Un amendement sur la priorité du libre à l'école retoqué

Stéphane Moussie |
Le logiciel libre n'aura été une priorité à l'école que pendant une semaine et demi. Le 25 mai, le Sénat a adopté le projet de loi pour la refondation de l'école de la République. Un projet de loi qui institue un « service public de l’enseignement numérique » dont le but est notamment de prolonger les enseignements en ligne et de « favoriser les projets innovants visant à développer progressivement le numérique à l’école. » Avec ce projet de loi est passé un amendement, poussé par les parlementaires communistes, qui dicte que « Ce service public utilise en priorité des logiciels libres et des formats ouverts de documents. ».

Photo CG94 CC


Une disposition qui a suscité l'ire du Syntec Numérique, un syndicat qui rassemble plus de 1 200 entreprises du numérique, et de l'AFINEF, une association des industriels du numérique de l'éducation dont Microsoft est l'un des fondateurs. Ces deux organisations jugeaient que cette mesure était inconstitutionnelle et contraire au droit européen. L'April, une association pour la promotion du libre, s'était quant à elle réjouie de cet amendement qui fait du logiciel libre la priorité.

Finalement, le lobbying du Syntec Numérique et de l'AFINEF a payé, comme le rapporte PC INpact. Hier soir, le ministre de l'Éducation nationale a fait voter un amendement qui enlève la notion de priorité : « Dans le cadre de ce service public, la détermination du choix des ressources utilisées tient compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert, si elle existe. » En résulte donc une version édulcorée que Vincent Peillon a justifiée par des « difficultés juridiques ».

OWNI avait consacré une enquête en août 2012 sur le lobbying de Microsoft dans l'Éducation nationale :
“Leur lobbying est de plus en plus dur depuis trois ans”, glisse l’enseignante. Car le libre est de plus en plus mature pour une utilisation par le grand public, à l’exemple d’Open Office qui grignote du terrain. La région Poitou-Charentes a opté pour l’OS Linux, pour des raisons d’économie.

Mais dans un futur proche, la grosse concurrence pourrait venir de deux autres rouleaux compresseurs américains : Google, avec son Apps for education, qui est gratuit ; et Apple, qui a fait une keynote marquante en janvier dernier sur l’éducation, annonçant un ensemble d’outils utilisables dans un écosystème Apple bien sûr.


Lire la suite sur OWNI : Microsoft programme l’école
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Et une marche arrière de plus! Une! Ou quand Microsoft dicte sa loi.
avatar YARK | 
"Quand la loi est injuste, la désobéissance est un droit"
avatar Anonyme (non vérifié) | 
Quelle bande de connards chez Microsoft... Je n'ai pas leur saleté de suite Office, et je ne veux pas l'acheter. Merci, hein.
avatar pickwick | 
@Yark oui mais la justice des uns n'est pas celle des autres dans ce genre de choses.... sinon, libre ne veut pas dire mieux..... on voit bien de Tunis à Damas et bientôt Istanbul que les choses sont bien plus complexes
avatar YARK | 
L'éducation n'appartient ni à Microsoft, ni à Apple, ni à Google. Point barre !
avatar joneskind | 
@RobRiv : C'est quand même un sujet difficile. Je suis pourtant un fervent défenseur du libre et bien à gauche, mais il faut admettre qu'un organe de l'état ne peut pas privilégier le libre sans pénaliser les professionnels. Il y a des gens dont c'est le métier de faire du code et ça a du bon. LibreOffice c'est bien gentil mais c'est clairement pas du niveau de Office ou de Pages. L'ergonomie n'y est pas, et on a l'impression comme toujours que c'est un assemblage disparate de fonctions. Tout ça est très brouillon. Et puis faut pas rêver. Il y a bien des échanges - dans les 2 sens - entre le libre et le propriétaire. Et le propriétaire offre une cohérence d'ensemble à l'informatique libre est morcelée en distributions et courants. Parfois un développeur du libre accouche d'une idée géniale dans le marasme et c'est le proprio qui le récupère. Mais le libre s'inspire indéniablement du proprio - il suffit de regarder l'interface Radiance du dernier Ubuntu, avec son Ubuntu Store, son dock vertival, la réorganisation de la barre de menu et de la fenêtre de réglages, et son Spotlight pour voir OSX tout craché. Je ne sais pas où en serait le libre sans le modèle propriétaire d'en face. Un autre exemple ? Androïd avant et après iPhoneOS. Mais ça n'empêche qu'on pourrait au moins imposer le support d'un standard ouvert pour chaque domaine de l'informatique, et ainsi imposer que les logiciels proprio soient toujours compatibles avec LE format ouvert correspondant - format qui continuera d'évoluer et qui devra TOUJOURS être supporté
avatar joneskind | 
@YARK : Et ni au libre. Chacun propose des solutions. Chacun y voit ses réponses. Chacun fait ses choix. C'est ça le monde libre. On impose pas, on propose.
avatar geneosis | 
Tout doit devenir un marché + stratégie des petits pas
avatar codeX | 
"L'éducation n'appartient ni à Microsoft, ni à Apple, ni à Google. Point barre !" Il aurait fallu rajouter : ni aux enseignants, ni aux syndicats
avatar lmouillart | 
Il est préférable pour les fonctions d'états de promouvoir des formats spécifiques et des solutions fermées, non auditable et modifiables par des tiers, il serait anormal de ne pas privilégier des entreprises qui ont les doigts un peu crochus lorsqu'il s'agit de payer les impôts qui leur incombent et que nos étudiants puissent être formés sur des solutions concurrentes. J'ai eu peur un instant que l'on ne puisse pas favoriser l'utilisation de tablettes WinRT comme instrument de formation.
avatar YARK | 
Prochaine évolution : le code civil ©Microsoft ;-))))) !
avatar ysengrain | 
La devise du Syntec; " il n'y a pas de mal à se faire du bien"
avatar BKN1 | 
Le vrai problème est le MANQUE DE TRANSPARENCE et L'AMBIGUITE des décisions prises… Que les décisions soient bonnes ou mauvaises, ce gouvernement donnent plus que l'impression de naviguer au gré des lobby !!! On vient d'ailleurs de le voir avec le mariage pour tous qui a bien montré l'influence de certains activistes auprès du gouvernement. Ceci est grave pour la démocratie et, bien que mac user, je suis universitaire de formation et conscient de l'importance du Libre dans l'avancée de nombreux standards et technologies informatiques. Ce gouvernement manque de courage et renie petit-à-petit tous ces engagements ! Lamentable spectacle !
avatar lmouillart | 
@joneskind pourtant si l'on prends l'exemple de libreoffice, au début c'était un logiciel 100% fermé et propriétaire (staroffice très lourd, très moche, mal intégré) et depuis que c'est libre cela avance à grands pas dans le bon sens. En plus il ne me semble pas que les versions non libres : Oracle Office/Sun Office à l'époque était selon tes critères largement plus formidables qu' OpenOffice.org.
avatar ericb2 | 
1. Si on commence en énumérant les besoins, alors le libre satisfait dans 95% des cas aux besoins dans les écoles, au moins jusqu'au baccalauréat. Celui qui prétend le contraire est un fieffé menteur. 2. Il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'état, et le Libre est une vraie réponse. 3. TNI = FIASCO. j'ai suivi le bazar autour des tableaux numériques interactifs : on ne répond pas aux besoins. Quelqu'un aurait-il des chiffres pour donner une idée de la gabegie de l'état dans le domaine ? 4. la pérénnité des documents, quelqu'un y pense ? Par exemple Apple, propose des outils supers, mais si Apple était moins bête, les formats de fichiers seraient ouverts, et cette suite logicielle ferait un tabac. 5. Le Libre n'a pas d'argent. J'ai moi-même beaucoup donné au libre, et je n'ai pas vu revenir grand chose. À titre d'exemple, OOo4Kids ( i.e. OOoLight) ne reçoivent pratiquement aucun don.
avatar Silverscreen | 
Le lobbying des éditeurs de logiciels est logique mais, d'un autre côté, ce serait naïf de ne pas réaliser qu'il y a, peut-être pas un lobbying du libre, mais au moins un enthousiasme des ses partisans parfois déconnecté des réalités institutionnelles… Autant il y a d'excellents logiciels libres (VLC, pour ne citer que lui), autant il y a des logiciels propriétaires à prix modique voire en shareware ou encore extrêmement discountés pour le secteur éducatif ou les étudiants et qui sont largement devant leurs alternatives libres en termes d'ergonomie et de fonctionnalités. Un Photoshop CS au prix étudiant est environ à 20% du prix du marché et, quoiqu'en disent les amateurs plus ou moins éclairés, largement devant GIMP. Idem pour des softs de 3D dont les équivalents libres sont heu… un peu abrupts niveau ergonomie. Il y a un équilibre à trouver entre le militantisme pro-libre et la qualité des solutions retenues ou leur adéquation avec le marché professionnel… On peut râler autant qu'on veut contre MS Office mais, pendant 20 ans ça a été un standard de fait dans le monde de l'entreprise avec des alternatives libres imparfaitement compatibles. Au nom du libre, doit-on interdire aux élèves français de maitriser Excel ? Sans compter que la loi se serait imposée à tous : de l'école primaire de base aux formations professionnalisantes. "Ah non les gars, pas de Cinema 4D ou de Maya pour vous : vous allez apprendre Blender…" Le "tient compte de l’offre de logiciels libres et de documents au format ouvert, si elle existe" me parait bien plus pragmatique. Enfin, il ne faut pas oublier que le libre façon Google est, aussi, un moyen d'imposer un éco-système très loin des idéaux du libre. Avec exploitation poussée des données perso, de moins en moins d'interopérabilité (codecs WebM, abandon de RSS, délaissement de Jabber) quand ça arrange Google…
avatar devin plompier | 
Le libre devrait être utilisé au nom de la neutralité et de la liberté d'opinion. Sinon, c'est la porte ouverte au marketing ciblé sur les enfant et la publicité à l'école.
avatar Silverscreen | 
Une école où les enfants n'utiliseraient qu'Apache Office sur des OS Linux, avec les services Google pour propulser le mail, les réseaux sociaux, le chat et la navigation web, c'est un rêve très imparfait. Sauf à l'état et aux entreprises d'investir très lourdement dans des solutions développées pour cet écosystème… Mais comme l'heure est aux économies, baser l'informatique en milieu scolaire sur le bénévolat de quelques développeurs et la fausse ingénuité de multinationales est… tout aussi dangereux qu'un tout "propriétaire" systématique
avatar m4rk33 | 
Je rappelle à certains qu'il n'y a pas de tablette MS dans l'Education Nationale mais plutôt des iPad. Les TNI sont compatibles Linux, Windows et MacOS X
avatar macbookeur75 | 
que de colloques, de conseils généraux impliqués, de réunions ministérielles et que d'argent perdu bêtement il y a plus de 10 ans que je bossais chez Mandriva (à l'époque Mandrakesoft), on avait également participé à plein d'actions pour promouvoir les logiciels libres les universités ont investi de l'argent sur des projets qui n'ont jamais abouti plus de 10 ans plus tard, je constate que c'est toujours aussi foireux
avatar oomu | 
ne regardez pas des détails comme le Word, ou l'interface de Os X ou que python est fonctionnel ou autre trucs basiques mais un écosystème de services prêt à être utilisé par et pour les enseignants. Apple propose tout son truc autour de os x serveur et itunes U pour l'éducation : blogs, gestions des profs et élèves, wiki, diffusion des médias et surtout : comment y arriver (info; ça passe entre autre par l'achat de macs et ipads...hé) Bref, un tout cohérent. - quand au libre: Le libre y en a partout et il ne faut pas être dogmatique. Il prend la forme de systèmes de corrections basés Latex de plateforme de développements d'algorithmes en mécanique comme Salome ou d'ERP éducation prof-élèves tels que Moodle. (en compétition avec Blackboard). Bref, la question du "libre" en éducation dépasse largement le seul choix d'un traitement de texte ou de l'os. Mais des outils, plateformes et écosystèmes qui vont accompagner les élèves et enseignants. Il faut aussi penser au contenu (exercices et documents). Et pas seulement le primaire-lycée, mais aussi les universités et grandes écoles. - "Sans compter que la loi se serait imposée à tous" ce n'est pas comment la France procède. D'abord les écoles primaires ont une grande liberté, ce sont les collectivités locales et enseignants qui peuvent choisir et investir Les collèges et lycées sont le résultat de consensus Les universités ont été "autonomisés" (avec + ou - de bonheur) et les Grandes Ecoles font globalement comme ça leur chante (mais sans oublier qu'elles sont souvent associés à des groupes et organismes leur demandent de s'intégrer dans des outils et pratiques communes). La Loi ne vient jamais dire "vous foutez tout en l'air, ça sera QUE libreoffice et Nuxeo, woudoudoudié !" L'Etat et collectivités locales peuvent décider de grandes orientations.
avatar oomu | 
Mais encore une fois, en éducation, le "libre vs proprio" n'est pas la seule question d'un traitement de texte. Et pour avoir vu une réunion Apple avec des décideurs d'universités et grandes écoles françaises, leur discours est rodé, leur solution est claire, précise, et c'est séduisant. Ce qui bloque Apple sont : 1: le prix (mais ici, c'est pas forcément sans espoir) 2: l'idéologie. Il y a réellement des décideurs dans le monde éducation qui bloque un choix de solution technique pour considérations idéologique : soit pour du libre/opensource, soit pour favoriser un acteur national. Apple (et je suppose les autres) face à ces arguments essaie de calmer les peurs: leurs solutions reposent en grande partie sur des logiciels opensource/libres et interopérables (+ ou - vrai), ils ne sont pas là pour américaniser l'école.
avatar melaure | 
Il n'est pas encore né celui qui fera tomber le monopole de Microsoft et leur "puissance de frappe" (avec la complicité des DSI pour lesquelles ça veut dire beaucoup de boulot). De plus je suis sur que coté pugnacité il n'y a pas photo entre les deux, donc la fonction publique se fera toujours bouffer par l'ogre de Redmond ;)
avatar Yyyes | 
@joneskind : Tout à fait d'accord. Le libre est une idée génialissime, sur le papier. Dans la réalité malheureusement si certains petits logiciels (handbreak par exemple) sont très biens (quoi que loin d'être parfaits), sur les gros programmes (os, suites bureautique, ...) ils ne sont pas au niveau ni de simplicité ni de productivité d'Apple ou même de Microsoft. La priorité devrait être la qualité de la formation de nos chères têtes blondes, et pas la mise en pratique de telle ou telle idéologie.
avatar joneskind | 
@BKN1 : 'On vient d'ailleurs de le voir avec le mariage pour tous qui a bien montré l'influence de certains activistes auprès du gouvernement. ' Tu viens d'inventer le point Barjot... Ou l'art et la manière de tout mélanger et d'être à côté de la plaque. Mais quand Copé avoue sur un plateau de télé qu'il était favorable au mariage pour tous... T'as juste envie de finir sa phrase "mais j'ai du céder au lobby des chrétiens de droite" Je ne suis pas homosexuel, et je n'appartiens à aucune communauté d'orientés sexuels. Par la force des choses je suis hétérosexuel, mais je ne l'ai pas choisi et je n'en fais absolument pas un motif d'appartenance à une communauté, comme ces crétins qui défilent, chiants leurs slogans nauséabonds comme le cheval pousse son étron, sans pudeur. Comme le rappellent de très nombreux politiciens de droite, il y à plus important à régler que le mariage pour tous. Alors par pitié, écoutez vous et passez à autre chose.

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