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Chroniques numériques de Chine : les apps de Babel

La Rédaction | | 16:00 |  42

Il est un pays où les Google, Facebook et autre Twitter dont nous ne pouvons pas nous passer sont quasiment inexistants. Ce pays, c'est la Chine. Expatrié dans l'Empire du Milieu, Mathieu Fouquet nous raconte son périple technologique. Cette fois-ci, il nous explique comment faire mentir (un peu) l'expression « c'est du chinois » à l'aide d'applications.

Paradoxe ou non, c’est en quittant mon pays que je m’en suis le plus rapproché. Se trouver à 8 000 km de chez soi, c’est apprécier certaines choses à leur juste valeur. Un éclair au café de la boulangerie du coin, le ciel dégagé d’un matin d’hiver, YouTube en 1080p… Tel un hypermétrope qui éloigne son livre des yeux et y découvre une belle histoire, cette soudaine prise de recul m’a révélé des détails qui étaient pourtant sous mon nez depuis le début.

Ciel bleu Chengdu
Le Sichuan a la malchance d’être une province nuageuse et polluée, surtout en hiver. Qu’à cela ne tienne, voici un beau ciel bleu estival de Chengdu. Cliquer pour agrandir

Des détails comme… la capacité de communiquer avec d’autres êtres humains, par exemple. Une évidence, sans doute, mais que l’on tend à oublier dès lors que l’on se (re)trouve dans le confort linguistique de son pays natal. Et quoi de plus normal ? La langue que l’on parle est à l’image de l’air que l’on respire : invisible, omniprésente et surtout vitale. Et ce n’est souvent qu’en cas d’asphyxie que cette dernière caractéristique nous revient brutalement en mémoire…

Exemple des plus basiques : commander au restaurant. Beaucoup de petits restaurants ne proposent en effet qu’une version chinoise de leur menu, souvent sans aucune illustration. Si vous ne parlez pas un mot de chinois, deux solutions s’offrent à vous : choisir au hasard et prier pour ne pas tomber sur les langues de canard (mais peut-être que vous vous découvrirez des préférences culinaires insoupçonnées) ou encore rentrer chez vous et vous préparer de succulentes nouilles instantanées.

Un menu chinois
Le menu d’un petit restaurant de quartier. Cliquer pour agrandir

Je force le trait, bien sûr. Peut-être que vous avez un dictionnaire dans votre poche, que vous pouvez faire une recherche en ligne ou encore que le patron parle anglais (auquel cas foncez acheter un billet de loto). Dans certaines situations, même des mimiques ou des onomatopées suffisent. Rien de tel que l’instinct de survie pour soudainement stimuler la créativité…

Mais cette créativité a des limites, d’autant plus si votre objectif est de vivre en Chine et non d’y survivre. Dans le dernier article de ma chronique, qui traitait des alternatives chinoises aux apps utilisées en France, je mentionnais en passant la nécessité de comprendre la langue pour pleinement tirer parti de certains services. Si quelques applications comme Alipay sont — partiellement — localisées en anglais, elles sont l’exception plutôt que la norme.

Pour vivre en Chine, mieux vaut avoir au moins des bases de chinois, donc. Mais dans la tradition de la chronique, posons-nous la question suivante : dans quelle mesure la technologie peut-elle abaisser la muraille linguistique (désolé) qui existe pour un(e) Français(e) qui débarque dans l’Empire du Milieu, et quelles sont les catégories d’outils disponibles pour y parvenir ?

Avant de m'attaquer de front à cette question, j'ouvre une courte parenthèse sur la langue chinoise et sur l’état de mes connaissances lors de mon arrivée dans le pays.

McDonalds enseigne chinoise
Pur exotisme : « McDonald’s » en caractères chinois. Cliquer pour agrandir

Lost in translation

Certaines caractéristiques du chinois sont plus susceptibles que d’autres de faire trébucher les Français et autres locuteurs francophones. Notamment les fameux tons, au nombre de quatre, éternelles sources d’erreurs au fort potentiel comique. Vous vouliez dire « 我想问你 » (Wǒ xiǎng wèn nǐ), je veux vous poser une question ? Dommage, vous venez de dire « 我想吻你 » (Wǒ xiǎng wěn nǐ), je veux vous embrasser. Attention à la nuance…

Mais niveau difficulté, le système d’écriture, basé sur les sinogrammes, l’emporte haut la main. C’est au minimum plusieurs centaines de caractères dont vous aurez besoin pour déchiffrer la majorité du chinois écrit, et quelques milliers si vous approfondissez votre étude de la langue. Rien à voir avec notre alphabet, donc, d’autant qu’un caractère chinois n’est pas l’équivalent d’une lettre : le premier contient (généralement) du sens, alors que la deuxième a une valeur surtout phonétique. Conséquence logique (et très pratique) : il est possible de comprendre une phrase chinoise même sans savoir la prononcer.

Et si tout cela vous semble insurmontable, rappelons qu’il existe un système de romanisation, le pinyin, qui permet d’écrire et de lire le chinois en utilisant notre alphabet. Très utile, mais surtout à des fins d’apprentissage : dans le monde réel, impossible de se passer des sinogrammes.

Et moi dans tout ça ? Eh bien je partais avec quelques bases de chinois, une certaine connaissance du japonais (complètement inutile à l’oral mais très précieuse à l’écrit, les deux langues partageant un grand nombre de caractères plus ou moins similaires) et… mon superordinateur de poche constamment connecté au réseau. Il ne pourrait pas travailler à ma place, mais il saurait certainement rendre le processus bien moins douloureux.


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42 Commentaires

avatar froger 19/03/2017 - 11:05 (edité)

Excellente série d'articles !

avatar waldezign 19/03/2017 - 11:06 via iGeneration pour iOS

Belle chronique!

avatar bta_bloquant 19/03/2017 - 12:37 via iGeneration pour iOS

Belle série d'articles dépaysant.
Note au rédacteur: oublie les haineux, on attend la suite!



avatar Tomn 19/03/2017 - 12:46 (edité)

Le dictionnaire intégré dans macOS l'est aussi dans iOS (Réglages › Général › Dictonnaire, cocher Chinese et Chinese–English). Sélectionner un mot écrit › Rechercher (Lookup en anglais) › ça donne la définition du dictionnaire.

J'utilise pour ma part Google Traduction, qui a aussi un mode de reconnaissance des caractères grâce à l'appareil photo et hors ligne (là encore par contre seulement disponible entre Chinois – Anglais).

avatar marc_os 19/03/2017 - 13:26 via iGeneration pour iOS

Comportement typiquement français : Qui d'autre aurait l'idée de faire un séjour long dans un pays sans en maîtriser un minimum la langue ?? Le français, lui non il n'a pas besoin de ça. Et ça parle communication. Les français, ça ose tout.

avatar marc_os 19/03/2017 - 13:37 via iGeneration pour iOS

@marc_os :
Ceci dit, les retours d'expérience sur les différentes Apps de traduction sont intéressants. ;-)

avatar Bigdidou 19/03/2017 - 15:18 via iGeneration pour iOS

@marc_os
"Comportement typiquement français : Qui d'autre aurait l'idée de faire un séjour long dans un pays sans en maîtriser un minimum la langue ?? "

Plein de gens. Des étudiants vie Erasme, des retraités, des universitaires, des sportifs, des expats pour des motifs divers, etc, etc...
De tous les pays.
Qui pensent à juste titre que c'est un problème secondaire et qu'il apprendront rapidement la langue en immersion.

avatar harisson 19/03/2017 - 15:37

@Bigdidou

"Qui pensent à juste titre que c'est un problème secondaire et qu'il apprendront rapidement la langue en immersion."

Tu es bien optimististe sur le rapidement ^_^

avatar ovea 19/03/2017 - 17:43 via iGeneration pour iOS

@harisson

Rapidement peut-être pas même pour une langue natale*, mais repartir sur de bonnes bases avec la langue 👅, tel l'enfant qui perçoit la tournure d'esprit confronté au besoin d'autonomie, le facteur limitant étant le degré d'immersion 😃

* personne n'apprend aussi vite sans des qualité synesthésiques hors du commun tel Daniel Tammet

avatar harisson 19/03/2017 - 19:16

@ovea

Je ne connaissais pas Daniel Tammet, sa fiche wikipedia indique qu'il en maitrise une douzaine (mais toutes européennes) et qu'il est Asperger.
Le chinois est compliqué et demande, en général, une décennie d'apprentissage avant de correctement la maitriser.

avatar ovea 19/03/2017 - 22:28 via iGeneration pour iOS

@harisson

Oui, mais apprendre l'islandais en 7j :-)

avatar magic.ludovic 19/03/2017 - 19:23 (edité)

Chouette article ! Merci pour ce dépaysement !! Encore ... :)

avatar BeePotato 20/03/2017 - 09:41

« celle de Baidu traduit parfaitement la phrase française, en dépit de la petite faute qui s’y était glissée »

Je ne vois pas de faute dans cette phrase, moi.

avatar mathieufouquet 20/03/2017 - 11:25

@BeePotato

C'était très subtil : "français" se réfère à la langue, pas à la personne. Il faudrait donc une majuscule.

avatar BeePotato 20/03/2017 - 12:16

@ mathieufouquet :
Ben non. Vu la forme de la phrase, « français » peut être considéré soit comme adjectif de nationalité et donc ne prenant pas de majuscule, soit comme un nom en position d’attribut, qui est alors considéré comme un nom propre et prend donc une majuscule.
Les deux points de vue étant parfaitement valides, la majuscule n’a rien d’obligatoire et il n’y a par conséquent pas de faute dans cette phrase.

Pour avoir obligatoirement une majuscule, il faudrait écrire : « je suis un Français. »

avatar mathieufouquet 20/03/2017 - 13:12 (edité)

@BeePotato

Bien vu ! J'avais tellement le nom en tête que je n'avais pas pensé à ça ;)

avatar lome_bbrr 20/03/2017 - 09:46 (edité)

merci pour ces retours. Série d'articles très sympa à lire.

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