De Lyon à Cupertino, l’essor des navettes autonomes

Anthony Nelzin-Santos |

Dès le mois de janvier prochain, la navette Mia circulera dans la ZAC des Gaulnes à Jonage, dans l’est lyonnais. Pourquoi en parler ? Parce qu’il s’agit d’un véhicule autonome, qui évoluera sur route ouverte, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Un nouveau déploiement qui montre l’essor des navettes autonomes, et pas seulement dans la Silicon Valley.

La navette autonome Mia. Image Eiffage.

Mia, pour « mobilité intelligente autonome », est née des besoins du groupe Eiffage. Pour rejoindre les locaux de la filiale Énergie Systèmes dans la ZAC des Gaulnes, les salariés doivent marcher 1,2 km depuis le terminus de la ligne 3 du tramway, le long d’une « voie » monotone. Ce cadre, ouvert mais relativement contrôlé, se prête particulièrement au déploiement d’une navette autonome.

Entouré de Berthelet, un groupe de transport local qui se réinvente en fournisseur de solutions de mobilités, et de Navya, concepteur lyonnais de véhicules autonomes, Eiffage a formé un groupement public-privé. Le Serl, chargé de la valorisation de la zone d’activité, la Métropole de Lyon, qui a consacré 180 000 € à l’aménagement de la voirie, et le Sytral, l’autorité organisatrice des transports de la région lyonnaise, sont partenaires de l’opération.

De gauche à droite : Christophe Pinel (Eiffage), Jean-Luc Da Passano (Serl), Fouziya Bouzerda (Sytral), Olivier Malaval (Eiffage), et Aurélien Berthelet (Berthelet), lors de la présentation de la navette sur le salon Pollutec. L’expérimentation coûtera un peu moins d’un demi-million d’euros sur deux ans, un coût assumé par les acteurs privés. Image MacGeneration.

Lyon avait déjà été témoin de « la première mondiale », pour reprendre les mots de Fouziya Bouzerda, présidente du Sytral. Une paire de navettes Navya est déployée dans le quartier de la Confluence, sur une distance très réduite, une expérimentation reconduite cette année. Une troisième navette devrait desservir le Parc Olympique lyonnais, en s’articulant avec les moyens de transport existant.

Car il s’agit de « prendre le relais du transport public », explique Olivier Malaval, directeur régional d’Eiffage Énergie Systèmes. Le Sytral veut tester différents moyens de résoudre l’épineuse question du premier (du départ au premier transport public) et du dernier (du dernier transport public à la destination) kilomètre, « un enjeu majeur pour la mobilité urbaine. »

En l’état du cadre légal, un opérateur doit être présent à bord de la navette, qui communique avec la voirie. « Lorsque Mia approche du carrefour, explique Olivier Malaval,  les feux de signalisation sont prévenus et la navette devient prioritaire. » À l’issue de ce premier test grandeur nature, dans deux ans, le directeur régional espère que les navettes pourront communiquer entre elles pour régler la circulation.

De la même manière, alors que la batterie lithium fer phosphate de 33 kWh de la navette est aujourd’hui rechargée avec une borne traditionnelle1, elle pourra demain l’être par un abri photovoltaïque. Elle effectuera 40 à 50 rotations par jour, aux heures de pointe et à midi, avec 15 passagers à son bord. Avec une vitesse de pointe de 17 km/h, elle divisera par trois le temps de trajet des salariés, mais sera « ouverte à tous et gratuite », précise Eiffage.

Mia n’est que l’un des nombreux déploiements de la plateforme Autonom Shuttle de Navya. Ce gros cube de 4,75 m de long et 2,65 de haut est bardé de capteurs : deux lidars 360° et six lidars 180° pour cartographier l’environnement, une caméra à l’avant et une autre à l’arrière pour repérer les panneaux de signalisation et les obstacles, un capteur odométrique et une cellule inertielle pour confirmer la position du véhicule, et bien sûr une antenne GPS.

L’un des lidars de la navette. Image Eiffage.

La même navette roule sur le parvis de la Défense depuis le mois de juillet, dans le Michigan et à Las Vegas, ou encore en Suisse. Des déploiements parfois motivés par les opérateurs de transport public, mais plus souvent encore par les institutions et les entreprises. À Rennes, à Singapour, à Hong Kong ou en Australie, ces navettes circulent sur des campus universitaires. À Dunkerque, Berthelet opère le réseau privé du site mondial de formation de Total.

On retrouve le même mélange d’intérêt public et de volonté privée aux États-Unis et particulièrement dans la Silicon Valley, où les grands employeurs du secteur informatique planchent tous, d’une manière ou d’une autre, sur le sujet. Apple travaille ainsi sur sa propre navette autonome, qui améliorerait la desserte de ses différentes installations tout en lui permettant d’éprouver les technologies, à partir d’un van aux dimensions assez similaires à celles de la navette de Navya.


  1. Rappelons qu’Eiffage Energie a installé des centaines de bornes de recharge à travers la France, ainsi que huit superchargeurs Tesla en 2016. ↩︎

avatar ptitou | 

L'humanité est mal barrée si on considère que faire 1,2 km à pied est trop long...

avatar huexley | 

Il y en a bien qui trouve que gagner quelques grammes sur un smartphone c'est un progrès musculaire indéniable…

avatar tbr | 

Sauf exception, je me demande pourquoi les véhicules électriques ressemblent-ils tant à d’horribles pots de yaourt. Déjà que l’autonomie est la plupart du temps pourrie (mais surtout... que les bornes sont disparates et souvent trop faiblardes en puissance pour une recharge ultra-rapide), en plus il faut se coltiner ces laideurs sur roue.

On attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Dites, les designers... on n’est pas chez Danone... ou Mickey. Dessinez-nous donc des trucs un peu sexy.

avatar devkid | 

j'ai fais un Tian'anmen devant celle de Lyon une fois... Bon certes elle allait à 10Km/h. Elle s'est bien arrêté, ce qui n'a pas changé par contre, c'est le regard réprobateur du "conducteur"

avatar DG33 | 

@devkid

Bah sans doute le même regard de ta part si un vélo fait de même à ton égard ? ?

avatar smog | 

Ca apporte quoi, que ce soit autonome ? (Question sérieuse, valable pour tous les véhicules terrestres).
Je demande ça à mes étudiants, la seule réponse "qui tient la route" (selon mes critères) est le fait de limiter les risques d'accident parce que la machine ne boit pas, ne se drogue pas...
Merci pour vos éclaircissements...

avatar Anthony Nelzin-Santos | 

@smog : c'est une réflexion encore largement en cours de ma part, mais enrichie par mes entretiens avec des responsables d'entreprises/opérateurs de transport : ça peut résoudre le problème du service à la demande. Pour avoir vécu quelques années à la campagne (et pour encore aujourd'hui voyager dans des coins relativement mal desservis sans avoir le permis), l'un des principaux problèmes du transport public, c'est qu'il passe rarement quand tu en as besoin, et quand tu le rates tu as perdu ta journée. J'ai suffisamment vu mon père soudainement prendre son car au milieu de la journée pour savoir que le service à la demande existe et fonctionne, mais le facteur limitant, mais c'est la disponibilité d'un conducteur. Une navette qui peut se rendre disponible quand tu le souhaites, et te déposer où tu le souhaites, ça peut changer beaucoup de choses. Notamment dans ces zones un peu sauvages entre ville et campagne, pour moi qui n'ait pas le permis, liées à cette tradition bien française de l'étalement urbain, garnies de ronds points et uniquement accessibles à la bagnole, rarement desservies correctement par les transports publics.

Tu le vois d'ailleurs avec cette navette, qui montre aussi l'intérêt pour la problématique du dernier kilomètre : elle opère aux heures de pointe (c'est difficile de faire travailler un conducteur trois fois deux heures dans une journée, c'est cher de le faire avec plusieurs), dans une zone loin de Lyon mais pas encore tout à fait à la campagne, mal desservie par les transports publics (c'est au bout du bout du bout d'une ligne de tramway super longue) mais bien accessible en bagnole (75 % des salariés viennent en voiture, stat officielle). Tu évites aux salariés de se taper le dernier kilomètre à pied/à vélo sous la pluie, tu peux espérer augmenter le recours au reste de la chaîne de transports publics.

avatar povpom | 

@Anthony

Merci

avatar smog | 

@ Anthony : merci, réponse très pertinente et éclairante. Voilà un exemple valable à mes yeux.
Bon, reste à voir si (en pratique) ce public sera visé (puis atteint) par la mise en place de véhicules autonomes. J'ai ma réponse à quasi 100% ;-)

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@smog : je suis à peu près certain qu'on a la même réponse. Mais je ne désespère pas :)
avatar smog | 

;-)
Oui, soyons positifs !

avatar Matlouf | 

C'est tout-à-fait juste comme vision des choses (j'ai connu la galère du piéton dans les zones périphériques pensées pour l'automobile individuelle).

Je ferais quand même cette remarque : avec une navette du dernier kilomètre, on ne va pas forcément gagner du temps, en comptant le parcours jusqu'à l'arrêt pour la navette, l'attente, le parcours, puis encore le trajet entre l'arrêt et la destination finale. Si le nombre de navettes disponibles est sous-dimensionné, si leur vitesse est trop bridée, si la circulation est trop bouchonnante, on risque fort d'aller plus vite à pied. On gagne en confort assurément, pas forcément en temps.

Cette remarque s'applique d'ailleurs que la navette soit autonome ou pas. Et ce n'est pas une navette autonome qui va régler des problèmes d'urbanisme...

avatar IceWizard | 

Cette navette automatique semble intéressante. Par contre si c'est une IA autonome qui a fait la peinture, il faut l'abattre au plus vite, avant qu'elle n'agresse d'autres véhicules..

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