Apple Europe : le grand ménage commence

Anthony Nelzin-Santos |
La démission de Pascal Cagni, directeur général et vice-président d'Apple EMEIA, n'est que la première étape d'un remaniement plus profond de la branche européenne. D'après nos informations, il a été demandé à Hervé Marchet, directeur d'Apple EMEIA et proche de Pascal Cagni, de quitter ses fonctions. On l'aura compris, la simultanéité de ces deux départs n'est pas une coïncidence, mais bel et bien la manifestation d'une reprise en main par Cupertino de ses filiales.

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Hervé Marchet (image Jöran Fagerlund)


Ses points communs avec Pascal Cagni sont nombreux, de son arrivée chez Apple en 2000 en provenance de Packard Bell / NEC, à un certain charisme qui en faisait une figure d'Apple Europe. Il est connu pour avoir dirigé les opérations marketing de la branche éducation d'Apple EMEIA : il a été à ce titre responsable de la mise en place de l'opération MIPE avec Richard Ramos (qui a quitté Apple France en 2010), de l'extension du programme Apple on Campus à l'Europe et notamment la France, des grands contrats de fourniture des universités par Apple, ou des diverses réductions pour les étudiants et les enseignants. Son départ fait écho à celui de Pascal Cagni, dont il était en quelque sorte le bras droit, et confirme une franche reprise en main d'Apple sur ses filiales, après un premier coup de semonce de la fin 2005 à la mi 2006.

Ce qui s'annonce comme un remaniement d'Apple Europe, Moyen-Orient, Inde et Afrique finit de vider cette filiale de cette spécificité. La première filiale européenne d'Apple a été créée par Jean-Louis Gassée en février 1981 : il s'agissait bien évidemment d'Apple France. Sa première particularité est de s'être longtemps confondue avec Apple Europe, la France ayant longtemps été le premier marché européen pour Apple et son deuxième dans le monde. Sa deuxième particularité est d'être quasiment indissociable des efforts d'Apple pour s'imposer dans le monde de l'éducation : Gassée a été le premier président de la Fondation Apple Education dès 1982, et la branche éducation a souvent été perçue comme la plus influente au sein d'Apple Europe. Sa troisième particularité est d'avoir participé à la mise en place d'une « filière française » (et européenne) chez Apple, pour les ingénieurs et les développeurs, mais aussi pour les cadres : Jean-Louis Gassée a succédé à Steve Jobs à la tête de la division Macintosh, et un de ses successeurs, Michael Spindler, fut un temps CEO du groupe.

Le transfert du siège d'Apple EMEIA de Paris à Londres tient certes en grande partie à des détails opérationnels, mais a aussi été l'occasion d'une redéfinition des prérogatives et des moyens accordés à Apple Europe, d'un affaiblissement de l'influence d'Apple France pour traduire la baisse de l'importance de la France dans les résultats d'Apple, et globalement d'une reprise en main de Cupertino sur ses filiales. De véritable Apple dans Apple, Apple Europe est devenue progressivement une simple filiale de multinationale. En 2000, Pascal Cagni avait pourtant été recruté par Steve Jobs en personne, et l'on sait que les deux entretenaient des relations fréquentes et cordiales. Il faut dire que pendant toute la décennie, la croissance d'Apple a été particulièrement forte en Europe — mais le moteur de croissance s'appelle aujourd'hui la Chine, et les piliers de la filiale sont aussi des obstacles à une sorte de rentrée dans le rang. L'Europe et sa filiale d'Apple n'ont tout simplement plus les moyens de leurs prétentions.

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Apple France (Image Anthony Nelzin).


Tim Cook construit indéniablement un après-Steve Jobs, et ce sont là des cadres des années 2000, de l'ère Steve Jobs, qui sont débarqués : il s'agit de normaliser Apple en cassant des fiefs, de la faire entrer dans son costume de multinationale parmi les plus grandes du monde avec une organisation un peu plus centralisée, et de policer quelque peu cette filiale européenne originale (lire : Tim Cook : le "simple mortel"). À cet impératif économique et opérationnel répond sans doute des affinités personnelles : il se murmure que Pascal Cagni et certains de ses collègues ne plaisaient pas particulièrement au nouveau CEO d'Apple, qui a multiplié les voyages en Europe ces derniers mois. C'est donc un peu du parfum tout particulier qui régnait à Apple France et Apple Europe qui s'efface : la France n'est plus « la fille aînée de l'Église Apple », selon le mot… de Pascal Cagni.

Une des premières décisions de Tim Cook en tant que CEO a été par exemple de mettre fin à l'indépendance de la branche éducation américaine d'Apple. Elle a tout simplement été démantelée et intégrée à l'organigramme « classique » du groupe, le marketing rejoignant la division de Phil Schiller, les ventes celles de John Brandon. On pourrait imaginer que dans les prochains mois, la situation ubuesque qui voit Apple Europe concurrencer sa maison mère dans l'établissement d'un réseau de distribution disparaisse. Actuellement, les APR sont gérés par la filiale, dont une partie du revenu dépend d'ailleurs des performances du réseau de vente, alors que Cupertino gère directement Apple Retail et les Apple Store, sans d'ailleurs toujours avertir Apple Europe. C'est d'ailleurs en grande partie par le succès d'Apple Retail et l'intervention des équipes américaines sur le territoire européen que l'on peut expliquer la déchéance des filiales françaises et européennes du groupe. Affront ultime et comble de la situation : les locaux d'Apple Europe sont au-dessus d'un Apple Store, et c'est aujourd'hui un Anglais qui dirige Apple Retail, son bras droit passant le plus clair de son temps en Europe et notamment à Londres.

L'arrivée d'une nouvelle génération aux commandes, qui n'a pas connu l'« épopée » des années 1980 et 2000, favorisera sans doute la normalisation d'Apple Europe, qui va bel et bien devenir une filiale « normale » intégrée à sa maison-mère, comme dans tous les grands groupes. Nous devrions en savoir un peu plus sur les détails précis de ces départs et les réorganisations éventuelles qu'ils vont entraîner dans les prochains jours. Dans tous les cas, c'est bien une nouvelle ère qui s'ouvre pour Apple, si on en doutait encore.

Sur le même sujet :
- Apple : le jeu de cadres
- L'Eglise Apple et le messie Jobs
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Prochaine étape : l'abandon du Mac.
avatar Fiozo | 
@Madalvée Lire ton commentaire après un article comme celui la c'est vraiment dommage... Apple communiquera sur sa réorganisation ?
avatar Trollolol | 
Ils se font jeter comme des crasseux après avoir tant fait pour, bien fait pour leur gueule :)
avatar P'tit Suisse | 
C'est l'ėre des comptables.
avatar Almux | 
M'enfin... On ne peut raisonnablement pas laisser de telles responsabilités à des FRANÇAIS!... C'est bien connu, cette engeance ne sait que gueuler et exiger! Apple leur a déjà laisser un temps de grâce exceptionnel... Disons que, sous Tim, Apple commence à sortir des States et, là, Apple a dû se rendre compte que les affaires d'Apple avaient vraiment été laissées aux mains de n'importe-qui! lol
avatar Jimmy_ | 
@Madalvée : Apple a déjà enterré Mac OS X lors de la dernière WWDC Apple Europe ou Apple France, c'était du flan depuis le retour de Jobs, aucune latitude. Cagni et Marchet seront remplacés par des vendeurs de lessive comme ceux nommés pour la France fin 2010.
avatar iQuest | 
C'est vraiment dommage, mais il existe souvent de grandes tensions entre les divisions d'une entreprise internationale. Toutes personnes ayant travaillé pour une grande entreprise a vu à un moment ou un autre des décisions complètement encensées directement liées à une guerre d'arrière garde.... Souvent, le seul choix afin de provoquer un réel changement de culture est de changer les têtes, et d’appliquer une nouvelle culture appuyée par les supérieurs. (top - down)
avatar cecemf | 
@iQuest : tout à fait d'accord avec toi. Je travaille pour Oracle et je peut vous dire qu'entre nous a Londres et le USA ÇA BATAILLE ! Des fois les USA mette le pied sa terre et on tforcer alors que est une bonne idée pour eux mais pas pour nous. C'est ça le problème des grosse entreprise.
avatar DJBZ | 
Madalvée Comme je regrette que tu ais raison… ils vont peut être garder le macbook air, mais ce n'est pas un mac…
avatar DrFatalis | 
Hô les Cassandres, doucement, j'ai un brevet sur l'annonce de "la mort du Mac", non mais! Nous en sommes encore loin, même si ce lent processus, commencé il y a longtemps, se poursuit. C'est la "normalisation" de MacOS (heu OSX). Sinon entendre "avoir dirigé les opérations marketing de la branche éducation d'Apple", et bien le monsieur ne s'est as foulé: Apple est inexistante à l'éducation nationale, que ce soit dans le primaire, le secondaire ou l'université (sauf dans les labos). Ceux qui ont "fait le boulot", ce sont les vieux évangélistes, ceux qui sentent le pâté, ceux qui ont montré par l'exemple les vertus du mac à leur entourage "gratos pro Cupertino". En politique ce qui est en train de se passer porte un nom: une purge.
avatar papalou | 
@ DrFatalis : bravo pour le "gratos pro cupertino", la formule est bien trouvée ! ;-)
avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@DrFatalis : on a pas dû fréquenter les mêmes universités alors.
avatar lukasmars | 
l'appareil qui s'attaque à ses propres cadres ... En d'autre temps, des Iejov et Iagoda y ont laissé des plumes.
avatar Almux | 
@lukasmars Les cadres n'ont toujours été que des instruments, pour n'importe quelle boîte. Une entreprise existe pour faire du béniole et disparaît quand elle n'en fait plus. Tout le reste est "secondaire". Nous vivons dans une société bâtie sur des schémas millénaires, qui favorisent les "groupes forts" et anéantissent tout individu qui pourrait contribuer à faire changer lesdits schémas. Mais, les "cadres d'entreprises" ne font pas partie de ces gens-là. Eux, participent volontairement et à 100% au maintient de la bêtise humaine généralisée.
avatar Ali Baba | 
@iQuest : 'Toutes personnes ayant travaillé pour une grande entreprise a vu à un moment ou un autre des décisions complètement encensées directement liées à une guerre d'arrière garde....' Encensées ? Ou insensées ? C'est pas vraiment la même chose...
avatar Alex250 | 
avatar Stanley Lubrik | 
Oui, même que Tim Cook va faire tomber des têtes dans la succursale MacBidouille... Pour MacGe, on sait pas encore !
avatar Goldevil | 
"Apple est inexistante à l'éducation nationale" Le plus gros handicap d'Apple c'est le prix des machines, même avec leurs réductions pour l'éducation. Pour le prix d'un Mac-mini, on peut acheter trois mini-pc low cost sous Windows. Ils sont moins bien mais largement suffisant pour beaucoup de choses. Un deuxième handicap est simplement que Windows est plus répandu et que certains préfèrent faire l'apprentissage sur la plateforme la plus répandue. Je pense qu'avec la meilleure volonté du monde, on ne pourra pas vendre des Mac à toutes les écoles, seulement celles qui ont les moyens.
avatar lyca | 
Je bosse pour un Apr, dois-je m'inquiéter pour mon job ? :-)
avatar expertpack | 
comme les beaux ipad, en correze , par hollande. merci l'appat electoral
avatar Ellipse | 
Dernièrement au niveau éducation, Apple nous a concocté 2 mauvaises surprises : 1) Disparition des GoldenStore (au profit toutefois semble-t-il des revendeurs) 2) Augmentation massive du prix des licences éducation (iLife, iWorks, ARD, OSX, …) Je ne parle même pas de Lion, cauchemar à administrer, et de son pendant serveur non utilisable en production.
avatar pim | 
Parlons-en, du prix des machines et de l'Éducation. Dans mon lycée, on a des centaines de PC totalement sous-utilisés, et aussi totalement inutilisables (trop lents, dès la sortie de la boîte). On se rends compte de cette sous-utilisation avec les élèves (et aussi bien entendu les collègues profs !) qui éteignent la machine en éteignant l'écran (somme toute une manière assez logique, puisque c'est le bouton le plus proche de l'utilisateur, et qui se traduit immédiatement par un écran noir !), situation que l'on met parfois [u]plusieurs jours[/u] à détecter. Cela fait un scandale assez ubuesque à chaque fois, sur fond d'économie d'énergie, mais cela démontre surtout que les machines mises à disposition sont utilisées une demi-heure tous les trois ou quatre jours, au mieux, et donc, quand l'utilisateur précédent n'éteint pas, la machine reste allumée pour rien longtemps ! Au lieu de tout ça, ils nous auraient mis des Mac dix fois plus chers, en nombre dix fois inférieur, cela aurait été tout simplement un investissement bien plus durable, intelligent et utile. Et attention, tout le monde paye, puisque ce sont les impôts locaux (taxe d'habitation et taxe foncière) qui permettent de couvrir cette gabegie...
avatar lmouillart | 
@pim De ce que je comprends ils auraient mieux fait de mettre dix fois moins de PC. Apple fait du court terme, les Macs+OS X sont très bon pour un particulier mais en l'état, c'est inadéquat sur tout par un peu conséquent : Entreprises , Administrations, Ecoles/Universités. Tout simplement car les Mac ne savent pas fonctionner sur des versions d'OS X précédent leur date de sortie.
avatar iQuest | 
@ lmouillart " Tout simplement car les Mac ne savent pas fonctionner sur des versions d'OS X précédent leur date de sortie. " » Non mais c'est quoi ce commentai... » Oups !!! Il faut mettre des /s parfois sinon on pourrait croire au troll....
avatar JONYBLAZ | 
Comme dirais un certain mr....Le changement c'est maintenent!!!!!!!!!!!!!!!

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