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Tim Cook : une interview pour sa première année de PDG

Florian Innocente | | 18:09 |  68


Tim Cook s'est livré à l'exercice assez peu pratiqué chez Apple d'une longue interview. Businessweek a interrogé le PDG qui a parlé de sa première année à ce poste, de son mode de direction et a révélé qu'une relocalisation aux Etats-unis allait être effectuée pour la production de Mac.

L'Apple de Tim Cook



« Apple a changé tous les jours depuis que je suis ici » répond Tim Cook à la question de savoir comment a évolué Apple depuis la disparition de son cofondateur en octobre 2011. Mais l'essentiel, l'ADN est toujours le même « Ce qui nous fait vivre, c'est cette application scrupuleuse à fabriquer les meilleurs produits au monde. Pas de bons produits ou beaucoup de produits, mais véritablement les meilleurs produits ». Des produits conçus pour « enrichir la vie des gens ». Une obsession dont Cook n'entend pas éloigner Apple « Je ne laisserai personne changer cela, car c'est ce qui rend la société si particulière ».

Apple se veut aussi plus transparente sur certains sujets « Nous avons avancé sur des domaines où nous pensons que nous pouvons apporter quelque chose d'important, des choses sur lesquelles nous voulons que les gens nous imitent ».

Il cite plus loin la politique de don d'Apple à des organisations caritatives qui s'associe à celle de ses salariés (lire Apple : le "Matching Gift" s'ouvre à plus d'employés) ; les rapports sur les conditions de travail chez ses sous-traitants « Nous voulons être aussi innovants vis-à-vis de nos fournisseurs que nous le sommes avec nos produits. La barre est placée très haut. Plus nous sommes transparents, plus les choses sont présentes dans l'espace public, plus c'est dans l'espace public, plus les autres entreprises décident de faire quelque chose de similaire. Et si plus de monde suit cet exemple, meilleures deviennent les choses » (lire aussi Samsung : nouvelles critiques sur ses usines chinoises et Samsung s'intéresse aux conditions de travail de ses sous-traitants chinois ).

D'un côté Apple se doit de garder un secret absolu sur ses produits et projets, mais de l'autre elle doit être complètement transparente pour faire avancer les choses, estime Tim Cook.

CEO



Ses nouvelles responsabilités ont fait sortir Tim Cook de l'ombre de Steve Jobs, une situation qui contraste avec son peu de goût pour la lumière et qui l'a pris au dépourvu, un décalage qu'il ressent encore « Je ne me sens pas célèbre. Vous savez, je mène une vie simple. Ma vie est incroyablement simple. Mais ce qui a changé, c'est que, oui, les gens me reconnaissent. Ils peuvent penser "Je l'ai vu avant. Vous savez, le PDG d'Apple" ou autre chose […] J'aime profondément Apple, et ce sont les meilleurs moments de ma vie. Évidemment, si je pouvais changer les choses, Steve serait encore ici. C'était un ami très cher avant d'être un patron. Mais j'aime être PDG d'Apple. J'adore ça. C'est juste une situation à laquelle je dois encore m'adapter et je m'y emploie. Si vous avez des idées sur la façon dont je peux m'y prendre pour mieux le faire, je serais ravi de les connaître (rires) ».



Se juge-t-il "timide" ? Non répond-il, surtout pas au vu de ses responsabilités et des obligations qu'elles entrainent (comme les keynotes) « Je ne suis pas quelqu'un à qui importe le fait d'être reconnu. Ce n'est pas ça qui me fait avancer. Je suis animé par la qualité du travail réalisé, par le fait de voir des gens réaliser des choses incroyables et participer à cela ».

Il observe ensuite amusé le contraste entre son poste de PDG de l'une des plus grandes sociétés au monde et la nature des échanges qu'il a avec des clients « Je reçois des e-mails toute la journée, des centaines, des milliers de clients par jour qui parlent comme vous et moi nous parlons maintenant, presque comme si j'étais passé chez eux et que l'on était en train de dîner. J'ai reçu un e-mail justement aujourd'hui d'un client qui a pu parler avec FaceTime à sa mère qui vit à des milliers de kilomètres de distance et qui souffre d'un cancer, et ils ne pouvaient pas se voir autrement. Le fait est qu'il s'agit de quelque chose qui compte tellement pour eux qu'ils [les clients] vont prendre le temps de l'écrire. Ce n'est pas le genre de lettre que vous vous attendez à voir envoyée à un PDG. C'est un privilège ».

Il rappelle son premier jour chez Apple il y a une quinzaine d'années où pour entrer dans le bâtiment il dû traverser un groupe de gens venus manifester après la décision de Steve Jobs de stopper le Newton « Je m'en rappelle comme si c'était hier, je me suis dit que c'était stupéfiant 'Oh mon dieu, je change de vie' ». Pour l'expliquer il dresse un parallèle avec des sociétés comme Compaq ou Dell où lorsqu'un client est mécontent d'un produit, il change simplement de marque. « C'est de l'ordre de la transaction, il n'y aucune émotion » , à l'inverse de ces clients qui lui écrivent directement.



« Dans l'une des entreprises où j'ai travaillé, nous mettions les nouveaux produits en exposition à l'entrée. On prévenait les employés pour leur dire de venir les voir. Et personne ne venait. Ils s'en fichaient complètement » (Cook a notamment travaillé chez IBM puis Compaq avant d'être embauché par Steve Jobs à son retour chez Apple, ndr).

Il revient sur ces milliers de mail reçus de clients et de la réaction de ses pairs, PDG eux aussi « Ils me regardent comme si j'avais trois têtes. C'est un privilège. C'est comme d'être assis à la table de la cuisine. Vous faites partie de leur famille. Et nous devons veiller à continuer de respecter cela ».

Il relativise ensuite certaines descriptions faites de lui : premier arrivé, dernier parti, jeunesse assez classique, jamais de choses véritablement négatives « Je crois que lorsque vous commencez à lire des choses à votre propos, c'est presque comme une caricature. Je dirai que le portait qui est fait ressemble à celui d'un robot. Il y a peut-être de bonnes choses là-dedans (rires). La discipline est un terme qui me vient à l'esprit. Mais cela sonne comme dépourvu d'émotions. Les gens qui me connaissent ne diraient pas cela ».

Sur le fait qu'il est décrit comme manquant d'une culture orientée produits, il répond qu'il n'hésite pas, lorsque le besoin s'en fait sentir, à s'appuyer sur d'autres compétences que les siennes, qui ne manquent pas autour de lui. Et quand bien même il aurait l'autorité nécessaire sur certains sujets, il est arrivé que des apports extérieurs améliorent le produit ou la décision. « Je m'appuie sur beaucoup de personnes pour plein de choses différentes ».

Il loue aussi l'importance de l'intuition dans le processus décisionnel, qui au bout du compte, après avoir amassé quantité d'informations et de données, est ce qui va définir votre choix.

Marche forcée



Tim Cook réitère la philosophie d'Apple qui se veut économe dans le nombre de produits qu'elle lance et dont la motivation serait avant tout d'apporter quelque chose d'utile et de positif aux gens, avant toute considération financière. Cette dernière n'étant qu'une conséquence du succès des produits choisis et créés.

« Nous avons de la chance. Nous sommes présents en ce moment dans deux marchés qui sont vastes et connaissent une très forte croissance, celui du téléphone et celui de la tablette. Le secteur du PC est également important, mais le marché lui-même n'est pas en croissance. Cependant, notre part dans celui-ci est relativement faible, de sorte que cela nous laisse encore beaucoup de marge de progression. »

Est-ce que la pression sur Apple et ses équipes à qui l'on demande sans cesse une nouvelle révolution est pesante, demande ensuite le journaliste. A cela Tim Cook répond que la pression la plus forte vient en réalité de l'intérieur d'Apple « Nos clients placent la barre incroyablement haute, mais nous la mettons encore plus haute pour nous-mêmes. Les gens sont toujours en train de dire ce que nous devrions faire et quand. Mais honnêtement, nous sommes davantage poussés par des gens en interne qui veulent faire des choses incroyables ».

Pour Cook, l'innovation et la créativité ne se décrètent pas dans une entreprise (lire : Tony Fadell : Apple et l'esprit start-up). Il s'amuse de celles qui ont dans leurs rangs un Vice-Président de l'innovation ou une division dont c'est la fonction « Tout le monde dans notre entreprise a la responsabilité de faire preuve d'innovation. Qu'il ait un rôle opérationnel, de création de produit ou de service à la clientèle. Donc, en terme de pression, chacun de nous participe à la mettre sur les autres. Et oui, une partie de mon travail consiste à encourager cela, et amener les gens à s'arrêter un instant et à réfléchir à tout ce qui a été fait ».

Il met alors en perspective le peu d'employés d'Apple d'un côté avec les produits lancés ces deux derniers mois de l'autre côté : iPhone 5, nouveaux iPod, iPad 4, iPad mini, MacBook Pro 13" Retina, iMac. « Ce n'est pas comme si nous avions beaucoup de monde. En réalité, c'est ça le secret. Vous savez, les petites équipes font des choses incroyables entre elles ».



Citant les renouvellements complets ou quasi complets de gammes de produits survenus l'espace d'une annonce (iPod, iPad) il fait remarquer « 80% de notre chiffre d'affaires provient de produits qui n'existaient pas il y a 60 jours. Quelle autre société pourrait faire cela ? »
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68 Commentaires

avatar red-1203 06/12/2012 - 18:16

Ils ne parlent pas de son salaire dans cette interview ??

avatar Mark Twang 06/12/2012 - 18:22

Ce que je retiens le plus est l'intention d'une meilleure intégration matérielle/logicielle et le renouveau du look and feel. Ensuite, je suis sensible à l'idée d'une certaine relocalisation de la production, même si je me demande s'il n'y a pas là-dessous des indices un peu inquiétants de tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine. Enfin, je ricane sous cape sur la mention d'iBooks Author gratuite, sachant qu'il ne fonctionne que sur environnement Apple. Mes je trouve que cette première année sans Steve Jobs est plutôt positive. Il reste que côté Mac, on est dans un moment délicat de transition technique, que mis à part le Mac Mini et le MacBook Air, plus aucun autre appareil ne donne l'impression d'être vraiment un produit achevé. 2012 sera cruciale.

avatar Leged07 06/12/2012 - 18:23

2013?


avatar nostress 06/12/2012 - 18:29

Vous avez écrit "Terry Gou, le patron de Samsung" en parlant de Foxconn. Très bon résumé sinon.

avatar Mr Anchovy 06/12/2012 - 18:45

"We don’t subscribe to the vision that the OS for iPhones and iPads should be the same as Mac. As you know, iOS and Mac OS are built on the same base. And Craig has always managed the common elements. And so this is a logical extension. Customers want iOS and Mac OS X to work together seamlessly, not to be the same, but to work together seamlessly." Voilà qui devrait clouer le bec de tous les Cassandre de l'iOSification du Mac.

avatar heret 06/12/2012 - 18:45

"pour ses un an", rien ne vous choque ? moi si. C'est sûr que c'est plus facile que d'écrire "pour son premier anniversaire"...

avatar Liena 06/12/2012 - 18:50

La relocalisation d'Apple est, je suppose, liée à ce qu'elle a obtenu en matière fiscale. En gros, le gouvernement fédéral dit ok, rapatriez vos revenus chez nous, on ne vous taxera pas beaucoup mais en échange, donnez du boulot aux Étatsuniens.

avatar Alex94 06/12/2012 - 19:12

« 80% de notre chiffre d'affaires provient de produits qui n'existaient pas il y a 60 jours. Quelle autre société pourrait faire cela ? » Même si on s'en doutait un peu c'est énorme comme chiffre quand même !!! J'aime bien le style de communication de ce mec :-)

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2012 - 19:13

Tant que Cook continue sur le chemin qu'Apple prend avec iTunes 11, il peut rester moi ça m'arrange.

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2012 - 19:18

@subs_255 Comment ça ?

avatar Mark Twang 06/12/2012 - 19:18

@ Leged 2013, bien sûr. Je n'arrive plus à éditer mon message pour corriger les fautes.

avatar Trollolol 06/12/2012 - 19:40

Mr Anchovy [06/12/2012 18:45] "Voilà qui devrait clouer le bec de tous les Cassandre de l'iOSification du Mac. " Tablette 7", dead on arrival, ipad mini, pipeau, tout ça quoi :)

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2012 - 19:52

@Trollolol Mais non .

avatar jujuv71 06/12/2012 - 20:01

« Et il ne peut pas y avoir de jeux politiques. Je méprise cela. Il n'y a pas de place pour ça dans une entreprise. La vie est trop courte pour que je m'occupe de ce genre de choses. Pas de bureaucratie. Nous voulons une entreprise qui bouge vite, soit agile où il n'y a pas de politique et de desseins cachés. » Voilà !!! Enfin un PDG qui a compris que diriger une entreprise comme on dirige un pays, donc politiquement, c'est condamner l'entreprise !!! Tant qu'Apple garde cette philosophie, alors elle vivra très longtemps !! Il a conservé l'âme de Jobs..... Tant mieux.

avatar Goundy 06/12/2012 - 20:12

« 80% de notre chiffre d'affaires provient de produits qui n'existaient pas il y a 60 jours. Quelle autre société pourrait faire cela ? » 60 jours ou 60 ans..??? En dehors de l'iPad mini qui viens tout juste de compléter la gamme d'apple vous avez vue une nouveauté vous?? C'est quoi ce super produit qui lui permet de faire 80% de son chiffre d'affaire?? Il parle bien d'iPad mini ou il dit de la mer...de ce mec??

avatar en ballade 06/12/2012 - 20:18

@jujuv71 : C'est l'âme de Bill Gates qui fait que cette entreprise est au top depuis très longtemps? En tout cas il a l'air plus sympathique que s.jobs

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2012 - 20:23

Le retouchage du portait est incroyablement mauvais. Même pour lui donner meilleure figure.

avatar jujuv71 06/12/2012 - 20:28

@ en ballade : non. tu n'as pas compris. Jobs ne faisait pas de politique. C'est ce qui donne cette âme à Apple… Bill Gates ??? il est bien là où il est avec ses oeuvres caritatives… si ça, c'est pas de la politique pour se faire mieux voir du monde et dire : "'moi, je suis un gentil toutou généreux qui aime les gens et je le montre en donnant ma fortune aux pauvres… contrairement aux salauds de Cupertino qui ne pensent qu'à leur pomme………"

avatar AubinB 06/12/2012 - 20:53

Je ne pense pas que le titre soit très français

avatar Anonyme (non vérifié) 06/12/2012 - 20:56

Une qualité d'article incroyable. Il faut dire que dans le domaine de la technologie, il n'y a d'autres sites meilleur que Macg. Je salue le travail de la rédaction, en ce début d'hiver, dont le mérite grandit par l'information au service de la France. Les efforts sont constants pour nous offrir des nouvelles saisissantes. C'est comme un bain, quelque chose de rare et détendant.

avatar damien83 06/12/2012 - 21:07

@Goundy : Je pense qu'il parle de l'iPad 4 , de l'iPad mini et de l'iPhone 5 même si il est sorti en septembre , mais il y a un truc qui colle pas .

avatar Arthurapple 06/12/2012 - 21:15

Brav excellent article comme je les aime. Un patron sérieux et bon mais qui n'a pas le "truck" qu'avait Jobs

avatar damien83 06/12/2012 - 21:16

@arthurapple : Steve , c'était steve , qui pourra le remplacer ?

avatar Gilnelki 06/12/2012 - 21:26

savoir rendre une partie de ce que l'on a reçu. Il cite plusieurs fois dans l'entretien une phrase de Kennedy « à ceux qui ont beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé. » C'est surtout une parole de Jésus avec la parabole des Talents!

avatar Goundy 06/12/2012 - 22:09

@damien83 : Même s'il parle de ces produits il est tordue ou quoi ce mec. Ces produits existent depuis des années et des années, sauf iPad mini.

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