Fermer le menu

Adobe InDesign : 15 ans, l'âge bête

Mickaël Bazoge | | 10:30 |  71

Les développeurs d'InDesign sont-ils au niveau des standards de qualité que l'on est en droit d'attendre d'Adobe ?

Depuis une dizaine d'années, sous l'impulsion du CEO d'origine indienne d'Adobe, de nombreux pans d'InDesign ont été progressivement transférés chez Adobe India, l'outsourcing traditionnel à prix cassé. Quand j'avais demandé aux développeurs des bureaux de Seattle quelle était la qualité du travail de ces fameux développeurs indiens à la réputation flatteuse, la réponse était un « It's... OK » long et ironique, avec un regard et un sourire qui voulaient dire que c'était en fait moyen à acceptable. 

Shantanu Narayen, CEO d'Adobe.

Vous êtes assis-là ? La décision a été prise il y a quelques mois : InDesign n'est plus développé à Seattle, tout est parti en Inde. La direction du logiciel reste aux États-Unis mais les derniers développeurs historiques, même ceux qui étaient dans la gestion de nombreux départements, ne font plus partie de l'équipe originelle. La détérioration progressive du logiciel ces dernières années s'explique aussi par ce réaménagement. Maintenant vous me demandez si le niveau des développeurs est suffisant. Il y a du souci à se faire suite à ces constats. Surtout depuis que j'ai appris que tout DPS (le module de Digital Publishing) est en fait développé en Inde depuis le début...

Les développeurs d'InDesign n'ont pas participé à DPS ?

Que nenni. Non seulement ils n'ont jamais participé à l'élaboration de DPS, ni collaboré à la moindre fonction mais pire : ils ne savent même pas qui en sont les développeurs en Inde ! Les équipes ne se sont jamais rencontrées… Il faut considérer DPS comme un plug-in tiers.

Quelle est la conséquence de cette séparation des équipes ?

On avait créé une application qui se mettait à jour correctement au gré des mises à jour de DPS. Puis un jour, quelque chose bloquait dans la mise à jour de l'app pour Android, impossible de la sortir à temps alors que mon client avait préparé une grosse campagne de communication à une date très précise. Reconnaissant le problème, mon contact chez Adobe a mis en place une task force de quatre personnes en Inde pour comprendre pourquoi des fichiers InDesign qui jusqu'alors, passaient sans problème dans le cloud DPS, étaient rejetés. Cela a pris plus d'un mois. Le constat : les développeurs avaient oublié de documenter une modification qui, si nous avions été mis au courant, auraient pu être appliquée dans nos templates. La conséquence : une gestion catastrophique du service, une réponse tardive... tout cela est indigne pour le prix payé pour la licence. Le client, furieux de voir sa campagne s'effondrer, de devoir rendre des comptes à sa hiérarchie, a demandé en guise de compensation la gratuité d'un an de service DPS Professional. Refus d'Adobe qui ne proposait qu'une remise ridicule. Le client a finalement rayé Adobe DPS et m'a blacklisté comme « prestataire peu fiable qui n'a pas livré un produit à temps alors qu'il s'y est contractuellement engagé »... C'est grave, tout cela va se jouer devant un tribunal avec plusieurs acteurs.

DPS est-il au point ?

Le problème de DPS est que c'est une usine à gaz qui a d'abord été pensée pour les groupes de presse moyens à grands. Nous sommes obligés de travailler en ligne sur le Cloud DPS Adobe avec tous les problèmes que cela a déjà engendré (lenteur, coupure du service, lourdeur des fichiers et donc uploads laborieux), de nombreuses étapes nécessitent des opérations manuelles fastidieuses, l'interaction avec les fonctions d'InDesign est très incomplète. L'illustration parfaite de la déconnexion entre l'équipe de Seattle et Adobe India est la suivante : InDesign permet d'avoir des pages de formats différents pour produire, entre autres, des applications mobiles au format de plusieurs sortes de tablettes et téléphones ; l'un des grands credos d'Adobe. Imaginez que vous avez préparé tous les pages dans tous les formats... et bien DPS ne vous permet pas de créer d'un seul clic de souris toute la publication et ses déclinaisons de format, vous devez réaliser une opération manuelle pour chaque page et chaque format. Twixl, un concurrent de DPS, réalise l'opération en quasi un clic de souris, c'est à dire 20, 50, 100 fois plus vite en fonction du nombre de pages et de déclinaisons. 

Pourtant DPS est utilisé massivement par de nombreux titres ?

Tout à fait, mais les concurrents comme Aquafadas ou Twixl grappillent des parts de marché à DPS de façon impressionnante ces derniers temps. Aquafadas n'est pas bon marché, est moins facile à apprendre, mais la palette de fonctions qu'il propose est aussi impressionnante, ils sont vraiment à la pointe des publications électroniques. Twixl propose grosso modo la même chose que DPS mais le flux de travail est tellement plus malin, plus rapide et plus facile. Un nombre considérable d'opérations manuelles dans DPS sont exécutées d'un seul clic de souris dans Twixl. Et puis l'argument déclencheur qui a forcé un nombre important d'utilisateurs à quitter DPS est le prix. Récemment, de façon un peu inexplicable, Adobe a modifié sa politique de prix qui rend leur solution de digital publishing encore plus chère qu'auparavant. Les agences qui ont investi et formé leur personnel à Adobe DPS voient tout cela d'un très mauvais œil.

Catégories: 
Tags : 

Les derniers dossiers

Ailleurs sur le Web


71 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar greggorynque 25/08/2014 - 10:47 via iGeneration pour iOS

Super article !

Le fan d'un design que je suis ne peut qu'approuver.

Je rajouterais qu'avant même l'ajout de fonctions, c'est rendre indesign plus cohérent avec Photoshop et illustrator que nous demandons le plus. Par exemple la gestion du plein écran est toujours inexistante sous indesign (je parle du basculage d'affichage en une touche) alors qu'il y serait encore plus important que sous illustrator par exemple.

Cela étant dit après une gros refonte du moteur Photoshop suivie d'une grosse refonte de celui d'illustrator je croise les doigts que ce soit le moment d'indesign ! (Tout en espérant que cela n'amène pas autant de crash que sous illustrator)

avatar pecos 25/08/2014 - 10:47

15 ans, l'âge bête ?
Pour moi ça n'a jamais été autre chose qu'une usine à gaz imbitable qui reprend tous les défauts de Photoshop sans ses qualités, pour - au final - n'offrir face à son concurrent XPress qu'une politique tarifaire plus agressive (du moins au début) sans jamais atteindre la limpidité et la rapidité de son concurrent.

Que des centaines de milliers de maquettistes et de studios l'aient adopté ne change rien à l'affaire et ne prouve rien quand à son éventuelle supériorité, le milieu des graphistes étant par définition aussi moutonnier et conformiste que le reste de la société :
Il suffit d'un peu de buzz autour d'un produit soi disant révolutionnaire (inDesign), de quelques évangélistes acharnés pour porter la bonne parole, d'un désamour passager face à un tarif trop élevé (XPress) pour que XPress se retrouve avec la portion congrue.

Dans la réalité, quand on a inDesign et XPress sur le même mac, la comparaison n'est pas très flatteuse pour le premier.

Juste un truc qui m'a toujours fait hurler de rire : dans XPress, on bouge la page avec la touche alt.
Dans inDesign, c'est comme dans photoshop : avec la touche espace.
LOL...
Super quand on est en train d'éditer un bloc de texte... Complètement aberrant !

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 10:52

Se déplacer sur une page dans InDesign: ALT+Espace



avatar EricdeB 25/08/2014 - 14:47 (edité)

Ben non. Espace suffit...

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 14:49

Lire le commentaire d'origine svp.

avatar EricdeB 25/08/2014 - 15:48 (edité)

???
Il déplore le fait que la touche Espace permette de se déplacer dans une page ID.
Toi tu réponds : Se déplacer sur une page dans InDesign: ALT+Espace
Je dis ensuite qu'Espace seul suffit...
Comprends pas...

avatar Cap.Achab 25/08/2014 - 15:57

Dans le post d'origine, Pecos le déplore quand on est en mode édition de texte, je cite : "Super quand on est en train d'éditer un bloc de texte... Complètement aberrant !"
Sauf qu'à l'intérieur d'un bloc de texte, donc en mode édition de texte, le raccourci pour se déplacer dans la page c'est Alt + Espace. La touche espace dans ce cas sert à… insérer un espace.

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 16:03

Voilà EricB, Cap.Achab lit bien avant de répondre.

Vu qu'InDesign est un logiciel qui utilise beaucoup de texte, et que donc Espace ne suffit pas pour se déplacer comme dans Photoshop sinon ça insèrerait une espace dans le texte, j'ai pris pour habitude de toujours utiliser Alt+Espace pour me déplacer dans un document, ainsi je ne risque pas d'ajouter une espace dans le texte.

avatar - B'n - 25/08/2014 - 17:38

Alt seulement cela suffit lorsque l'on est dans un bloc texte. ;)

avatar studdywax 25/08/2014 - 10:58 via iGeneration pour iOS

La bonne nouvelle c'est que je ne suis pas seul du tout à penser tout ça !
La mauvaise nouvelle c'est que même si on le pense, cela ne changera rien.....

avatar ritchi_paris 25/08/2014 - 11:19

Ce sera le grand retour de Quark… :)
Très bon article… merci la rédaction

avatar bortek 25/08/2014 - 11:22 (edité)

Tous les produits Adobe sont dans la meme situation. Les ajouts dans Photoshop et Illustrator ne sont là que pour les démos. Rien n'est corrigé entre chaque version.

https://www.facebook.com/AdobeCsGuiInconsistency?ref=hl

avatar FloP1 25/08/2014 - 11:28 via iGeneration pour iOS

Un service marketing qui essaye de réinventer une roue, et ne s'intéresse absolument pas aux retours clients (puisqu'en général ils ne maîtrisent pas le sujet). Des développeurs qui attendent du client qu'il s'adapte à leur métier (il me semblait que ça devrait être l'inverse), et un client final qui dépense une fortune pour un outil qui est de plus en plus déconnecté des besoins de la profession.

A chaque fois que je discute d'un logiciel spécialisé, c'est le même genre de remarques...

avatar ysengrain 25/08/2014 - 11:31 via iGeneration pour iOS

Quoiqu'il se passe avec ID, les solutions tierces de valeur sont absentes. Adobe peut rouler tranquillement.

Les faits relatés par BM n'engagent pas du tout à s'engager sur le cloud. Et je ne parle pas du coût.

Cette bataille est perdue/ nous continuerons à être les spectateurs d'une vie qui n'est pas la nôtre.

avatar Pimentpub 25/08/2014 - 11:35

Excellent l'article. Une très bonne idée de ne payer que la publication PDF ou autre pour Quark !

avatar misc 25/08/2014 - 14:05

InDesign étais partiellement basé sur Aldus PageMaker, racheté quelques années auparavant par Adobe. Le moteur a surement été re-ecris, mais l'interface étais très proche. C'était l'alternative principale a XPress durant les années 90.

http://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_InDesign
https://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_PageMaker

avatar Kris Coppieters 25/08/2014 - 12:44

Excellent! Tout a fait d'accord!

avatar 406 25/08/2014 - 12:47 (edité)

je m'étais aperçu (à mes dépens) d'un bug dans la gestion des couleurs sur un seul document. je changeais le profil d'impression et pouf, mes valeurs de teintes (cmyk) changeaient en même temps alors que conserver les valeurs étaient activées.
une belle galère, j'ai tout désactivé depuis et plus de soucis mais bon...

avatar emts 25/08/2014 - 12:55

Ce qui m'enerve, c'est cette délocalisation en Inde pour faire encore plus de profits... On vie une époque formidable, si au moins c'était pour baisser les prix des utilisateurs... plus de profits, moins de qualité... cool !
En tout cas merci a BM pour son honnêteté.

avatar Waterfront 25/08/2014 - 13:34 via iGeneration pour iOS

Excellent article/interview.
Je me souviens d'un certain Franck Petit qui nous faisait tester InDesign avant la 1.0 en conditions réelles dans la boîte où je bossais à l'époque : il était d'une écoute et d'une attention remarquables. On créait, exécutait, flashait, cromalinait... Toutes nos remarques étaient les bienvenues. C'était un plaisir de tester.
Dommage qu'Adobe aie pris cette direction.

avatar 406 25/08/2014 - 13:50 (edité)

la 1 était quand même une bonne galère au flashage de plusieurs pages. obligé de les envoyer une par une ou de bidouiller pour arriver à ses fins mais rien qu'un ombré sous un texte, la moitié chevauchant une image en arrière plan m'a vite convaincu du potentiel du logiciel comparé à xpress à l'époque, qui obligeait à tout monter dans toshop avec une grosse perte de temps.

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 13:59

Les ombres c'était dans la v2 et non la v1.

Aussi il fallait un peu lire le mode d'emploi pour comprendre comment utiliser les ombres au stade de la séparation en présence de CMJN et tons directs, plus la superposition des objets sur la page qui était importante. Mis à part cela, je n'ai jamais eu de problème de séparation. Il fallait juste apprendre la technique de l'aplatissement des transparences… technique que QuarkXPress n'a intégré que bien des années plus tard… avec les résultats catastrophiques que l'on sait. Voilà pourquoi je parle de travail d'orfèvre.

avatar 406 25/08/2014 - 14:20

ha vi. je viens de réinstaller la 1 et, effectivement, y'a pas. bon. faut croire que j'aimais aussi toucher à toute nouveauté. :-p

avatar FloP1 25/08/2014 - 13:52 via iGeneration pour iOS

@emts: si cette délocalisation permettait d'avoir le même boulot, ou mieux, ça ne me dérangerait pas. Sauf qu'en général (et comme laissé sous-entendre dans l'article) c'est pire, et là c'est inadmissible

avatar emts 25/08/2014 - 13:55

évidemment !

Pages