Microsoft veut revenir à la Surface

Christophe Laporte |
Microsoft l'avait promis : sa conférence de presse ne serait pas une conférence tout à fait comme les autres. Même si sa proposition ne fait (forcément) pas l'unanimité, le moins que l'on puisse dire c'est que Redmond a tenu parole. En annonçant la prochaine commercialisation de deux tablettes maison, Microsoft vient peut-être de faire l'une des annonces les plus importantes de ces dernières années.




Pourquoi faire une tablette quand on peut en faire deux ?

Surface, c'est le nom astucieux que Microsoft a choisi pour ses deux tablettes. Elles ont un certain nombre d'éléments en commun : un écran tactile de 10,6”, un port USB, du Wi-Fi en 802.11n, ainsi qu’un pied intégré permettant de la poser devant soi…

Mais ces deux modèles ont une différence de taille : le premier dispose d’une architecture ARM alors que le second embarque un processeur Ivy Bridge Core i5. Toutes les caractéristiques techniques ne sont pas encore connues. Pour le modèle ARM, on sait tout juste que Redmond a eu recours à un chipset Tegra.



Entre les deux modèles, les différences ne s’arrêtent pas là : la Surface ARM est plus légère (676 grammes contre 903 grammes pour le modèle Intel) et plus fine (9,3 mm contre 14 mm). La tablette d’Intel se distingue toutefois avec un port USB 3 (contre un port USB 2 pour sa petite soeur), un port Mini DisplayPort, ainsi qu’un écran ClearType HD. Comprenez qu’il dispose d’une meilleure définition (lire : Surface : Microsoft annonce deux tablettes Intel et ARM).

Smart Cover : Microsoft donne une leçon à Apple

Outre son système d’exploitation, ce qui distingue les ardoises de Microsoft de la concurrence, c’est son petit port qui permet de la raccorder soit à une Type Cover soit à un Touch Cover. Dans les deux cas, il s’agit d’une sorte de super “Smart Cover” avec comme particularité d’intégrer un clavier. La Type Cover propose un clavier physique (avec une course des touches de 1,5 mm) et un trackpad alors que sur la Touch Cover, le clavier et le trackpad sont intégrés à la matière.



Même si toute la lumière n’a pas encore été faite sur cette affaire, il semblerait que le port qui relie l’ardoise à son clavier soit le fameux MagSafe intelligent que Redmond a récemment déposé (lire : Microsoft imagine un MagSafe intelligent). Sur le papier, ce connecteur permet de recharger un appareil, mais en plus de transférer des données. Enfin, Microsoft insiste sur le fait que son appareil peut être utilisé avec un stylet.

La société américaine est restée très évasive concernant la commercialisation de ses deux produits. On sait tout juste que l’édition ARM sortira en même temps que Windows 8 (comprenez à l’automne) et sera déclinée en deux modèles : 32 Go et 64 Go. Le modèle Intel arrivera pour sa part soit en toute fin d’année soit début 2013.



En ce qui concerne les prix, Microsoft s’est juste contentée d’affirmer que le prix de vente serait compétitif par rapport aux autres modèles disponibles sur le marché. Rappelons que Windows 8 RT, l’édition de Windows, qui sera incluse dans la tablette ARM, sera accompagné de Microsoft Office.

Une stratégie cohérente

En matière de positionnement, même si Microsoft s’est bien gardée de le dire, la Surface ARM est sans doute le modèle qui entrera le plus en concurrence directe avec l’iPad. Avec son architecture Intel, la seconde apparaît davantage comme le terminal ultime permettant à la fois de faire office d’ordinateur portable et de tablette. Le meilleur des deux mondes en somme. Si l’on fait la comparaison avec Apple, on ne serait pas loin de la fusion d’un MacBook Air avec un iPad. Une démarche à des années-lumière de celle d’Apple.

Récemment encore, Tim Cook s’exprimait en ces termes au sujet de la tablette : “Elle peut faire des choses sans être encombrée par l'héritage du PC. Nous n'avons pas inventé la tablette, mais nous avons inventé la tablette moderne. J'aime la convergence […], mais les produits sont faits de compromis, vous devez choisir. Plus vous regardez une tablette comme un PC, plus le poids du passé affecte le produit”.

Tim Cook et Steve Ballmer ne sont certainement pas sur la même longueur d’onde, mais Microsoft a le mérite d’être cohérente avec sa stratégie définie dès les premières présentations de Windows 8 : une interface unique pour l’ensemble de ses appareils, du petit écran du smartphone au grand écran de la TV avec sa Xbox, en passant par les tailles intermédiaires de la tablette et de l'ordinateur (lire : L'« ère Windows » : Microsoft à la reconquête ?).




À ne pas en douter, la décision de Microsoft de commercialiser ses propres tablettes va bousculer ce marché, sur lequel tarde à émerger des challengers crédibles face au roi iPad.

Steve Ballmer affirme avoir mis dans le secret ses partenaires, qui planchent depuis de nombreux mois sur des tablettes équipées de Windows. La firme de Redmond estime que son produit est suffisamment différent des autres, et ne les concurrencera pas.

On rappellera que dans toute l’histoire de la micro-informatique, jamais une société n’est parvenue à tirer profit d’un produit tout en proposant des licences à des compagnies tierces. Apple avec les clones Mac, et Palm, pour ne citer qu’eux, en ont fait les frais.

Les fabricants de PC trahis par Microsoft ?

Quoi qu’en dise Steve Ballmer, les relations avec certaines sociétés, notamment Dell et HP, qui avaient misé sur Windows pour se refaire la cerise, risquent de se compliquer dans les semaines et les mois à venir. On l’a encore vu ces derniers mois entre Samsung et Google, depuis le rachat de Motorola. Le coréen prend ses distances d’Android, non pas en l’abandonnant, mais en le privatisant, un peu à l’image de ce qu’Amazon a fait avec le Kindle Fire.

Au passage, HP risque encore de se mordre encore longtemps les doigts d’avoir abandonné webOS en rase campagne afin de privilégier à court terme les tablettes équipées de système d’exploitation de Microsoft.

La décision de Microsoft de se lancer directement sur ce marché peut paraître surprenante, mais Redmond n’avait pas vraiment le choix. Distancée sur le marché des smartphones, Microsoft ne peut pas se permettre de jouer les seconds rôles sur le marché des tablettes.



Au début de la conférence, Steve Ballmer a lourdement insisté sur le fait que Microsoft était également une société hardware, et ce depuis ses débuts. Et de rappeler que Microsoft a commencé à commercialiser des souris pour accompagner Windows. Tous les produits signés Microsoft n’ont pas été des succès, on pense notamment entre autres au Zune et au Kin. Toutefois, cela ne l’a pas empêché d’enregistrer de jolis succès avec les périphériques pour ordinateurs, la Xbox ou encore dernièrement le Kinect.

La pression s'accentue sur Google

L’arrivée de Microsoft cet automne sur le marché met également la pression sur Google. En dépit de sa position de leader sur le marché des smartphones, le géant de l’internet ne parvient pas à imposer son système sur le marché des tablettes. Pire encore, le Kindle Fire qui est peut-être la seule tablette Android à avoir connu un certain succès n’a conservé que les fondations du système de Google, pour mettre au-dessus ses services au lieu de ceux de Google. À ne pas en douter, Google qui réunit ses développeurs à la fin du mois lors de la conférence Google I/O a tout intérêt à apporter une réponse convaincante, si elle ne veut pas se retrouver en mauvaise posture.

La présentation de cette tablette montre à quel point Microsoft s’est remise en question. Quoi qu’en dise Steve Ballmer, il y a du “Apple” dans cette démarche à vouloir maitriser et le logiciel et le matériel. Mais ce n’est peut-être pas le point le plus intéressant : plutôt que de faire comme d’autres à bêtement répliquer la tablette d’Apple, Microsoft livre ici une copie qui lui est propre. Même si cette proposition est moins innovante que son projet Courier, Microsoft avec Surface tente de répondre au plus gros problème des tablettes actuelles : le clavier.



Un pari risqué

Toutefois, proposer une solution originale n’est pas forcément gage de succès. Les premières démonstrations de webOS en son temps avaient impressionné bien des observateurs. Au final, cela a été un échec retentissant qui a contraint Palm à se jeter dans les bras du plus offrant.

Mais c’est sans doute en proposant une solution par le haut que Microsoft parviendra à rebondir. Google s’apprête à faire exactement le contraire : commercialiser une tablette 7” à un prix cassé pour tenter de se faire une place au soleil face à l’iPad et au Kindle.

Ces dernières années, Apple a été le seul constructeur informatique à se poser les bonnes questions. Les autres, à commencer par Google et Samsung, se sont contentés de reproduire l’existant, de l’améliorer, mais n’ont jamais mis l’utilisateur final au centre de leurs préoccupations. En cela, l’initiative de Microsoft, même si elle est loin d’être parfaite, mérite d’être suivie.

Malheureusement, on regrettera que “le géant du logiciel” n’ait pas été au bout de ses idées. À quoi bon commercialiser deux tablettes si différentes ? Faire comprendre à l’utilisateur les différences et subtilités entre une tablette ARM et Intel promet d’être un sacré challenge pour les vendeurs. Pourquoi s’acharner à faire une tablette x86 ? Pourquoi ne pas avoir été au bout du raisonnement et ne pas avoir gardé Windows 8 uniquement pour les tablettes Microsoft ? Pourquoi présenter un produit sans donner précisément des détails concernant sa commercialisation ?

L'évolution de Microsoft ces dernières années est intéressante. Après l'échec de Vista, l'éditeur a entamé une longue mue qui devrait se matérialiser avec la sortie de Windows 8. Certes, son approche est critiquable (lire : Windows 8 : tactile et sans compromis), mais son approche a le mérite d'être différente. Mais le plus dur commence pour Microsoft, donner envie au grand public de s'intéresser à ses solutions. Redmond ne parviendra pas à accomplir sa mue, si elle ne change pas son image. Et finalement, le plus gros défaut de ses tablettes, c'est d'avoir conservé le terme Windows. Un mot totalement absent du plus gros succès hardware de Microsoft à ce jour…

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- Surface : de bonnes impressions sur fond de frustration

avatar iHuman | 
Dieu que certains commentaires sont stériles et puérils, on se croirait vraiment de plus en plus dans une secte et c'est ce qui commence vraiment à me déranger dans le monde des utilisateurs Apple. En plus la moitié des postes sont illisibles tellement ils sont truffés de fautes, comme quoi utiliser un Mac ne rends pas plus intelligent. Je suis un utilisateur de Mac depuis les années 90 , je n'ai jamais eu de système Microsoft car je viens du monde de la musique et avant mes Mac j'utilisais des Atari, ce qui ne m'empêche pas de regarder d'un oeil très objectif les progrès de Microsoft ces derniers temps et je ne peux que constater que pas mal d'utilisateurs osent maintenant utiliser un PC sous Window dans les milieux professionels du son ou de l'image ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années. Je suis très content de mon iPad mais ce qui me fait m'intéresser à ce que seront ces fameuses tablettes Surface c'est que la politique d'Apple commence de plus en plus à me déplaire, entendez le renouvellement forcé du matériel qui devient dépassé au bout de trois ou quatre ans (deux pour les tablettes) ainsi qu'a l'abandon de mobileme sans avoir les mêmes fonction dans iCloud, rosetta etc... Donc malgré ma fidélité à Apple jusque ici je suis prêt à voir ailleurs car il n'y a rien de plus sain qu'une vraie concurrence pour faire avancer les choses et je suis certain que Microsoft peut devenir un concurrent sérieux à l'iPad mais c'est sûr c'est pas ici que je vais partager cette idée donc je me casse voir sur un autre forum si les utilisateurs de PC sont moins sectaires et surtout plus lisibles. A bon entendeur...
avatar Orpioo | 
Quand il y aura un prix de fixé, on pourra vraiment discuter. A 500,00$ la tablette grand public, ça va être dur pour Microsoft de se faire une place face à un écosystème bien rodé. A 600,00$, passe ton chemin. Et à 400,00$, ils ne gagneront rien, mais auront leur chance. Et pour la version "pro", le prix devient moins conséquent. C'est par contre l'autonomie qui risque de surprendre négativement. Personnellement, je ne crois pas au succès de cette Surface, pas pour le grand public en tout cas. Beau défi en tout cas.
avatar damien83 | 
@iHuman Moi ( je pense que tu as déjà du le lire et tu en as sans doute conclu que je suis un "fanboy" ) je te comprend ...
avatar Komm | 
zunderk : +10 000. Je ne sais pas si je me remettrai un jour de la mort de Courier. C'était le truc le plus génial de ces 10 dernières années.
avatar Lemmings | 
[quote]Ces dernières années, Apple a été le seul constructeur informatique à se poser les bonnes questions. Les autres, à commencer par Google et Samsung, se sont contentés de reproduire l’existant, de l’améliorer, mais n’ont jamais mis l’utilisateur final au centre de leurs préoccupations. [/quote] En dehors de cette phrase très trollesque, l'article est excellent. Je viens d'en faire un dans le même esprit avant de lire le votre, on arrive peu ou prou aux mêmes conclusions.
avatar Anonyme (non vérifié) | 
belle réaction de microsoft face à la concurrence ! maintenant il faut voir si l'objet en question va tenir la route ?! et puis ce qui me gène, perso, c'est le manque d'infos ?! pas de tarifs, pas d'infos techniques... j'ai l'impression qu'ils voulaient à tout prix dire au monde qu'ils avaient une tablette mais "attendez un peu, on est pas encore pret" c'est que je j'appelle "se tirer une balle dans le pied" ça !!
avatar iHuman | 
@damien83 je ne comprends pas bien ce que tu entends par "déjà du le lire" mais je suis content de savoir que quelqu'un ici me comprends :)
avatar damien83 | 
@dude54 D'après la keynote que l'on a vu ce n'est pas très concluant sur toute la Ligne dans l'imediat ( BUG , lenteur , ect ... ) je t'invite à la voir sur mac4ever ( désolé pour la mauvaise pub mais il la propose en streaming....
avatar damien83 | 
@damien83 J'ai oublié de préciser que même si ce n.est pas très concluant Microsoft à de l'idée ! Et c'est très bon pour eu !
avatar Smjm | 
Et bien l'annonce des ces deux tablettes à du bon. Vivement que ça sorte. Je suis un utilisateur Apple : MacBook Pro, New iPad, iPhone. Mais je pense aussi comme certains qu'une vraie concurrence fera avancer et progresser tout le monde : actuellement, il n'y a aucune, mais strictement aucune concurrence sérieuse à l'ipad à contrario des smartphone ou les galaxy S2 et S3 poussent certainement Apple à innover et se dépasser davantage. Je pense que par exemple, Apple aurait beaucoup plus innover en passant de iPad 2 au nouvel iPad, mais qu'ils se reposent sur leurs lauriers en nous proposant de petites innovations et en trouvant le moyen de rendre obsolètes les précédents modèles. Pour preuve : Siri aurait pu être intégré au nouvel iPad des sa sortie : maison non, on fait trainer les choses et on met Siri sur le nouvel iPad quand iOS 6 sortira... Alors j'espère que Surface stimulera Apple en terme de concurrence pour vraiment montrer les crocs, car Apple a un potentiel de passante et de technologie énorme qu'ils sont déjà capables de déployer mais ils ne sortent pas tout d'un coup... Ce qui est dommage. Pour quoi vouloir sortir un iPad chaque année avec des nouveautés par-ci par-là alors quils pourraient sortir un seul iPad avec l'ensemble de toutes les nouveautés et sortir une nouvelle génération quelques années plus tard (3-4 ans). Bref, il y a du bon et du positif dans cette concurrence à venir, et Apple devrait éviter de jouer les gamins en essayant d'interdire les ventes de Surface à leur sortie : montrer sa peur de la concurrence c'est moche. Et croyez moi, je suis un fan d'Apple, je pense que cette concurrence est saine pour la pomme.
avatar Smjm | 
Quelques coquilles et fautes de frappes, désolé....

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