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La politique d'Apple en Chine fustigée par deux sénateurs américains

Florian Innocente | | 12:00 |  43

Le retrait d'applications de VPN sur l'App Store chinois cet été est l'occasion pour deux sénateurs américains de réclamer à Tim Cook des éclaircissements sur la politique d'Apple en Chine. Une sortie qui intervient sur fond de durcissement des relations entre l'Amérique et la Chine.

Fin juillet, Apple s'était pliée à une nouvelle réglementation pour ces applications qui permettent d'accéder à des contenus par ailleurs bloqués par les autorités chinoises. Celles-ci exigent de ces éditeurs une licence d'exploitation, sans quoi leurs logiciels sont proscrits. On trouve aujourd'hui quelques apps de cette catégorie sur le store chinois mais pas toutes, notamment l'une des plus populaires, ExpressVPN.

Patrick Leahy et Ted Cruz

Les sénateurs Ted Cruz (Républicain), candidat malheureux à la dernière présidentielle et son homologue Patrick Leahy (Démocrate) s'en émeuvent auprès de Tim Cook et ils ont assorti leurs commentaires de 10 questions.

Dans cette lettre datée du 17 octobre, les deux hommes politiques énumèrent différentes violations des droits de l'homme et de la liberté d'expression en Chine. Ils citent entre autres l'appréciation sans nuances de Reporters sans Frontières qui a qualifié la Chine « d'ennemi de l'internet ».

Cruz et Leahy rappellent ensuite à Tim Cook qu'il a reçu au printemps dernier un prix consacrant la liberté d'expression. Il avait été salué pour ses propos publics sur plusieurs sujets de société. Ils reprennent les propos tenus par le patron d'Apple à cette occasion :

D'abord nous défendons, nous travaillons à défendre ces libertés en permettant à des gens autour du monde de s'exprimer. Et ensuite, nous donnons de la voix nous-même. Parce les entreprises peuvent avoir, et devraient avoir des valeurs… Chez Apple nous ne permettons pas seulement aux autres de s'exprimer, nous le faisons aussi.

C'est tout le contraire qui se passe aujourd'hui en Chine, font observer les deux sénateurs, qui dressent un parallèle entre le « Grand firewall » électronique chinois et l'ancien Mur de Berlin. Pour eux, en se soumettant à ces réglementations, Apple « prive de leur liberté d'expression des utilisateurs partout en Chine ». Ils listent également des précédents, comme le retrait de l'application du New York Times en décembre dernier ou la fermeture de ses sections livres et films sur iTunes six mois seulement après leur lancement.

Ils posent ensuite dix questions à Tim Cook pour obtenir des détails sur les demandes exactes qui ont été adressées par le gouvernement chinois à Apple ; savoir s'il est arrivé qu'elle retire des apps de sa propre autorité ; le nombre d'apps qui ont été enlevées pour des raisons politiques ; si elle a déjà exprimé ses réserves auprès des autorités lorsque les occasions se sont présentées, etc.

Les deux hommes se gardent toutefois de proposer une feuille de route politique et commerciale pour Apple. On pourrait dire que celle-ci ferait face à deux options. La première, peu réaliste, étant qu'elle se retire de ce marché — son second, pas loin derrière les États-unis — où elle fait fabriquer ses produits par centaines de millions et les vend au moyen de lourds investissements réalisés dans l'ouverture d'Apple Store.

La seconde étant qu'elle continue de faire le gros dos au nom du respect de la législation intérieure au pays, tout en prônant différentes sortes de libertés… mais en dehors des frontières chinoises.

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43 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar fousfous 20/10/2017 - 12:20 via iGeneration pour iOS

Donc des sénateurs américains trouvent intolérable qu'Apple applique les lois des autres pays dans le pays en question...
Vive la mentalité... Ils seraient les premiers choqué si Apple ne respectaient pas le droit américain pour appliquer le droit européen par exemple...

avatar françois bayrou 20/10/2017 - 12:42 (edité)

Mais sinon, que penses tu du discours de Tim Cook sur la liberté d'expression qu'il faut défendre "autour du monde" ?

avatar LeGrosJeanLou 20/10/2017 - 12:56

@françois bayrou

Il y a une différence entre défendre et imposer, comme il y a une différence entre le dialogue et l'ingérence.

La situation d'Apple est compliquée, mais il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une entreprise. À ce titre elle peut faire du lobbying dans son pays pour défendre ses valeurs, et même aller les défendre ailleurs. Mais ce n'est pas une ONG, un État ou un parti politique.

Ces sénateurs cherchent à instrumentaliser Apple pour imposer leurs idées. Et on sait bien, Jaurès m'en soit témoin, qu'on ne peut pas imposer ses idées. On doit les défendre et les faire accepter.

Quand tu verras un milliard de Chinois renverser le gouvernement, tu pourras dire que les idées ont été entendues. En attendant les citoyens Chinois ont l'air contents de leur sort, que ça te plaise ou non.



avatar françois bayrou 20/10/2017 - 13:35 (edité)

Vive Tim Cook,
Vive le Newseum 2017 Free Expression Award,
Vive Apple,
Vive les Chinois !

avatar iapx 20/10/2017 - 13:22 (edité)

Deux poids, deux mesures, il est bon Tim Cook :)

avatar MacMarc 20/10/2017 - 13:51 (edité)

Jusqu'à nouvel ordre, même si ce n'est sans doute plus pour longtemps avec les accords commerciaux mondiaux genre CETA et autres, ce ne sont pas les sociétés commerciales qui font les lois dans les pays où elles se trouvent, mais au contraire, elles doivent respecter ces lois où s'abstenir d'exercer dans ces pays.

Quand, comme c'est le cas ici, les lois ne respectent pas les droits humains fondamentaux, il est bon de négocier pour obtenir une amélioration, mais se mettre en infraction n'est pas nécessairement une bonne idée...
Surtout quand l'essentiel de la production se passe dans le pays concerné.

avatar TyrellWellick 20/10/2017 - 14:48 via iGeneration pour iOS

@MacMarc

Il y a une série d’Olivier Marshall, dont je ne connais plus le nom, de déroulant dans un futur proche où les multinational ont pris le pouvoir.
Très intéressant comme série, et rare dans le paysage audiovisuel français.

avatar byte_order 20/10/2017 - 15:52 (edité)

Section zéro.

avatar melaure 20/10/2017 - 15:05

En Chine, il faut donc appliquer la censure pour respecter et obéir à la dictature en place, par contre en Europe, qui est plutôt dirigée par une belle brochette de mollassons, il ne faut surtout pas payer ses impôts et lever son index en direction des vaches à lait, pardon des contribuables ...

Heureusement qu'on a des fanboys pour faire passer ça ...

avatar reborn 20/10/2017 - 15:21 via iGeneration pour iOS

@melaure

Ils respectent les lois, mais sont de mauvaise foi.

avatar MacMarc 20/10/2017 - 16:46

Tu as tout compris, mais rien à voir avec des fanboys: juste à voir avec les différences de lois entre les pays...

avatar NORMAN49 20/10/2017 - 15:30 (edité)

Business is business

avatar r e m y 20/10/2017 - 12:46 via iGeneration pour iOS

@fousfous

Ces sénateurs ont probablement l'intelligence, eux, de ne pas mettre au même niveau les lois d'un Pays démocratique avec celles d'une dictature. 😔

avatar fousfous 20/10/2017 - 13:10 via iGeneration pour iOS

@r e m y

Tu sais ils ont des élections en chine aussi.
Et le problème n'est pas la, juste qu'il est logique qu'Apple respecte les lois des pays dans laquelle elle est installé.

avatar r e m y 20/10/2017 - 13:15 via iGeneration pour iOS

@fousfous

Oui c'est aussi ce que disent certains groupes industriels pour justifier qu'ils aient dû transiger avec Daech pour pouvoir continuer à faire tourner leurs usines ... "il faut bien respecter les exigences du pouvoir en place"

avatar françois bayrou 20/10/2017 - 13:21

Avec une différence : le PDG de Lafarge n'est pas allé faire des petits discours pour ensuite récupérer un prix sur la liberté religieuse ! ^^

avatar r e m y 20/10/2017 - 13:28 via iGeneration pour iOS

@françois bayrou

Je ne pensais pas qu'à lui... mais egalement aux pétroliers ayant des sites d'exploration passés sous contrôle de l État islamique.

avatar Jeamy 20/10/2017 - 14:59 via iGeneration pour iOS

@françois bayrou

Non, pas de discours mais de l’argent pour leurs armes.

avatar Bigdidou 21/10/2017 - 01:55 via iGeneration pour iOS

@r e m y

« Oui c'est aussi ce que disent certains groupes industriels pour justifier qu'ils aient dû transiger avec Daech pour pouvoir continuer à faire tourner leurs usines ... »
Tu fais ce que tu reproches à fousfous.
Difficile de mettre au même niveau Daech qui est une secte terroriste et la Chine sui siège à l’ONU…

avatar deltiox 20/10/2017 - 13:29 via iGeneration pour iOS

@fousfous

Avec un parti unique imposé et des candidats pré approuvés
Drôles d’élections

avatar M2000 20/10/2017 - 13:51

Les élections en Chine sont à suffrage "plusieurs fois indirect" permettant de déjouer toute forme de déviance de la pensée installée. De plus le président choisi est habituellement l'unique condidat.
De fait sous entendre, ou même carrément dire, que les Chinois choisissent leur système, est soit malhonnête, soit prouve une totale ignorance.

avatar marenostrum 20/10/2017 - 16:23

Ils sont contents. Pourquoi changer de politiciens quand le parti le fait tout seul ?

avatar occam 20/10/2017 - 15:25 via iGeneration pour iOS

@r e m y

Ces deux sénateurs font preuve d'une mauvaise foi caractérisée (et caractéristique). Il s'agit de « virtue signalling » pour leurs assiettes respectives, et rien de plus.
À bon compte, Apple étant une cible facile.

On ne peut pas, sérieusement, en plein congrès du PCC, au moment où le resserrement de boulons à tous les niveaux devient maxime officielle, où la « pensée de Xi Jinping » est élevée au même rang que les doctrines de Mao et de Deng, où le PCC récuse formellement les « voies de l'Occident », on ne peut pas à ce moment précis faire comme si Apple ou toute autre entreprise américaine voulant ramasser du renminbi en Chine avait la moindre marge de manoeuvre.

Tout ce que Tim Cook croyait, ou voulait faire croire, à ce sujet n'est que du vent.
La suspension de la connexion cellulaire de l'Apple Watch S.3 n'est qu'une gentille petite piqûre de rappel.
Et ces deux sénateurs le savent.

Pire, ils devraient savoir que leur président, que l'un d'eux a encensé après s'être fait humilier et entuber jusqu'à l'os par Drumpf, vient de galvauder ce qui restait de « soft power » américain en Asie. Juste après avoir entamé un retrait stratégique unilatéral qui ne peut que diminuer ou écarter toute marge de négociation qu'une entreprise U.S. pourrait encore détenir.

Deux lectures rapides — pas pour vous, vous n'en avez certainement pas besoin, mais pour ceux qui auraient raté les centaines d'articles sur le congrès du PCC :

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20171018.OBS6174/congres-du-pcc-la-...

https://www.theatlantic.com/international/archive/2017/10/china-cambodia...

avatar reborn 20/10/2017 - 12:24 via iGeneration pour iOS

Qu'on soit d'accord, les VPN sont toujours pris en charge par ios même sans ses applications ?

avatar Rigat0n 20/10/2017 - 12:28 via iGeneration pour iOS

Oui ou alors 3e option : que Cook se la boucle sur les libertés individuelles tant qu'Apple se pliera aux lois liberticides de pays comme la Chine (et accessoirement, tant qu'ils ne paieront pas leurs impôts comme tout le monde). Perso j'en voudrais pas à Apple de pas s'engager sur ce type de sujets, c'est le job des individus, d'ONG, de journalistes, de politiques...

Mais notez que l'hypocrisie est complète dans le tableau dépeint par cette news : vu les attaques permanentes de Trump contre la liberté de la presse, et les positions du président qu'il a confirmé à la tête de la FCC sur la neutralité du net, cette tête à claque de Ted Cruz ferait bien de s'intéresser aux membres de son parti avant de s'attaquer à Apple et à la Chine.

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