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iPad à l'école : les défis d'un retour d'expérience

Mickaël Bazoge | | 16:55 |  42

Mettre un iPad entre les mains d'élèves, c'est une idée qui fait son chemin. Il ne suffit évidemment pas de leur offrir une tablette : c'est tout le système éducatif qui doit accompagner l'utilisation de ce nouvel outil, afin que tous, élèves comme enseignants, puissent en tirer le plus grand profit.

Le deuxième sommet sur l'iPad en éducation qui se tient du 1er au 2 mai à Montréal est l'occasion idéale pour revenir sur la place de la tablette dans le système éducatif, d'en tirer un premier bilan d'étape et, surtout, de tracer les perspectives à venir. Les résultats préliminaires du rapport sur l'iPad à l'école de Thierry Karsenti et Aurélien Fievez, publié en toute fin d'année dernière, offrent à ce titre quelques enseignements intéressants.

Des avantages et des défis

L'enquête a porté sur 6 057 élèves et 302 enseignants du Québec, où 10 000 étudiants de tous les âges (jusqu'à 17 ans) utilisent de façon quotidienne un iPad (ils sont 4,5 millions aux États-Unis). On pourra se contenter de la conclusion de l'étude, à savoir que « les avantages dépassent les défis rencontrés », mais ce serait aller un peu vite en besogne, ce d'autant plus que certains résultats sont dignes d'intérêt.

L'étude révèle que 53,6% des élèves n'avaient jamais ou très rarement utilisé l'iPad avant leur expérience en classe. Seuls 15,5% utilisent la tablette sur une base régulière. Du côté des enseignants, les résultats sont encore moins brillants, puisqu'ils étaient 70,2% à ne jamais ou très rarement avoir utilisé l'iPad, quand 15,2% s'en servent « très souvent ». Mal préparée, l'arrivée de l'iPad en milieu scolaire peut se révéler contre-productive, c'est pourquoi il est essentiel d'associer les professeurs très en amont par le biais de formations. Une approche justement suivie par un établissement français dont on a parlé récemment et qui a beaucoup investi sur ces outils (lire Témoignage : une rentrée scolaire avec 750 iPad).

Une fois introduit en classe, que devient l'iPad ? La tablette est utilisée par 88,5% des élèves, en moyenne durant 30 minutes sur une période-type de 60 minutes. 11,5% seulement des élèves ont indiqué n'utiliser l'iPad que moins d'un quart du temps de classe. Quand on compare ces chiffres avec l'utilisation d'un ordinateur portable, l'usage de l'iPad est remarquable : de précédentes expérimentations ont en effet noté que les élèves dépassaient rarement les 25% du temps de classe sur ces machines. « J’essaie d’utiliser l’iPad la majeure partie du temps. Parfois ce n’est pas possible, alors je demande à mes élèves de ne pas l’utiliser, mais c’est rare », précise un professeur.

L'iPad en classe, c'est du sérieux

Avec un iPad entre les mains, n'est-il pas tentant pour les adolescents de faire tout autre chose que d'étudier ? Apparemment non. L'étude montre qu'en classe, la tablette sert d'abord et avant tout à consulter des manuels scolaires, puis à utiliser des applications en lien avec le travail éducatif (iAnnotate, Pages, Dictionnaire…). Instagram, qui n'est pourtant pas disponible sur iPad (autrement qu'en version iPhone « agrandie ») et le courriel sont bons derniers, très loin des autres usages. « Je n’ai pas besoin d’utiliser le courriel avec mes élèves (…) Je les vois tous les jours en classe », indique un enseignant. Plus intéressant encore, l'étude décline les principales activités en classe réalisées avec l'aide de l'iPad.

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Assez logiquement, la réalisation de travaux scolaires est largement en tête, suivie par la recherche de contenus sur internet (« quand l’enseignant pose une question, on peut chercher sur Internet (…) Avec l’iPad, c’est facile et j’aime ça », explique ainsi un élève) et, plus surprenant, par… les jeux ! Les auteurs notent cependant que cette activité ludique intervient principalement après avoir terminé une tâche. La morale est sauve même si « on a le droit de jouer à certains moments (…), mais il y en a qui jouent quand même durant tout le cours », fayote un élève ! L'aspect un peu solennel de ce type d'enquête peut occulter aussi certaines utilisations disons moins scolaires, comme la messagerie instantanée : « Il y a iMessage, ça c’est vraiment intense, les groupes de conversation sont créés, là tout le monde s’écrit (…) et toi, tu réponds », explique un jeune enthousiaste qui n'a visiblement aucun problème à clavarder avec ses camarades en pleine classe.

Malgré la présence de la tablette, le papier reste toujours très présent pour le travail de lecture. L'étude s'étonne ainsi que dans plusieurs établissements où l'iPad est disponible, on demande toujours aux élèves d'acheter des livres en format papier alors qu'ils sont disponibles gratuitement en version électronique, comme les ouvrages tombés dans le domaine public. Un travail de pédagogie reste à faire en direction des professeurs sur ce point.

Apparition de nouveaux problèmes

L'utilisation de l'iPad en dehors des heures de classe est évidemment bien différent. Les réseaux sociaux occupent une grande place pour les élèves (« Mon Facebook est toujours ouvert, je le regarde tout le temps. J’ai mis des notifications, comme ça même quand je fais des devoirs, je sais quand j’ai un message », d'après un élève), mais ce temps est partagé pratiquement à égalité avec les devoirs et les jeux vidéo. 76% du temps d'usage hors classe est consacré à des activités sociales, ludiques ou de divertissement. Si l'on ajoute les 12,7% du temps de jeu en classe cette fois, cela montre à quel point l'iPad est aussi (et presque surtout) un terminal de divertissement. Un élève explique que l'arrivée de l'iPad a fortement abaissé sa pratique du sport. Autant dire que si la tablette a un effet bénéfique à l'école, elle peut aussi occasionner un changement important dans le comportement de l'ado.

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Autre préoccupation sérieuse soulevée par l'enquête : 85% des élèves ne produisent jamais ou rarement des travaux d'écriture avec leur iPad. « Ce résultat montre clairement qu’il n’est, soit pas possible de tout faire avec la tablette tactile à l’école, soit que les enseignants n’ont pas encore réalisé le plein potentiel de l’outil », expliquent les auteurs, qui rappellent que la tablette sert peu à lire des livres numériques. La dimension « productive » de l'iPad n'est sans doute pas suffisamment mise en avant auprès des enseignants. Apple a sa part de responsabilité, en cloisonnant ainsi les applications. Un apprenant témoigne : « C’est difficile d’écrire un texte avec l’iPad. Pour utiliser les autres outils comme Antidote ou le dictionnaire, il faut changer d’application. C’est trop compliqué alors on ne vérifie pas ».

Les élèves pointent les principaux désavantages de l'iPad, vécu d'abord et avant tout comme une source de distraction, suivi par la difficulté à écrire sur la tablette, puis la gestion jugée difficile des travaux. Ces résultats sont d'ailleurs identiques pour les enseignants : il y a là matière à réflexion pour les éditeurs d'applications et surtout, pour Apple.

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Les autres domaines à problèmes relevés par les auteurs sont, après la distraction, l'écriture et la lecture difficiles, des manuels scolaires souvent mal adaptés malgré des outils (comme iBooks Author et iTunes U) qui permettent de créer et distribuer des ouvrages éducatifs relativement facilement. La planification des cours par les enseignants, ainsi que la gestion des travaux sont jugées ardues — plus en tout cas que la traditionnelle gestion par papier. La méconnaissance des ressources et le sous-usage des livres électroniques font partie du problème plus global de l'accès au savoir; dans ce domaine, et malgré la boutique iTunes U, Apple n'a pas su répondre efficacement à cet enjeu.

Enfin, un iPad en classe peut avoir un effet totalement inverse à celui recherché, à savoir… nuire à la réussite scolaire. Il s'agit ici de bien encadrer les élèves dans la découverte et l'utilisation de la technologie qui doit rester un outil et non pas une fin.

Une satisfaction qui ouvre des portes sur le monde

Mais ces problèmes liés à la nouveauté de l'usage de l'iPad en classe (ainsi que d'outils qu'il revient à Apple de développer) sont contrebalancés par les avantages fournis par la tablette. Pour les élèves, la portabilité (« avant mon sac à dos pesait une tonne, maintenant c’est beaucoup plus léger »), l'accès à l'information et la qualité des présentations font partie des principaux atouts de l'iPad; les professeurs mettent plutôt en avant l'accès à l'information en premier, suivi par la portabilité puis la collaboration avec et entre les élèves. Il y a également une autre dimension qui explique l'intérêt des enseignants pour cette nouvelle technologie, résumée dans ce témoignage : « Il est nécessaire d’apprendre aux élèves à utiliser le matériel informatique. La société est basée sur un système numérique et notre rôle en tant qu’enseignant est de préparer les élèves à trouver une place dans cette société ».

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Plus globalement, la grande majorité des élèves ont qualifié leur expérience d'usage de l'iPad comme étant « amusante », suivi, mais de loin, par « utile ». Le qualificatif « inutile » suit de près. En revanche, soulignent les auteurs, « aucun élève n’a mentionné le fait que l’outil leur permettait d’apprendre plus » !

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42 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar mathiasr 02/05/2014 - 14:29

Il y a des études qui vont dans ce sens, cf comparaison de prise de note au niveau universitaire:
http://chronicle.com/blogs/wiredcampus/taking-notes-by-hand-benefits-rec...

Le bouquin de Nicholas Carr «Internet rend-il bête ? » http://www.laffont.fr/site/internet_rend_il_bete_&100&9782221124437.html
Parlait également des précédentes évolutions technologique mises en œuvre au niveau de l’éducation comme l’utilisation de la vidéo ou du multi-média et qui ne n’ont pas nécessairement fait leurs preuves.
Investir dans les moyens techniques a l’avantage d’être concrètement visible, peut-être est-ce également devenu plus simple que de former de bons professeurs.
Après le déficit d’attention, l’incapacité à mémoriser… bientôt le manque d’imagination, pauvres enfants devenus dépendants de la « connexion ».

avatar BenUp 01/05/2014 - 22:06

La tablette à l'école est un outil pédagogique identique à une ardoise, ça ne révolutionne rien mais ça peut aider.

avatar patrick86 01/05/2014 - 22:12

"La tablette à l'école est un outil pédagogique identique à une ardoise"

Une ardoise qui semble davantage venir de Poudlard que celle que j'ai eu à l'école…



avatar BenUp 01/05/2014 - 22:15 (edité)

Et alors ?

avatar patrick86 02/05/2014 - 11:37 (edité)

"Et alors ?"

Et alors je préfère l'ardoise de Poudlard à celle que j'eus utilisée étant petit.

avatar samshit 01/05/2014 - 22:54

Une ardoise 2.0

avatar Dr Fatalis 02/05/2014 - 11:31 (edité)

Dans les classes, pour els élèves, l'ipad ne semble pas permettre d'apprendre ni plus, ni mieux. Juste différemment. Se pose alors la question du rapport coût / bénéfice.

Si l'on remplace les manuels papiers par des manuels électroniques gratuits, ou réalisés spécifiquement par le prof, alors l'économie de papier et de pois peut, à elle seule rentabiliser l'investissement (vous n'avez pas idée du coût des photocopies dans un établissement scolaire, avec des perles comme, par exemple, une question d'un concours de science qui présentait aux élèves une figure colorée servant à dépister le daltonisme qui s'était retrouvée photocopiée en noir et blanc, et se révélait donc illisible....).

Je verrais bien un lot d'ipad par classe, que l'on distribuait selon les besoins, mais pas un ipad confié toute l'année à un élève...

Par contre, pour de nombreux professeurs (dont votre serviteur) c'est une révolution (je précise, en sciences).

avatar BenUp 02/05/2014 - 13:01

Oui je suis enseignant aussi et l'informatique apporte un bon support quand l'établissement le permet ^^

avatar bouli974 02/05/2014 - 14:32

`Sympa cet article sur la conf d'ouverture du sommet de l'iPad. Il s'avère que j'y suis, je présente un outil de géométrie dynamique (pour les matheux) qui s'appelle DGPad, fait par un prof de maths de Millau - Eric Hakenholz - et qui mérite qu'on s'y intéresse (c'est tout à fait autre chose que GeoGebra sur tablette par exemple

C'est une webApp gratuite et une iApp payante pour iOS (genre 2 euros)

Ce que ça fait ? par exemple ça : http://goo.gl/4Pm3hS
(clic droit glisser sur ordi pour tourner le trièdre, ou deux doigts sur la tablette)

On fait cette figure en créant des points et des segments, pour info cette figure ne comprend que 170 objets.

Tutoriel - et explication des choix de l'interface - http://irem.univ-reunion.fr/spip.php?article721

avatar ericb2 02/05/2014 - 14:37

La connaissance est une coupe sucrée aux bords amers, et non le contraire comme on voudrait le faire croire trop souvent. Et ce serait bien d'avoir des iPads à disposition, et de les autoriser quand quelque chose a été bien fait (pas avant).

Par exemple : une page écrite avec moins de X fautes, ou une poésie connue, ou encore une bonne réponse à un problème, une bonne idée, un beau dessin ou une belle réalisation manuelle ... etc

Dit autrement : associer la notion de mérite à un travail réussi, ou une tâche terminée correctement.

On ne profite vraiment d'une chose que quand on l'a méritée ...

avatar ericb2 02/05/2014 - 18:44 (edité)

Je me réponds à moi-même, après avoir lu plus attentivement les résultats :

1. c'est curieux cet avantage apparent, nommé "accès à l'information", quand on sait qu'Apple est une des entreprises qui met le plus d'énergie à enfermer ses utilisateurs dans une prison dorée.

La perception de la qualité et surtout de la quantité d'information n'est pas la même pour tout le monde ;-)

2. faire les devoirs en ligne. Ce serait bien si les réponses à tous nos problèmes étaient en ligne, mais j'ai bien peur que l'on ne s'égare sur ce sujet : faire un copier-coller ne procure que l'illusion d'avoir travaillé. Il s'agit seulement d'une productivité apparente. C'est malheureusement un constat classique : des élèves jurent avoir beaucoup travaillé parce qu'ils ont passé un long moment devant un écran. Alors que l'essentiel est dans l'organisation et la méthode de travail.

3. l'économie de papier, par contre, est un vrai progrès.

avatar patrick86 02/05/2014 - 19:01 (edité)

"1. c'est curieux cet avantage apparent, nommé "accès à l'information", quand on sait qu'Apple est une des entreprises qui met le plus d'énergie à enfermer ses utilisateurs dans une prison dorée."

L'accès à Internet n'est pas filtré par Apple.
Il y a sur OS X et iOS pléthore d'applications diverses qui permettent de consulter des sources phénoménales de quantités d'informations, à commencer par les navigateurs web.

avatar Caliao 02/05/2014 - 19:22 (edité)

Je me souviens avoir participé à cette étude l'année dernière lors de mon secondaire 5. Je dois dire que notre professeur était Pro Apple, et que je n'avais jamais vu un professeur utiliser de si brillante façon iTunes U et plein d'autre choses ! Nous avions un portail en ligne directement depuis une application dans le iPad et cette dernière nous permettait de déposer notre travail (fichier pages par exemple) directement dans la section correspondante au devoir. Du coup bah le prof le recevait de son côté du portail et était à même de nous faire des commentaires vis à vis de la correction. Bien sûr, il était plus facile de prendre rendez-vous avec l'enseignant et de cibler la matière à réviser :)

avatar Malcolmm 02/05/2014 - 22:08

"Nous avions un portail en ligne directement depuis une application dans le iPad et cette dernière nous permettait de déposer notre travail (fichier pages par exemple) directement dans la section correspondante au devoir. Du coup bah le prof le recevait de son côté du portail et était à même de nous faire des commentaires vis à vis de la correction."

Il y a des applis PC qui permettent le même genre de manip, le problème ne concerne d'ailleurs pas vraiment l'intérêt d'un ipad/PC/tableau noir/interactif/cahier/livre , tout dépendra de l'offre du support éducatif et en la matière ni l'iPad ni les livres ne remplacent la réactivité de l'enseignant.

avatar eden-eden 03/05/2014 - 17:27

SANTÉ PUBLIQUE :
Y'en a qui se plaignent des effets du poids des bouquins sur le dos des gamins. Mais personne ne mentionne les effets des écrans sur les yeux de tous, mis à part les ophtalmologistes qui constatent bien que ça abîme les yeux de plus en plus de monde, et de plus en plus jeune. Les écrans des tablettes et des ordinateurs sont incontestablement trop agressifs. L'exposition quasi permanente crée un vrai problème de santé publique. Les pouvoirs publics devraient donc clairement obliger les fabricants d'écrans à respecter certaines normes d'une part, et à informer le public d'autre part. De la même manière qu'on indique aux fumeurs que fumer nuit gravement à la santé, ces fabricants devraient indiquer sur les écrans que l'exposition est dangereuse pour les yeux et qu'elle provoque des problèmes de vue irréversibles. Également, Apple comme d'autres fabricants pourront se vanter de faire des progrès quand les écrans cesseront de projeter autant de lumière et d'être aussi "brillants". Les recherches sur ce qu'on nomme les "encres numériques" ou technologies similaires devraient être largement encouragées.

DÉVELOPPEMENT DE L'ENFANT :
Quant à écrire avec un écran plutôt qu'avec un stylo, ça n'a rien à voir. Avec un stylo, on dessine les lettres et les mots. On s'invente une écriture qui reflète sa personnalité. Ce qui implique une dimension "créatrice" dans l'écriture qui n'existe pas dans la saisie au clavier. C'est comme tenir un pinceau quand on fait de la peinture ou un crayon quand on dessine. L'outil tenu en main, sa manipulation, disparait avec l'iPad. C'est une régression, celle vers l'âge de la petite enfance où l'on peint avec les doigts. L'âge où l'on apprend à utiliser un outil pour réaliser quelque chose est fondamental dans le développement de la petite enfance. Si l'on peut considérer l'iPad comme un outil, cet outil se confond avec l'objet réalisé, dans la mesure où l'on ne fait pas sortir de l'iPad un autre objet (un livre par exemple), même si ce serait possible. Du coup, l'iPad est une fin en soit. Tandis qu'un outil se distingue de l'objet créé, et, de fait, reste un moyen pour la fabrication de cet objet.

ÉTUDE FAUSSÉE :
On peut apprécier l'iPad, voire penser que c'est une belle invention. Je partage ce point de vue. Mais il ne faut pas proposer une étude inversée dans laquelle on met en avant un objet, et on cherche à voir s'il est bon. Il faut au contraire identifier d'abord les problèmes qui se posent dans l'éducation et ensuite voir quelles pédagogies et quels outils pourraient être utilisés pour amoindrir ou éradiquer ces problèmes. Dans cette étude, les problèmes ne sont pas posés et le parti pris est évident. Voire l'aveuglement autour d'un objet à la mode (qu'on voudrait bien voir résoudre tous les problèmes). Les problèmes identifiés aujourd'hui à l'école tournent par exemple autour des difficultés à lire, repérées dès le CP. Autour également des capacités à fixer son attention, à se concentrer, à mémoriser. Aussi autour des capacités à élaborer une réflexion et à l'exposer de manière logique. Sauf que tout cela est compliqué parce que non homogène socialement. La France n'est pas nulle à l'école, mais elle est blindée d'inégalités. Et quand le niveau est bas, les iPad n'y peuvent pas grand chose. Quand le niveau est bon, l'iPad ne sera pas particulièrement gênant, voire il pourra être apprécié et appréciable. L'iPad est donc un petit plus pour les niveaux scolaires déjà bons, qui permet de continuer à apprendre en s'amusant un peu. Inutile de le voir comme un objet révolutionnaire qui change la donne. En fait, la fabrication des cerveaux de nos enfants n'a pas grand chose à voir avec l'iPad. Une carte de la guerre froide sur un manuel scolaire ou sur un iPad, c'est sensiblement la même chose, la lumière en plus pour les yeux. Bien que, affichée au tableau, cette même carte permet psychologiquement de regarder tous le même objet. Mais c'est encore une autre histoire.

BLAGUE :
Dans une semaine, j'invente le stylo atomique. Et je fais une étude pour montrer que ça ne pose aucun problème aux gamins dans les écoles, voire qu'ils se sentent mieux avec et qu'ils redécouvrent la joie d'écrire. Il suffira ensuite de traiter de réac tous ceux qui trouveront ça débile. C'est vrai que la formule "il faut bien vivre avec son temps" permet de vendre a à peu près tout et n'importe quoi, et d'éviter de repérer les problèmes à leur source.

avatar eden-eden 04/05/2014 - 00:04 (edité)

Les liseuses ont à mon avis bien plus d'avenir que les iPad dans les écoles. Avec une meilleure gestion de la couleur, un système d'annotation, de surlignage et de soulignage, elles seraient idéales. Elles abîment moins les yeux, sont bien plus autonomes et offrent moins de distractions aux élèves.

La technologie Liquavista, par exemple, apparemment supérieure à celle des encres électroniques, et rachetée par Amazon à Samsung, risque de faire de l'ombre aux iPad si Apple ne trouve pas une solution similaire voire supérieure.

avatar Bruno de Malaisie 05/05/2014 - 04:46

Je suis en train de faire une thèse sur les smartdevices et leur conséquence sur le paradigme de l'enseignement.
Pour moi, concernant le monde de l'éducation, l'iPad est au même niveau que Guttemberg et sa découverte de l'édition...
Mais il ne faut pas voir en l'iPad une baguette magique d'apprentissage,
Et les éducateurs doivent être à ce sujet dans une démarche socratique (je ne sais pas grand chose:)) et non pas une démarche de sophiste.
Les limites d'utilisation de l'iPad en éducation sont celles des limites de l'éducateur.

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