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Adobe InDesign : 15 ans, l'âge bête

Mickaël Bazoge | | 10:30 |  71

Vous avez évoqué les fonctions de l'InDesign Print qui sont toujours en souffrance, en attente d'amélioration. Quelles sont ces fonctions ?

Je vais vous répondre en citant quelques fonctions mais aussi en vous expliquant comment on en arrive à des situations absurdes. Un ancien responsable d'InDesign racontait avec amusement et consternation une anecdote vécue avec un développeur qui avait étudié une sorte de concept, une série d'interconnexions logiques entre des fonctions. Il en fait la démo aux responsables qui se sont demandés en quoi cela pourrait être utile à InDesign. Personnellement, pour avoir montré par l'exemple chez eux, dans leur labo de Seattle où InDesign est développé, les gros problèmes en matière de gestion multilingue, j'avais l'impression de parler à des gens qui n'était pas sur la même planète que nous et qui ne voyaient pas en quoi les problèmes de l'Europe et ses dizaines de langues pouvaient les toucher. 

Lorsque la fonction Légendes (dynamiques et statiques) a été développée, la première fois qu'on nous l'a présentée j'avais tout de suite pointé un certain nombre d'incohérences et de limites. Lorsque j'ai expliqué comment depuis des siècles, et plus particulièrement depuis trente ans en PAO, les légendes fonctionnent et devraient fonctionner, le développeur qui en avait la charge était incapable d'entendre un avis venant de la vie réelle, c'est-à-dire de professionnels de la mise en page qui s'attendent à utiliser les légendes comme... des légendes ! Ce développeur était coincé dans une logique de développeur ne connaissant pas la réalité d'usage des légendes, nous expliquant que « c'était comme ça », et que seules les remarques concernant le débuggage allaient être acceptées, mais certainement pas pour améliorer la fonction. Depuis son apparition dans CS5, cette fonction n'a plus été améliorée. Aujourd'hui encore, si l'on utilise une légende dynamique (qui peut être automatiquement mise à jour via les métadonnées), elle doit obligatoirement tenir sur une seule ligne de texte sinon le texte se condense. Si l'on utilise une légende statique, elle peut tenir sur plus d'une ligne de texte, mais elle ne peut être mise à jour.

Donc, au lieu de créer une seule fonction, ils en ont créé deux, chacune possédant 50% des avantages et des inconvénients de l'autre. Totalement absurde.

Un autre exemple encore plus éclairant: les tableaux... apparus dans InDesign 2.0 et améliorés dans CS (3.0), ils étaient restés en léthargie depuis dix ans. Combien de fois n'a-t-on pas lu des demandes pour que les coins puissent être arrondis ? Cela viendra peut-être un jour. Mais dans la dernière version InDesign CC2014, une amélioration est apparue : on peut déplacer le contenu d'une ou plusieurs lignes ou colonnes par simple sélection puis glissement de celle-ci... à condition :

  • qu'il n'y ait pas d'en-tête de tableau,
  • ni de pied de tableau,
  • ni de cellules fusionnées…

Vous avouerez que cela réduit considérablement le champ d'action de cette nouveauté ! Quel tableau n'a-t-il pas au moins un titre ou des intitulés de colonne ? C'est ce que l'on appelle en anglais une « half-baked feature », une fonction à moitié cuite.

Les notes de bas de page ne sont utilisables que dans des documents simples, comme les livres de littérature. Cela fait dix ans que les utilisateurs demandent qu'elles ne soient pas contraintes à une seule colonne, qu'elles puissent sortir du bloc de texte... Il y a toutefois une petite amélioration dans InDesign CC2014 qui permet à la note de bas de page d'être composée correctement lorsqu'elle EST sous l'influence d'un habillage. Mais pourquoi alors n'ont-ils pas résolu le même problème lorsqu'un habillage vient perturber une liste à puces !

Éternel problème dans InDesign : l'habillage de texte appliqué aux objets ancrés n'est effectif qu'à partir de la seconde ligne du paragraphe. 

Pour résoudre le problème, il faut ancrer l'objet au paragraphe précédent. Une solution qui ne fonctionne pas si le paragraphe précédent se trouve sur la planche précédente. De plus, placer ainsi le point d'insertion ailleurs qu'au début du paragraphe associé ne respecte pas le sens logique de lecture du document, ce qui veut dire qu'à l'exportation en HTML, en EPUB ou en PDF accessible, l'objet ancré apparaîtra ailleurs que là où il devrait se trouver. Ce n'est vraiment pas sérieux.

La fonction Mise en page liquide, censée nous aider dans la déclinaison de mises en page dans des formats différents, est tellement basique et mal conçue que non seulement son champ d'application est très limité mais sa mise en œuvre est très laborieuse. Je pourrais continuer la liste encore et encore. C'est ainsi depuis dix ans dans InDesign.

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71 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar greggorynque 25/08/2014 - 10:47 via iGeneration pour iOS

Super article !

Le fan d'un design que je suis ne peut qu'approuver.

Je rajouterais qu'avant même l'ajout de fonctions, c'est rendre indesign plus cohérent avec Photoshop et illustrator que nous demandons le plus. Par exemple la gestion du plein écran est toujours inexistante sous indesign (je parle du basculage d'affichage en une touche) alors qu'il y serait encore plus important que sous illustrator par exemple.

Cela étant dit après une gros refonte du moteur Photoshop suivie d'une grosse refonte de celui d'illustrator je croise les doigts que ce soit le moment d'indesign ! (Tout en espérant que cela n'amène pas autant de crash que sous illustrator)

avatar pecos 25/08/2014 - 10:47

15 ans, l'âge bête ?
Pour moi ça n'a jamais été autre chose qu'une usine à gaz imbitable qui reprend tous les défauts de Photoshop sans ses qualités, pour - au final - n'offrir face à son concurrent XPress qu'une politique tarifaire plus agressive (du moins au début) sans jamais atteindre la limpidité et la rapidité de son concurrent.

Que des centaines de milliers de maquettistes et de studios l'aient adopté ne change rien à l'affaire et ne prouve rien quand à son éventuelle supériorité, le milieu des graphistes étant par définition aussi moutonnier et conformiste que le reste de la société :
Il suffit d'un peu de buzz autour d'un produit soi disant révolutionnaire (inDesign), de quelques évangélistes acharnés pour porter la bonne parole, d'un désamour passager face à un tarif trop élevé (XPress) pour que XPress se retrouve avec la portion congrue.

Dans la réalité, quand on a inDesign et XPress sur le même mac, la comparaison n'est pas très flatteuse pour le premier.

Juste un truc qui m'a toujours fait hurler de rire : dans XPress, on bouge la page avec la touche alt.
Dans inDesign, c'est comme dans photoshop : avec la touche espace.
LOL...
Super quand on est en train d'éditer un bloc de texte... Complètement aberrant !

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 10:52

Se déplacer sur une page dans InDesign: ALT+Espace



avatar EricdeB 25/08/2014 - 14:47 (edité)

Ben non. Espace suffit...

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 14:49

Lire le commentaire d'origine svp.

avatar EricdeB 25/08/2014 - 15:48 (edité)

???
Il déplore le fait que la touche Espace permette de se déplacer dans une page ID.
Toi tu réponds : Se déplacer sur une page dans InDesign: ALT+Espace
Je dis ensuite qu'Espace seul suffit...
Comprends pas...

avatar Cap.Achab 25/08/2014 - 15:57

Dans le post d'origine, Pecos le déplore quand on est en mode édition de texte, je cite : "Super quand on est en train d'éditer un bloc de texte... Complètement aberrant !"
Sauf qu'à l'intérieur d'un bloc de texte, donc en mode édition de texte, le raccourci pour se déplacer dans la page c'est Alt + Espace. La touche espace dans ce cas sert à… insérer un espace.

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 16:03

Voilà EricB, Cap.Achab lit bien avant de répondre.

Vu qu'InDesign est un logiciel qui utilise beaucoup de texte, et que donc Espace ne suffit pas pour se déplacer comme dans Photoshop sinon ça insèrerait une espace dans le texte, j'ai pris pour habitude de toujours utiliser Alt+Espace pour me déplacer dans un document, ainsi je ne risque pas d'ajouter une espace dans le texte.

avatar - B'n - 25/08/2014 - 17:38

Alt seulement cela suffit lorsque l'on est dans un bloc texte. ;)

avatar studdywax 25/08/2014 - 10:58 via iGeneration pour iOS

La bonne nouvelle c'est que je ne suis pas seul du tout à penser tout ça !
La mauvaise nouvelle c'est que même si on le pense, cela ne changera rien.....

avatar ritchi_paris 25/08/2014 - 11:19

Ce sera le grand retour de Quark… :)
Très bon article… merci la rédaction

avatar bortek 25/08/2014 - 11:22 (edité)

Tous les produits Adobe sont dans la meme situation. Les ajouts dans Photoshop et Illustrator ne sont là que pour les démos. Rien n'est corrigé entre chaque version.

https://www.facebook.com/AdobeCsGuiInconsistency?ref=hl

avatar FloP1 25/08/2014 - 11:28 via iGeneration pour iOS

Un service marketing qui essaye de réinventer une roue, et ne s'intéresse absolument pas aux retours clients (puisqu'en général ils ne maîtrisent pas le sujet). Des développeurs qui attendent du client qu'il s'adapte à leur métier (il me semblait que ça devrait être l'inverse), et un client final qui dépense une fortune pour un outil qui est de plus en plus déconnecté des besoins de la profession.

A chaque fois que je discute d'un logiciel spécialisé, c'est le même genre de remarques...

avatar ysengrain 25/08/2014 - 11:31 via iGeneration pour iOS

Quoiqu'il se passe avec ID, les solutions tierces de valeur sont absentes. Adobe peut rouler tranquillement.

Les faits relatés par BM n'engagent pas du tout à s'engager sur le cloud. Et je ne parle pas du coût.

Cette bataille est perdue/ nous continuerons à être les spectateurs d'une vie qui n'est pas la nôtre.

avatar Pimentpub 25/08/2014 - 11:35

Excellent l'article. Une très bonne idée de ne payer que la publication PDF ou autre pour Quark !

avatar misc 25/08/2014 - 14:05

InDesign étais partiellement basé sur Aldus PageMaker, racheté quelques années auparavant par Adobe. Le moteur a surement été re-ecris, mais l'interface étais très proche. C'était l'alternative principale a XPress durant les années 90.

http://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_InDesign
https://en.wikipedia.org/wiki/Adobe_PageMaker

avatar Kris Coppieters 25/08/2014 - 12:44

Excellent! Tout a fait d'accord!

avatar 406 25/08/2014 - 12:47 (edité)

je m'étais aperçu (à mes dépens) d'un bug dans la gestion des couleurs sur un seul document. je changeais le profil d'impression et pouf, mes valeurs de teintes (cmyk) changeaient en même temps alors que conserver les valeurs étaient activées.
une belle galère, j'ai tout désactivé depuis et plus de soucis mais bon...

avatar emts 25/08/2014 - 12:55

Ce qui m'enerve, c'est cette délocalisation en Inde pour faire encore plus de profits... On vie une époque formidable, si au moins c'était pour baisser les prix des utilisateurs... plus de profits, moins de qualité... cool !
En tout cas merci a BM pour son honnêteté.

avatar Waterfront 25/08/2014 - 13:34 via iGeneration pour iOS

Excellent article/interview.
Je me souviens d'un certain Franck Petit qui nous faisait tester InDesign avant la 1.0 en conditions réelles dans la boîte où je bossais à l'époque : il était d'une écoute et d'une attention remarquables. On créait, exécutait, flashait, cromalinait... Toutes nos remarques étaient les bienvenues. C'était un plaisir de tester.
Dommage qu'Adobe aie pris cette direction.

avatar 406 25/08/2014 - 13:50 (edité)

la 1 était quand même une bonne galère au flashage de plusieurs pages. obligé de les envoyer une par une ou de bidouiller pour arriver à ses fins mais rien qu'un ombré sous un texte, la moitié chevauchant une image en arrière plan m'a vite convaincu du potentiel du logiciel comparé à xpress à l'époque, qui obligeait à tout monter dans toshop avec une grosse perte de temps.

avatar branislav_milic 25/08/2014 - 13:59

Les ombres c'était dans la v2 et non la v1.

Aussi il fallait un peu lire le mode d'emploi pour comprendre comment utiliser les ombres au stade de la séparation en présence de CMJN et tons directs, plus la superposition des objets sur la page qui était importante. Mis à part cela, je n'ai jamais eu de problème de séparation. Il fallait juste apprendre la technique de l'aplatissement des transparences… technique que QuarkXPress n'a intégré que bien des années plus tard… avec les résultats catastrophiques que l'on sait. Voilà pourquoi je parle de travail d'orfèvre.

avatar 406 25/08/2014 - 14:20

ha vi. je viens de réinstaller la 1 et, effectivement, y'a pas. bon. faut croire que j'aimais aussi toucher à toute nouveauté. :-p

avatar FloP1 25/08/2014 - 13:52 via iGeneration pour iOS

@emts: si cette délocalisation permettait d'avoir le même boulot, ou mieux, ça ne me dérangerait pas. Sauf qu'en général (et comme laissé sous-entendre dans l'article) c'est pire, et là c'est inadmissible

avatar emts 25/08/2014 - 13:55

évidemment !

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