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Chroniques numériques de Chine : la guerre des transports

Mathieu Fouquet | | 09:44 |  28

Il est un pays où les Google, Facebook et autres Twitter dont nous ne pouvons pas nous passer sont quasiment inexistants. Ce pays, c’est la Chine. Expatrié dans l’Empire du Milieu, Mathieu Fouquet nous raconte son périple technologique. Un périple avec de multiples moyens de locomotion disponibles, comme il nous l’explique dans ce nouvel épisode.

À quoi pensez-vous lorsque vous entendez le mot « Chine » ? Si vous n’y avez jamais mis les pieds, il y a fort à parier que votre réponse ne fera pas dans la modération. Peut-être sera-t-il question de pandas géants, d’usines qui obscurcissent le ciel, de culture millénaire ou de censure médiatique. Et vous n’auriez pas tort : toutes ces images — et bien d’autres — font partie de la mosaïque chinoise. Si le pays évoque tous les extrêmes, c’est aussi parce qu’il les contient.

Par exemple, les pandas roux y sont extrêmement mignons. Cliquer pour agrandir

Mais extrême ou non, la Chine est aussi… un pays tout court. Avec ses supermarchés, ses toilettes publiques et ses embouteillages. En se projetant dans des lieux lointains et exotiques, l’esprit tend à ignorer, gommer ou simplifier tous les petits détails prosaïques qui pourtant en font partie intégrante. La proximité, bien sûr, a vite fait de remettre les pendules à l’heure : peu importe que ce soit en Chine ou sur la Lune, il arrive un moment où il faut bien manger, dormir et se déplacer.

C’est aujourd’hui ce dernier point qui nous intéresse : comment faire pour se rendre d’un point A à un point B en Chine continentale, particulièrement en ville ? Et surtout, quels sont les liens qui existent entre technologie, culture et moyens de transport chinois ? Comme d’habitude, j’aborderai la question sous un angle fondamentalement personnel : le sujet est bien trop vaste pour que je sois exhaustif.

Chengdu, une ville qui roule. Cliquer pour agrandir

Culte de la voiture et explosion électrique

Il n’y a relativement pas si longtemps, le mot « Chine » évoquait encore l’image d’une immense flotte de bicyclettes dominant le paysage urbain. Un cliché charmant, mais désuet : le vélo y a depuis longtemps été éclipsé par la voiture. Faut-il seulement préciser que la Chine représente le premier marché automobile mondial ? Sans doute pas : l’échelle étourdissante de ce pays — autant géographique que démographique — suffit bien souvent à en faire mécaniquement le numéro un d’à peu près toutes les catégories imaginables (d’accord, excepté la qualité de l’air).

Mais que cette taille massive n’occulte pas un point crucial : la Chine est toujours un pays en plein développement. Le rapport à l’automobile n’y est donc pas le même qu’en France : frôlant la ringardise dans l’Hexagone (surtout auprès des plus jeunes générations), la voiture est synonyme de statut social et de progrès dans l’Empire du Milieu. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser des voitures allemandes plus ou moins onéreuses sur la route (en 2014, la marque numéro 1 en nombre de véhicules écoulés était Volkswagen).

Anecdote sans aucune valeur statistique : je n’ai jamais vu autant de Tesla que depuis que je vis ici. Cinq ou six, rendez-vous compte ! Cliquer pour agrandir

Attention cependant : si cet attachement à l’automobile peut donner à la Chine une image quelque peu passéiste, le pays fait parallèlement preuve d’un progressisme aussi remarquable qu’il est nécessaire. Il existe en effet un autre type de véhicule qui domine presque autant le paysage chinois : le scooter électrique. Facturé vers les 2 000 yuans (moins de 300 €) pour un modèle d’entrée de gamme, il représente une alternative abordable et silencieuse à la voiture. J’ajouterais bien écologique, mais il reste des progrès à faire : malgré un investissement colossal du gouvernement dans les énergies renouvelables, la majorité de la production électrique chinoise provient toujours du charbon.

Scooters à Changzhou
Il n’est pas rare de croiser des océans bariolés de scooters électriques (ici à Changzhou, dans le Jiangsu). Cliquer pour agrandir

Plus surprenant encore, les motos à essence ont été bannies de nombreuses agglomérations. Quant au marché des voitures électriques, il est actuellement en forte croissance, propulsé par de conséquentes subventions du gouvernement.

Le vélo contre-attaque

Au milieu de ce décor tiré d’un rêve fiévreux d’Elon Musk, les vélos ne s’avouent pas vaincus. Ils pourraient même faire leur grand retour : certaines start-ups comme Mobike ou ofo proposent depuis peu dans les grandes villes des flottes de vélos de location, sans bornes dédiées [ndr : Tim Cook a d’ailleurs récemment rendu visite à ofo à Pékin].

Ces vélos comprennent typiquement un cadenas ainsi qu’un numéro et/ou un code QR à scanner via smartphone. Les détails du système de chaque société peuvent varier (les vélos ofo sont par exemple moins high-tech que ceux de leur concurrent direct), mais le principe reste le même : localiser un vélo à proximité, le déverrouiller avec son smartphone, payer à la durée d’utilisation (compter 10 ou 20 centimes d’euro par demi-heure), et le garer n’importe où une fois le trajet effectué. Enfin, peut-être pas trop n’importe où non plus…

Seuls inconvénients : il faut payer une caution lors de la première utilisation de l’application (environ 13 € pour ofo et le triple pour Mobike) ainsi que fournir une copie d’une pièce d’identité, probablement pour décourager les vols.

Mobike sous Android
Capture d’écran de la version Android de Mobike. On peut voir ici qu’il y a plusieurs vélos disponibles dans le quartier.

Ces systèmes commerciaux peuvent bien entendu cohabiter avec les « Vélib’ » locaux, lorsque ceux-ci existent (et c’est bien souvent le cas). Pour ma part, j’ai décidé de faire l’investissement énorme d’une bicyclette d’occasion : autour de 20 €. Autant dire que le casque a coûté plus cher.


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28 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar ValeRoss46 02/04/2017 - 09:58 via iGeneration pour iOS

Super cet article!

avatar loupsolitaire97 02/04/2017 - 10:12 via iGeneration pour iOS

Très très bon article !

Je vivais dans un village de 200 habitants, j'ai vu 3 Tesla en 6 mois

Je vis maintenant à lyon, j'en ai vu une bonne dizaines

avatar slinkytheboy 02/04/2017 - 10:33 via iGeneration pour iOS

J'adore cette série ! Merci 👍🏻



avatar Antho60 02/04/2017 - 10:34 via iGeneration pour iOS

Très bonne série. A quand un thème sur la nourriture que ta pu goûter ???

avatar gwen 02/04/2017 - 10:51

C'est sur que ce petit panda roux est mignon, par contre, il faut se méfier, leurs griffes sont acérées. C'est pire qu'un chat ces bestioles. :-)

Super article, merci. C'est vrai que le souci de l'Asie en générale, c'est que l'on n'en connaît que les clichés.

avatar umrk 02/04/2017 - 11:05

Abus reporté : dit du mal des chats !

avatar françois bayrou 02/04/2017 - 13:09

En plus il ose les comparer.
Les chats ont les lolcats, mais qu'en est-il des lolpandaroux ? hahaaa !!!

avatar pat3 02/04/2017 - 20:58 via iGeneration pour iOS

@françois bayrou

Les LOL pandas roux ont Firefox :-)

avatar frankm 02/04/2017 - 11:11 via iGeneration pour iOS

Scooter électrique = écologique. Tout dépend de la méthode de fabrication de l'électricité

avatar Myaboki 03/04/2017 - 10:52

Pas seulement, ça dépend aussi de la fabrication et du contenu de la batterie, et surtout de son recyclage.

avatar tchit 02/04/2017 - 11:32 via iGeneration pour iOS

J'arrive pas à croire que l'article en lien explique réellement comment aller aux toilettes en Chine... -__-'

avatar MacJ 02/04/2017 - 12:01 via iGeneration pour iOS

Pour compléter cet article avec une anecdote marrante: le prix de la course en DiDi varie énormément avec la météo! C'est la loi de l'offre et la demande: quand il pleut, plus de gens veulent prendre le taxi/DiDi et jai déjà vu le prix du trajet tripler à cause du mauvais temps !
Ajoutons également que les gouvernements locaux ne sont pas si tendres avec cette boîte … il y a quelque mois, la municipalité de Shanghai a décidé de restreindre les VTC aux conducteurs (ou plaques d'immatriculation) locaux. Comme la plupart des conducteurs viennent en réalité des provinces environnantes (Jiangsu, Zhejiang …) plus aucun DiDi n'était disponible à ce moment-là ! Je ne sais pas comment ça a évolué depuis …

avatar DAVID 02/04/2017 - 12:08 via iGeneration pour iOS

très bon article 👍

avatar Mara12 02/04/2017 - 13:12 via iGeneration pour iOS

Y a pas de moto en Chine car c'est interdit depuis le début des années 2000.... ça serait intéressant de parler aussi du système de loterie pour pouvoir obtenir une plaque d'immatriculation... dans le but unique de limiter les achats de voitures et limiter ainsi la pollution... avec toute sortes de dérives que le système a... c'est assez typique à la Chine.

avatar marenostrum 02/04/2017 - 14:14 (edité)

le mot bonheur a pour symbole une bouche et un bol de riz.

avatar Moumou92 02/04/2017 - 16:22 via iGeneration pour iOS

Cette série s'éloigne de plus en plus du centre d'intérêt de ce site... à tel point que j'ai vérifier que j'étais encore sur Macg... cela pouvait être intéressant quand cela parlait de réseau 4G et de compatibilité... mais des bus et taxi, quel rapport?

avatar Paquito06 02/04/2017 - 16:39 via iGeneration pour iOS

J'ai vecu a 20 min de Shanghai et j'ai vu plus de Tesla qu'a NY. Seulement surprenant (ca vaut pas SF y en a à tous les coins de rue). Et le taxi, c'est juste le moyen de se deplacer tout le temps pour pas un rond, quand on n'a pas de chauffeur.

avatar wildtiger 02/04/2017 - 17:10 via iGeneration pour iOS

Toujours aussi plaisant à lire et dépaysant ! Merci :)

avatar quetzal 02/04/2017 - 17:23 via iGeneration pour iOS (edité)

Merci pour cette belle série d'articles. Et heureux que MacG puisse être reçu en Chine sans VPN. En effet, cela fait 2 semaines que je suis dans le pays, et si j'ai été énormément aidé par des amis d'u réseau d'amateurs de thé, je peux confirmer que le mélange détonnant de tradition et de modernité est étonnant pour nous. Cela nous apprend à relativiser nos déterminants culturels, notamment.

A signaler, un autre mode de paiement électronique, accessible aux étrangers : via le réseau WeChat, il est possible d'avoir un portefeuille électronique. Mon agence de voyage à Kunming à voulu me rembourser un trop perçu de 200 yuans alors que je n'étais plus dans la ville, et c'était le moyen proposé. Pour pouvoir créer mon portemonnaie électronique (alors que j'étais déjà sur le réseau social), j'ai eu simplement à documenter ma carte Visa dans une banque française. Pas de panique : tout s'est bien passé. Je ne parle pas le chinois ni ne le comprend à l'écrit, mais l'application est localisée dans pas mal d'autres langues dont le français, l'anglais, etc. Cette anecdote montre aussi l'honnêteté de nombreux services et commerces chinois.

avatar ys320 02/04/2017 - 19:03 via iGeneration pour iOS

Merci pour ces épisodes toujours aussi intéressant.

avatar XiliX 02/04/2017 - 20:46 via iGeneration pour iOS

Merci pour l'article... c'est très agréable à lire et parfait pour un dimanche après-midi un peu pluvieux

avatar Jippi 03/04/2017 - 07:55 via iGeneration pour iOS

"Le rapport à l’automobile n’y est donc pas le même qu’en France : frôlant la ringardise dans l’Hexagone "

WTF ?
T'es un ex-parigot frustré de ne pas posséder de véhicule ?

avatar martineko 04/04/2017 - 00:27

Ni hao,

Comme le thème a l'air d'intéresser plusieurs lecteurs, je peux apporter ma petite collection d'anecdotes.
Je pense que le boom de l'automobile a été déclenché par l'épidémie de SRAS de 2003. Quasiment inconnue en dehors de la Chine, elle a fait 800 morts mais elle a surtout paniqué 1,3 milliard de chinois. Il fallait voir les avenues de Pékin, normalement noires de monde, désertées. Mais les boulevards périphériques (il y en avait 7 aux dernières nouvelles) étaient encore plus bloqués par les embouteillages. Les ventes de voiture ont doublé en un mois. Il fallait bien aller au boulot alors on a cassé la tirelire un peu plus tôt.
Sania, port de pèche pollué en 2000 devenu le Miami oriental avec les élections de Miss monde, a interdit les scooters en 2006, obligation d'acheter une voiture.
Pour traverser la Chine, j'aime bien les bus surtout que les modèles brinquebalants ont laissé la place à des modèles plus confortables. Il subsiste la question de la fumée des voyageurs. Seul avantage de ma corpulence, (bouddha et ses frères ont encore l'oreille des chinois) c'est que je peux montrer les panneaux d'interdiction et obtenir que les cigarettes restent à la fenêtre avec des consommateurs qui tirent dessus en douce !
J'adore la Chine !!!>)))
Pour garder la composante réseau, c'est à Sania que j'ai assisté à une arrestation en direct au cyber café. Les flics ont déboulé, se sont précipité sur le client qui était en face de moi (dommage, j'ai pas pu voir l'écran objet du délit) et l'ont embarqué manu militari pendant que le spécialiste prenait toutes les photos justifiant le délit. Actuellement, les cybercafé sont interdits aux étrangers mais tous les hôtels proposent internet et je reste attentif à ce que je raconte sur la toile !!!!
M.

avatar NymphadoraTonks 03/04/2017 - 20:38 via iGeneration pour iOS

@martineko

J'ai une question.
Quelle est la tolérance des Chinois envers les occidentaux ?
Il y a tel un racisme prononcé ?

avatar martineko 04/04/2017 - 00:22 (edité)

Je ne connais que la relation qu'on peut avoir avoir des chinois dans les transports ou dans la rue. Réponse pas de racisme ! Je n'ai que des bons souvenirs de rencontres parfois mémorables : l'accueil de tout un village pour partager la fête des ancêtres, l'instituteur qui voulait absolument devenir mon ami nous obligeant à communiquer uniquement par le dictionnaire ou le jeune (un peu anglophone) qui était très fier d'avoir plus de poils au jambes que moi. Sans parler des enfants venant me caresser les bras au marché d'un village perdu au bord du Mékong car ils n'avaient jamais vu un blanc.

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