Adobe Director 11

Arnaud de la Grandière |
Lors du passage à Mac OS X, Steve Jobs avait appelé le PDG de Macromedia, Rob Burgess, pour lui demander où en était la version OS X de Director, qui se faisait désirer. De nos jours, Steve Jobs annonçait il y a peu le portage pour processeurs Intel de la "dernière grande application manquante", à savoir Microsoft Office… Et Director dans tout ça ?

Lors de la fusion Macromedia-Adobe, nombreux étaient ceux qui se sont inquiétés de l'avenir de Director, autrefois le vaisseau amiral de la société, et dorénavant devenu le parent pauvre au profit de Flash, son nouveau cheval de bataille. Et pourtant, le vénérable Director (23 ans au compteur) refait surface, dans sa version 11, après quatre ans de dormance sans la moindre mise à jour.

Au-delà du galimatias de l'équipe marketing, Adobe se veut très claire : il s'agit là avant tout d'une version de maintenance et de transition, les nouveautés juteuses étant réservées aux versions futures. Celles-ci ne manqueront pas de venir, nous assure-t-on : espérons cependant que le rythme des mises à jour s'accentuera quelque peu…
Il ne faut donc pas s'attendre à de nouvelles fonctionnalités révolutionnaires, mais à une mise au goût du jour qui permet de continuer à travailler avec le logiciel dans l'environnement technologique actuel. Au menu donc, correction de bugs, compatibilité avec les systèmes actuels, support de la dernière version de Flash, le traditionnel ravalement de façade, et une poignée de nouveautés en prime.



Pour ce qui est de la correction de bugs, nous sommes gâtés, puisque ce sont plus d'un millier d'entre eux qui se sont vus éradiquer, des plus anodins aux plus frustrants : les fichiers Real Video fonctionnent à nouveau sur Mac, plus de plantage aléatoire de Shockwave lors de l'utilisation cumulée de la 3D et du son, les couches Alpha sont mieux gérées par Imaging Lingo, etc. Voici une liste des bugs les plus importants, en attendant une "technote" plus complète. Tout ceci représente en soi un énorme travail abattu, mai il s'est hélas fait au détriment du reste, comme on va le voir.

Si Director 11 corrige les problèmes de compatibilité avec Windows Vista (notamment en apportant le support de DirectX 9 pour la 3D), Leopard quant à lui n'est pas officiellement supporté… Director fonctionne malgré tout sans problème notable. Le support des processeurs Intel est bien évidemment au menu, mais si le PowerPC est toujours d'actualité pour les projecteurs et pour Shockwave, ça n'est plus le cas pour Director en lui-même (il fonctionne malgré tout, mais à vos risques et périls). On reste également quelque peu dubitatif en constatant que Shockwave et ses Xtras sont dorénavant distribués au format Universal Binary, doublant ainsi la taille du téléchargement : s'il est logique que ça soit le cas pour des applications qu'on peut déplacer d'un disque dur à l'autre, ce choix est plus contestable pour une extension système qui n'a pas cette vocation.

La mise à jour de l'Xtra permettant d'intégrer Flash dans Director fait tout autant pâle figure : s'il est possible d'utiliser des fichiers Flash CS3, impossible en revanche de communiquer avec du code en AS3, ce qui va poser de gros problèmes à nombre d'utilisateurs. Fait notable, c'est la première fois que la dernière mise à jour de Director ne supporte pas intégralement la dernière mise à jour de Flash…

Quant au rafraîchissement de l'interface, il laisse quelque peu perplexe : la fenêtre de distribution est dorénavant une palette, affichée en permanence au-dessus de toutes les autres fenêtres, ce qui a plutôt tendance à gaspiller de la surface d'écran, et pire encore, mène à bien des confusions quant à savoir quelle fenêtre dispose du focus souris/clavier. (dans les guidelines d'Apple, une palette d'outil doit être réservée à l'activation de différents modes d'utilisation et non permettre une quelconque sélection). Et bien évidemment, les palettes disparaissent lorsqu'on active Exposé, ou dès lors que l'application passe au second plan (ce qui rend tout glisser-déposer depuis le Finder impossible). Fort heureusement, on peut basculer l'interface en mode "Director 8" (sic), ce qui règle ces problèmes pour le moins agaçants.


Si j'appuie sur la touche "delete", qu'est-ce qui s'effacera?



Tout n'est pas à jeter cependant, puisque la fenêtre de script se voit adjoindre deux nouvelles fonctionnalités, l'une permettant d'accéder au dictionnaire Lingo/Actionscript, l'autre affichant l'arborescence de votre code et y permettant un accès rapide, avec une hiérarchie distribution/type de script/nom du gestionnaire.


Le navigateur de scripts




Le dictionnaire


Dernier volet enfin pour ce qui concerne l'aspect maintenance : le gestionnaire de physique 3D, permettant de gérer des interactions réalistes entre les modèles 3D (collisions, forces, frottements, ressorts…). Jusqu'ici Director utilisait le réputé Havok, mais Macromedia n'avait pu renouveler le contrat avec la société qui lui fournissait, le rachat d'Havok par Intel rendant toute négociation impossible. On était arrivé à un statu quo qui nécessitait une remise à plat, bien qu'il soit encore possible d'utiliser l'Xtra existante jusque-là. Adobe s'est donc tourné vers un autre fournisseur, Ageia (récemment achetée par nVidia). S'il est toujours possible de faire tourner des fichiers exploitant Havok sur Windows et sur les Macs à base de PowerPC, Ageia PhysX est en revanche la seule possibilité sur les Macs à base de processeur Intel, ce qui rend toutes les applications shockwave utilisant l'ancien moteur inexploitable sur les nouveaux Macs, à moins de refaire le code pour qu'il exploite le nouveau moteur. Voilà qui promet quelques frustrations pour les utilisateurs finaux… Concrètement, la majorité des fonctionnalités d'Havok sont reprises, si on omet notamment la gestion des corps concaves. Cependant, le moteur d'Ageia ajoute la gestion de 6 degrés de liberté, autrement dit le "chaînage" d'objets les uns aux autres. En outre, l'Xtra propose une détection de modèles selon un rayon (modelsunderaray) autrement plus véloce que celle qui était disponible jusqu'alors dans Director en lui-même.

Pour ce qui est des nouveautés, on retrouve dans Director les filtres bitmap temps réel de Flash, permettant d'ajouter à la volée des ombres portées, flous, halos, displacement map, et autres matrices de convolution. En outre, il est dorénavant possible d'utiliser le bruit Perlin, mais uniquement sur une variable image et non sur un sprite.


Quelques exemples de filtres temps réel



La plus grosse nouveauté est sans aucun doute le support d'unicode, permettant enfin d'oublier les affres du passage d'un texte d'une langue à l'autre et d'un OS à l'autre. Cependant, ce changement se fait à un prix non négligeable : le nouveau moteur de texte est particulièrement lent, alors que l'ancien n'était déjà pas un foudre de guerre. D'autre part, le rendu des polices est plus que discutable, avec le lissage qui disparaît dès lors que les polices font moins de 20 points. En outre, les polices raster ne sont désormais plus supportées. Enfin, le support d'Unicode nécessite la mise à jour de nombre d'Xtras tierces qui ne peuvent plus fonctionner en l'état. Enfin, l'abandon total du format ASCII pose quelques problèmes pour la compatibilité, puisque les codes caractère ont changé. Adobe a pallié au problème pour Shockwave. Lorsque le plugin détecte un fichier non-unicode, c'est l'ancienne version du lecteur qui le prendra en charge. Cependant, cette solution n'a été réalisée que sur Windows, la version Mac de Shockwave 10 n'étant pas disponible au format Universal Binary. De plus, pour ce qui est de la mise à jour d'anciens projecteurs, cette transition posera nombre de problèmes dans quelques cas spécifiques, comme lors de manipulation de données binaires.

Dans l'ensemble, cette version présente donc de sérieux relents d'inachevés, qui poseront bien des problèmes à certains utilisateurs alors que d'autres ne s'en formaliseront guère, en fonction des nombreuses différentes utilisations qui sont faites de Director. Il va sans dire qu'une mise à jour mineure semble impérative pour corriger les soucis les plus handicapants, reste à voir si c'est bien dans les plans d'Adobe. À vrai dire, à moins de changer d'environnement de développement, nombre d'utilisateurs n'auront guère le choix que d'effectuer cette mise à jour s'ils veulent proposer à leurs clients des applications qui fonctionnent sur Windows Vista ou sur les Macs à base de processeurs Intel, et devront donc essuyer les plâtres.


Mais cette publication à la va-vite se veut avant tout porteuse d'un message : Director est toujours là et bien là, et Adobe n'a pas la moindre intention de le laisser disparaître à petit feu, comme autrefois Macromedia le fit avec son grand frère Authorware. Malgré tout, si cette mise à jour sortie dans l'urgence ne remporte guère de succès commercial, il ne faut pas craindre pour l'avenir et la pérennité du grand frère de Flash : Adobe a mis en place un modèle économique pour Director qui lui est tout particulier (notamment par la diffusion de la "Google Bar" avec la version Windows de Shockwave), sa rentabilité ne dépend donc pas directement de ses chiffres de vente. L'effet pervers de ce modèle, c'est qu'il ne s'agit plus pour Adobe de plaire à ses clients avant tout…

Nous jugerons sur pièce, une fois que Director 12 sera disponible, si possible avant 2012…

A noter qu'Adobe vient de mettre à disposition une version d'évaluation fonctionnelle 30 jours.

Note

Les plus :

Enfin le support des processeurs Intel Support d'Unicode

Les moins :

Moteur texte ralenti Pas de support d'AS3 dans Flash
6
10

Prix :
Version complète : 1 194,80 € TTC Mise à jour : 361,79 € TTC

Tags
avatar clapton22 | 
En gros, aucune raison de passer à cette version si on utilise Director MX 2004 qui, au passage, permet de faire des exe parfaitement compatibles avec Leopard et Windows XP et qui tourne très bien sous Leopard en mode auteur. Heu, j'ai bien tout compris ?
avatar CM the HD man | 
Moi qui voulais acheter Director... Donc si je suis bien, j'ai meilleurs temps d'acheter un MX 2004 pas cher aux states, bosser dessus et attendre quelques années pour le 12 ? Au fait, quand on achète aux USA, on peut utiliser la licence en Europe ?
avatar misterbrown | 
Encore vivant cette application ? Je croyais que Flash et sa prog avancée l avait enterré.
avatar Vinc | 
Mouais ça sent le sapin quand même. De toutes façons le CD devrait pas non plus durer encore une éternité comme support d'applis multimédia. Et puis maintenant avec AIR (Flex / Flash) on peut faire des applis quand même beaucoup plus costaud et diffusables bien plus souplement. Amha c'est la dernière ou au mieux l'avant dernière version de Director.
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Je développe sur director depuis 15 ans, et je dois dire que, c'est vrai, cette version est décevante. Mais c'est un grand pas car c'est une application qui doit absolument survivre. Je m'explique, connaissant les deux mondes (flash et director), il est tout a fait évidant que ca ne fait pas les mêmes choses. De plus, c'est un environnement fabuleux et extrêmement efficace pour créer des expériences interactives en code. Et cela, entre autre, parce qu'il n'y a pas de compilation puisque c'est du code interprété a la volée, ça permet meme de modifier le code pendant l'exécution... Résultat des courses, on développe 4 fois plus vite qu'en flash. Pour couronner le tout, tester une même animation en flash et en director, la version director s'exécutera jusqu'à 2 fois plus vite...
avatar Almux | 
Il est évident que Flash ne remplace pas Director. Ce dernier (ou premier historiquement) permet des commandes bien plus précises. Mais Adobe ne donne pas de son meilleur, là... Tout cela ressemble d'avantage à une sauvegarde de clientèle qu'à une volonté de développer le produit.
avatar Anonyme (non vérifié) | 
misterbrown ta réaction et ton commentaire me débectent fils; j'ai horreur de ton ton méprisant vis-à-vis d'un logiciel qui a quand même vécu plus de 20 ans, ce qui n'est pas forcément le cas de "ton" flash. Sache que director, flash et tous les autres sont des OUTILS au service de la création et de l'humain, et non des vedettes dignes d'être encensées au nom de je ne sais quelle mode passable et passagères. Alors, au lieu de réagir comme cela, tiens compte des heures passées par les milliers de créateurs à mettre au monde des applis ou autres fichiers avec ce "mauvais" outil que tu jettes négligemment aux orties, et réfléchis bien qui crée le produit, le logiciel "vedette" ou l'individu avec ce dont il dispose.
avatar SuperCed | 
Et puis, Director gère la 3D en natif par rapport à Flash, et ça c'est génial. C'était déjà le cas avant, mais là, c'est bien qu'il y ait un nouveau moteur qui puisse évoluer. J'avais trouvé le moteur 3D déjà pas mal il y a quelques temps (2004). Ca gérait le morphing, les collisions, le lightmap. Bref, vivement le 12 pour que cela soit bien stable.
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Au fait qu est il advenu de QuickMedia?, la page d OmegaConcept ne s ouvre plus depuis bien longtemps .
avatar patrick mantout | 
[quote]Il est évident que Flash ne remplace pas Director. Ce dernier (ou premier historiquement) permet des commandes bien plus précises.[/quote] Lesquelles ????????????
avatar Vivid | 
Y a pas photo, Director permet de faire beaucoup plus de chose que flash, convivial... je suis du même avis que Fredciel, comme d'habitude ce sont ceux qui bosse dessus qui ont le bon avis. Flash je l'ait tester au debut....pfffffff... vite, Director, en flash cela ressemble a de la bidouille, Director du développement !

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