Adobe veut inventer le futur de la création collaborative et immersive

Anthony Nelzin-Santos |

« C’est bon de se revoir en personne », répètent les cadres d’Adobe devant la presse réunie à Paris, lors de la deuxième étape de leur première tournée européenne depuis le début de la pandémie de Covid-19. C’est bon de se revoir en personne… pour parler de photographie synthétique, de la version web de Photoshop, et de la création de contenus pour le métavers. Un paradoxe qui n’effraie pas Scott Belsky, chief product officer d’Adobe, qui assure qu’il s’agit du « futur de la créativité ».

Scott Belsky. Image Adobe/iGeneration.

Les paradis de la création artificielle

Scott Belsky incarne la politique de Shantanu Narayen, président d’Adobe depuis 2005 et directeur général depuis 2007. L’entreprise acquiert de nouvelles compétences en multipliant les acquisitions, comme celle de la « communauté de créateurs » Behance, fondée par Belsky en 2006. La suite d’applications s’est fondue dans le Creative Cloud, qui a convaincu Belsky de revenir chez Adobe en 2017, alors qu’il semblait se destiner au capital-risque.

« Notre activité a sacrément changé », explique celui qui dirige maintenant le développement des produits de l’entreprise, « beaucoup de nouveaux clients ont des ambitions créatives sans en avoir l’expérience professionnelle ». Les créateurs de contenus qui jonglent avec Google Docs et Tweetdeck avant de lancer Photoshop, les graphistes juniors jetés dans le grand bain par des ESN qui ne veulent plus être des SSII, et les travailleurs indépendants qui sont leurs propres commerciaux posent de nouvelles questions.

Après quelques tâtonnements, Adobe Express propose l’intelligence artificielle comme réponse. « C’est en train de devenir le produit qui croit le plus rapidement », dit Belsky, « c’est vraiment passionnant de voir travailler ces gens qui créent leur petite entreprise, qui utilisent les médias sociaux, les créateurs de contenu, les influenceurs qui veulent créer des choses sans endurer la courbe d’apprentissage d’un produit comme Photoshop. »

Adobe Express. Image Adobe.

Adobe assure que cette « économie des créateurs » acceptera de perdre « un petit peu de contrôle créatif » au profit de « beaucoup de puissance ». Au risque de courir le risque de l’uniformisation d’une production déjà largement industrialisée ? Les filtres neuronaux de Photoshop montrent comment les choix individuels s’effacent devant les préférences collectives, jusqu’à retoucher des visages pour mieux se conformer aux canons de beauté.

Mais après tout, « on pouvait déjà le faire, mais cela prenait beaucoup plus de temps ». L’intelligence artificielle permet de « libérer les professionnels des tâches banales et répétitives », conclut Belsky, qui rêve d’un futur « dans lequel la créativité ressemblera au clavier prédictif de notre téléphone. Nous pourrons observer vos trois ou quatre premières étapes, et vous montrer ce que nous pensons que vous ferez douze étapes plus tard, et pourrez simplement cliquer pour sauter des étapes dans le processus créatif. »

Le futur appartient aux collaborateurs

Ce futur sera aussi collaboratif, martèle Adobe, qui ne peut rien dire d’autre après avoir déboursé 1,275 milliard de dollars pour s’offrir Frame.io. La plateforme de collaboration conçue pour les vidéastes s’intègre toujours dans Final Cut Pro et DaVinci Resolve, mais « forme le cœur des fonctions de collaboration des applications du Creative Cloud », à commencer par After Effects et Premiere Pro. Au lieu d’échanger des messages avec des listes de remarques horodatées, les collaborateurs peuvent commenter directement sur le flux vidéo, et valider les fichiers tout au long du flux de production.


avatar Clemgraphics | 

C’était une très bonne soirée. Les outils substances sont vraiment chouettes !

Cependant dans votre article vous parlez de la prise en charge de USDZ par AERO… Mais ce n’est pas correct. Il n’est pas possible de sortir un USDZ via AERO et encore moins avec Dimension ou Stager. Le seul moyen d’obtenir un USDZ avec les outils d’adobe est d’utiliser Painter.

l’export en USDZ est apparemment prévu… mais pour quand ? On ne sait pas.

Pour être honnête, ça serait vraiment bien ! un workflow avec de l’USD partout en I/O, ça serait vraiment top… surtout pour AR.
Sur l’app WWDC, il y a pas mal de vidéo sur le sujet qui est très intéressant.

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Clemgraphics : « dans votre article vous parlez de la prise en charge de USDZ par AERO » : non, je dis seulement que Aero a été présenté comme une démonstration du format, ce que l’on peut d’ailleurs vérifier en cliquant sur le lien. Par ailleurs, Adobe propose bien une exportation au format USDZ, certes amputée des comportements interactifs. Son implémentation était bien buguée, je sais qu’elle a disparu depuis le mois de mai, mais il y a de longs sujets sur le forum d’Adobe au sujet de sa réimplémentation, notamment en vue de la finalisation de la version macOS/Windows.
avatar Clemgraphics | 

Ah OK, merci de m’avoir éclairé sur le sujet ! je ne savais pas qu’il avait été intégré puis retiré ! j'ai juste vu que l'export USD était pas dispo dans AERO, STAGER.

j'espère qu'il compte mettre l'USD dans toutes leurs Apps.

avatar Thibaud- | 

« Imaginez tout cela »… ok mais moi j’aimerais déjà pouvoir utiliser Lightroom sans que ça rame…

avatar pat3 | 

Anthony, je ne partage pas ton enthousiasme pour le futur selon Adobe, au regarde de ce que le présent selon Adobe nous montre déjà :

Adobe assure que cette « économie des créateurs » acceptera de perdre « un petit peu de contrôle créatif » au profit de « beaucoup de puissance ». Au risque de courir le risque de l’uniformisation d’une production déjà largement industrialisée ?

Ce n’est pas le seul risque. Il faut se rappeler que dans la première version du CreativeCloud, Adobe voulait faire rouer les utilisateurs au fichier, et que le tollé général les a fait reculer vers un abonnement plus « classique ». C’est cette tentation d’arraisonnement de toute la création graphique que je lis dans cette « économie des créateurs ».

« Nous pouvons influer sur le cours des technologies », explique Scott Belsky,

Adobe l’a déjà fait, et pas au bénéfice du web. Si Flash était une technologie accessible pour de l’animation vectorielle, ça a quand même été une vraie plaie pour le développement du web, non seulement en termes de standard, mais même en termes d’économie.

Enfin, mais Apple aurait bien du mal à justifier la puissance de l’iPad Pro sans le « vrai » Photoshop : euh, vraiment ? L’iPad s’est passé de Photoshop sans problème, et l’infographie y a plus gagné que perdu, permettant à de nouveaux acteurs d’émerger, ce qui est devenu presqu’impossible sur ordinateur.

avatar MoNg | 

On parle bien de cryptos là ? 🤡

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