Apple vante l'apprentissage du code en classe

Mickaël Bazoge |

La programmation pour tous, c'est le dada d'Apple qui s'apprête manifestement à lancer un blitz publicitaire sur le sujet. Une série de clips a été mise en ligne sur la chaîne YouTube brésilienne du constructeur, vantant les mérites de l'iPad pour apprendre le code et développer. Dont celle ci-dessus, consacrée au travail de François Lake, enseignant à l'école L'Arpège de Sainte-Julie, au Québec.

D'autres spots racontent les expériences de Rikito Hori (Japon), Dahlya Resendez (Californie), Claire Jones (Royaume-Uni) et Dania Rangel (Mexique). Tous des professeurs engagés dans l'apprentissage du code. Ces petits clips pourraient attendre des jours meilleurs avant d'être proposés ailleurs dans le monde, au vu du contexte de crise sanitaire et des ouvertures d'écoles au compte-goutte.

Apple a aussi tout récemment mis en ligne une vidéo sur la « créativité pour tous » dans laquelle une ribambelle de gamins et d'ados s'expriment sur le sujet. Là encore, ce spot n'est visible que sur le YouTube brésilien du constructeur.

avatar Lemmings | 
avatar JOHN³ | 

One hexagone, one hexagone, one hexagone, hexagone, hexagone, hexagone, and one hexagone.

avatar occam | 

Émétique.

Des clips qui pourraient tout aussi bien provenir de Corée du Nord, tant ils propagent une image formatée de la joie et de la bonne humeur dont la sagesse de notre Dear Leader est l’inspiration.

J’ai eu la chance d’accompagner et d’observer un nombre de gamins au long des ans, de l’âge de garnements jusqu’à leur maturité, pour qui les ordinateurs de toutes formes et tailles étaient aussi familiers que crayons et ardoises. C’était bordélique, chaotique, chahuteur, créatif. C’était tout sauf une bonne petite classe bien sage et souriante en uniforme, où chaque bambin agite joyeusement son petit livre rouge électronique.

Rarement vu une vision aussi orwellienne de l’école numérique.

Rarement vu une vision de l’éducation qui me force aussi furieusement, par contre-réaction, à évoquer la conclusion de Jean Piaget, après 50 ans ans d’études rigoureuses sur le développement cognitif :

« Tout ce qu’on enseigne à l’enfant, on l’empêche de l’inventer ou de le découvrir. »

avatar pat3 | 

@occam

"J’ai eu la chance d’accompagner et d’observer un nombre de gamins au long des ans, de l’âge de garnements jusqu’à leur maturité, pour qui les ordinateurs de toutes formes et tailles étaient aussi familiers que crayons et ardoises. C’était bordélique, chaotique, chahuteur, créatif. C’était tout sauf une bonne petite classe bien sage et souriante en uniforme, où chaque bambin agite joyeusement son petit livre rouge électronique.
"

C’est beau, mais je sens le vernis embellissant du souvenir dans cette évocation. Déjà, quel âge, tes gamins, dans quel contexte économique, quel environnement social ?
Bien sûr que ces représentations sont formatées, mais as-tu déjà vu une représentation sincère de l’école, qui ne soit pas au service d’une idéologie politique ?

Quelles sont les alternatives à Apple pour tous, Microsoft pour tous, ou Google pour tous ? Huawei pour tous ?

avatar occam | 

@pat3

1. « Vernis embellissant »
Le seul vernis dans cette histoire est celui d’un bon whisky que je compte prendre au balcon cet après-midi, s’il ne pleut pas.

2. « Quelles sont les alternatives à Apple pour tous, Microsoft pour tous, ou Google pour tous ? Huawei pour tous ? »

Ça, c’est tellement à côté de la plaque que je ne sais même pas par où commencer.
Ai-je dit qu’il fallait remplacer Apple ? Nullement.
De Microsoft ou Google, il n’en était même pas question (ni, encore moins, le Grand Timonier nous en garde, de Huawei).
Mais puisque vous posez la question : un outil bien meilleur pour apprendre et inventer (au lieu d’enseigner) existe. Il a de quoi en remontrer à Apple comme à Microsoft (Google et Huawei n’entrant même pas en ligne de compte), et ce depuis un bon bout de temps :
Raspberry Pi.

Terrain de jeux pour les plus jeunes, terrain d’expérimentation pour les plus avancés. Écosystème ouvert, bénéficiant d’une culture qui incite à sortir du cadre, à dépasser ses limites, à inventer.

Mais je laisse le dernier mot à nouveau à Alan Kay, qui avait anticipé le problème il y a 30, 40, 50 ans :
https://computinged.wordpress.com/2018/12/17/what-is-programming-as-lite...

« Computer literacy is not even learning to program. That can always be learned, in way no more uplifting than learning grammar instead of writing.
Computer literacy is a contact with the activity of computing deep enough to make the computational equivalent of reading and writing fluent and enjoyable. »

avatar pat3 | 

@occam

Merci pour les réponses, mais je note que vous évitez certaines questions…

Je me pose aussi la question suivante: une fois qu’on a identifié l’outil (raspberry pi), qui va former à son usage, à qui sera destiné cette formation (ma question oubliée) ?

avatar fte | 

@pat3

"qui va former à son usage"

YouTube, ou un prof un peu cintré et imaginatif.

", à qui sera destiné cette formation (ma question oubliée) ?"

Aux esprits curieux et inventifs.

avatar IceWizard | 

@fte

"Aux esprits curieux et inventifs."

Rectification : aux geeks curieux et inventifs !

Les non-geeks (90% de la population) peuvent éventuellement s'intéresser au sujet, mais à condition que ce soit sur l'outil qu'ils utilisent tous les jours (smartphone généralement).

avatar fte | 

@IceWizard

"Rectification : aux geeks curieux et inventifs !"

Ouai. Aux geeks quoi.

Et aux non-geeks curieux et inventifs. Il y en a. Deux ou trois au moins.

avatar harisson | 

@occam

C'est quand même étrange qu'après toutes ses années, tu découvres que la publicité (et la communication d'entreprises surtout US) ne dépeint qu'un "monde idéalisé", surtout quand l'entreprise en question est devenue une big corp où le "Think Different" est devenu une relique du passé.

Et ça se remarque aussi énormément avec Tim Cook qui a une communication idéaliste souvent à contre-temps ou en décalage.

avatar occam | 

@harisson

L’un des rares avantages du nombre de cernes sur le tronc est celui d’une longue mémoire.

Je ne viens pas juste de découvrir une pub à la con ; j’ai la mémoire d’une communication plus intelligente de la part du tech business. Un des meilleurs exemples est ce classique d’Alan Kay, du temps où il travaillait pour Xerox au PARC :
http://dreammachin.es/Kay_SciAm_77.pdf

C’est un exercice de com’ extraordinaire, on y trouve tout, et il a eu les conséquences que l’on sait pour Apple, pour Steve Jobs, pour le Mac et pour nous tous. Xerox, d’abord réticent, a fini par laisser Kay publier ce feature, réalisant qu’il vaudrait son pesant d’or en spots TV.

Faut-il en conclure que même les Mad Men de l’époque étaient un peu moins cons que leurs successeurs ? Ou qu’ils étaient moins enclins à prendre leurs cibles pour des débiles ?
Apple, Cook régnant, semblerait vouloir nous le faire croire.
(Et, « communication idéaliste », ne me faites pas rire.
Les images d’Épinal étaient des reportages de terrain à côté de ces clichés.)

avatar harisson | 

@occam

"Je ne viens pas juste de découvrir une pub à la con ; j’ai la mémoire d’une communication plus intelligente de la part du tech business."

C'est surtout que c'est bien trop intelligent comme com' pour de la vente de masse au grand public.

Tu vends beaucoup plus si tu appuies ta com' sur des logiques de valeurs "idéalisées" (surtout aux us où les parents rêvent tous que leurs progénitures soient comme les enfants de ces pubs...). C'est pour ça que la pub en général, c'est de la m****

"Faut-il en conclure que même les Mad Men de l’époque étaient un peu moins cons que leurs successeurs ? Ou qu’ils étaient moins enclins à prendre leurs cibles pour des débiles ?
Je pensais plutôt aux vieilles pubs américaines sur l'électroménager où ils vantaient le bien être de la femme (esclave) au foyer considérablement "amélioré" par l'apparition des aspirateurs, lave linges et autres lave vaisselles.

Une grande partie des pubs américaines se sont toujours appuyées sur des images d'épinal depuis le début de l'ère industrielle, il n'y a pas de raison que l'informatique y échappe.

Et Cookie est un "génie" en la matière puisqu'il a réussi à imposer que le tout collé, le tout soudé, la suppression des ports jacks, etc étaient des bonnes choses...

avatar IceWizard | 

@Occam
"J’ai eu la chance d’accompagner et d’observer un nombre de gamins au long des ans, de l’âge de garnements jusqu’à leur maturité, pour qui les ordinateurs de toutes formes et tailles étaient aussi familiers que crayons et ardoises. C’était bordélique, chaotique, chahuteur, créatif. C’était tout sauf une bonne petite classe bien sage et souriante en uniforme, où chaque bambin agite joyeusement son petit livre rouge électronique."

Mais il n'y avais pas d'équipe de tournage dans le fond de la salle ! L'observateur modifiant l'expérience, cela te ne rappelle rien ?

Pour avoir une "vraie vision" d'une salle de classe, il faut y intégrer les observateurs pendant plusieurs jours, le temps que les jeunes enfants s'habituent à leurs présences. Ou alors, faire comme les reportages animaliers, planquer des caméras à des centaines de mètres et filmer en condition réel sans que les observés soient au courant (pas franchement possible en milieu scolaire).

avatar pickwick | 

Moi je ne comprends pas .... aller directement au code sans passer par l’étape “penser-analyser” c’est normal ????

avatar iPop | 

@pickwick

J’imagine que c’est comme apprendre un langage. On se familiarise d’abord avec les sons puis vient ensuite l’analyse.

avatar IceWizard | 

@pickwick
"Moi je ne comprends pas .... aller directement au code sans passer par l’étape “penser-analyser” c’est normal ????"

Oui, oui, bien sûr .. On vas expliquer à des enfants comment analyser et programmer la solution d'un problème sans aucune connaissance des briques de bases à utiliser !! Prof de math ou prof de philo ?

avatar beo | 

😰

avatar Steekus | 

Le monde merveilleux d’Apple, j’en ai la larme à l’oeil..

avatar kitetrip | 

On peut apprendre à coder sans ordinateur.
En revanche je pense que ce sont plutôt les adultes qui ont besoin de savoir coder.
Combien de marketeux et créatifs (pas tous heureusement) n’ont aucune notion de code...

avatar debione | 

Cette pub est autant véridique que les périodes bleues de madame dans les pub ...

avatar Paquito06 | 

Apple a plutot interet a vanter le code et ses languages, c’est son gagne pain. Un language de prog. est la nouvelle langue a apprendre a l’ecole. Avant, c’etait l’Anglais, maintenant qu’il est juste normal de parler anglais, c’est du code, sinon on est illetré. On aime ou on n’aime pas mais c’est comme ca. Sans etre full stack dev., un mec qui maitrise du python ou du swift (et qui touche forcement un peu a des languages style SQL, VBA ou JS encore largement utilisés), il a aucun souci a se faire.

avatar byte_order | 

@Paquito06
> un mec qui maitrise du python ou du swift [...] il a aucun souci a se faire.

Je serais moins affirmatif pour Swift :

Juste avant que Swift n'apparaisse, ObjectiveC était monté jusqu'à 8%, alors que depuis, le duo Swift + ObjectiveC cumulé n'arrive pas au même niveau.

Je pense que c'est largement du au fait que cela lie nettement trop à des plateformes spécifiques, sous le contrôle d'un seul et même acteur en plus, ce que les autres langages en concurrence ne souffrent pas autant.

Après, savoir coder, c'est pas connaitre un langage. Le langage c'est juste la grammaire. Savoir coder, c'est savoir organiser ce que l'on veut exprimer avant de le transcrire dans une grammaire. Un codeur qui reste à vie sur le même langage, c'est comme une personne qui ne parle que sa langue maternelle : il est nettement plus limité en terme de mobilité.

Et être mobile d'une plateforme à une autre, pour un développeur, c'est ça qui met durablement à l'abri.

avatar Vivid | 

En espérant qu'il feront preuve d'esprit critique, pour ne pas tomber dans les griffes de ce petit dictateur qu'est devenu la pomme !

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