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Mike Daisey et Foxconn : les outils du théâtre ne sont pas ceux du journalisme

par Anthony Nelzin le 20 mars 2012 à 19:22

mike-daisey

Mike Daisey

« Quel âge as-tu ? "J'ai treize ans", me répond-elle. Treize ? C'est jeune. Est-il difficile d'être embauché par Foxconn lorsque tu — et elle dit "oh, non." Tous ses amis acquiescent, ils ne vérifient pas vraiment l'âge. Je vous le dis… pendant les deux premières heures du premier jour que j'ai passé devant les grilles [de Foxconn], j'ai rencontré des ouvriers de 14, 13, 12 ans. Pensez-vous vraiment qu'Apple ne le sait pas ? » Cet extrait du monologue de Mike Daisey, The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs, a participé à la prise de conscience des conditions de travail dans les usines chinoises de Foxconn. À ceci près qu'il a été entièrement inventé. C'est le scandale qui agite depuis quelques jours la médiasphère Apple.

Monologue et mensonge
Mike Daisey est un spécialiste du monologue : sur scène, assis derrière sa table sur laquelle sont posées quelques notes guidant sa performance, il a notamment disséqué le fonctionnement de Wal-Mart, analysé l'évolution de la démocratie américaine après les attentats du 11 septembre ou encore disserté sur les personnalités de Bill Gates et Ron Hubbard. Créé début 2011, The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs, qui reprend cette formule, alterne des parties revenant sur l'histoire de la fondation d'Apple et des parties sur les conditions de production des appareils de la firme de Cupertino. Son fil rouge est la double dichotomie d'Apple, Steve Jobs / Steve Wozniak, image cool / conditions de production.

Cette pièce a marqué par l'expérience de Daisey, homme incarnant son texte sur scène et dans tous les médias l'ayant relayé. Amateur de technologie ayant voyagé en Chine pour les besoins de son œuvre, il a notamment touché Steve Wozniak : « je ne serai plus jamais le même après avoir vu ce spectacle. […] Mike vit la douleur au lieu de la décrire. » (lire : La pièce de théâtre qui secoue la Silicon Valley).

Showman et communicateur de talent, Daisey a su mettre en lumière les conditions exécrables de production des appareils électroniques dans les usines Foxconn de Shenzhen. Problème : de la même manière que ses chapitres historiques sur Apple sont criblés d'erreurs factuelles, ses chapitres chinois sont entachés d'approximations qui dépassent le cadre de la simple licence artistique.

La supercherie a été révélée par Rob Schmitz, correspondant en Chine de Marketplace, une émission de l'American Public Media. Le passage de Mike Daisey à This American Life, émission d'un autre média public, Public Radio International, lui a mis la puce à l'oreille : trop de détails divergeaient largement avec sa propre expérience quotidienne sur le terrain, lui qui est un spécialiste des questions économiques en Chine.

Avec une simple recherche Google, il a retrouvé l'interprète de Daisey en Chine, Li Guifen, connue dans les pays occidentaux sous le nom de Cathy Lee. À toutes les questions demandant si Daisey a bel et bien vu ce qu'il décrit dans sa pièce, la réponse, qui tombe comme un couperet, est toujours la même : « non. » Non, Daisey n'a pas vu d'ouvriers mineurs. Non, il n'a pas vu de gardes armés devant les usines de Foxconn. Non, il n'a pas parlé à des dizaines et des dizaines d'ouvriers, notamment ceux qui ont été empoisonnés au n-hexane. Non, il n'a pas fait découvrir l'iPad à cet homme à la main broyée.

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Cathy Lee

Oui, Mike Daisey a fabriqué son histoire. Lors d'un épisode spécial de This American Life auquel a participé Rob Schmidt, l'auteur-interprète avoue, à reculons.

Rob Schmitz : Cathy dit que vous n'avez pas discuté avec les ouvriers qui ont été empoisonnés au n-hexane.

Mike Daisey : C'est exact.

RS : Donc vous avez menti à ce sujet ? Ce n'est pas ce que vous avez vu ?

MD : Je ne le dirais pas comme ça.

RS : Comment le diriez-vous ?

MD : Je dirais que je voulais raconter une histoire qui décrivait mon voyage dans son ensemble.

Ira Glass [NdR : le présentateur de This American Life] : Avez-vous rencontré des ouvriers ? Ou vous êtes-vous contenté de lire à ce sujet ?

MD : J'ai rencontré des ouvriers à, hum, Hong Kong, qui se rendaient aux manifestations contre Apple. Ils n'ont pas été empoisonnés au n-hexane mais connaissaient des personnes qui l'ont été, et c'était un sujet de conversation constant parmi les ouvriers.

IG : Donc vous n'avez pas rencontré d'ouvriers ayant été empoisonnés au n-hexane.

MD : C'est exact.

Fabuliste et affabulateur
Mike Daisey se réfugie derrière son statut : il n'est pas journaliste, mais au mieux fabuliste : « je ne vais pas dire que je n'ai pas pris quelques raccourcis afin d'être entendu. Mais j'assume mon travail. Mon erreur, l'erreur que je regrette amèrement, c'est de l'avoir présenté comme du journalisme dans votre émission. Et ce n'est pas du journalisme. C'est du théâtre. » Une excuse qui ne tient pas : depuis des mois, Daisey raconte à qui veut l'entendre qu'il a vu de ses yeux vu tout ce qu'il narre dans sa pièce, à la télévision, à la radio, dans la presse. L'ajout récent d'un prologue contextuel à sa pièce ne fait que révéler sa contradiction : son public ne vient pas se divertir avec une œuvre de fiction, il vient participer à une histoire en mouvement, une histoire vraie.

Fabuliste, Daisey l'est sans aucun doute, et un excellent en plus. Avec cette pièce cependant, il devient affabulateur, un comble pour quelqu'un qui a écrit un monologue sur le mensonge. Dans Truth, Daisey confessait déjà, en 2006, avoir fabriqué de toutes pièces une histoire pour franchir le quatrième mur. « Après avoir raconté ce mensonge encore et encore, il est devenu une partie intégrante de la pièce, au point qu'il était impossible de l'en supprimer, ou au moins de le distinguer de ce qu'il s'était réellement passé. », explique le critique Jason Zinoman. « Mentir est-il acceptable lorsque le mensonge est au service d'une vérité plus grande ? Que signifie la vérité dans le contexte de l'art ? »

On laissera ces questions philosophiques en suspens, tout en remarquant qu'elles ne s'appliquent pas au journalisme, censé ne s'intéresser qu'à la vérité. Le succès médiatique de Daisey met néanmoins en lumière l'échec du croisement des sources chez Public Radio International : l'auteur leur a certes menti sur l'identité de son interprète, censée être « injoignable » au moment de l'enregistrement de l'émission, mais son nom était clairement indiqué dans la transcription de la pièce. Une simple recherche Google aurait permis de la retrouver et d'effectuer le travail de vérification — et de déminage — qu'a mené Rob Schmitz. Paradoxalement, cet échec ne fait que magnifier le génie de la narration de Daisey : son histoire était trop belle, trop bien écrite, trop bien formatée, pour ne pas être adoptée par les médias.

Journalisme et sensationnalisme
Décrire la situation des ouvriers de Foxconn à Shenzhen et à Chengdu n'est pas chose aisée : tantôt Fort Knox tantôt nouveaux corons, les usines du géant chinois accueillent des ouvriers soumis à l'ordinaire universellement abrutissant de la production en chaîne, qui se suicident parfois, mais sont aussi mieux payés que la moyenne des ouvriers chinois. Un ensemble de paradoxes particulièrement difficile à résumer sans le simplifier à l'extrême (« les usines, ce n’est drôle nulle part ») ou le complexifier inutilement (« c'est un scandale du néocolonialisme »). Daisey a servi son histoire sur un plateau d'argent à des médias en mal d'explications. Foxconn a déclaré (à propos de cette affaire et non des conditions de travail) : « Cela a causé un grand tort à l'image de l'entreprise. Le fait est que les médias n'auraient pas dû citer ce programme sans nous demander auparavant des confirmations. Nous n'allons pas intenter une action en justice… Nous espérons que rien de semblable ne se reproduira à nouveau. »

Daisey a menti sur son expérience, mais les faits sont là : des gardes de Foxconn ont tabassé un journaliste un peu trop curieux ; plusieurs ouvriers ont été empoisonnés au n-hexane, mais c'était chez Wintek ; trop de suicides ont eu lieu au même endroit et au même moment pour n'être qu'une anomalie statistique ; certains fournisseurs ont la mauvaise habitude d'employer quelques mineurs. En mettant des mots simples sur cette réalité, avec un ton et un visage à la fois bonhomme et autoritaire, en simplifiant à grands traits la situation avec un axe très directif, Daisey a permis au plus grand nombre d'assimiler ces concepts et de comprendre la situation. The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs a l'entrain des contes et le moralisme des fables, et c'est ce qui le rend paradoxalement indispensable.

Sa pièce a logiquement eu un impact majeur, bien qu'elle soit fondée sur un ensemble de mensonges. Elle a provoqué une série d'articles des plus grands quotidiens du monde, dont le New York Times ; elle a justifié l'envoi de nombreux journalistes spécialisés à Shenzhen, et a forcé Foxconn à ouvrir pour la première fois ses portes ; mieux encore, elle a motivé Apple à aller encore plus loin dans son effort de transparence en matière de sous-traitance. En lieu et place d'un rapport annuel sur la responsabilité sociale de ses fournisseurs, la firme de Cupertino fournit désormais un rapport mensuel avec des données détaillées, permettant aux associations — dont celles avec lesquelles elle a décidé de collaborer — de quantifier les progrès en matière de respect des droits des travailleurs. C'est peut-être cet impact qui rend d'autant plus choquante la vérité sur le « travail » de Daisey, car il fait courir le risque que ces efforts soient aujourd'hui relâchés, et que la perception de Foxconn s'éloigne à nouveau de la réalité.

Il n'a pas rencontré d'ouvriers mineurs, qui sont de plus en plus rares. Mais il a peut-être rencontré ces jeunes adultes venus de la campagne à la recherche d'un emploi bien payé, mais physiquement et mentalement éprouvant, au point que certains n'aient plus la force que de se jeter d'une fenêtre. Mike Daisey n'avait pas besoin de raconter des histoires : la simple vérité est suffisamment intolérable pour marquer. Ces mensonges ne révèlent finalement que notre cynisme : si les salariés de Foxconn sont de simples ouvriers, acheter nos produits électroniques n'est pas un crime. Il fallait les transformer en esclaves modernes pour éveiller une conscience collective enfouie sous des couches de bien-pensance occidentale.

Aller plus loin :
- Le texte intégral d'The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs est disponible librement en ligne ;
- Mike Daisey : « Statement on TAL » ;
- Jason Zinoman, « Telling Tales About the Past, and Maybe Fudging Facts », New York Times, 11 oct. 2006 (via) ;
- L'épisode 460 de This American Life, contenant la rétractation de Mike Daisey ;
- Tim Culpan, «
Now Can We Start Talking About the Real Foxconn? », Bloomberg, 20 mar. 2012, sur les conditions de travail chez Foxconn.

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Commentaire(s)

avatar shenmue 20/03/2012 - 19:47

"Il fallait les transformer en esclaves modernes pour éveiller une conscience collective enfouie sous des couches de bien-pensance occidentale."

Donc la fin justifie les moyens. Pas d'accord.

Et ça : "mais physiquement et mentalement éprouvant, au point que certains n'aient plus la force que de se jeter d'une fenêtre", c'est typiquement le genre de sensationalisme que vous dénoncez,, Comme si on pouvait coire une seule seconde qu'un type qui veut en finir l'ait pas la force physique de le faire après avoir bossé sur une chaîne de Foxconn.
Vous critiquez, pour finalement adouber le mensonge sous prétexte de réveil des consciences. Mais réveil de quoi ?
90% des usines chinoises offrent des conditions pires qu'à Foxconn, le taux de suicide chez Foxconn est inférieur à la moyenne chinoise (ah mais ils n'ont même plus la force alors...) et le salaire moyen y est 3 à 4 fois supérieur que ce qu'on trouve dans les sweatshops qui sont vraiment, si vous voulez de VRAIS images qui choquent, les symboles flagrants de l'exploitiation humaine dans toute son horreur.
Le fait est que si ce n'est sans doute pas terrible de bosser pour Foxconn, si les cadences y sont parfois très lourdes, il ne sert à RIEN, et je dis bien à RIEN de transformer cela en enfer à la Dante en prenant quelques cas isolés (commes les mineurs employés, qui se comptent sur les doigts d'une main sur près d'1 million d'ouvriers). Daisey a été instrumentalisé, et a servie des causes réductrices, pas éducatrices. Et Apple avait réagi bien avant les premières pièces de Daisey.
Il ne sert à rien de vouloir sauver ces mensonges globalisants et réducteurs, la réalité sans fard se suffisait sans doute à elle-même, mais elle n'était pas assez sale pour faire la une. La vérité, c'est sans doute celle là. tout le monde s'est servi sur ces affabulations, et RIEN ne justifie cela. Ou alors, si, en continuant le même sale boulot de simplification sous prétexte de réveil des consciences.

avatar florian1003 20/03/2012 - 19:48

Encore un qui devrait faire un régime.

avatar Manueel 20/03/2012 - 19:50

merci Anthony pour cet article particulièrement fouillé
Nous serons probablement d'accord pour dire que le problème central de cette affaire n'est pas Mike Daisey : il est normal que des mythos comme lui existe, et ils existeront toujours pour le meilleur comme pour le pire.
Non le problème central a été le comportement des médias. Qui relaient des informations non étayées et leur donnent une dimension planétaire.
Aujourd'hui ça paye d'écrire tout et n'importe quoi sur Apple et nous devons nous y faire
ou réfléchir ensemble sur les moyens que nous avons pour moraliser les médias
savant mélange d'idioties et de cynismes

avatar MacMarc 20/03/2012 - 19:58

Bonsoir.
Si la plupart des vêtements, chaussures, articles de boutiques-souvenirs, des appareils éclectriques et électroniques, même des voitures de haut de gamme sont produits en Chine, et si nous sommes si nombreux en Europe à ne plus acheter que cela parce que leurs prix sont imbattables, tout en nous étonnant de l'augmentation du chômage en Europe, il y a bien des raisons: les ouvriers chinois travaillent dans de moins bonnes conditions que ceux de par ici...
Évidemment, au moment de faire nos achats, nous ne nous posons pas la question et trouvons l'excuse, pas fausse, du portefeuille plat...

Par contre, quand c'est Apple qui fait produire son matériel là bas, ça devient scandaleux pour certaines catégories de gens (ou du moins ils aiment le faire croire au reste du monde), et profitable à ceux qui exploitent le filon pour se faire connaître...

avatar Photo 20/03/2012 - 20:00

Superbe article ! Rien ne justifie l'attitude de Mike Daisey. De trop nombreux journalistes oublient qu'ils ne sont pas là pour imposer leur sens de la morale, mais pour informer. Manipuler l'opinion, même si c'est soi-disant pour une bonne cause, est loin d'être glorieux. Dénoncer un scandale à l'aide de mensonges, c'est discréditer cette profession.
Qu'il se dise comédien et qu'il parle de fiction, mais qu'il ne se dise pas journaliste...

avatar Manueel 20/03/2012 - 20:03

@shenmue
Tu soulèves un point important qui m'a stupéfait :
Apple avait plusieurs tours d'avance sur cette fausse affaire qui est un réel enjeu
Dès l'époque de Steve Job, Apple était en avance sur ces concurrent sur ces questions

Enfin avec toi (et tant d'autres) je confirme la fin ne justifie pas les moyens
Même avec un objectif morale, le résultat de cette embrouille sera cynisme et désabusé.

avatar shenmue 20/03/2012 - 20:06

@Manueel:"Non le problème central a été le comportement des médias."

Ce qui n'est pas assez dit dans l'article. De très nombreux médias américains ont servi la soupe à Daisey et très peu ont présenté aujourd'hui des excuses, très peu.
Le fait est que cela a simplifié le débat autour des conditions de travail en Chine.
De nombreux européens à la suite de la reprise de ces infos sur Le monde ou libé, de nombreux américains pensent que Foxconn est le symbole de l'usine d'esclaves chinois, ce qui est faux, ils s'imaginent qu'Apple est la seule entreprise a être impliquée à ce point dans ces conditions de travail sur-fantasmée, c'est encore faux.
C'est d'autant plus crétin comme "axe" que Foxconn a de l'argent et que pour éviter de voir leur image trainée dans la boue ils préfèreront automatiser leurs chaînes de production, ce qui enlèvera énormement de boulot à des travailleurs chinois qui aurton alors des conditions de vies bien pires, catastrophiques même, mais en dehors de Foxconn, ce qui alors n'éveillera plus la conscience de quiconque. Cela fait 30 ans que le vrai scandale, ce sont les sweatShops qui fabriquent nos slips et le reste de nos fringues...là, c'ets l'enfer, le pire qui soit, avec des niveaux de marge à dégueuler sur le tapis.
Mais non, cela vend plus, cela fait plus moderne de vomir sur Apple et sur les usines de ses fournisseurs, tout en continuant de se vêtir à grand frais avec des frippes qui ELLES sont le résultat direct d'un vrai esclavage.
Le réveil des consciences il est loin là. et même le NYT a tout simplifié. Le drama contre la vérité. la fable contre le réel et au final justement, la bonne conscience de s'être racheté une moralité de consomateur sur le dos d'UNE seule entreprise, et d'UNE seule usine, même pas représentatifs du pire en plus.

avatar Anthony Nelzin 20/03/2012 - 20:06

@Shenmue : tu remarqueras que je n'ai pas dit que j'étais d'accord. La fin justifie les moyens pour lui, sans doute. Perso, je suis persuadé, comme je le dis, qu'il n'y en avait pas besoin.

avatar Manueel 20/03/2012 - 20:15

@shenmue
"le vrai scandale, ce sont les sweatShops qui fabriquent nos slips et le reste de nos fringues...là, c'ets l'enfer"
Le pire malheureusement n'est probablement pas les salaires/conditions de travail de ces usines mais les pollutions incroyables qu'elles infligent aux populations avoisinantes.
Vous n'avez aucune idée de l'intensité de ces pollutions si vous n'avez pas traversé ces villes
Pas besoin d'éprouvettes ou d'analyses... votre souffle est court, bien + qu'après avoir escaladé l"Himalaya, vous avez une toux sèche, et le soir vous êtes couvert d'une substance jaunâtre qui colle à la peau
(j'ai l'impression d'écrire du Mike Daisey... c'est pas comme ça partout en Chine rassurez-vous)

avatar Average Joe 20/03/2012 - 20:15

Mike Daisey a sorti ces grossiers mensonges car il sait pertinemment que c'est à la mode de dire du mal d'Apple : il s'agit d'un nouveau dégât collatéral du politiquement correct. Il surfe sur cette vague pseudo-moralisatrice pour faire parler de lui, se présenter en quelque sorte comme un nouveau Michael Moore, mais en hurlant avec les loups. Sa démarche est commerciale et peu importe le mensonge. Et pour les suicides, on en est à combien au fait chez France Telecom, Renault, la Poste ?

avatar shenmue 20/03/2012 - 20:21

@anthony:"Perso, je suis persuadé, comme je le dis, qu'il n'y en avait pas besoin."

Alors on est d'accord. Mais ceci dit, même la presse "responsable" a joué le drama dans l'affaire Foxconn et je pense vraiment que la conséquence, terrible, c'est que les gens pensent des choses FAUSSES sur ce qui se passe là bas. Quand le NYT présente les suicides de Foxconn comme un scandale absolu alors que le taux y est largement inférieur au taux de suicide GLOBAL aux Etats unis, on se demande quand même où sont passé les journalistes là, quand ils prétendent qu'Apple ne fait rien ce qui gêne même des ONG sur place, on se demande encore si le vrai journaliste n'est pas parti à la pêche. Et le NYT AUSSI a bouffé la soupe de Daisey le mytho, le NYT qui ne vérifie donc pas la pertinence de ses sources alors qu'il traite l'affaire sur plusieurs articles en enfilade qui finissent par ressembler à de l'acharnement contre une entreprise.
Quand Foxconn aura tout robotisé, ils ne verseront plus une larme sur les no-workers qui crèveront dans les caniveaux des provinces chinoises.
Je ne dis pas qu'il n'y a rien à en redire, mais depuis le début, le tout début, la façon de le dire est l'anti-thèse d'un vrai travail de journalisme et plus proche de la propagande. C'est terrible pour une profession pas mal décrédibilisée et qui se vend aujourd'hui à la "une" la plus accrocheuse. Là, c'est quand même grave.
Apple c'est vendeur ? Alors Apple sera le symbole du capitalisme exploiteur. Depuis le début, tout tourne autour de ça. C'est un travail de propagande, pas du journalisme, le but est de répéter, jusqu'à la nausée, les mêmes choses, même trafiquées, jusqu'à ce que l'opinion le prenne comme un fait acquis. Dégueulasse et méprisant.
On veut faire pleurer bobonne ? alors qu'on montre les sweatshops honteux de bout en bout que la ménagère s'aperçoive que même son soutif est fait dans des conditions à faire frémir. Mais non, Apple vendeur, Sweatshops pas vendeur ...beuuuuuuuuuuurk.

avatar Yyyes 20/03/2012 - 20:29

Cracher dans la soupe dans laquelle on boit est une bien triste manière de manger...

avatar Manueel 20/03/2012 - 20:35

@yyyes "Cracher dans la soupe dans laquelle on boit est une bien triste manière de manger..."
Pas d'accord, moi ca me gène plus de manger une soupe où quelqu'un d'autre a craché...
Ceci dit, comme ce dicton servait très probablement un autre propos,
je te dirais @yyyes que je ne t'ai pas compris
je ne sais pas qui crache et qui est la soupe ?

avatar Nesus 20/03/2012 - 20:48

Peu importe. Il peut être fier de lui, son mensonge fait que la vie de milliers de personnes est plus agréable. Le reste...

avatar bof 20/03/2012 - 20:50

Le probleme avec ces affabulations, c'est que tout le monde va oublier la vague de suicides et les conditions de travail deplorables qui ont justement entrainés ces suicides, foxcom et tout leurs clients doivent sablé le champagne

avatar Manueel 20/03/2012 - 21:05

@Nesus " Il peut être fier de lui, son mensonge fait que la vie de milliers de personnes est plus agréable."
Il peut être fier de lui : grâce à ses mensonges les journalistes sont encore + cyniques et leurs lecteurs sont encore + idiots ou désabusés...
Et toi tu es juste un peu idiot ou un peu cynique pour croire que le monde s'améliore
quand on ment aux citoyens ?

avatar EtienneF 20/03/2012 - 21:08

Le moins que l'on puisse dire c'est que cet article est un article d'opinion !

Le fait qu'il existe réellement des problèmes dans les usines chinoise ne justifie en rien le mensonge ou le flou gaussien qu'a appliqué Mike Daisey sur son travail. Car cela peu avoir des effets positifs de manière ponctuelle mais sur le long terme il est très néfaste car cela entache l'image du journalisme et sa crédibilité et peut pas la suite empêcher d'autre plumes elle véridique de dévoiler un scandale réel et qui se doit de l'être.

Bref jamais, même en pensant faire le bien un journaliste ne doit franchir cette ligne rouge, et l'on ne doit pas chercher à pardonner ceux qui l'on fait.

avatar WhatAFairFoot 20/03/2012 - 21:11

Quelqu'un a-t-il remarqué les remarques récurrentes d'Audrey Pulvar sur France Inter sur les conditions de production des machines Apple ? Pourrait-on lui transmettre cet article ?

avatar Anonyme (non vérifié) 20/03/2012 - 21:26

Le NYT charge semble-t-il assez régulièrement Apple sur les conditions de travail. Mais une chose que je ne savais pas et que j'ai découverte au fil de cette affaire c'est ça :
http://www.nytimes.com/2011/10/06/opinion/jobs-looked-to-the-future.html?_r=1

Le [i]lendemain[/i] de la mort de Steve Jobs, le NYT offrait une place privilégiée à un écrit de ce fameux Daisey avec un passage bien dramatique sur un pauvre ouvrier à la main broyée, et annonçait sa pièce "The Agony and the Ecstasy of Steve Jobs".
Franchement, je trouve ça d'un goût plus que douteux. Pas étonnant que les relations soient un peu tendues entre Apple et le NYT.

via : http://daringfireball.net/linked/2012/03/16/nyt-daisey

avatar jpetit2 20/03/2012 - 21:33

Entièrement d'accord avec Shenmue; la responsabilité des journalistes est énorme dans la société moderne; elle l'est d'autant plus que cette société se virtualise de plus en plus et que l'image ne peut y être que sujette à caution. Tous ceux qui manipulent la photo et la vidéo savent que les post-traitements et montages sont par nature modificateurs de la réalité de l'instantané ou de l'image filmée. Pas besoin d'un Daisey pour fabriquer un support visuel manipulé au service d'une idéologie quelconque. Idem pour la manipulation du son. Dès lors il n'y a que le journaliste de terrain pour garantir une forme d'authenticité à la production audiovisuelle. Sauf que le journaliste n'est qu'un salarié d'une entreprise dont la connaissance de l'actionnariat va nous indiquer pour quelle idéologie roule cette société.
Sans un statut clair pour les journalistes, les Daisey n'ont pas fini de pulluler et d'occuper l'espace visant le temps de cerveau humain disponible (comme l'affirmait un président de TF1).

avatar béber1 20/03/2012 - 21:36

lol  

avatar daito 20/03/2012 - 21:46

[quote]Mais il a peut-être rencontré ces jeunes adultes venus de la campagne à la recherche d'un emploi bien payé, mais physiquement et mentalement éprouvant, au point que certains n'aient plus la force que de se jeter d'une fenêtre.[/quote]

On peut élargir la réflexion (si souvent caricaturale) au delà des frontières chinoises en se demandant pourquoi [b]En France [/b] des salariés d'entreprise comme France Telecom ou La Poste se suicident.

avatar toucan39 20/03/2012 - 22:35

Pour vendre leur soupe ils sont prêt à tout, il faut faire du buzz.

Les putes sont beaucoup plus honnêtes .

avatar Yyyes 20/03/2012 - 23:07

@Manueel :
md se fiche des conditions de travail et de vie des employés de Foxcom comme de sa première chemise. Il y a des dizaines de scandales autrement plus inhumains en Chine et ailleurs, mais qui ne lui assureront pas un succès aussi facile. Cracher sur Apple le fait (très bien) vivre, c'est probablement la seule raison qui lui a fait choisir cette cause douteuse parmi des dizaines d'autres beaucoup plus juste mais moins rémunératrices.

avatar Un Vrai Type 20/03/2012 - 23:33

Avec la politique de l'enfant unique, la Chine à UN PROBLEME MAJEUR...

Y'a plus assez d'enfants...

Mais bon, ils font travailler des fantômes d'enfants pas né ces enflures...

Ou alors, y'a des mythes qui ont la vie dure...

C'est peut-être parce qu'un chinois de 40 ans en parait 25 dans l'oeil de l'occidental connard moyen* ?

* Et a priori, une pyramide des âges avec cette catégorie nous révélerait bien des surprises...

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