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L'impression 3D, une révolution en devenir

Nonoche | | 12:35 |  51


Les imprimantes 3D existent depuis plusieurs décennies, mais font l'objet de curiosité accrue depuis quelque temps, et sont en passe de devenir accessibles à tous. Mais la portée d'un tel périphérique, s'il devait connaître la même destinée que son ancêtre en deux dimensions, pourrait bien changer beaucoup de choses, jusqu'à notre rapport aux objets.

Commençons par définir l'objet du délit : l'imprimante 3D est une machine capable de fabriquer, par divers procédés, un objet, en diverses matières, suivant un modèle tridimensionnel.

La plupart des imprimantes 3D fabriquent les modèles en superposant des couches de plastique, mais il est également possible d'utiliser de la mousse ou du métal, et même de sortir des objets en diverses couleurs. La course aux tarifs s'est accélérée de mois en mois, le dernier tenant du titre de l'imprimante 3D la moins chère est pour l'heure Printrbot, avec son premier modèle (en kit, mais sans nécessiter de soudure) à 549 $.

Les applications sont plus nombreuses à mesure qu'on en invente de nouvelles. Le prototypage tombe naturellement sous le sens, et fut la première application industrielle de ces machines. Les prothèses médicales sur mesure et les maquettes d'architecte ont également été un débouché tout trouvé, mais d'autres sont moins évidentes : cela va jusqu'à la maison imprimée !



Les amateurs y trouvent facilement leur compte, créant leurs propres figurines, ou des pièces pour réparer à neuf un objet défectueux à moindre coût. Mais l'impression 3D permet même de fabriquer des objets qui seraient impossibles à réaliser par n'importe quel autre moyen ! Si diverses entreprises proposent déjà des moyens de personnaliser leurs produits, ceux-ci sont encore limités aux coloris. L'impression 3D permettrait à chacun de faire sa version unique d'un produit, jusque dans ses formes, alors qu'on envisage de l'utiliser pour la production de masse. Du prêt-à-porter sur mesure, en somme.











Pour ceux qui s'intéressent aux opportunités offertes par l'impression 3D mais qui hésitent encore à faire l'investissement, nombre de sociétés proposent leurs services pour imprimer vos objets, par le biais d'un portail en ligne ou même d'une application sur iOS. Et quoi de plus personnel (ou de mauvais goût) que d'offrir une reproduction de votre bobine.

Une petite communauté d'adeptes enthousiastes s'est constituée autour de ces machines, savourant la magie de voir l'objet qu'ils ont imaginé naître du néant sous leurs yeux. MakerBot, l'une des sociétés aux avants-postes de l'impression 3D, a mis en place une plateforme de distribution pour les modèles créés par la communauté, Thingiverse. Et voilà l'inventaire à la Prévert qui prend forme, de l'endosquelette du Terminator jusqu'aux tringles à rideau en passant par des briques compatibles avec une dizaine de jeux de construction différents. Il suffit à chaque propriétaire d'une imprimante de la marque de télécharger les fichiers pour en posséder une copie physique.

Et c'est là que cette technologie soulève de nouvelles questions en matière de propriété intellectuelle. Si jusqu'ici la représentation d'un objet n'a jamais été soumise à controverse, les choses changent si cette représentation devient un moyen de reproduction sans même bourse délier, exposant ainsi les objets du monde réel aux avatars des œuvres de l'esprit.

Déjà, une première procédure judiciaire a été intentée, soulevant la question de la propriété d'une forme : Thingiverse a du retirer de son catalogue un modèle suite à la plainte d'Ulrich Schwanitz qui déclare être propriétaire de la forme. En cause, un astucieux modèle qui simule fidèlement le triangle de Penrose, une forme pourtant impossible à réaliser. Certains ont réussi à s'en approcher, grâce à une ouverture ou une vrille, mais le résultat n'est probant que d'un point de vue fixe. La solution trouvée exploite notre perception des ombres et notre biais cognitif qui nous pousse à supposer que des objets sont convexes alors qu'ils sont concaves.



La trouvaille fonctionne à merveille, et Schwanitz en vend le modèle sur http://www.shapeways.com, lui aussi consacré à l'impression 3D. La publication sur Thingiverse lui cause donc un manque à gagner. Le site communautaire, qui tient à la protection juridique offerte par le statut d'hébergeur, retire sans discuter le modèle litigieux, et l'affaire en reste là sans créer de jurisprudence. Le cas est singulièrement épineux à trancher pour le juriste, entre la liberté de chacun de recréer une forme, et celle des autres de tirer le légitime profit de leur création. Pour autant, Schwanitz n'est manifestement pas le premier à avoir trouvé cette astuce…

Avec les avancées en matière de capture de volumes, cette problématique pourrait à moyen terme défrayer la chronique judiciaire : si demain il suffit de se promener dans un magasin pour capturer la forme d'une statuette et la reproduire chez soi sur son imprimante 3D, cela risque de poser quelques problèmes… jusqu'à ce qu'une industrie se crée autour de cette technologie, avec des magasins en ligne qui vous vendront les modèles 3D que vous n'aurez plus qu'à imprimer. Le couplage d'un scanner à ces imprimantes pourrait permettre de "téléporter" un objet à distance. Si un bien peut être créé de toutes pièces à destination, plus besoin de le transporter, ni de le faire fabriquer à l'autre bout de la planète où la main d'œuvre est meilleur marché. Voilà qui pourrait bien chambouler certains équilibres économiques.

Mais il restera toujours des produits en matières nobles (cuir, bois, verre…), qui resteront à un stade plus artisanal en tout état de cause ou d'autres qui nécessitent un certain savoir-faire pour leur assemblage. Et il reste à voir si le grand public s'intéressera vraiment à ces étranges machines, qui demandent qu'on les nourrisse de données : encore faut-il pouvoir les leur procurer, ce qui demande un peu de savoir-faire. Comme le souligne Christopher Mims dans un billet sur ces questions, rien ne dit que le soufflé ne retombera pas, comme en son temps la réalité virtuelle. Ce à quoi Tim Maly répond que rien aux débuts de l'impression 2D ne laissait présupposer que de nombreux foyers s'équiperaient un jour d'une imprimante : cette technologie est partie d'un environnement professionnel coûteux et spécialisé pour finir par être exploitable, et exploitée, par le commun des mortels.

Difficile de dire pour autant si les scénarios de science-fiction qui se profilent finiront par prendre corps. Quoi qu'il en soit leur seule perspective est fascinante : d'ores et déjà, on étudie un moyen de tirer parti de cette technologie pour "imprimer" des organes, cellule par cellule…

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51 Commentaires

avatar Sic transit 22/03/2012 - 12:52

La comparaison avec une imprimante 2D (entendre : "papier") ne me paraît pas vraiment judicieuse… En effet : l'imprimante 2D remplace à la fois la machine à écrire (couplée au PC), la photocopieuse (couplée à un scanner), l'antique stencileuse, éventuellement l'imprimeur de quartier, etc. Bref, de nombreux usages auxquels M. et Mme tout-le-monde peuvent être confrontés. Cela n'est pas le cas de l'imprimante 3D ; je me dis assez rarement : "tiens, je vais aller me faire fabriquer cette pièce chez l'artisan du coin!", car à l'ère du tout jetable, je préfère racheter un truc que de payer quelqu'un pour le réparer (ou fabriquer une pièce pour le réparer). C'est moche, je suis d'accord, mais c'est comme ça… Par ailleurs, les consommables de l'impression 2D sont finalement assez basiques : papier et encre (même si les constructeurs compliquent les cartouches pour empêcher la contrefaçon). Pour une imprimante 3D, c'est quoi ? Résine ? Et alors, je fais quoi avec ça ? Un porte-clef ? Une pièce pour réparer mon aspirateur ? que j'aurais payé tout au plus 15€ sur le web ?… Et quid de la précision ? Si mon impression 2D bave un peu, pas de problème, je peux quand même la lire. Si mon impression 3D bave un peu, ma "pièce de rechange" risque d'être faussée et de ne pas fonctionner… Bref, dans 50 ans peut-être, mais dans l'immédiat, ça reste un truc de geek…

avatar yoan-g 22/03/2012 - 12:57

Mon lycée possède plusieurs imprimantes 3D. Nous avons d'ailleurs conçu une éolienne sur SolidWork pour l'imprimer ensuite en plastique et le résultat est bluffant!

avatar Almux 22/03/2012 - 13:01

Outil de prototypes ou de petites oeuvres d'art, il peut devenir outil de pollution grave s'il est utilisé à tord et à travers! Principalement deux soucis: 1. Les matériaux utilisés devraient être exclusivement des produits issus de recyclage (plastiques creux, pet, emballages plastiques usagés, etc.). 2. Les objets produits devraient être parfaitement bio-dégradables, ou, pour le moins, incinérantes sans émanations toxiques.


avatar Anonyme (non vérifié) 22/03/2012 - 13:01

Ça peut quand même être utile, les pièces de rechange de la real doll coûtent une fortune…

avatar zipock 22/03/2012 - 13:07

Ça devient un outils courant en archi pour faire des maquettes très précises en un rien de temps...

avatar Domsou 22/03/2012 - 13:12

Cela reproduit la forme seulement. Et sûrement pas le propriétés mécaniques. Sinon, intéressant pour des maquettes !

avatar lyon3 22/03/2012 - 13:21

Bof, en tant qu'aménageur je préférais un truc du genre de Surface (table tactile) mais en hologramme si on veut faire de la science fiction. Sinon déjà Surface comme aujourd'hui est plus intéressant. Tout simplement parce que si on veut faire une maquette de très bonne qualité il sera plus simple et moins cher de la commander. Par contre quand on interne on se réunit autour d'un plan A3 pour faire des essais avec des marqueurs on aimerait pouvoir gommer plutôt que de gâcher une feuille. Si l'imprimante s'est démocratisée je ne serais pas surpris qu'elle re-devienne un outils de niche avec les appareils post-pc comme l'iPad. J'évite au maximum d'imprimer pour pas gaspiller l'encre, le papier et l'argent mais quand je veux imprimer quelque-chose comme un gros rapport ou un dépliant je préfère avoir une impression "professionnelle".

avatar m4rk33 22/03/2012 - 13:25

@Domsou Erreur ! Certains modèles te permettent d'"imprimer" une clé à molette tout à fait fonctionnelle

avatar JPTK 22/03/2012 - 13:28

Attendez qu'hadopi tombe là-dessus, vous imaginez à terme ce que ça pourrait donner ?? :-D

avatar ThurstonMoore 22/03/2012 - 13:43

Il y aussi le 3D bio printing http://etsinnovation.wordpress.com/2012/03/05/3d-bio-printing-imprimer-des-muscles-et-des-organes/ On peut aussi y ajouter le fait qu'on maîtrise de mieux en mieux la précision d'impression ainsi que la rapidité, comme le montre cette vidéo tirée d’une publication de l’Université Technique de Vienne, : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=5y0j191H0kY Bien sûr plus le temps va passer, plus ce genre d'outils va se démocratiser ce qui permet d'excellentes perspectives d'avenir.

avatar Fournycoti 22/03/2012 - 13:59

Ça me rappelle un passage dans Resident Evil : Code Veronica, où il fallait "imprimer en 3D" un blason pour passer une porte...

avatar YARK 22/03/2012 - 14:01

Et une imprimante à bouffe ? Tiens, je vais aller m'imprimer une choucroute...

avatar xatigrou 22/03/2012 - 14:04

ça ça va être cool !

avatar mfam 22/03/2012 - 14:16

C'est déjà très utilisé quand je pense aux monocoques (unibody) des portables Apple... non?

avatar Fulvio 22/03/2012 - 14:19

@mfam : Non, la coque des MacBook c'est de l'usinage, où l'on retire de la matière à un bloc pour obtenir la forme souhaitée (et c'est loin d'être neuf, comme principe). Là, on contraire, c'est plutôt de l'ajout successif de couche de matière.

avatar aramoro 22/03/2012 - 15:07

et une imprimante à femme Tiens, je vais aller m’imprimer Jessica Alba

avatar YARK 22/03/2012 - 15:24

@aramono Doit-on imprimer la langue ?

avatar Nounours_2099 22/03/2012 - 15:45

@YARK : Bah ouais, sinon, comment elle fait quand elle fait les courses pour nous dire quelle marque de bière elle doit acheter ?

avatar Nonoche 22/03/2012 - 15:57

Et dire que la journée de la femme c'était à peine il y a deux semaines…

avatar @MathieuChabod 22/03/2012 - 16:00

@nonoche : Cool.

avatar Kraal 22/03/2012 - 16:18

@lyon3 Pas compris le lien entre imprimante 3D (que des amis utilisent professionnellement) et table Surface (que j'utilise professionnellement) j'ai du te lâcher dans ton raisonnement. Peux tu préciser ?

avatar mfam 22/03/2012 - 16:50

@Fulvio Ah oui... c'est vrai, le matériel est déjà là pour l'unibody. Là c'est comme dans Jurassic parc 3, je crois.

avatar lyon3 22/03/2012 - 17:35

@Kraal Si tu fais du "prototypage" (par exemple un plan d'aménagement) : - Avec une imprimante (2D) tu dois réimprimer à chaque fois que tu veux visualiser un changement. - Avec ta Surface tu peux directement dessiner au doigt sur ta maquette virtuelle en 2D : C'est mieux. - Avec une imprimante 3D tu dois réimprimer toute ta maquette à chaque fois que tu veux visualiser un changement. - Avec une surface (3D par hologramme sans lunette : science-fiction) tu pourrais remodeler ta maquette par petites touches : C'est mieux. En gros imagine que ta surface fait de la 3D.

avatar fantomx6 22/03/2012 - 17:52

Tout cela pour vous dire : I am Iron Man Ok ------------->

avatar Bigdidou 22/03/2012 - 19:00

@Nounours_2099 Imprime la bière, passe toi des intermédiaires.

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