Mac Pro, clients professionnels… le grand mea culpa d'Apple

Soumis par Florian Innocente le ven, 07/04/2017 - 18:17

TechCrunch a publié la transcription intégrale de la réunion "Mac Pro" organisée en début de semaine à Cupertino. Côté Apple il y avait Phil Schiller, Craig Federighi et John Ternus (moins connu de l'extérieur, il est le vice-président de l'ingénierie matérielle, lire aussi : Nouveaux Mac : « Suer sur les détails »). Apple avait invité des médias non spécialisés, la thématique l'était pour le moins, mais aptes à faire porter assez loin le message (BuzzFeed, TechCrunch, Daring Fireball, Mashable et Axios).

Il est intéressant de revenir sur cet échange même si nous l'avons largement couvert, en reprenant in extenso quelques-unes des réponses qui ont été données.

La matrice

La matrice à quatre cases dévoilée par Steve Jobs à son retour chez Apple sert toujours de référence pour le Mac, même si l'on aurait du mal à y faire entrer toutes les gammes actuelles. Sauf à considérer bien sûr que le MacBook Air n'a plus lieu d'y figurer et que l'on ne sait pas trop où y mettre le Mac mini. Ce dernier n'est visiblement pas abandonné par Apple, Schiller a simplement expliqué que l'ordre du jour de cette réunion était d'abord consacré au Mac Pro et aux professionnels, quand bien même ces derniers sont aussi clients de la petite machine.

Phil Schiller : « Nous voulons nous assurer que tout le monde comprenne bien que non seulement nous continuons à croire dans le Mac, mais que nous croyons dans cette stratégie d'un quadrant de produits. Nous entendons bien remplir chacune de ces cases avec de très bons produits, les meilleurs qui soient pour chacun de ces segments — si d'aventure certains doutaient de notre volonté, qu'ils se rassurent. Nous restons fidèles à ce principe et nous voulons proposer ce qu'il y a de mieux dans chacune de ces cases. »

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Dans la discussion, l'un des cadres d'Apple explique qu'il y a eu évidemment des réunions ces trois dernières années sur la manière de mettre à jour le Mac Pro. Mais le problème étant le produit lui-même, la manière dont il avait été conçu, les marges de manœuvres étaient faibles.

Augmenter légèrement les performances des processeurs n'était pas une solution satisfaisante. Parmi les clients qui ne se retrouvaient pas dans le Mac Pro 2013, il y avait quelque profils particuliers comme les scientifiques, les spécialistes en 3D et maintenant ceux qui travaillent avec la VR. Ils avaient besoin d'une machine dotée d'une seule mais très puissante carte graphique et la machine d'Apple n'avait pas été conçue pour cela.

Pour mettre au point son successeur, l'équipe en charge de son développement s'est vue accorder le luxe de prendre son temps, explique Phil Schiller :

Il y a toujours eu la volonté, s'agissant du Mac, de ne pas l'aborder d'une manière conventionnelle, de ne pas faire comme les autres. L'équipe a passé beaucoup de temps avec des clients pour comprendre ce qui s'adapterait le mieux à leur méthode de travail, elle est encouragée à prendre son temps pour faire quelque chose de formidable, quelque chose d'inspiré et sur lequel nous serons fiers de mettre le nom de "Macintosh".

Il n'y a pas un profil type pour le client pro, poursuit Phil Schiller, ils sont nombreux et variés. Le Mac Pro, en tant que machine, ne représente qu'un faible pourcentage de cette clientèle « à un chiffre », mais avec les iMac devenus très prisés par ce milieu et les MacBook Pro (80% des ventes de Mac sont des portables), il fait partie de cet écosystème.

Même s'il n'y a qu'un pourcentage à 1 chiffre de pros qui utilisent le Mac Pro, il y a 15 % de cette base qui utilise un logiciel pro plusieurs fois par semaine et 30 % qui le font régulièrement, tout cela est lié. Ce ne sont pas de petits silos séparés. Il y a une connexion entre eux.

Autrement dit, il est difficile de proposer une machine portable pour les professionnels sans qu'ils puissent l'accompagner au besoin d'une machine de bureau taillée pour leurs besoins. L'iMac peut y pourvoir, mais pas pour tout le monde.

L'iMac est devenu pro

Né avec un look de bonbon, idéal pour la famille, l'iMac a vu son rôle de machine de travail monter en puissance, notamment à la faveur du surplace du Mac Pro 2013. Le monobloc s'est logé entre le MacBook Pro et le Mac Pro auprès de cette clientèle.

Craig Federighi : « C'est une évolution assez incroyable à laquelle on a assisté durant la décennie écoulée. Avec le premier iMac vous n'auriez jamais imaginé qu'il puisse convenir à des usages professionnels, même de loin. Mais on peut aller encore plus loin avec l'iMac en tant que système professionnel à hautes performances. Il nous semble que ce format de machine peut intéresser une part plus grande encore du marché professionnel. »

La forme versus la fonction

Lance Ulanoff, le journaliste de Mashable, demande si dans le cadre du développement d'un Mac professionnel, le processus n'est pas différent de celui d'une Apple Watch. Est-ce que dans un cas la fonction du produit va orienter son design et vice-versa ? Qu'en a-t-il été lors de la création du Mac Pro actuel ?

Craig Federighi : « Les caractéristiques, qui définissent les possibilités d'un produit, créent des contraintes qui vont guider la mise au point du design. Il y a donc un équilibre à trouver, mais lorsqu'on a conçu ce Mac Pro on s'est demandé 'De quelle somme d'unités de calcul graphique avons-nous besoin ?' et cela a donné une architecture qui disait 'Nous pouvons la répartir entre deux GPU qui sont tous les deux plutôt efficaces sur un plan thermique, et l'on veut aussi que ce soit silencieux'. »

« Mais nous ne sommes pas partis d'une forme en nous disant 'Voilà la machine la plus puissante que l'on peut mettre dans cette boite'. On s'est d'abord fixés un cap pour les performances et ça a donné ce que je pense être un design très pertinent pour ce cœur thermique et pour le système de dissipation au vu de ce que nous pensions être la bonne architecture pour les performances souhaitées. Ce que nous avons mal évalué je crois à l'époque, c'est à quel point nous avions fait du sur-mesure pour que cela corresponde à la vision qui était la nôtre, et que nous allions nous retrouver coinçés dans une impasse. »

Citant un autre précédent avec le G4 Cube qui a échoué en bonne partie à cause de son manque d'évolutivité, Ina Fried d'Axios demande si Apple pense aller vers un design à la forme plus classique et plus ouverte pour son Mac Pro.

Craig Federighi : « Il est trop tôt pour évoquer une forme. Au moment présent ça pourrait très bien être un octogone [rires]. Mais il s'agit d'être flexibles et capables de le tenir à jour et de le faire évoluer. Nous devons avoir une architecture qui puisse répondre à tout moment à une large palette de performances et l'actualiser au fil des années avec les meilleures technologies. »

« Je pense que c'est une force de cette entreprise où nous considérons que de nouvelles technologies peuvent ouvrir de nouvelles opportunités. Nous avons tendance à sauter très franchement sur ces occasions et vous pouvez le voir avec l'architecture de ce Mac Pro. »

« Il a une très belle connectique Thunderbolt, on s'est dit 'C'est une chance formidable de bousculer les conventions où l'on a des gros racks pour les cartes et des slots avec un paquet de cartes à l'intérieur'. Une bonne partie de ce stockage peut bénéficier des hautes performances du Thunderbolt. On a aussi conçu ce design autour de cette idée. Une partie de la communauté des pros a poussé dans cette direction et nous avions en tête les besoins en capacité d'extension. Si vous vouliez une excellente solution RAID, ça paraissait plus intéressant de la mettre à l'extérieur de la machine plutôt que d'être contraints par le format du boitier qui hébergeait le CPU. Je pense qu'on a eu de bonnes idées mais qu'elles n'ont pas toutes fonctionné. »

@romansempire

La connectique du prochain Mac Pro

Lance Ulanoff fait remarquer que la clientèle professionnelle est celle qui possède en général le plus de périphériques avec d'anciennes normes. Est-ce qu'Apple va aussi faire preuve de "courage" pour son Mac Pro ?

Phil Schiller : « Nous n'allons faire aucune promesse, ou dire quoi que ce soit qui puisse être mal interprété, comme 'Voilà ce qu'Apple a dit qu'elle ferait pour le futur Mac Pro'. J'insiste sur le fait que nous prenons nos décisions en fonction de chaque produit — on réfléchit à l'écosystème et à comment les choses fonctionnent ensemble mais aussi au niveau des produits. »

« Sous prétexte que l'on a enlevé quelque chose à un produit ne signifie pas qu'on va l'enlever partout ailleurs si ça n'a pas de sens. Il n'y a aucune raison d'en tirer quelque conclusion. Par exemple, de dire que ce que nous avons fait sur un MacBook Pro va être fait plus tard sur une machine de bureau. Ce n'est pas une bonne déduction. Nous faisons nos choix en fonction de différents facteurs pour chaque produit. »

L'accueil fait aux derniers MacBook Pro

Phil Schiller a insisté sur la bonne tenue commerciale des nouveaux MacBook Pro, parlant d'une croissance des ventes de 20% d'une année sur l'autre. On a pourtant vu ces machines arriver en masse sur le refurb, bien qu'en ordre dispersé (il y a les 15" avec Touch Bar et les 13" sans Touch Bar).

Faut-il y voir le signe d'une déception des premiers clients et d'un nombre élevé de retours ? Des rumeurs soutiennent cette hypothèse, parlant d'une Apple qui aurait été stupéfaite par le niveau des vente des anciens modèles sitôt les nouveaux annoncés, leurs caractéristiques connues et les premières appréciations et critiques publiées.

On peut tenter une comparaison avec le précédent grand bouleversement dans les MacBook Pro, les modèles Retina de 2012. Il s'est passé 6 mois avant leur arrivée sur le refurb contre 4 mois environ pour les nouveaux modèles de 2016. L'écart n'est pas si énorme, ce qui ne permet pas d'en tirer de véritables conclusions.

John Ternus, Vice President of Hardware Engineering

Ina Fried demande ce qu'Apple a appris des critiques formulées par les clients pros à l'encontre des MacBook Pro, entre autres choses sur l'autonomie.

Phil Schiller : « Tout d'abord, nous recueillons beaucoup de commentaires. Je ne dirais pas que nous avons fini de tout digérer. D'une manière générale, il a été incroyablement bien reçu, c'est un produit populaire — en fait, je pense que c'est l'un des portables professionnels les plus populaires que nous ayons jamais créés. Au final, les choses se passent bien. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de retours sur les choses que nous pourrions améliorer, bien au contraire. Mais au total, les commentaires sont très bons. »

« Comme nous l'avons dit, il y a beaucoup d'utilisateurs professionnels de types très différents, on ne peut donc pas simplifier à l'extrême. Mais globalement je pense que nous avons visé juste avec ce produit. L'autonomie de la batterie est un domaine où il y eu des commentaires — ça a beaucoup diminué. Ça ne signifie pas qu'on ne peut pas essayer de progresser, mais beaucoup de gens ont une autonomie très satisfaisante. Elle se tient très bien comparé à tout ce que l'on peut trouver dans le secteur, cet équilibre entre les performances et l'autonomie. J'ai lu un très bon test au cours du week-end où nous étions le seul portable testé qui était au niveau ou qui faisait mieux que ce que l'on annonçait. Tous les autres n'étaient pas terribles. »

Craig Federighi: « Du genre moitié moins. »

Phil Schiller : « Par conséquent, c'était génial de lire ça, mais nous pouvons encore améliorer les choses. Mais disons que ça a été bien reçu. Il y a eu aussi des commentaires sur la connectique. Je pense que certains ont trouvé cet aspect génial au vu des performances et de la flexibilité que cela autorise (par exemple brancher une batterie externe pour la recharge, ndlr). D'autres voudraient des connecteurs anciens, mais il existe des adaptateurs pour cela. Nous n'avons pas fini de traiter les commentaires, mais en général, les choses vont vraiment bien. »

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Craig Federighi: « Et nous avons eu un problème logiciel qui a touché les 15" en particulier (avec Safari, ndlr). Il pouvait faire basculer par erreur sur la carte graphique plutôt que sur la puce graphique intégrée. Cela pouvait provoquer des excès de consommation qui ont été à l'origine de certains de ces soucis. Depuis les correctifs que nous avons sortis en décembre, je tiens à dire que les données de télémétrie (venant des utilisateurs qui ont accepté de partager les données système de diagnostique, ndlr) montrent une augmentation moyenne d'une heure sur l'autonomie. Et ces machines, malgré les premiers retours, ont une autonomie nettement meilleure que celles qu'elles ont remplacées. »

« Ça nous a un peu surpris pour tout dire (les avis négatifs, ndlr). Nous étions tellement heureux de lancer ces machines et d'offrir une très bonne autonomie à nos clients sur 15", et puis nous avons eu cette réaction de mécontentement d'une fraction d'utilisateurs. Ces systèmes ont une meilleure autonomie que tous les 15" que nous avons sortis. Et je suis heureux que ces bugs aient été corrigés pour que cette machine donne le meilleur d'elle-même. »

S'agissant de l'accueil réservé à la Touch Bar (pas toujours très positif quant à son intérêt au quotidien), Schiller a surtout expliqué qu'Apple observait les utilisations qui en étaient faites avec les logiciels et qu'elle était encore en phase d'apprentissage et d'observation des réactions.

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Microsoft Studio vs iPad Pro

Le Surface Studio de Microsoft a étonné à son lancement l'année dernière, avec sa base compacte comme un Mac mini sur laquelle est attaché un grand écran tactile capable de pivoter à plat pour travailler au stylet à la manière d'une tablette graphique. Microsoft n'a pas manqué de le promouvoir auprès des créatifs. Est-ce qu'Apple est tentée d'aller dans cette direction puisqu'elle prépare des iMac plus costauds ainsi qu'un écran externe adapté aux professionnels ?

Pour les pros, mais pas ceux qui veulent de l'évolutivité. Cliquer pour agrandir

Phil Schiller : « Nous avons beaucoup parlé du tactile dans le cadre du Mac. Ce n'est très certainement pas, au vu des conversations que nous avons eues avec les pros, une forte demande qu'ils expriment pour le Mac Pro. Ce n'est pas ce genre de problèmes qu'ils attendent qu'on résolve. »

« Et puis il y a eu toutes ces discussions à de multiples reprises sur pourquoi nous pensons qu'iOS et macOS sont deux choses distinctes et chacune optimisée pour ce qu'elle sait faire le mieux. »

[…]

« Nous avons parlé avec les utilisateurs de Mac Pro — et le reste des autres utilisateurs pros, ceux sur iMac et MacBook Pro. Ça ne figure même pas (le tactile sur Mac, ndlr) dans la liste des choses qui comptent le plus pour eux : cartes graphiques, stockage, mobilité et plein de choses diverses et variées. Toutes choses qui n'ont rien à voir avec ça. Ce n'est donc pas très important. »

Le Surface Studio d'un ancien designer graphique chez Apple. Crédit : Sebastiaan de With

Craig Federighi : « Je voudrais dire qu'en discutant avec ces même personnes dans la production vidéo, l'illustration et ainsi de suite, ils sont très emballés par l'iPad dans ce cas de figure. L'iPad Pro, le Pencil semblent avoir touché la cible auprès de cette clientèle. Et ils ne nous disent pas 'Pourquoi je ne peux pas faire ça sur mon Mac Pro ?' C'est donc un domaine où nous voulons que l'iPad puisse en faire plus. »

Phil Schiller : « Exactement. Ce genre de produit dont vous parlez (le Surface Studio, ndlr) n'est pas formidable comme ordinateur de bureau professionnel. Au vu de ce qu'ils nous demandent de faire, il ne l'est pas — en termes de performance, capacité d'extension et tout ça. Et en matière de surface pour dessiner, nous pensons que c'est aussi un produit de compromis comparé à ce que nous avons fait avec l'iPad Pro et les performances qu'il propose et la mobilité et la capacité à interagir directement. C'est un format bien meilleur. »

Craig Federighi : « Beaucoup utilisent certainement les deux (iOS et macOS, ndlr), nous sommes donc très axés autour de l'idée de les faire travailler ensemble, parce qu'il nous apparaît que pour de nombreuses tâches, c'est actuellement la meilleure solution. Dès lors tous nos clients ne doivent surtout pas hésiter à acheter plusieurs produits [rires]. C'est quelque chose que l'on encourage. »

La réunion avec la presse s'est tenue dans l'atelier de prototypage d'Apple. Cliquer pour agrandir

Les logiciels professionnels

Phil Schiller : « Je veux juste réitérer notre engagement très fort en la matière. Aussi bien pour Final Cut Pro 10 que Logic 10, il y a des équipes qui se consacrent entièrement à proposer de formidables logiciels pour nos clients. On n'a pas mis le pied sur les pédales de frein dans ce domaine. »

« Il y a une clientèle qui se développe chez nous, ce sont les développeurs de logiciels. Nous sommes évidemment en charge des outils logiciels et des SDK et d'autres choses. Et nous continuons d'investir dans ce secteur, depuis les langages jusqu'aux outils de compilation. Notre détermination reste entière sur tous ces sujets. »

Craig Federighi : « Je pense que si vous vous basez sur les chiffres de téléchargement de Xcode comme critère de mesure, il est possible que les développeurs soient actuellement notre public professionnel le plus large. Il a progressé très rapidement, ça a été fantastique. »

Enfin, un point mérite d'être redit ou précisé, les responsables d'Apple n'ont donné aucune échéance pour la sortie du futur Mac Pro. Il a été expliqué clairement que ce ne serait pas pour 2017 au vu du chantier engagé, mais cela ne signifie pas pour autant que ce sera pour 2018. Une équipe y travaille « d'arrache-pied », c'est le seul commentaire qui a été fait quant au calendrier de cette machine et de son écran.