La culture du design d'Apple racontée par un ancien

Florian Innocente |

Ancien designer d'interfaces chez Apple, Mark Kawano a démythifié au travers d'un article de Co.Design, quelques croyances bien ancrées autour de son ancien employeur. Il a quitté Apple en 2012 pour créer l'application et le service StoreHouse (lire Storehouse met en scène vos images sur l'iPad).

Entre 2006 et 2012 il a travaillé sur les interface d'Aperture et d'iPhoto. Puis durant deux ans il a occupé l'un des postes d'évangélistes sur le sujet de l'expérience utilisateur dans les applications OS X et iOS. Une activité de conseil auprès de développeurs et d'autres designers, par exemple ceux travaillant au sein de grandes entreprises qui sollicitaient l'aide d'Apple. Ce qui lui a donné l'occasion de confronter les méthodes de réalisation de produits chez Apple avec les pratiques de ces entreprises.

Première idée erronée, celle selon laquelle la qualité des produits d'Apple est simplement due à la présence de designers à tous points exceptionnels ou d'une organisation parfaitement huilée. La réalité, explique Mark Kawano, tient avant tout à une certaine culture diffusée à tous les échelons.

« C'est à la fois une culture qui existe chez les ingénieurs et une manière dont est structurée l'organisation, elles sont conçues pour encourager le design. Tout le monde garde à l'esprit les questions de l'expérience utilisateur et du design, ce n'est pas seulement propre aux designers. C'est ça qui permet au produit d'être vraiment meilleur… bien plus qu'un designer en particulier ou telle équipe. »

Ce souci de penser au design d'un produit ne se traduit pas par des consignes venues d'en haut, même si Steve Jobs pouvait agir comme un moteur, mais d'une prise de conscience et d'un effort collectif.

« Vous avez maintenant une organisation où vous pouvez consacrer votre temps à la conception de produits, au lieu d'avoir à se battre pour garder sa place ou être frustré de voir qu'un meilleur design est mis de côté par un responsable de l'ingénierie qui vise juste à l'optimiser pour la correction de bugs. Ce sont toutes ces choses auxquelles sont confrontés les concepteurs de produits dans les entreprises et qui leur prennent énormément de leur temps. Chez Apple, on attend de vous que vous accordiez de l'importance à l'expérience utilisateur. »

Les embauches prennent en compte ce critère. Tout le monde, des ingénieurs aux gens du marketing, ont à l'esprit cette préoccupation du design à des degrés divers et ils en tiennent compte dans leurs décisions. L'effort doit être partagé à tous les niveaux. C'est bien d'avoir embauché d'anciens employés d'Apple pour faire de belles interfaces, poursuit Kawano, mais s'il n'y a pas une réflexion du même niveau pour le marketing, la distribution, le commercial et la communication ça ne sert pas à grand chose. La réflexion doit être globale.

Autre mythe qu'il relativise, celui qu'Apple aurait vraiment beaucoup de designer à sa disposition. Rien à voir avec les centaines voire le millier chez Facebook et Google, tempère l'ancien évangéliste. Chez Apple, à son époque, il y avait environ 100 personnes « Je les connaissais tous de vue et par leur nom ».

Il n'y a pas non plus de spécialisations chez les gens, on peut un jour dessiner une icône, un autre travailler sur une interface logicielle. L'appétence pour les belles choses chez les ingénieurs fait que les designers peuvent s'appuyer sur des bases assez avancées lorsqu'ils entrent en scène, au lieu d'avoir à imaginer leurs propres maquettes de zéro.

Peut-être que les choses ont évolué aujourd'hui avec les nouvelles fonctions de Jonathan Ive. Il a été dit par exemple au moment du lancement d'iOS 7 qu'il avait fait travailler des gens du marketing sur le dessin des icônes, une approche assez inédite qui a surpris.

Il parle ensuite de ce souci du détail que l'on attribue à Apple en prenant l'exemple de la fenêtre de saisie de mot de passe. Celle qui s'agite lors d'une entrée erronée (sur OS X) plutôt qu'un banal message d'erreur (comme le fait par contre iOS). Il ne s'agit pas de chercher à tout prix à faire des petites choses sympas lorsqu'on est en pleine conception d'un produit, mais de les inclure lorsqu'elles sont pertinentes « Il est quasiment impossible de proposer des choses innovantes lorsque vous êtes tenu par un délai ou un planning » dit-il.

Chez Apple, les designers et ingénieurs ont souvent sous le coude des idées originales, comme des animations, des effets simulant des principes physiques qu'ils ont bricolées sur leur temps libre et qu'ils mettront de côté jusqu'au jour où elles se révéleront parfaitement adaptées à un projet.

Il n'y a bien sûr pas d'armoire secrète dans laquelle sont conservées ces petites idées et où l'on irait piocher lorsque nécessaire « On est plutôt dans le cadre d'une relation de confiance et de partage au sein d'une petite équipe, où tout le monde se connaît ».

Enfin, il y a la croyance solidement ancrée selon laquelle tout le monde était effrayé par Jobs, une idée illustrée par un conseil que se donnaient les designers. Il valait mieux prendre l'escalier que l'ascenseur, au moins on limitait les risques de tomber sur le grand patron. Lequel, n'aurait pas manqué de vous demander sur quoi vous travailliez. Et là, soit il détestait et vous étiez grillé, soit il adorait et vous pouviez dire au revoir à vos week-end et congés.

« La réalité c'est que les gens qui ont eu du succès chez Apple sont ceux qui ont eu ce désir et cette passion d'apprendre de leur collaboration avec Steve, et qui étaient tout entier tournés vers le client et le produit. Ils étaient prêts à renoncer à leurs week-ends et aux vacances. Et beaucoup de ceux qui se sont plaints que c'était injuste, ne faisaient pas la part des choses en acceptant de sacrifier tout cela afin de réaliser les meilleurs produits pour les clients. »

Steve Jobs s'imposait des exigences élevées et elles valaient pour tous ceux qui étaient supposés travailler pour lui. Il ne comprenait pas pourquoi certains pouvaient refuser de produire des efforts aussi importants. Aussi exigeant qu'il pouvait être avec les autres, il demandait aussi à être traité comme tout le monde, souligne Kawano. Amusé, il conclut sur la seule fois où Steve Jobs lui a adressé un compliment, et ce n'était pas pour son travail : « À la cafétéria dans la file d'attente, il a trouvé que mon saumon avait l'air pas mal et il m'a dit qu'il allait prendre le même ».


Source
Illustration : Introducing iOS 7 GUI PSD d'Applidium
avatar esclandre | 

renoncer aux congés et WE. incompatible avec la mentalité française.

avatar dambo | 

@esclandre :
La mentalité française ?
Tu renoncerai à tes weekends et congés toi ? L'esclavage n'existe plus, fort heureusement, on travaille pour s'accomplir dans ET hors du contexte professionnel ...
J'ai pas l'impression que ce soit bien compatible ici, et c'est très dommageable !

avatar jesfr | 

@dambo :
Ça dépend du travail.
Moi bossé 12 heures par jour et/ou le WE dans un taf qui me plais, ça ne me dérange pas, c'est sur que si ton boulot t'emmerde par contre...

avatar ErGo_404 | 

On en reparlera quand t'auras une famille.

avatar pharmakos | 

Mentalité de salarié ! (ce n'est pas un crime attention...)
Si vous étiez à votre compte, vous ne compteriez pas vos heures !

avatar Mr G | 

Moi je maintiens que, en effet, quand tu as une famille, même si tu aimes ton boulot (ce qui est mon cas), même si tu es indépendant (ce qui est le cas de mon épouse) il y a un moment où tes enfants et ton conjoint passe avant, et heureusement si non... c'est bien triste.

avatar ErGo_404 | 

Incompatible avec la mentalité d'un homme sain.

Tout sacrifier pour son entreprise c'est être un esclave.
Avoir du temps pour soi, c'est pouvoir accomplir autre chose que ce que te demande ton patron. Combien d'entreprises sont parties d'un petit projet fait à la maison le week end, sur son temps libre ? Et combien de couples brisés et d'enfants mal éduqués parce que l'une des deux parties du couple passe ton temps au boulot et est trop fatigué pour s'occuper des autres en rentrant?

avatar DVP | 

Tout à fait d'accord.

Quand on est jeune est inexperimenté, effectivement c'est pas un probleme.

Mais quand on a une famille, c'est très different, enfin surtout si on veut s'en occuper.
Et s'en occuper c'est pas juste ramener une paie à la fin du mois...
C'est aider/surveiller les devoirs tous les soirs (dur quand on fini le boulot après que les enfant soient couchés) et ce genre de choses.

Mais le pire, c'est quand tu vois comment l'entreprise recompense tous ces sacrifices...
On demande aux employés de faire des sacrifices, mais jamais l'entreprise n'en fera pour ses employés.

avatar lord danone | 

Sachez cher ami que pour certaines personnes la passion l'emporte sur le reste. Et effectivement, quand une passion l'emporte sur son entourage, ça peut (et je dis bien ça peut, et non ça va) poser quelques soucis. Certes quand on bosse à la poste ou a la scnf (je n'ai rien contre les postiers et les cheminots bien évidemment), faire des heures sup est effectivement un signe de folie ou d'esclavagisme, mais quand on bosse dans un domaine scientifique où tout est encore à faire, ça ne me parait pas si surprenant que ça. Qui a fait avancer l'histoire? Le scientifique qui bosse sans compter ou le bon père de famille qui rentre tous les soirs à 17h? Chacun ses priorités mon cher ami, abandonnez vos oeillères de temps en temps.

P.S: Et combien de couples unis et d'enfant bien éduqués même si l'une des deux parties du coup passe son temps au boulot et est trop fatigué pour s'occuper des autres en rentrant? Balancer des généralités sur des familles et vies que l'on ne connait même pas, je trouve ça un peu idiot.

avatar Tnt1701 | 

Tout à fait d'accord, du moment qu'on est conscient de ce qu'on fait est bon pour soi ou utile pour la société, pourquoi se priver de travailler même 70 heures semaines (bien sûr c'est utopique en France de travailler autant).
Après tout travail mérite salaire, du moment que les heures supplémentaires soient payées, je ne vois pas ou ça devient de l'esclavage.
C'est un choix de vie.
Certains veulent se reposer ou passer du temps en famille, d'autres préfèrent travailler et mieux gagner leur vie ou simplement assumer leur passion.

avatar cdrey | 

"Qui a fait avancer l'histoire? Le scientifique qui bosse sans compter ou le bon père de famille qui rentre tous les soirs à 17h? Chacun ses priorités mon cher ami, abandonnez vos oeillères de temps en temps."

Parlons d’œillères justement : J'en ai rencontré un bon paquet qui finissait à des heures pas possibles, trimant comme des dingues pour arriver à finir dans les temps, et jetant l'éponge au bout de 3 mois pour se ré-orienté dans un secteur complètement différent, à bout de force et comprenant qu'ils n'étaient pas faits pour ce métier.
Et à l'inverse, j'ai pu collaborer avec des personnes ultra compétentes, ayant un savoir et des techniques solides, finissant leurs projets bien avant terme sans rechigner sur la qualité, tout en prenant leur affaire à 17h30 pétantes tous les soirs pour retrouver leur foyer, leur famille et leur autres passions.

Je ne pense pas que compétence et qualité soit proportionnelles au temps passé sur le lieu de travail, je ne pense pas non plus que ceux faisant avancer l'histoire soient confronté au choix de renter à telle ou telle heure...

Le raccourci est à mon goût un peu trop facile, et les œillères ne se trouvent peut être pas où on le croit.

avatar Ast2001 | 

Je trouve ton commentaire lamentable. J'ai une famille. Une femme et des enfants. Que je considère comme plus importants que mon travail. Et ce n'est pas Français comme mentalité. C'est sain et humain tout simplement.

avatar Tnt1701 | 

Et ceux qui s'accomplissent dans le travail et aiment travailler plus, ce n'est pas sain ni humain ?
Chacun a ses priorités, et surtout chacun s'épanouit à sa façon.

avatar So | 

Tu es stupide esclandre.

avatar John Maynard Keynes | 

@esclandre

Mon pauvre, si tu savais le nb de personnes en France ne contant pas leurs heures ... par contre essais dans bien des structures US de dépasser le temps de travail prévus sans négociation de compensation financière ...

Croire que les cadres anglo-saxons travaillent plus que les français est simplement une contre vérité ...

Mais bon ...

PS : J'ai la double nationalité.

avatar Vanton | 

@esclandre :
Tu plaisantes ? Autant moi ça me ferait chier, autant je connais un certain nombre de personnes passionnées et/ou accro au boulot qui ne raccrochent jamais.

avatar patrick86 | 

"renoncer aux congés et WE. incompatible avec la mentalité française."

Aucun rapport avec une manualité d'ici là bas ou d'ailleurs.

Vous avez le DROIT de consacrer beaucoup de temps à votre travail, d'en faire une priorité si cela vous convient.
A l'inverse, vouloir mettre en priorité sa vie, sa famille, son entourage, des activités personnelles enrichissantes, etc. est tout aussi RESPECTABLE et cela doit rester un stricte DROIT.

--

Nous n'avons PAS BESOIN de travailler autant.

avatar NAVY7GAS | 

Un article à garder emballé dans du papyrus pour celui qui a un objectif de fonder une entreprise innovante qui tienne la route et qui pourquoi pas se fera un nom

avatar empereur_kuzco | 

Message à tous ceux qui répondent à l'idiot du village : merci de ne pas nourrir le troll sinon ses poils poussent...parlons plutôt de l'article qui casse certaines idées reçues sur Apple.

avatar Rez2a | 

Je pense pas que ça soit possible de comparer une boîte comme Apple à n'importe quelle boîte en France. C'est bien beau de critiquer et de parler d'esclavage mais vous n'avez aucune idée du salaire des mecs à qui on demande ce genre de sacrifices, ni de leur dévouement à leur boîte qui a une culture d'entreprise énorme et qui demande pas moins que la perfection à ses employés. Je peux comprendre qu'un mec payé une misère pour faire un boulot qui la passionne pas compte ses heures, mais je peux comprendre aussi qu'un mec certainement très bien rémunéré et surmotivé par le projet sur lequel il bosse sacrifie certains de ses week ends. On parle pas non plus d'employés de Foxconn quoi, c'est idiot de parler d'esclavage dans ce cadre là.

avatar béber1 | 

"Il n'y a pas non plus de spécialisations chez les gens, on peut un jour dessiner une icône, un autre travailler sur une interface logicielle. L'appétence pour les belles choses chez les ingénieurs fait que les designers peuvent s'appuyer sur des bases assez avancées lorsqu'il entrent en scène, au lieu de d'avoir à imaginer leurs propres maquettes de zéro."

en fait cette pluri-disciplinarité dans l'approche et la conception d'un produit,
ce soucis du détail, de la finition en vue d'une bonne expérience utilisateur dans tous les secteurs de son élaboration, autant matérielle que logicielle, en vue d'en faire un objet aussi beau que pratique et cohérent au final, c'est cela une approche design.

C'est, à chaque étage et pour toute les personnes y travaillant, tenir compte de ce que pourrait être une expérience globale et optimale. Comme dans l'exemple du developpeur qui dessine des icônes pour l'interface de son logiciel. Ce qui est visé c'est une homogénéité et une organicité à tous les stades de la conception.
En essayant à chaque fois d'aller à l'essentiel en tenant compte de l'intelligence et de l'intuitivité de l'utilisateur.
Comme pour les effets, qui ne sont pas aussi gadget que certains ont voulu le faire accroire.

Ainsi, quand Mark Kawano décrit "de la fenêtre de saisie de mot de passe... qui s'agite lors d'une entrée erronée (sur OS X) plutôt qu'un banal message d'erreur', il parle d'un des multiples effets employés par Apple qui contribuent à ce qu'on appelle la magie des produits Apple.

Il sagit en fait, comme pour le rebond en fin de page ou liste sur iOS qui a été l'objet -à juste titre selon ce point de vue de bisbilles juridiques-, de casser le fait et l'impression que l'utilisateur utilise une machine.

Il sagit de donner l'impression que l'objet est souple, interactif, qu'il a une vie intérieure (icône du dock qui sautent au lieu d'une froide et barbante fenêtre d'alerte) et doté d'une certaine élasticité (fenêtre réduite qui se tordent), bref il sagit de contrecarrer psychologiquement tout ce qui serait de l'ordre de la machine sèche et indifférente, et de pousser le produit dans son utilisation… plus vers le domaine de l'organique que vers celui de la mécanique purement intelligente et puissante.

Il a aussi dans ces "simples" effets un sens de l'économie (un simple effet court vaut mieux qu'un texte d'explication), du joke interactif (nan nan, recommence) et du didactisme, en donnant par ex un sens à une action en cours (icône qui se range lors d'un enregistrement de signet, etc.), le tout en restant sobre et sans en faire des caisses pour ne pas trop interferer dans l'utilisation globale en cours.
Mais tous ces micro-petits détails, tous ces petits soins rajoutés les uns aux autres, notamment sur les graphismes et les interfaces accompagnant les ergonomies logicielles, tout cela concourt à créer une expérience agréable où l'utilisateur, sans savoir particulier, a plus l'impression agréable de pouvoir facilement utiliser un appareil sophistiqué ayant fait appel à son intelligence et à sa sensibilité, qu'à un quelconque devoir de compétences en utilisation d'appareil électronique.

Pour moi, une bonne partie du succès des produits pommés vient de là.

avatar John Maynard Keynes | 

@béber1

Voilà ça c'est de la contribution :-) ;-)

avatar béber1 | 

et dans le sujet de l'article

PS
J'aurais pu parler aussi du choix des sons d'alertes.
Je regretterais toujours mon son canard sur mon ancien Performa

avatar John Maynard Keynes | 

@béber1

et dans le sujet de l'article

En plus :-)

Est-ce de l'eugénisme de rêver parfois d'un monde emplis de Béber ;-)

avatar BeePotato | 

@ béber1 : « Je regretterais toujours mon son canard sur mon ancien Performa »

http://gizmodo.com/5936887/how-to-get-the-classic-mac-sounds-back-into-os-x

Alors ? Heureux ? ;-)

(Moi je l'avais transféré de Mac OS 9 lorsque je suis passé à Mac OS X, car je ne pouvais pas imaginer un autre son d'alerte. Et puis finalement, à force de l'entendre à chaque complétion automatique dans le Terminal, j'ai changé pour un son plus discret…)

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