10 enseignements à tirer du keynote Hello Again

Soumis par Christophe Laporte le mer, 02/11/2016 - 12:00

Il aura donc fallu attendre la toute fin du mois d'octobre pour qu’Apple se penche sérieusement sur le Mac. Cela en dit long sur les motivations du constructeur pour sa gamme d’ordinateurs, après de longs mois à se demander s'il se passait quelque chose dans les coulisses de Cupertino. À travers cet évènement, Tim Cook a cherché à démontrer qu'Apple accordait toujours une grande importance à ses ordinateurs. Chacun se fera son propre avis.

Le PowerBook n’est pas le premier portable d’Apple

Ce keynote a commencé par un mensonge. Le PowerBook n’est pas le premier portable d’Apple, mais il est vrai que lorsqu’il a été présenté en 1991, c’était très probablement le premier portable moderne, celui qui allait servir de base pour les années à venir.

Pour autant, il serait absurde d’oublier le Macintosh Portable qui a vu le jour deux ans plus tôt. Certes, avec un poids de 7,2 kg, il s'agissait plus d'un transportable que d'un portable. Apple n’en est peut-être plus fière, mais il a tout de même servi à envoyer le premier mail spatial. Si l’histoire de cette machine vous intéresse, nous vous recommandons chaudement la lecture de cet article : 1989, lorsqu'Apple annonçait un Mac en l'assemblant sur scène !

Quoi qu’il en soit, l’image mise en avant par Apple permet de mesurer le chemin parcouru. Et il n’y a pas que le design qui a évolué. Phil Schiller a indiqué que son nouveau joyau était environ 6,8 millions de fois plus rapide que le premier PowerBook… Une comparaison qui n'a pas vraiment de sens, mais l'anecdote est amusante.

Touch Bar : la grande mue du clavier ne fait que commencer

Après la prise jack sur l’iPhone, Apple a décidé d’en finir avec les touches de fonction. Touch Bar est incontestablement la principale nouveauté des MacBook Pro. Apple a pris un soin particulier à s’assurer un large support des éditeurs. Les principales applications (de Photoshop à Word en passant par Pixelmator) prendront très rapidement en charge ce second écran Retina.

Il s’agit là d’un premier pas. Après les touches de fonction, il ne serait pas étonnant qu’Apple s’attaque à l’intégralité du clavier. L’intérêt du fabricant pour les touches E-Ink n’est pas anodin, même si on serait bien surpris que le constructeur californien adopte cette technologie telle quelle (lire : Le futur Magic Keyboard, avec des touches E-Ink ?) .

Pour en revenir à la Touch Bar, les plus anciens se souviendront peut-être de Control Strip dont il semble être le digne héritier. Apparue avec System 7.1, cette petite barre d’icônes que l’on pouvait déplier dans l'OS permettait d’accéder rapidement à toute une série de fonctions : son, définition, accès réseau… Les développeurs à l’époque avaient la possibilité de créer des petits modules supplémentaires.

Control Strip n'a pas survécu à l’avènement de Mac OS X et de son (imposant) Dock. Le voici réincarné matériellement et beaucoup plus polyvalent.

MacBook Pro Retina 2016 : le premier Mac hybride Intel/ARM

Certains estiment sans même les avoir testés que Touch Bar et Touch ID sont des gadgets. Pourtant, ils montrent une direction fondamentale dans laquelle Apple va s’inscrire dans les prochaines années.

Le MacBook Pro 2016 n’est plus un PC comme un autre, reposant en très grande partie sur des composants que l’on trouve chez la concurrence, ce qui a d’ailleurs permis l’éclosion des hackintosh.

Pour se distinguer, mais surtout pour avancer là où elle en a envie, Apple développe depuis quelques années ses propres processeurs. On l’a vu avec les puces Ax sur les iPhone / iPad et les puces Sx pour l’Apple Watch. Cette année, la firme de Cupertino nous a clairement montré qu’elle ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin, notamment avec le système sur puce W1 qui facilite l’appairage entre les terminaux iOS, les AirPods et les casques Beats équipés.

La nouvelle puce T1 joue un rôle clé dans le MacBook Pro 2016. Elle pilote la Touch Bar, sert au fonctionnement de Touch ID (elle intègre notamment l’enclave sécurisée) et contrôle la caméra FaceTime. Une sorte de coprocesseur assez indépendant, parce qu’il utilise une variante de watchOS. Tout cela explique en bonne partie la hausse tarifaire intervenue sur cette gamme, mais nous y reviendrons plus tard.

Fréquemment, nous évoquons la possibilité qu’Apple remplace les processeurs Intel par une puce ARM de son cru. Pour le moment, elle utilise une démarche hybride. T1 utilise une architecture ARM 32 bits (lire : La Touch Bar des nouveaux Mac est pratiquement une Apple Watch).

C’est sans doute un premier pas. Les Mac du futur pourraient avoir une architecture beaucoup plus décentralisée qu’à l’heure actuelle. Pour Apple, c’est un facteur de différenciation évident. C’est aussi un retour aux sources. Cette architecture ressemble à ce que faisait NeXT à la fin des années 80. L’autre société de Steve Jobs avait été la première à équiper un ordinateur d’un DSP qui déchargeait le processeur de toute une série de tâches. Il était utilisé notamment pour tout ce qui touchait à l’audio.

Pour rappel, en 2008, Apple réalisait une acquisition fondamentale, celle de PA Semi, un concepteur de processeurs basse consommation. C'était le début de l’aventure de la conception de puces à un niveau beaucoup plus poussé, une aventure qui a donné naissance aux puce Ax, Mx, Sx, Tx et Wx. Sachant qu’il y a encore 21 lettres de libres dans l’alphabet, on a hâte de voir la suite !

MacBook Pro : place au port unique

Le nouveau MacBook Pro a été beaucoup raillé pour ses nombreux adaptateurs. Mais finalement, on passe très certainement à côté de l’essentiel : c’est la première machine à utiliser un même port (si l’on met de côté la prise jack) capable de tout faire ou presque.

Avec sa polyvalence USB-C / Thunderbolt 3, ce port permet aussi bien de relier à votre Mac un système RAID, un (ou deux) écran(s) 5K qu’une clé USB ou une souris. On rappellera que le port USB-C, à l’image du Lightning, est réversible. Alors, dit comme ça, cela n’a l’air de rien, mais c’est une véritable petite révolution.


Certes, au début cela provoquera des prises de tête aux utilisateurs qui devront faire cohabiter leurs anciens appareils, mais même de ce point de vue, on est tenté d’ajouter que la myriade d’adaptateurs disponibles permet d’assurer une transition en douceur.

On avait entendu à peu près autant de critiques et de moqueries à l’occasion de la sortie du premier iMac, à qui on reprochait son port USB qui ne servait à rien. Quelques années plus tard, personne ne trouvait rien à redire sur ce port. Dans quelques années, le fait d’avoir autre chose que de l’USB-C sur un ordinateur passera pour une bizarrerie.

Un port pour tout faire, c'est magique non ?

N’en déplaise à certains esprits chagrins, voilà une véritable innovation.

MacBook Pro : le nouveau Mac Pro ?

On s'attendait à ce que cette nouvelle génération de MacBook Pro franchisse des paliers et c'est désormais chose faite : Thunderbolt 3, Touch ID, un écran P3… Bien entendu, on attendra d'avoir un peu de recul sur ces machines, mais sur le papier, elles sont séduisantes. Apple a pris le soin de repenser chaque aspect de sa machine : clavier, trackpad, haut-parleurs…

Dans ce genre d'événement, il y a toujours des messages qui sont dits très clairement et d'autres qui sont sous-entendus. Dans cette dernière catégorie, il y a le MacBook Pro 15" qui apparait de plus en plus comme la station de travail ultime chez Apple. Le silence concernant les machines de bureau en dit long.

Les instructions d'Apple données à ses vendeurs ne font que confirmer cette impression. Il leur a été demandé de pousser énormément le dock Thunderbolt 3 de Belkin et l'écran 5K de LG (1399 €). De quoi faire monter une addition qui est déjà salée (lire : 4999 € : le prix du MacBook Pro très haut de gamme) . Et c'est ce positionnement qui explique en partie son prix. Chez Apple, on n'est pas loin de penser que les ordinateurs de bureau sont morts et que le MacBook Pro représente plus que jamais l'ordinateur nec plus ultra : la machine ultime pour le commun des mortels.

Une gamme illisible

Pendant un court instant lors du keynote, on a cru que Tim Cook allait se lancer dans un choc de simplification. Que la gamme des portables se limiterait au MacBook (pour l’entrée de gamme et l’utra-mobilité) et aux trois MacBook Pro (dont celui qui est présenté comme le successeur du MacBook Air).

A une époque, la gamme Mac, c'était simple comme ça !

Manque de chance, la gamme de Mac n’a jamais été aussi illisible. Apple a décidé d’adopter la même stratégie pour l’iPhone que pour le Mac. On garde les anciens modèles au catalogue. La différence, c’est que sur ses smartphones, Apple a la décence de baisser quelque peu ses prix.

Si Apple avait revu à la baisse de 100 ou 200 € le prix de ses « anciens » MacBook Pro, la pilule serait mieux passée. Même chose pour le MacBook Air 13”, qu’on aurait bien imaginé dans des zones de prix plus proche de celles du 11" disparu. Mais non, on continue à payer le prix fort pour du matériel qui n’est pas obsolète technologiquement (quoi que l’écran du MacBook Air...), mais qui n’est pas en accord avec la politique tarifaire.

Au passage, on souhaite bien du courage au néophyte, qui va sans doute avoir bien du mal à s’y retrouver entre le MacBook Pro 13” 2015, le MacBook Pro 13” sans Touch Bar et le MacBook Pro 13” avec Touch Bar.

Apple abandonne les écrans : le Mac mini en sursis ?

On parlait de simplification de gamme : Apple a eu au moins le mérite d’annoncer son retrait du marché des moniteurs. Pour bon nombre d’anciens utilisateurs, cette nouvelle a été prise avec un petit pincement au coeur.

crédit : Apple IIc Monitor/Display TidBit « My Favorite Apple

Mais très honnêtement, Apple a bien fait. Si le constructeur estime ne pas avoir le temps ou l’intérêt pour tel ou tel type de produits, c’est sans doute mieux pour tout le monde. Dans le cas des écrans, la décision est d'autant plus facile à faire passer que les écrans conseillés ont l’air très bien (et moins chers que s'ils provenaient des lignes de Cupertino).

Maintenant, on espère également qu’Apple va trancher dans un sens ou dans un autre pour toute une série de produits. On pense entre autres au Mac mini ou encore au Mac Pro.

Les ventes de ces unités centrales ne représentent plus rien. Dans de nombreux Apple Store, il n’est pas rare qu’Apple ne vende pas en une journée le moindre Mac mini ou Mac Pro. Au passage, on souhaite bien du courage à Microsoft avec son Surface Studio. Il est à espérer que Redmond ait sorti cet appareil avant tout pour soigner son image de marque, tant l’affaire parait entendue pour les ordinateurs de bureau.

Des prix de plus en plus salés

Soyons francs, lorsque les rumeurs ont commencé à évoquer Touch Bar, il était évident que l’addition allait être salée. Le premier 13” démarre à 1699 €. À une époque pas si lointaine, on pouvait acheter à ce prix-là (voire un peu moins) un MacBook Pro 15”. Et encore, le modèle en question est dépourvu de Touch Bar. Le premier 15” coûte pour sa part 2699 €. On pourra toujours rétorquer que les 13” sont capables d’afficher beaucoup plus de pixels que les 15” que l’on trouvait il y a quelques années de cela dans cette gamme tarifaire.

La hausse de prix est une constante chez Apple depuis quelques années. Le prix de l’iPhone a commencé à augmenter quand celui-ci a adopté de plus grands écrans. L’iPad a embrassé cette tendance depuis la commercialisation de l’iPad Pro l’année dernière. Pour le Mac, le phénomène est plus ancien. Le passage au Retina, que ce soit pour le MacBook Pro ou l’iMac, s'est fait au prix fort.

Le problème de cette politique c’est qu’elle marche essentiellement avec l’iPhone où le prix moyen d’un appareil est passé de 607,49 $ en 2013 à 690,50 $ cette année. Sur l’iPad, cette politique n’a pas porté ses fruits. Durant cette même période, le prix moyen de vente d’un iPad est passé de 450,21 $ à 439,40 $. L’iPad Pro a permis ces derniers mois d’inverser quelque peu la tendance, mais les choses semblent à nouveau se tasser (lire : Tablettes : Apple toujours premier sur un marché déprimé) .

Mais le marché où Apple a le plus de difficultés à faire remonter ses prix, c’est le Mac. Le panier moyen d’un Mac est passé de 1314,67 $ à 1269,95 $ en trois ans. Autrement dit, là où l’utilisateur lambda va continuer à acheter un iPhone 7 au prix fort, dès qu’il s’agit d’un Mac, il va se rabattre sur un MacBook Air ou un MacBook Pro 13”.

C’est dans ce contexte qu’arrive le nouveau MacBook Pro. Comme lors de chaque grand lancement ou presque, le succès sera au rendez-vous les premiers mois. Mais qu’en sera-t-il ensuite ? Cette gamme de portables vendue entre 1699 € et 5000 € trouvera-t-elle un public suffisant pour qu’Apple continue à s’y intéresser ?

Un portable à moins de 1000 € ? C'est possible mais seulement sur le refurb

Il y trois ans, Apple a essayé de relancer le Mac Pro avec peut-être autant d’éloquence que jeudi dernier avec le MacBook Pro. L’échec commercial a été sanglant. On ne doute pas qu’à court terme, les nouveaux MacBook Pro rencontreront un certain succès, mais est-ce que cela permettra de relancer durablement les ventes de sa gamme d’ordinateurs pro ?

L’autre symbole tarifaire, c’est que le premier portable coûte désormais plus de 1000 €. Le refurb et iOccasion ont incontestablement de beaux jours devant eux.

La course au très haut de gamme

Il y a plusieurs façons d’expliquer cette hausse des prix. La plus simple vient sans doute du fait que les cycles de vie des ordinateurs ne cessent de s’allonger. Le Mac est un camion et on ne change pas de camion tous les jours. Autant faire payer le prix fort. Après tout, qu’est-ce qui revient plus cher au final ?

Ce qui est intéressant à constater, c’est qu’Apple n’est pas le seul constructeur à vouloir s’installer sur le marché du très haut de gamme. Google et Microsoft qui ont longtemps essayé de s’inspirer de ses recettes sur le plan matériel ont également décidé d’adopter un positionnement premium.

Le premier Pixel de Google est vendu à 649 $, soit autant que l’iPhone 7 entrée de gamme. Il fut un temps où les Nexus (qui sont les ancêtres de Pixel) étaient des téléphones vendus à des prix nettement plus doux. Même chose avec Microsoft, qui a dévoilé juste avant Apple ses nouveautés de la gamme Surface. Le Surface Book i7 que Redmond n’a eu de cesse de comparer avec le MacBook Pro est vendu à partir de 2399 $. Même chose pour le Surface Studio, dont le prix avoisine les 3000 $.

Si Apple et d’autres tentent d’augmenter le prix de leurs ordinateurs portables, c’est justement parce que ce sont les stations de travail des temps modernes. Le MacBook Pro est le successeur du Mac Pro et il occupe une niche toujours plus restreinte. Qui à part les lecteurs de ce site a encore envie d’acheter un ordinateur en 2016 ?

Ces ordinateurs peuvent également être vus comme des démonstrations de savoir-faire technologique. Ce dernier point a d’ailleurs longtemps été l’apanage du Mac Pro.

Intel : le maillon faible ?

Intel fait du surplace ou presque. Le constat n’est pas nouveau, mais il se vérifie sur bien des points avec ce nouveau MacBook Pro. La question est de savoir si cela arrange ou enquiquine Apple qui tient là un argument en or pour ne pas renouveler fréquemment ses machines.

Les dirigeants d’Apple ont affirmé ne pas dépendre du calendrier :

Nous mettons nos équipes au défi d'accomplir du bon travail, et parfois cela peut aboutir en un an, parfois en trois ans… Ce dont nous nous soucions vraiment est de mettre au point de nouvelles innovations pour le Mac, et poursuivre l'histoire qui a défini Apple pendant tant d'années.

On se permettra juste d’insister que ce qui est vrai pour le Mac, l’est sans doute un peu moins pour l’iPhone. Mais avouez qu’il y a bien des points qui font tache :

  • le MacBook Pro 13" sans Touch Bar qui est vendu 200 € de plus, mais qui n'affiche pas de véritable progrès en ce qui concerne le processeur ;
  • l'iPhone 7 qui sur certains tests se permet de faire quasiment jeu égal avec une machine vendue deux fois plus chère.

Plus que jamais, on a l’impression qu’Apple est limitée par Intel (lire : MacBook Pro : Intel limite Apple (sur la quantité de RAM)). Apple doit-elle prendre son indépendance sur ce point ? Si elle compte vraiment proposer des portables pendant encore 25 ans, la question ne se pose pas.