partie de l'alimentation, j'imagine (les G4 MDD ont aussi souffert d'un symptôme similaire). Seul remède : changer d'occasion, ou faire re-conditionner l'alimentation, parce qu'Apple ne fournit plus la pièce. Cela dit, c'était une "loterie", car toutes les machines n'en ont pas souffert (mais toutes les générations d'iMac G4 ont eu des machines touchées par le phénomène), ce qui reste assez inexplicable.
avatar Mabeille | 
@Kinky je suis très dur avec Apple mais de là a dire que l'imac alu mérite le logo Acer je n'irai pas jusque là. Un Acer tient 2ans ... un imac alu peut aller jusqu'à 3 ans sans encombre. Le soucis c'est que comme c'est une erreur de conception, tu as beau changer la dalle elle sera à nouveau "brûlée". Pour la petite histoire j'ai en réparation un imac 17" c2d dont les écrans étaient de tellement mauvaise qualité qu'ils finissent quasi tous avec des bandes verticales... et le plus beau c'est que les pièces sont non standard... merci Apple. Ce soucis est aussi très répandu quasi 100% des machines y passent. Donc vendu très cher fabriqué avec des produits bas de gamme. Donc les merdes ne datent pas de l'imac alu. Tant que les consommateurs apple avaleront n'importe quoi et seront ravis, il n'y a aucune raison qu'Apple change quoique se soit. PS: je pense qu'actuellement Apple vit sur son image de marque, en clair la qualité n’est pas à la hauteur de la réputation.
avatar Ponchan | 
Un bonheur cette machine. Et un vrai challenge à démonter (pour le nettoyer correctement). Je regrette d'avoir donné tout ceux de la boite.

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