C’est la dernière ligne droite avant la WWDC, le dernier moment de repos avant les projecteurs, le film calé au millimètre et la salve des betas goût ’27. C’est aussi le moment de revenir sur l’éléphant au milieu de la pièce pour Mark Gurman : qu’est-ce qui a bien pu réveiller Apple sur l’IA ? Retour sur deux ans d’incertitudes… qui donneront, on l’espère, leurs premières réponses demain.

Virtual Insanity (Démence virtuelle)
Tout est parti, selon les bruits de couloir, d’une réunion discrète début 2025. Elle ne comportait certes pas Tim Cook, mais avait tout pour concentrer le pouvoir décisionnel d’Apple en une seule pièce : tous les Senior Vice Presidents, mais aussi le COO (Chief Operating Officer), le CFO (Chief Financial Officer) et quelques autres personnes importantes, comme Alan Dye, ancien designer en chef et Mike Rockwell, qui a dirigé le département Vision. C’est Jeff Williams lui-même, alors qu’il était encore le second de Tim Cook, qui aurait donné l’ordre du jour. L’idée derrière cette réunion était simple : Apple Intelligence est un échec. Le nouveau Siri gonflé aux LLM va pour la nième fois être retardé. Que faire pour améliorer les choses ?
Parce que de l’autre côté, les concurrents, eux, ne ralentissent pas : que ce soit Meta et Google dans leur coin, Microsoft avec l’aide d’OpenAI, ou Anthropic en solo, tout le monde a passé la cinquième, la sixième, voire même l’overdrive. L’une des grandes questions qui trottait dans la tête de tous était aussi très inquiétante : à quel point Apple est grillée si elle ne rattrape pas son retard ?

Que ce soit Tim Cook, mais aussi le reste des dirigeants, plus personne n’avait confiance en Giannandrea, pourtant présent à la tête de la recherche fondamentale sur le sujet depuis 2018 chez Apple. Pour toute la petite équipe réunie, il faut du sang frais. Et si Craig Federighi a dirigé une bonne partie de la discussion, Mike Rockwell paraissait lui aussi dans son élément.
« Dis Siri, tu es nul ! »
Space Cowboy (Cowboy spatial)
Plus que dans son élément en fait : déjà dix ans auparavant, l’ancien ingénieur hardware de Cupertino, Dan Riccio, avait pressenti que l’IA pourrait mettre Apple en danger, et avait demandé à Mike Rockwell un plan sur cinq ans pour transformer Siri en chatbot moderne. À l’époque, personne ne l’a pris au sérieux. L’IA qui devient un sujet majeur ? Mais non voyons…
Dix ans plus tard, l’inquiétude de Dan Riccio s’est matérialisée. Et plutôt que de dérouler tranquillement un plan sur une décade complète, Apple se retrouve dans l’urgence. Federighi et Srouji, alors au pouvoir du développement logiciel et matériel, montent voir Tim Cook et lui recommandent de placer Mike Rockwell là où il devrait déjà être depuis plusieurs années : au contrôle du futur de Siri. En effet, l’ingénieur n’a pas que le Vision Pro sur sa carte de visite : avant de s’occuper des produits de Cupertino, il était précédemment l’ingénieur en chef des laboratoires Dolby. Une paille.

Enfin la bonne personne au contrôle de l’IA ? Pas totalement. Si Rockwell a bien récupéré le contrôle de Siri, il n’a pas pour autant toutes les clés du château : Giannandrea reste, au moins pour le moment, et Craig Federighi garde le leadership sur Rockwell, bien calé entre lui et Tim Cook en tant que directeur logiciel.
Apple réorganise Siri avec des équipes du Vision Pro
Si Mike Rockwell n’a pas obtenu le poste de Senior Vice President IA comme il le convoitait, Craig Federighi restant l’interface privilégiée avec la direction, il a cependant réussi à être assez convainquant pour dépouiller assez rapidement Giannandrea de toutes ses fonctions, jusqu’à le faire quitter le navire. Entre temps, Apple a complété le duo : si Mike Rockwell s’occupe des résultats concrets de l’IA avec les nouvelles fonctions de Siri, c’est Amar Subramanya, ancien de Google et Microsoft, qui s’occupera du développement plus théorique.
Emergency On Planet Earth (État d’urgence sur la planète terre)
Mike Rockwell a placé ses fidèles lieutenants, déjà présents dans l’équipe Vision Pro, directement sous ses ordres dans la nouvelle équipe Siri. Le nouvel ingénieur dédié à la recherche fondamentale est en place. Le tout chapeauté par Craig Federighi, même si Rockwell considérait au début que Hair Force One ne croyait pas assez au projet et l’a ralenti. Il s’agit maintenant d’abattre le boulot.
Parce que le temps a passé. Depuis la WWDC 2024 et les belles promesses d’IA, Apple n’a rien produit de flagrant à part un générateur d’images plus proche d’un outil de créations d’émoticônes, et un Visual Intelligence qui est plus un bel habillage pour utiliser les moteurs de Google et OpenAI qu’autre chose. Tim Cook en est bien conscient, n’hésitant pas lors d’une rencontre avec les employés à qualifier Apple Intelligence 1.0 comme l’un de ses plus grands échecs.
Apple renvoie 200 développeurs dédiés à Siri sur les bancs de l’école
Craig Federighi, Eddy Cue et Mike Rockwell vont donc redoubler d’efforts pour obtenir ce qui leur manque : un modèle fiable qui leur donnera le temps de développer leur propre version. Et c’est vers Google que le trio se tourne, après que Rockwell a rapidement éliminé les autres solutions consistant à purement et simplement remplacer tout le programme par une solution tierce.
Use the Force (Utilise la force)
D’ailleurs Tim Cook lui-même, où est-il ? Il n’était pas à la fameuse réunion, il n’a pas semblé prendre part aux changements d’ingénieurs à part pour la décision finale, ce n’est pas lui qui entame les discussions avec Google… où est le CEO ?
Il ne faut pas croire qu’il n’a rien fait, loin de là. Parce qu’après tout cette nouvelle version de Siri, intervenant juste avant son départ, sera plus ou moins la dernière chose qu’il aura amené chez Apple, et sera vu par le grand public comme son héritage direct.

Au moment même où se tenait la fameuse réunion des dirigeants, Tim Cook décidait de prendre les choses en main. Lui d’habitude discret, consensuel, il allait être bien plus clair sur ses préférences, sur la façon dont il voit les choses, et allait prendre des décisions unilatérales au risque de froisser quelques égos. C’est lui-même qui fera d’ailleurs le discours aux employés pour les motiver sur l’IA. C’est un gros changement pour un CEO qui a eu pour habitude de donner une direction générale, mais qui laissait ensuite tous les détails aux bons soins de ses lieutenants.
Tim Cook a aussi servi de rassembleur, exigeant de ses cadres qu’ils aillent tous dans la même direction concernant l’IA, et prennent le sujet au sérieux. C’est aussi la vision de Tim Cook qui a fait changer d’avis certains dirigeants comme Craig Federighi, qui ne voyaient dans les chatbots aucun avenir. Si Apple a retourné sa veste, c’est en partie par la décision de Tim Cook, qui a su convaincre son ingénieur logiciels.
C’est d’ailleurs ce même Craig Federighi qui, après avoir été convaincu par Cook du bien fondé de ces technologies, est appelé selon Gurman à devenir le leader public de l’IA chez Apple, présentant ces nouveautés durant la WWDC. Bien qu’il ait été sur la mauvaise voie au départ, il a su montrer une remise en question totale une fois les faits placés devant ses yeux, et a maintenant un plan détaillé du futur de l’IA chez Apple.
We Can Do It (On peut le faire)
De la présentation de demain, et surtout de sa concrétisation entre les mains du public contrairement à 2024 et le vaporware présenté à l’époque, dépendra beaucoup de choses : en plus de l’avenir d’Apple, se jouera aussi le début de carrière de John Ternus au poste de CEO de l’entreprise, lui qui a déjà supervisé le développement de produits comme les AirPods Ultra, le projet Vision et bien d’autres, qui attendent justement une IA potable pour sortir. De cette réussite dépendra aussi l’avenir de Mike Rockwell, qui s’il réussit à mener à bien ce projet deviendra à n’en pas douter une des figures dominantes de Cupertino.
Siri, IA et chasse aux bugs : que nous réserve iOS 27 ?
Apple n’a pas le droit à l’erreur, et doit présenter une vision digne de son Histoire, tout en démontrant que son IA n’est pas que de papier. Rendez-vous dans 24 heures pour le vérifier.
- Dis Siri, mets-moi du Jamiroquai.
- Une envie de voyager sans se déplacer ?
- Je n’arrive pas à savoir si tu vas me manquer ou si je serai libéré…













