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QuickTime, 20 ans de vidéo numérique

Arnaud de la Gr... | | 11:00 |  79

Montée en puissance

Au fil des versions et des ans, Apple signe divers accords pour inclure les meilleurs codecs du moment dans QuickTime : CinePak, Sorenson, et H.264 se succèdent, améliorant le rapport qualité/compression à mesure que les processeurs deviennent plus véloces.

En 1994, le LC 630 devient le premier Mac d'entrée de gamme capable d'afficher de la vidéo en plein écran (en réalité en doublant la surface d'affichage d'une vidéo 320x240). Apple envoie sur un CD-Rom promotionnel à son réseau de distribution la bande-annonce du long métrage d'animation Aladdin de Disney, l'impact sera tel qu'il participera à la création du portail en ligne d'Apple dédié aux bandes-annonces de films.

L'influence d'Apple dans le monde de la vidéo s'accentuera avec la création du FireWire en partenariat avec Sony, qui permettait à la plupart des caméscopes numériques de se connecter à un Mac.

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Mais QuickTime ne se limitera pas à la vidéo et à l'audio. De nouveaux formats de données sont pris en compte avec plus ou moins de succès : les wired sprites qui permettent l'animation interactive d'éléments graphiques, l'intégration d'un expandeur compatible General Midi à l'aide d'une banque de sons obtenue auprès de la société Roland, des pistes de texte synchronisé, un système de chapitrage, des modèles 3D avec l'intégration de QuickDraw 3D depuis abandonné, ou encore l'intégration de panoramas interactifs ou d'objets pivotables à 360° avec QuickTime VR. Si la mayonnaise ne prend pas toujours, QuickTime n'en démontre pas moins sa souplesse et sa capacité d'adaptation à tout type de données, et le framework fera partie des piliers de Mac OS X (suppléé depuis par Core Image, Core Animation, et Core Video).

La bataille du web

Mais l'avènement du web devait donner un véritable coup de fouet à la vidéo numérique, en supprimant la notion de support avec l'arrivée du haut débit. Plusieurs plug-ins pour navigateurs ont prétendu à la domination du marché : QuickTime devait faire face à RealPlayer, Windows Media Player, puis Flash et Silverlight, pour la diffusion de vidéos en ligne.

Flash a rapidement gagné une large base installée pour ses capacités d'animations vectorielles interactives, et le support de la vidéo en streaming ajouté en 2002 puis en téléchargement progressif en 2003 en ont fait le standard de facto pour la vidéo sur le net, donnant naissance en 2005 à YouTube et Dailymotion.

Apple n'est cependant pas en reste, puisqu'en forçant l'installation sur Windows de QuickTime avec iTunes, lui-même indispensable pour utiliser l'iPod, elle se sert également de son succès pour soutenir l'utilisation de QuickTime. D'autre part, la diffusion record de la bande-annonce du film Star Wars Episode I : La Menace Fantôme a assuré à QuickTime une place de choix pour Hollywood sur le site d'Apple (lire Pourquoi les bandes-annonces sont toutes sur Apple.com).

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Mais si Apple a un temps tâché de soutenir QuickTime en qualité de plateforme exclusive en tant que telle, depuis une décennie il ne s'agit plus que d'un moteur parmi d'autres qui soutiennent un standard industriel, le MPEG-4, qu'Apple a contribué à élaborer. Et là encore, c'est avec le soutien de l'iPhone et de l'iPad que celui-ci finira par bouter Flash hors du mobile (lire Flash se retire des navigateurs web mobiles).

Le HTML5 reste toutefois l'objet de dissensions entre les partisans du format libre WebM (lire WebM, un nouveau prétendant pour le HTML5), et les industriels qui exploitent d'ores et déjà le couple H.264/AAC.

Grâce au soutien de l'accélération matérielle, fournie par des puces dédiées au seul décodage/encodage du MPEG-4, ce couple bénéficie d'une véritable hégémonie partout ailleurs d'un bout à l'autre de la chaîne de production et de distribution, des set-top box (décodeurs IPTV satellite, câble, ou ADSL, décodeurs TNT, lecteurs Blu-ray), jusqu'aux caméscopes numériques, smartphones, plateformes de distribution vidéo en ligne et VOD, iTunes Store en tête.

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Mais Apple reste toujours à la pointe de la vidéo numérique, puisque la dernière révolution en date qu'on lui doit, et qui gagne actuellement en influence notamment grâce à la plateforme iOS, c'est la technologie HTTP Live Streaming, qui cumule le meilleur des deux mondes entre streaming et téléchargement progressif (lire La diffusion de vidéo en ligne arrive à maturité). Mais en dépit de cette large influence sur toutes les industries touchant à la vidéo, Apple n'a jusqu'ici cantonné ses initiatives dans le monde de la télé qu'au seul "hobby" Apple TV, les câblos-opérateurs rendant particulièrement difficile leur désintermédiation. Des rumeurs insistantes, nourries par les propos mêmes de feu Steve Jobs dans la biographie qui lui a été consacrée (lire Le projet de TV Apple iCloud de Steve Jobs), annoncent l'arrivée prochaine d'une nouvelle révolution Apple dans le salon.

Quant à QuickTime, le passage de Mac OS X au 64 bits a été l'occasion d'entamer une complète refonte du vénérable moteur, expurgeant au passage nombre de ses fonctionnalités vieillissantes (lire QuickTime X : tabula rasa).

Standards et industrialisation

Les supports et formats pour la vidéo numérique grand public ont commencé à fleurir quelques années après la mise sur le marché de QuickTime, en reprenant certaines de ses avancées.

On fait parfois l'erreur d'accorder au laserdisc le crédit du premier format vidéo numérique grand public, mais il n'en était rien : si le son était bel et bien stocké de manière numérique, la vidéo elle était toujours analogique. Ça n'est qu'en 1993 avec le format Video-CD que la vidéo numérique s'émancipera des ordinateurs, du moins pour le grand public. Basé sur le disque compact de 12 cm qui permit déjà de faire basculer la musique dans le numérique, le formatage ISO 9660 propre aux CD-Rom, et le standard MPEG-1 pour la vidéo en elle-même, il permettait de stocker un long métrage sur deux disques. Le DVD lui succéda, puis le Blu-Ray après une guerre des standards avec le HD-DVD, et ce sera probablement le dernier support physique à paraître avant que la distribution en ligne ne devienne prédominante.

Si l'on devait réduire QuickTime aux quelques fonctions essentielles qui changèrent la donne, on pourrait retenir deux choses : tout d'abord la capacité de lire en simultané plusieurs pistes de données de manière synchronisée. En cas de surcharge pour le processeur, QuickTime affichait moins d'images par seconde pour conserver la synchronisation, et en dernier recours si cela ne suffisait pas, le son était haché. Le MPEG-1, tout comme son successeur le MPEG-2 qui fut ensuite utilisé par le DVD, contournait le problème pourtant résolu par QuickTime en multiplexant la piste audio avec la piste vidéo : ainsi les deux pistes n'en faisant plus qu'une, la synchronisation des médias n'était plus un problème. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque, et des limites matérielles, pour comprendre ces enjeux : le taux de transfert (150 Ko/s) et surtout les temps d'accès des premiers lecteurs de CD exigeaient parfois un positionnement réfléchi des données sur le disque pour éviter les interruptions.

L'autre apport essentiel de QuickTime fut un format de fichier basé sur les "métadonnées" : le format .MOV permet d'intégrer des pistes de données de tout type de format. Ainsi, il sera possible d'étendre les fonctionnalités de QuickTime par le biais de plug-ins qui lui permettent non seulement de gérer n'importe quel codec, mais également d'enregistrer ces données d'un nouveau type dans son format de fichier universel (et de fait, cela ne se limitera pas à la vidéo et au son).

Ce format de fichier sera d'ailleurs proposé par Apple au Moving Picture Expert Group, dont elle est l'un des membres, pour former la base du MPEG-4. L'ADN de QuickTime se retrouve donc aujourd'hui dans la plupart des appareils actuels capables de lire de la vidéo numérique.

Crédits images : Retro Things & The Logo Factory.
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79 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar Tejavo 06/12/2011 - 11:23

Bravo pour cet article exhaustif. Merci MacGé, vous sortez vraiment du lot.

avatar Frodor 06/12/2011 - 11:25

EXCELLENT article ! Vraiment exhaustif et complet pour comprendre en quelques dizaines de minute, l'histoire de QuickTime si je puis dire ...

avatar rom54 06/12/2011 - 11:52

Très bon article, encore une fois m.La Grandière, avec une vraie construction digne d'un journalisme que l'on a du mal a trouver aujourd'hui... Il est vrai que le grand public, et aussi beaucoup de pro ignorent ou négligent l'impact fondamental d'Apple dans l'histoire du multimédia. Il est vrai que Jobs n'était pas sans raison aussi impliqué dans la création et le développement de Pixar, qui allié avec Apple est responsable de pas mal de technologies clefs dans la vulgarisation de l'édition a la consultation de la video... Et il était tout autant important de rappeler le procès fleuve qu'Apple intentât a Microsoft quand celui ci vola des pan entiers de ses technos pour "creer" Video for Windows :( Juste deux petits regrets: pourquoi ne pas avoir aborde aussi les développements que Jobs promu avec le NeXT, et qui meme s'ils n'était pas directement lies a Quicktime (ils le furent par la suite), on sacrement boostes le développement de la video numérique... Et pourquoi ne pas avoir non plus mis en avant le cote visionnaire d'Apple qui a "porté" Akamai jsuqu'a en faire un incontournable de la diffusion Web. Cela met vraiment en évidence le process de conception chez Apple qui prend en compte l'écosystème et la vision a long terme...


avatar mugu 06/12/2011 - 11:58

Une bouse immonde sur win32. pire que real player par moment. Heureuseent que VLC est apparu

avatar Jimmy_ 06/12/2011 - 12:09

@rom54 : on peut quand même souligner que Steve Jobs n'a rien à voir avec la création de QuickTime et que c'est une technologie majeure pour Apple. Apple n'était pas peuplé que de bras cassés entre 1985 et 1997.

avatar Nesus 06/12/2011 - 12:18

@Jimmy_ : absolument, elle avait juste une gestion affreuse de son budget (comprenant dépensé et développement). C'était l'époque au 36 ordinateurs identiques, mais différents ne pouvant tous effectuer ce que l'autre faisait.

avatar Almux 06/12/2011 - 12:26

@mugu Normalement, on ne devrait pas répondre aux (éventuels) trolls, mais là, ça me démange! ;) 1. As-tu bien lu le titre, le sous-titre et le sujet? 2. Est-ce QT la bouse... ou win32? 3. VLC n'aurait pas vu le jour, si les non-mac-adicts n'avaient eu un modèle par le QT

avatar JYF 06/12/2011 - 12:29

Une fois de plus, MacGé explose la concurrence...

avatar Fars 06/12/2011 - 12:44

Article remarquable! Je viens de finir mon dessert sans m'en rendre compte

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2011 - 13:27

Vous remarquerez juste l'évolution du logo qui, avec QT X, aligne sa branche sur la queue de la lettre pour former un "Q" parfait. P.S: Rien de tendancieux dans ma réponse hein :D

avatar Oliange 06/12/2011 - 13:37

Article intéressant et bien écrit. Par contre y a vraiment trop de "révolution"... Le mot est mis trop souvent dans l'article et ça gache un peu (comme par exemple pour la TV Apple qui n'existe pas mais qui sera une révolution d'après l'article).

avatar ondex 06/12/2011 - 13:53

Je chipote un peu, mais : le numérique introduit forcément de la perte de qualité. C'est obligatoire, c'est physique/mathématique. Par contre, c'est fait en sorte que l'humain (qui a ses limites) ne s'en rende pas compte. codec = codage/decodage. Certains codecs augmentent la volumétrie des données. Par exemple, les sondes spatiales utilisent des codecs qui peuvent multiplier par 32 le nombre de données à transmettre. C'est juste que la latence est tellement énorme qu'on ne peux se permettre de demander la re-émission. Donc on ajoute des sécurités par la redondance. (je n'ai pas encore lu la suite ;-) )

avatar Arnaud de la Gr... 06/12/2011 - 14:29

@ ondex : la dégradation induite par la numérisation avait déjà été évoquée dans cet article : http://www.macg.co/unes/voir/129372/le-son-numerique-hertz-bits-et-toute-cette-sorte-de-choses Elle est cependant beaucoup moins valide concernant la vidéo, puisqu'il est déjà question de définition et de fréquence d'images en analogique, et que notre œil est incapable de percevoir les nuances de couleurs qui sont enregistrables en analogique et perdues en numérique. quant à la validité de la compression en dehors du champ de la vidéo, c'est plus du chipotage, à ce stade là…

avatar Unheilig 06/12/2011 - 14:36

@JYF : La concurrence ? MacPlus est mort...

avatar xatigrou 06/12/2011 - 14:41

Microsoft a repris quelques centaines de lignes de code de quicktime et quelques dizaines de milliers sont originales. Il était légitime que les deux parties règlent ça au tribunal mais on ne parle que de quelques fragments, bien des articles ont été écrits sur le sujet, et il ne faudrait quand même pas suggérer que video for windows est un plagiat de quicktime (ça serait trop gros, même si on a bien compris que ça en flatte certains).

avatar Jimmy_ 06/12/2011 - 14:50

@nesus : certes, c'est juste pour dire que St Steve n'est pas au centre de toute création dans l'Univers.

avatar YARK 06/12/2011 - 14:52

N'empêche que ça fait maintenant 1 AN que les QTVR que j'avais mis sur Mobileme ne fonctionnent plus. De même que depuis que j'ai mis mes Quicktime à jour, ces fichiers natifs en .mov quittent INOPINEMENT !!! et ne fonctionnent pas plus sur une autre bécane, que ce soit Mac ou PC... S'il y a ici un féru des QTVR pour m'indiquer la marche à suivre pour retrouver toute la fonctionnalité à mes panos...

avatar lmouillart 06/12/2011 - 14:57

@ xatigrou de toute facon video for windows etait un mauvais produit et a vite ete remplace par Directshow.

avatar Arnaud de la Gr... 06/12/2011 - 15:05

@ Yark : QuickTime VR a été un véritable petit bijou technologique en son temps, mais désormais c'est à la portée du premier code en flash ou en javascript. Il existe nombre d'outils pour afficher des panoramiques avec Flash, et Apple elle-même a fait la démonstration de panoramas intégralement en HTML5 : http://www.apple.com/html5/showcase/vr/

avatar YARK 06/12/2011 - 15:20

@nonoche Je te remercie de te pencher sur mon problème, mais les flashs ne sont pas reconnus dans mobileme et j'imagine pas plus sur icloud. Et je ne suis pas développeur, donc pour les passer en HTML5... En +, y'a pas non plus d'export intégré .mov ver .mov/html5 dans Quicktime... Et puis comment j'explique aux personnes intéressées que cela ne fonctionne plus sur Gallery ? En leur disant qu'au mois de juin, tout sera transféré sur iCloud, mais que ça ne fonctionnera pas non plus ??? C'est quand même aberrant qu'un truc qui fonctionnait si bien se mette à déconner. C'est pour concurrencer Windows au niveau usine à gaz ?

avatar Lemmings 06/12/2011 - 15:26

Bon article sauf qu'il fait une impasse (volontaire ?) sur une autre norme qui a certainement bien plus bouleversé la vidéo numérique que Quicktime : le MPEG. Le MPEG a été établi en 1988 et apportait dors et déjà la compression temporelle. Quicktime n'a donc rien innové là dedans. Le Quicktime pose aussi un autre problème avec son format .mov, il est totalement inadapté à l'origine au streaming, le flux ne pouvant être utilisé en cours de fichier. Si il vous manquait le début ou la fin du .mov, impossible de lire la chose sans re-construction fastidieuse. Même si le Quicktime a en effet servi de base pour le container générique du MPEG-4, c'est justement cette gestion du flux importée de l'historique du MPEG qui a été ajoutée pour rendre le format adapté à la diffusion en temps réel. Impossible dans les faits de diffuser un quicktime à la volée comme le font toutes les télévisions numériques du monde à ce jour.

avatar Arnaud de la Gr... 06/12/2011 - 15:29

@ Lemmings : tu auras lu de travers, parce que non seulement l'article évoque le MPEG-1 à plusieurs reprises, mais également l'année de ses débuts, qui n'est pas 1988 mais 1993, soit deux ans après QuickTime (tu confonds probablement avec le Moving Picture Expert Group qui a été lui constitué en 1988). Quant au streaming, la question avait été évoquée dans un autre article, également mis en lien dans celui-ci : http://www.macg.co/unes/voir/128351/la-diffusion-de-video-en-ligne-arrive-a-maturite

avatar Lemmings 06/12/2011 - 15:33

@nonoche : http://en.wikipedia.org/wiki/MPEG-1 "Development of the MPEG-1 standard began in May 1988."

avatar Lemmings 06/12/2011 - 15:37

Quand au streaming c'est pas une réponse. Le HTTP Live streaming s'appuie sur les capacités du MPEG-2 de diffusion en continu justement. Et le MPEG est très vaguement évoqué dans l'article, uniquement au crédit d'Apple...

avatar Arnaud de la Gr... 06/12/2011 - 15:41

@ Lemmings : et le développement de QuickTime a commencé dans la seconde moitié des années 80. What's your point? (et "établi" ça n'est pas tout à fait la même chose que "lancé"…) Le MPEG-1 n'a été pour autant finalisé, rendu public, et exploité qu'à partir de 1993. D'autre part, sachant que le sujet de l'article c'est les 20 ans de QuickTime, tu comprendras que le MPEG-1 n'avait pas vocation à prendre le devant de la scène (on verra en 2013…). De là à dire qu'il fait "(volontairement?) l'impasse dessus", c'est à la limite de la malhonnêteté intellectuelle… Le HLS se base sur le Transport Stream du MPEG-2 entre autres, mais les nuances entre téléchargement progressif et streaming avaient été amplement évoquées dans l'article en question.

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